
Conséquences d'un harper australien/Photo Duflos
Les chevaux sont des animaux sensibles aux substances toxiques. Il n’en est besoin que d’une petite quantité pour qu’ils soient empoisonnés. Les signes de l’intoxication sont complexes et multiples. Voici ce qu’il faut savoir pour éviter le pire. Par Sébastien Chauveau
Les chevaux sont des animaux sensibles aux substances toxiques. Leur estomac est ainsi fait qu’ils ne disposent pas de la flore bactérienne nécessaire à l’épuration des aliments. Il n’est besoin que d’une petite quantité de substance pour que les chevaux soient gênés, voire empoisonnés. « Pour autant, les vraies intoxications de ces animaux ne représentent qu’un infime pourcentage de nos appels, rassure Xavier Pineau, vétérinaire et toxicologue au CNITV (Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires), à Lyon (69). Il faut dire qu’ils ont moins accès que les animaux de compagnie aux produits qui sont périlleux pour eux. » Rapidement, les chevaux qui sont intoxiqués peuvent montrer des signes de mal-être, qui peuvent aller de la sueur en passant par l’éruption cutanée, l’hyperthermie, les troubles nerveux ou encore les coliques... « Le diagnostic d’empoisonnement est, de prime abord, assez difficile à poser, reconnaît le Dr Pineau. C’est généralement en fouillant dans le mode de vie du cheval qu’on en déduit qu’il est intoxiqué. » Malgré tout, les expositions aux toxiques n’engendrent pas forcément de troubles. En revanche, certains occasionnent des symptômes qui leur sont propres. C’est ainsi qu’ « un cheval qui aura été attaqué par des chenilles processionnaires développera une invasion urticante, alors qu’un autre qui aura mangé de l’anti-limaces présentera des dysfonctionnements neurologiques », indique Xavier Pineau.
Témoignage Joséphine est une jument de selle de neuf ans. A l’été 2003, elle a contracté un harper australien, a priori, suite à une ingestion massive de porcelle enracinée, alors qu’elle était en pension avec cinq autres chevaux dans un pré de deux hectares pauvre et rasé. Durant les quinze premiers jours de ce mois de juillet caniculaire, Nathalie et Pascal Duflos, les propriétaires de Joséphine, avaient remarqué des attitudes bizarres de leur jument. « Elle remontait brutalement les postérieurs de temps en temps », raconte madame. Puis les choses se sont vites aggravées, jusqu’à ce que Joséphine ne puisse plus bouger. Il aura fallu plusieurs mois d’enfermement au boxe et divers traitements pour venir à bout dû harper de cette jument. « Mais, aujourd'hui, Joséphine a totalement retrouvé ses moyens, affirme, réjouie, Nathalie. Elle a seulement gardé des sabots fragiles à cause des coups violents qu'elle a donné au sol durant la maladie. » |
Souvent, les substances qui empoisonnent les chevaux sont des plantes. « C’est logique, puisque ces derniers sont des herbivores », dit le toxicologue du CNITV. Les végétaux qui sont risqués pour les chevaux sont nombreux. Soit ils sont victimes de leur contact, soit c’est en les absorbant qu’ils contractent une intoxication. Les chevaux s’intoxiquent plus fréquemment avec des plantes coupées qu’avec des plantes sur pied. Comme si le fait de les arracher leur retirait leur côté avertissant. C’est le cas des orties, qu’ils ne mangent pas lorsqu’elles sont en terre mais qu’ils grignotent une fois qu’elles sont déracinées.
INTOXICATIONS VEGETALES

Photo Marysa Merlo
Pour les chevaux, la belle saison, d’avril à octobre, est donc une période propice aux intoxications végétales. « C’est, aussi, l’époque de l’année où ils vivent le plus au pré », fait remarquer le Dr Pineau. Tout en précisant que l’"empoisonnement de ces animaux par les plantes s’accroît en même temps que la saison est sèche et pauvre en herbe, et qu’elle diffère d’une région à une autre". Ainsi, les intoxications par la férule ne se rencontrent que dans le maquis corse, par le vératre, en zone de montagne.
Bien que dame nature recense une importante potentialité de plantes toxiques pour les chevaux, elle en empoisonne finalement assez peu de manière grave. Néanmoins, pour le toxicologue du CNITV, « ce sont bien souvent les mêmes plantes qui posent le plus d’interrogations, tant lors des empoisonnements des chevaux que dans le cadre de la prévention des propriétaires pour ériger des haies ou faire des rotations de terres. »
Les végétaux les plus incriminés sont ceux qui sont arborescents. Parmi eux, on trouve le robinier (acacia), l’if, le laurier cerise, le laurier rose, la glycine, le buis ou le chêne... Pour certains arbres, comme l’if notamment, les dégâts sont très rapides. Un cheval qui en absorbe plus de dix grammes de ses feuilles peut mourir en moins d’une heure. Au registre des intoxications végétales, il faut également pointer, qu’à la fin de l’été, les chênes laissent tomber leurs fruits, les glands. Or, ceux-ci sont un poison pour les chevaux, surtout lorsqu’ils ne sont pas mûrs. Les plantes herbacées ne sont pas non plus sans danger. Le colchique, la digitale, la porcelle enracinée (pissenlit), la prèle, la renoncule et le vératre... sont, elles aussi, toxiques pour les équidés.
SUBSTANCES CHIMIQUES

Photo Marysa Merlo
Après les plantes, ce sont les substances chimiques que doivent craindre les chevaux. Avec les beaux jours, les épandages de produits phytosanitaires (engrais, herbicides, insecticides, etc.) se font dans d’importants tonnages. « Pourtant, les empoisonnements massifs à ces produits demeurent quasi impossibles à leur dose d’emploi », rappelle le Dr Pineau. Autrement dit, un cheval qui broute quelques brins d’herbe qui ont reçu des projections de ces substances chimiques ne risque rien. Il faut qu’il les absorbe directement et en grande quantité pour qu’il en subisse les conséquences. Reste que les spécialistes s’accordent à dire que les chevaux sont souvent attirés par les parcelles qui ont subi des traitements phytosanitaires. Il vaut donc mieux les en éloigner. Car un cheval qui chipote ici et là un peu de graines d’engrais n’est, certes, pas appelé à mourir, mais il peut tout de même connaître des désordres digestifs qui peuvent être plus ou moins graves.
Pas de législation Les médicaments à usage vétérinaire font l'objet d'une législation spécifique dans notre pays. Leurs effets secondaires étant, pour leur part, surveillés par une pharmacovigilance. En revanche, il n'y a pas de réglementation quant aux conséquences des produits alimentaires et phytosanitaires sur les animaux domestiques. L’unique qu’il y ait, dans ce domaine, ne vise que les risques pour l’homme et pour l’environnement. Pour limiter les dangers, Xavier Pineau conseille alors de « s’en référer à l’index phytosanitaire ». On le trouve dans toutes les coopératives agricoles. Ce document précise la caractéristique de chaque substance, sa dose d’emploi, son risque toxique, sa dose létale, etc. Il peut, d’après le Dr Pineau, « être un bon repère ». Car il indique au moins le seuil de menace (mortelle précisément) des produits qui sont utilisés. |
Quelques vieilles peintures au plomb peuvent également empoisonner les chevaux qui rongent leur porte de box à longueur de temps. Ce peut aussi être le cas de divers produits de nettoyage et de bricolage, comme ceux qui contiennent des crésols ou de la créosote, s’ils sont employés dans des mauvaises conditions, c’est-à-dire en présence des animaux et dans des locaux non ventilés. De leur côté, les médicaments peuvent aussi causer des effets secondaires, notamment lorsqu'ils sont mal utilisés. Ce peut être le cas lors de surdosage de vermifuge en pâte orale.
Enfin, le beau temps soulève un autre lot d’intoxications des chevaux, ce sont celles qui sont dues aux mycotoxines du type fumonisines et stachybotryotoxines. On les trouve dans les poupées de maïs qui restent dans les prés et dans les fourrages qui ont été mal conservés. « Leurs effets sont redoutables, prévient le toxicologue de Lyon. Ou les chevaux qui en ont été victimes meurent, ou ils restent handicapés à vie. » Attention, par ailleurs, aux aliments que l’on distribue aux chevaux, même pour une nuit quand on est en randonnée. Il y en a, comme ceux qui sont destinés aux porcs ou aux volailles, qui contiennent des additifs (antibiotiques ou anti-coccidiens par exemple).
Pour ne pas que la belle saison rime avec intoxication, il faut penser à ne pas laisser les poulains seuls au pré. Il faut qu’ils soient éduqués par leurs congénères à manger les bonnes herbes. Les chevaux qui ne sortent jamais en pâtures ont, eux aussi, cette nécessité d’être guidés. Idem pour les animaux qui ont à être parqués loin de leur zone d’élevage. C’est lorsque les chevaux n’ont plus de quoi manger qu’ils tendent à s’empoisonner. Il convient donc de se souvenir qu’ils sont des animaux à fort (comprenez important) volume digestif. Il leur faut ainsi avaler quotidiennement à peu près dix kilos de matière sèche.
Les bons réflexes Le traitement de l’intoxication du cheval est assez complexe. Pour ne pas le compromettre, il est essentiel d’adopter les bons réflexes. Dès l’apparition des premiers symptômes d’un empoisonnement, il faut immédiatement appeler le vétérinaire. En l’attendant, il est aussi possible de joindre l’un des deux centres anti-poison pour animaux que compte la France. « Dans tous les cas, il ne faut jamais faire de manœuvre médicale sans l’avis d’un spécialiste, prévient Martine Kammerer, docteur vétérinaire et professeur de toxicologie au Centre anti-poison animal de l’Ouest, à Nantes (44). Car il y a des produits qui peuvent être indiqués dans des cas d’intoxication mais contre-indiqués dans d’autres. » Il ne faut pas, non plus, donner à manger à un cheval qui a été empoisonné, même du foin. Cela pourrait diminuer l’efficacité des soins. « Il n’y a, par contre, généralement pas de contre-indication à le faire boire. De même qu’il n’y en a pas à toujours le mettre au calme, car les signes neurologiques sont souvent graves en pareil cas », indique le professeur. Le traitement de l’intoxication du cheval se fait en plusieurs phases. Dans de rares cas, il peut lui être administré un antidote. « L’atropine est entre autres utilisée pour remédier aux empoisonnements à quelques insecticides », explique le Dr Kammerer. Mais, la plupart du temps, il est d’abord question de favoriser l’absorption et l’élimination du toxique en utilisant du charbon actif, de l’huile de paraffine et des diurétiques. Puis il peut être nécessaire de corriger les symptômes en employant des bronchodilatateurs, des antispasmodiques, des anti-inflammatoires et des antalgiques. Bien que le traitement de l’intoxication du cheval puisse souvent être l’affaire que de vingt-quatre heures, il peut parfois se poursuivre durant plusieurs semaines et laisser de graves séquelles. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 08/05/07























00049439