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Rss Observer son cheval, de la tête aux pieds


Photo Marysa Merlo



Avoir un cheval, ce n’est pas que le nourrir, le panser, le monter... C’est aussi savoir détecter quand il est fatigué, quand il boite ou quand il est malade. Il y a beaucoup de signes qui déterminent la bonne et la mauvaise santé du cheval. Certains sont simples à décoder. D’autres sont plus pointus à repérer. Tour d’horizon avec une éleveuse, vétérinaire et cavalière. Par S. C.

Regarder son cheval, ce n’est pas l’observer. L’observer, c’est voir ce qui va ou pas. Autrement dit, avoir un cheval, ce n’est pas que le nourrir, le panser, le monter... C’est aussi savoir détecter quand il est fatigué, quand il boite et quand il est malade.

Il y a beaucoup de signes qui déterminent la bonne et la mauvaise santé du cheval. Certains sont simples à décoder. D’autres sont plus pointus à repérer. Dans tous les cas, c’est une affaire d’attention. Une attitude inhabituelle ou une difficulté soudaine, un bruit ou une chaleur anormale doivent interroger. Sans pour autant forcément inquiéter.

Un cheval se regarde, se touche et s’écoute. Beaucoup d’endroits du corps de cet animal sont des sources précieuses de renseignements sur son état. Des oreilles aux sabots, des dents à la peau, chacune de ces parties a ses signes. Ce sont autant d’indices qui peuvent traduire des situations graves ou bénignes.

Surveillance, vigilance


Photo haras de Couvains



Au haras de Couvains, la surveillance et la vigilance sont de mise. Il faut dire que les quarante chevaux et les vingt poulinières qui vivent ici sont pour partie le fruit d’une grande origine, les Semilly. « Le coup d’oeil, c’est la base de la surveillance, est sûr Richard Levallois, qui dirige l’élevage avec son frère Germin. Il évite souvent que la situation s’envenime. » « Il est vrai qu’il n’est pas facile de tout voir tous les jours, reconnaît Richard. Nous, nous organisons des rondes. Toutes nos bêtes sont vues au moins un jour sur deux. »

« Aller voir ses chevaux, ce n’est pas demeurer à la barrière, rappelle l’éleveur. C’est s’approcher de chacun d’eux et en faire le tour pour voir si ça tousse, si
ça mouche, s’il n’y a pas de plaie, etc. Mais c’est, aussi, les faire bouger pour détecter d'éventuelles boiteries, coliques et autres soucis psychiques.
»

Pour Richard, éviter le pire, « c’est éviter que l’accident arrive ». « Aucun de nos prés n’est clôturé avec du fil barbelé, insiste-t-il. Tous le sont avec des lices de bois ou des rubans électriques. Rien ne traîne non plus dans nos pâtures. Cela évite les malheurs. » Mais l’éleveur d’attirer également l’attention sur la prévention : « Lorsque les chevaux sont vermifugés, soignés et nourris régulièrement, ils ne posent guère de problème », est-il convaincu. Reste, après, à être sérieux et rigoureux.


« LE PREMIER COUP D'OEIL »


Contrôle de la jugulaire/Photo Marysa Merlo

Pour Sylvie Bonnan, vétérinaire et à la tête d’un élevage de chevaux de sports en Loire-Atlantique, « le premier coup d’œil est important. C’est lui qui indique tout de suite si le cheval est en bonne santé ou pas. » S’agissant d’un animal de troupeau, « s’il en est isolé, c’est que soit il est malade, soit il a mal quelque part et ne peut pas suivre ses congénères », souligne l’éleveuse.

Manger : c’est une activité importante du cheval. Il y consacre l’essentiel de son temps. Ainsi, lorsqu’un cheval reste prostré, la tête basse ou couché, « il faut s’inquiéter », dit Sylvie Bonnan. C’est souvent une expression de maladie. Méfiance, aussi, au cheval qui baille souvent. Il peut présenter des soucis d’ulcères gastriques.


Contrôle de la fréquence ventilatoire/Photo Marysa Merlo



Le coup d’œil sert aussi à évaluer la forme générale du cheval. Les veines jugulaires (du bas de l’encolure) doivent être bien remplies, et ne pas laisser transparaître de pouls violent. C’est un risque circulatoire qu’il faut craindre autrement. Idem pour les flancs, ils ne doivent pas bouger inconsidérément. Etant le reflet des mouvements respiratoires du cheval, si les flancs se lèvent et se baissent en permanence, c’est que le cheval est ou géné par la chaleur, ou importuné par une affection générale (coliques notamment).

JAMAIS DE SANG


Contrôle de l'état du cheval/Photo Marysa Merlo

Il ne faut pas s’y méprendre, un cheval qui a le poil brillant n’est pas obligatoirement resplendissant de santé. « C’est plutôt le poids qu’il faut regarder », insiste la vétérinaire. Certes, l’excès nuit dans les deux sens. Cependant, on tolère que les poneys soient un peu plus enrobés, et que les chevaux de sang soient un peu plus osseux.

Le regard permet enfin de déceler les plaies diverses, les allures et autres attitudes (de douleur, d’excitation, d’apathie, d’angoisse...). « La sudation, excessive et en dehors du travail, en est un témoin (de la douleur), dit l’éleveuse. Elle peut être révélatrice de coliques. » Tout comme le cheval qui se campe démesurément à la miction. C’est un comportement qu’il faut prendre en compte, encore plus s’il urine par petite quantité. Ce peut être la manifestation d’un dysfonctionnement rénal. Mais les crottins peuvent aussi être secs. C’est le cheval qui mange trop de paille. Ou, inversement, l’animal peut connaître des épisodes de diarrhée. « Dans tous les cas, c’est la couleur et l’odeur des crottins qui doit avertir, précise la spécialiste. Ils doivent être verts et luisants, et ne pas « sentir l’acide ». Sinon, c’est que le cheval a un régime alimentaire déséquilibré, trop riche en trèfle ou en céréales principalement. »


Contrôle de la muqueuse oculaire/Photo Marysa Merlo



Les muqueuses font partie de ces endroits du cheval qui sont à surveiller de prêt. Jamais, elles ne doivent laisser de sang couler. La moindre hémorragie du nez, des oreilles, de l’anus... est une urgence absolue. Les muqueuses doivent toutes être propres, plates (comprenez : non enflées) et indolores. Elles ne doivent dégager ni odeur, ni chaleur. Important : les naseaux doivent être secs. Tout écoulement purulant ou de sang à ce niveau-là doit faire penser à une affection respiratoire. Et les yeux doivent être ouverts, avec la muqueuse oculaire bien rose. La couleur des mêmes yeux, jaune, leur larmoiement, continu, ou leur clignement, rapide, sont des signes de souffrance soit générale (digestif ou rénal), soit locale (maladie ou traumatisme).

SAINS ET SECS


Inspection des tendons/Photo Marysa Merlo

Le seul coup d’œil ne permet toutefois pas de tout voir. Il faut souvent aller plus loin dans l’inspection du cheval pour constater quoi que ce soit. La grosseur, la douleur et la chaleur sont des indices qui se constatent plus en les touchant qu’en les regardant.


Contrôle du pouls digité/Photo Marysa Merlo



Les membres du cheval doivent être sains et secs, et les sabots froids. Le contrôle de ces endroits se fait donc avec les mains. Il faut commencer par le bas des membres et remonter progressivement. « La chaleur exprime une inflammation, rappelle Mme Bonnan. D’autant plus si elle est corroborée par des pouls digités, de part et d’autres des pieds, ou palmaires, de chaque côtés des membres (image). Ils traduisent une mauvaise circulation sanguine. » Attention aux pâturons, ils peuvent cacher des lésions qui peuvent être soit dues au soleil, soit dues à des agressions par des champignons, soit dues à des blessures diverses. Mais aussi aux sabots, ils peuvent être éclatés ou fissurés. Et aux membres, ils peuvent être atteints de tares multiples (molettes, suros, hygromas, etc.).


Inspection du dos/Photo Marysa Merlo



Plus haut, il y a le dos. C’est encore une zone du cheval qui s’examine principalement avec les mains. « En principe, là, comme sur tout le reste du corps du cheval, les muscles doivent être souples. Aucune vertèbre ne doit être exagérément ressortie ou décalée par rapport à l’autre. Et le cheval ne doit ni gratter, ni essayer de mordre celui qui le palpe », est formelle la vétérinaire. Tout comportement anormal à la vérification de cette région (le dos, la croupe et les cuisses) doit faire suspecter une dorsalgie ou une myosite.


Inspection des ganglions pharyngés/Photo Marysa Merlo



L’état des ganglions du cheval se perçoit également à la main. Ce sont ceux de l’auge et du pharynx qu’il faut précisément vérifier. Ils ne doivent pas être hypertrophiés. Car, s’ils le sont, il y a de fortes chances que le cheval couve une infection générale (grippe ou gourme entre autres).

SIGNIFICATIFS


Auscultation cardiaque/Photo Marysa Merlo

L’observation du cheval ne se limite pas qu’au regard et au touché. Les bruits qu’il dégage sont aussi significatifs. Le cheval respire de manière fluide. Les râles, comme les sifflements sont donc pathologiques.

Si l’ébrouement est normal, l’éternuement et, plus encore, la toux, eux, ne le sont pas, surtout s’ils s’accompagnent de jetages. « On peut tolérer qu’un cheval tousse de manière très occasionnelle, prévient Sylvie Bonnan. En revanche, sitôt qu’il le fait plus régulièrement, il faut alerter le vétérinaire. » Car les poumons du cheval sont fragiles et difficiles à soigner. Leur atteinte peut induire une baisse des performances qui peut être définitive.

Mais, s’il y a bien quelque chose qui s’écoute sur le cheval, c’est le cœur. Cela peut se faire en tendant l’oreille derrière la pointe du coude. Néanmoins, le stéthoscope reste tout de même l’outil le plus pratique pour s’adonner à cet exercice. « Ce n’est pas tant le bruit du cœur qui doit interroger, précise la praticienne. C’est le rythme. S’il est très élevé et irrégulier, alors que le cheval est au repos, c’est que celui-ci souffre. » Après, d’autres considérations peuvent entrer en ligne de compte. Un cheval, dont le cœur fait des « bruits de galop », n’a rien à craindre. Tandis qu’un autre, dont le cœur fait entendre des souffles, nécessite un examen. « Ce n’est pas normal ! », insiste Mme Bonnan.


De gauche à droite : inspection des cadrants digestifs inférieurs et supérieurs/Photo Marysa Merlo



La digestion du cheval est également assez bruyante pour qu’elle puisse se faire entendre. Elle s’écoute en appliquant l’oreille ou le stéthoscope sur le creux des reins et le bas des flancs du cheval. C’est ce qu’on appelle l’auscultation des quatre cadrans (supérieur et inférieur gauche, inférieur et supérieur droit). Ce qui, en l’espèce, doit être préoccupant, c’est le silence. Il doit toujours y avoir, au moins dans l'un des cadrans, un peu de bruit de brassage digestif.

Rappels


Photo Marysa Merlo



  • Le cheval parcourt entre 15 et 30 kilomètres chaque jour dans son pré.
  • La fréquence ventilatoire du cheval et de 12 à 15 mouvements par minute, et sa fréquence cardiaque de 30 à 40 battements par minute.
  • Les mouvements digestifs du cheval sont d’au moins 1 par minute.
  • La température corporelle normale du cheval se situe autour des 37,5 degrés.
  • Le cheval passe près de 15 heures à manger dans une journée.
  • D’une manière générale, on peut deviner les côtes du cheval, mais on ne doit pas les voir.
  • Pour percevoir les allures du cheval, il faut regarder : les mouvements de la tête, pour les antérieurs ; et ceux de la croupe, pour les postérieurs.
  • Le cheval boit quotidiennement entre 40 et 80 litres d’eau.
  • Le cheval a un petit estomac, il faut donc lui fractionner les repas.
  • Le cheval produit environ 15 kilos de crottins et deux litres d’urine par jour.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 09/10/07