
Pose d'une sonde gastrique/Photo Manoel Relet
Il n’est pas toujours facile de maîtriser son « sujet ». Surtout lorsqu’il frise les cinq-cents kilos. La contention n’est qu’une action qui vise à obtenir la coopération du cheval. Elle ne doit jamais le blesser, pas plus qu’elle ne doit le « terroriser ». Retour sur un acte plein d’ambiguïtés. Par Sébastien Chauveau
Il n’est pas toujours facile de maîtriser son « sujet ». Surtout lorsqu’il frise les cinq-cents kilos. Il est des situations qui amènent à immobiliser son cheval. C’est souvent le cas des injections, de la tonte, de l’insémination, de l’examen radiologique, du contrôle dentaire, de la mise en place d’une sonde... « Ce sont des moments où la contention est indispensable, souligne Vincent Boureau, vétérinaire et spécialiste du comportement équin. Car, toute manipulation d’un animal qui pèse, adulte, plusieurs centaines de kilos impose une immobilisation à minima, y compris pour des soins courants. » C’est une question de sécurité, tant pour l’animal que pour ceux qui l’entourent, mais aussi d’efficacité du geste. « Cependant, la contention s’apprend. Elle n’est pas innée pour le cheval », précise le praticien.
PEUREUX ET PHOBIQUES

Certains chevaux ont une réelle crainte de l'injection/Photo Manoel Relet
C’est parce qu’il y a des chevaux qui sont peu respectueux de l’homme qu’il faut parfois avoir recours à la contention. Ceux-là ne sont pas pour autant des animaux méchants. Par contre, il y en a qui ne tolèrent pas les contraintes et qui produisent des comportements agressifs. Pour eux, l’immobilisation ne relève plus de la prévention mais de l’obligation.
Il y a aussi les chevaux peureux et phobiques. Les uns sont tout simplement inquiets à l’idée de se faire piquer ou examiner. Les autres sont totalement paniqués. La contention est donc ici nécessaire, mais d’une certaine manière. « Comme l’abord, elle s’enseigne au soigneur comme au cavalier. Il convient de bien en connaître les règles », indique Vincent Boureau. Reste qu’avant d’employer la contention, quelques obligations s’imposent. Entre autres : le cheval et son entourage doivent être au calme ; le matériel utilisé en bon état et bien approprié ; mais surtout, l’immobilisation ne doit pas être disproportionnée ni au comportement de l’animal, ni au geste à effectuer.
Qu'elle soit physique ou chimique, la contention n’est pas un acte de méchanceté. Elle n’est qu’une action de "soumission". On peut, certes, qualifier une immobilisation de forcée. Cependant, celle-ci ne doit jamais blesser le cheval, pas plus qu’elle ne doit le « terroriser ».
« TRES EFFICACE »

L'attache, à un mur ou en main, est la contention de base/Photo Marysa Merlo
Il faut considérer que la contention commence dès lors où l’on empêche le cheval de se mouvoir. La plus simple et la plus connue de toutes est donc l’attache. C’est en effet la première des contentions physiques. Elle est la base à toute immobilisation du cheval, car souvenons-nous que cet animal a un sérieux instinct de fuite et qu’il peut d’un coup tout casser et détaler.
Ainsi, qui dit attache dit pose d’un licol. « C’est le moyen le plus évident pour contrôler le mouvement de marche en avant du cheval. L’attache est une méthode d’immobilisation qui, si elle est apprise précocement, s’avère très efficace », indique le spécialiste. Le licol simple peut toutefois être remplacé par un licol à chaînette (une petite chaîne passe dans la bouche du cheval ou sur son chanfrein) ou un filet, voire un chifney. Ce sont des contentions similaires à l’attache, mais plus dissuasives.
Il y aurait peut-être avant elle les entraves, mais elles ne sont plus guère utilisées de nos jours, sauf pour les juments à la saillie. Ou encore l’immobilisation manuelle, mais qui ne s’effectuent que sur les jeunes poulains, car elle ne consiste qu’à les bloquer contre soit en leur tenant l’encolure et en leur remontant la queue sur le dos. On appelle cela « la contention tête et queue ». Au dire de notre homme de terrain, elle suffirait amplement à effectuer « une majorité d’investigations ».
UN PEU PLUS CONTRAIGNANTE

Un tord-nez/Photo Nicolas Chauveau
Le tord-nez est un autre procédé de contention physique. Il est très usité. Cette méthode d’immobilisation est un peu plus contraignante que le licol. « Le tord-nez est très util ! », insiste Vincent Boureau. En fait, il s’agit d’un manche en bois, au bout du quel est fixée une boucle en chaîne ou en corde. Le principe est d’obtenir une immobilisation par pression de la lèvre supérieure. Bien dosé, c’est indolore pour le cheval bien que limité dans le temps, car cet endroit de la lèvre est très innervé et produit sous l’effet de la compression des endorphines qui sont similaires à ceux de la sédation.
Quand l’attache et le tord-nez ne suffisent pas, la prise d’un membre peut compléter l’arsenal des contentions physiques. C’est généralement un antérieur qui est saisi à ce moment-là. Cette action limite les déplacements du cheval. Pour qu’elle « marche » (cette contention), il faut d’une part que le membre soit tenu fermement, et d’autre part que celui qui soit pris soit celui qui se trouve du côté des intervenants. Dans le même genre, il est possible de maintenir fermement la queue de l’animal. Cela permet d’inhiber les ruades en cas d’inspection ou de palpation de l’arrière-main notamment.

Le travail fait également partie des moyens de contention physiques. Jadis relégué à la ferrure des chevaux lourds, il trône dorénavant dans les haras et les cliniques vétérinaires. Il est pratique pour les actes délicats, comme les inséminations par exemple, car il permet de contenir le cheval dans des barres de bois ou de métal. Reste que toutes ces contentions physiques ont leurs limites, et qu’elles ne peuvent ne venir en aide que pour des gestes simples. De plus, leur efficacité est presque uniquement conditionnée par le bon vouloir de "soumission" du cheval.
APAISER, SEDATER, ENDORMIR

Les contentions chimiques s'administrent essentiellement au moyen d'une piqûre/Photo Nicolas Chauveau
C’est pourquoi, il existe d’autres moyens de contentions. Ce sont les neuroleptanalgésiques, autrement dit les tranquillisants et les sédatifs. « Ils ont beaucoup progressé ces dernières années, entre autres grâce aux dérivés morphiniques », fait remarquer le vétérinaire. Les neuroleptanalgésiques sont des molécules chimiques qui sont essentiellement employées pour les opérations douloureuses et invasives, par exemple pour les castrations, les infiltrations ou les petites chirurgies. Pour les opérations plus lourdes, c’est l’anesthésie générale qui est pratiquée. Dans tous les cas, « le choix d’une neuroleptanalgésie ou d’une anesthésie est fonction de l’objectif à atteindre », explique Vincent Boureau. C’est-à-dire soit de calmer le cheval, soit de l’endormir. « Mais il se fait également selon la nature de l’acte à réaliser (contraignant, douloureux, etc.), du tempérament de l’animal ou de son niveau d’apprentissage et d’habituation aux gestes courants », ajoute-t-il.
Les tranquillisants ont pour effet d’apaiser le cheval, sans l’ « assommer ». En fait, cette contention, chimique, apporte un état de calme. Elle rend le cheval indifférent aux stimulis extérieurs. La molécule la plus courue pour tranquilliser est l’acépromazine. Elle peut être utilisée par tout à chacun, mais sur prescription vétérinaire seulement.
L’avis du professionnel Ce n’est pas un adepte de la contention. Il préfère même l’éviter. Jean-Sébastien Nicol s’occupe d’un établissement équestre de cent-vingt chevaux de clubs et de propriétaires, à Saint-Mars-du-Désert, en Loire-Atlantique. Immobiliser les chevaux contre leur volonté, ce n’est pas son truc. Pour autant, il n’hésite pas à s’y résoudre dès qu’il estime qu’il y a « danger ». « Je privilégie la contention chimique à la physique, avoue Jean-Sébastien. D’abord, parce qu’elle est rapide et facile à mettre en place. Il n’y a qu’à faire une piqûre ou donner des granulés. Ensuite, parce que je trouve que la contention chimique est moins violente que la physique, et qu’elle est plus efficace et moins stressante qu’elle. » Il faut tout de même un peu de temps pour que les molécules fassent effet. C’est pourquoi, notre responsable d’écurie s’en remet quelquefois au filet, licol et autres tord-nez. « J’emploie ces moyens lorsque je suis pressé, dit-il. Mais surtout, quand l’intervention n’est pas longue, pour les injections, la vermifugation ou les petits soins par exemple. » Il y a des situations dans lesquelles Jean-Sébastien ne se pose pas la question : il tranquillise. C’est le cas pour la dentisterie. A l’inverse, il y a des méthodes qu’il se refuse presque à utiliser. « Le tord-nez n’est vraiment pas une contention que j’"affectionne », pointe-t-il. Selon notre homme décurie, l’obligation de la contention est trop souvent amenée par un comportement inadéquat des propriétaires à l’égard de leurs chevaux. « Ils mettent trop d’affectif dans leur relation avec leur animal. Du coup, ce dernier prend le dessus à pied comme au travail. Il devient difficile dans ce cas de le "soumettre" », analyse-t-il. |
Les sédatifs sont un moyen de contention chimique plus puissant que les tranquillisants. Les molécules couramment employées sont ici les alphas 2 agonistes et les morphiniques. Autant dire qu’ils ne sont qu’à l’usage exclusif des vétérinaires. Les sédatifs produisent une dépression de l’état de vigilance et du tonus musculaire. Les chevaux qui sont sédatés ont souvent la tête basse et la lèvre pendante. Mais ils peuvent aussi connaître une perte de l’équilibre et de la coordination motrice. C’est la raison pour laquelle une surveillance médicale s’impose lorsqu’on sédate un cheval. Pour autant, outre ces inconforts pour l’animal, cette contention évite parfois l’anesthésie et ses risques.
L’anesthésie est la contention chimique ultime. Elle insensibilise totalement le cheval. Elle le couche. Il va sans dire qu’il faut qu’un certain nombre de conditions et de précautions soient réunies pour qu’une anesthésie soit entreprise. Et qu’elle n’est et ne doit être réalisée que par un vétérinaire habitué, car les risques comme les effets secondaires d’un tel acte peuvent être délétères pour l’animal.
Il ne faut pas voir dans les contentions des méthodes de « tortionnaires ». « Sur le plan éthique, une immobilisation a toujours pour but de favoriser le confort et le bien-être du cheval », insiste le professionnel du comportement équin. La contention est largement rentrée dans les habitudes. Pour preuve : un acte de dentisterie ne se conçoit plus aujourd'hui sans une tranquillisation ou une sédation.
Non seulement il n’y a pas de contre-indications à la contention, qu'elle soit physique ou chimique, hormis celles qui sont habituelles de pathologies cardiaques, hépatiques, rénales... Mais en plus, il n’y a aucun danger à en réaliser une, si elle est bien maîtrisée et parfaitement adaptée, et tous les moyens d’immobilisation sont superposables. Il n’y a que « quelques spécificités », particulièrement « pour les poulains », dit le praticien. En revanche, rien pour les juments gestantes. « Le stress d’une mauvaise contention physique est si néfaste sur le foetus qu’il est préférable, quand cela est possible, de s’en remettre à la médication », est formel Vincent Boureau. Et de conclure « Il n’y a pas de moyen de contention universel. L’appel à des procédés complémentaires est souvent nécessaire. »
En complément
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* Rremerciements au Dr Francis Desbrosse, de l’Académie vétérinaire, pour la réalisation de cet article.
Ecrit par: Rédaction, Le: 09/02/10






















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