
Photo Nicolas Chauveau
Malgré les efforts qui sont faits ici et là pour tenter d’enrayer le dopage, il apparaît que le phénomène reste récurant. Entre les tricheurs et les chevaux dopés par erreur, la réalité est que les contrôles ont toute bonne raison d’exister. Chaque année, en France, plus de 20.000 prélèvements sont effectués. Ce sont pourtant souvent les mêmes substances qui sont décelées. Par Rédaction
Les affaires de dopage qui secouent régulièrement le monde du cheval ne sont pas sans rappeler que le problème demeure. Il y a les dopeurs invétérés, ceux pour qui les chevaux ne sont que des « machines à courir ou à sauter ». Mais il y a, aussi, ceux qui ne sont pas bien informés sur le sujet et qui n’ont pas conscience des risques qu’ils prennent à accroître artificiellement les performances de leur monture ou à leur administrer des traitements sans en connaître les délais de rémanence (élimination). En effet, ces derniers peuvent-ils être d’une paire d’heures pour certains tranquillisants, contre plusieurs semaines ou plusieurs mois pour quelques corticoïdes ou anabolisants.
Mais revenons sur l’amélioration artificielle des performances. Il faut le savoir, l’emploi de substances comme les anabolisants a des effets pervers. Ceux-ci agissent sur la masse musculaire en créant un déséquilibre entre les muscles qui sont faussement grossis et les autres tissus (comme les ligaments, les tendons ou les articulations) qui ne le sont pas. Ils fatiguent le cœur, dans la mesure où celui-ci est obligé de fournir plus de sang pour alimenter des muscles qui sont devenus d’un seul coup plus volumineux. Et ils ont de graves conséquences sur la fertilité des juments, car ils leur atrophient les ovaires. « Les anabolisants sont des médicaments destinés à stimuler le métabolisme dans le cadre de pathologies très particulières », rappelle Richard Corde, président des commissions vétérinaire et anti-dopage au sein de la Fédération française d’équitation (FFE). « S’ils sont les premiers médicaments du dopage, les anabolisants sont, aussi, les plus recherchés », tient-il à souligner.
CONTAMINATIONS ACCIDENTELLES

Photo Manoël Relet
Néanmoins, le monde hippique n’est pas fait que de tricheurs. Il existe bien des chevaux qui sont dopés à leur insu. Cela peut arriver à la suite de contaminations accidentelles, qui peuvent avoir lieu soit avec des aliments soit lors de transits dans des box inconnus. Dans le premier cas, aucune directive oblige les fabricants à spécifier la présence de substances prohibées dans leurs produits. D’où cette incitation à la prudence du Dr Corde : « Lorsqu’un cheval fait de la compétition, il est indispensable de lire attentivement les étiquettes des aliments qui lui sont donnés ou de les faire viser par un vétérinaire. » Quant aux contaminations dites « de voisinage », donc accidentelles, pour les éviter, « il faut systématiquement nettoyer la mangeoire et l’abreuvoir, mais également vider chaque boxe de passage avant d’y mettre son cheval, insiste encore le vétérinaire de la FFE. » Car les résidus d’aliments, autant que la paille souillée, sont très contaminants.
D’autant, qu’en cas de contrôle positif à un test anti-dopage, ce sont toujours le cavalier, le propriétaire ou l’entraîneur du cheval incriminé qui est inquiété. Aucun recours, hormis l’urgence absolue ou le vice de procédure, qu’il faut savoir prouver, n’est explicable pour dédouaner la présence de substances interdites dans les fluides (sang, urine, etc.) d’un cheval de compétition. Même la présentation d’une ordonnance en bonne et due forme n’est pas ici satisfaisante. En matière de contrôle positif, la règle est stricte et identique quelle que soit la fédération : la sanction est fonction de la substance détectée et de la quantité trouvée.
Questions à Rodolphe Scherer, cavalier de concours complet VETOCHEVAL. - Craignez-vous le dopage ? REDOLPHE SCHERER. - Oui, comme tout le monde. D’autant que, contrairement à l’athlète humain, le cheval n’a le droit à presque rien, hormis quelques médicaments et substances présentes naturellement dans son organisme ou dans son environnement. Cela signifie qu’il peut vite être déclaré positif. Du coup, dans mes écuries, la chasse aux substances interdites est une précaution. Ce n’est certes pas une obsession, mais cela procède tout de même de vérifications. VTCHL. - Comment veillez-vous au dopage ? R. C. - Je fais attention à tout, aussi bien aux traitements qui sont prescrits à mes chevaux qu’à ce qu’ils mangent. Je ne suis pas du genre à sauter sur tous les produits qui sortent sur le marché. Je fais plutôt confiance aux gens avec lesquels je travaille depuis longtemps. VTCHL. - Prenez-vous des mesures particulières pour éviter les contaminations lors de vos déplacements ? R. C. - Oui. Aux étapes des longs voyages, je fixe toujours mes mangeoires dans celles des box qui me sont proposés. Et, sur les concours importants, je veille à ce que n’importe qui ne s’approche pas de mes chevaux. VTCHL. - Combien de fois êtes-vous contrôlé par an ? R. C. - Entre deux et cinq fois, cela varie en fonction de la saison et de mes résultats. VTCHL. - Pensez-vous que ce soit suffisant ? R. C. - Je n’en sais rien. En revanche, ce que je crois, c’est qu’il me semblerait plus judicieux de contrôler systématiquement les premiers des épreuves plutôt que de tester, comme c’est le cas parfois, qu’un ou deux chevaux au hasard des classements. |
30 000 PRELEVEMENTS

Photo Nicolas Chauveau
Chaque année, le laboratoire de Chatenay-Malabry (Hauts-de-Seine), seul établissement agréé de notre pays, observe près de 30 000 prélèvements anti-dopage. 22 000 concernent les courses françaises, et un peu plus de 700 les sports équestres. Parmi tous ces tests, entre 0,3 et 0,5 % sont positifs et intéressent les chevaux de la première catégorie. Alors que la positivité de ceux de la seconde est de dix fois supérieures à celle des animaux de la précédente. Pour expliquer les disparités entre les deux mondes, Pascal Dubois, de la FFE, dit « que les enjeux financiers ne sont pas les mêmes et que, sur le plan technique, il n’est pas facile de disposer d’un vétérinaire préleveur pour les épreuves de « sa » fédération compte tenu des problèmes organisationnels que rencontrent « ses » compétitions, qui ont lieu partout sur notre territoire. » « D’autre part, les courses partent et arrivent à l’heure, ce qui n’est pas une réalité chez nous. Et la procédure d’un contrôle anti-dopage exige qu’il y ait un boxe pour effectuer les prélèvements, or, c’est loin d’être le cas sur toutes nos compétitions », tente-t-il encore de justifier.
En pratique L’analyse anti-dopage d’un cheval s’effectue à partir de son urine, de son sang ou de ses poils. Elle est réalisée par un vétérinaire préleveur, durant ou juste après une compétition, qui agit au nom d’une fédération : Fédération française d’équitation, Fédération nationale des courses françaises, Fédération équestre internationale... Le contrôle anti-dopage peut concerner le ou les gagnants d’une épreuve, ou seulement quelques chevaux tirés au hasard des classements. Il faut un jour et cinq étapes pour en connaître le résultat. A leur arrivée au laboratoire, les échantillons sont enregistrés de façon informatique, c’est-à-dire qu’un code barre (appelé numéro de laboratoire) leur est attribué. Dès lors, le test peut commencer. Il ne concerne qu’un seul des deux échantillons prélevés, le A. L’autre, le B, est conservé au congélateur à -20° pour la contre-expertise en cas de positivité. La première étape de l’analyse est l’extraction. Son but est d’isoler les substances anormales de l’échantillon. La seconde vise, au contraire, à en identifier les constituants normaux. C’est, en fait, la troisième étape de l’analyse qui sépare les substances prohibées du reste de l’échantillon. Et c’est la quatrième qui les identifie de manière précise. La dernière étape de l’analyse anti-dopage n’est autre que son interprétation. C’est à ce moment-là, en cas de contrôle positif, que les instances fédérales sont informées et que le cheval incriminé est écarté de toute compétition officielle. |
De son côté, le directeur du laboratoire de Chatenay-Malabry, le docteur Yves Bonnaire, reconnaît qu’ « il est toujours possible de passer à travers les mailles du filet ». Toutefois, il précise « que les techniques actuelles permettent de dépister plusieurs milliers de substances prohibées. Et que, pour certaines d’entre elles, comme les anabolisants par exemple, la détection peut se faire de manière infime ». « Tout est question de sensibilité, explique-t-il. Si nous voulions déceler de la phénylbutazone à six mois, nous y arriverions sans problème ! » Mais, les discussions vont-elles plutôt vers des recherches intelligentes : « En clair, si nous pouvons accepter, dans une certaine mesure, que des molécules qui sont indispensables aux soins des chevaux (comme les coliques notamment) soient présentes dans leur organisme, poursuit le Dr Bonnaire, nous pouvons, à l’inverse, faire la chasse absolue à celles (comme les corticoïdes retards ou les tranquillisants par exemple) dont nous savons que le caractère d’urgence n’est pas avéré. »
A ceux qui penseraient, donc, que la lutte anti-dopage ne serait qu’une pâle copie digne du gendarme et du voleur, il serait bon qu’ils soient bienveillants. En effet, il est impossible de connaître les délais de rémanence de chaque produit, car ceux-ci dépendent de leur voix d’administration (orale, sous cutané, intraveineuse...). Mais, aussi, ils sont inconnus lorsque plusieurs molécules sont administrées en même temps.
Liste des catégories de substances prohibées | ||
| Médicaments tolérés
| Quelques seuils autorisés
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* mcg = microgramme : ml = millilitre. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 12/06/07























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