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Rss Vacances au pré, à quoi faut-il penser


Le cheval est un animal grégaire, qui est fait pour vivre avec ses congénères en plein air/Photo Marysa Merlo



Les vacances arrivent, et la question de la garde des chevaux sonne comme un refrein bien connu. C’est tous les ans la même chanson. A quelques semaines des grands départs, l’inquiétude gagne. Que faire de son cheval pendant ses congers ? A qui le confier ? Comment s’en occuper ? Faut-il le mettre seul au pré ou accompagné ? Les choses ne sont en fait pas si complexes qu’il y paraît. Tout est question de bon sens. Mettre son cheval en garde ne se borne pas qu’à le « jeter » à la hâte dans un pré. Il y a des règles à respecter. Et des principes à ne pas oublier. Par Sébastien Chauveau

Il y a plusieurs solutions pour envisager les vacances de son compagnon. Nous en retiendrons une, parce que c’est la plus satisfaisante pour lui, c’est celle qui consiste à le mettre au pré avec d’autres chevaux. Il s’entend aussi parfaitement avec les vaches ou les moutons. Mais c’est avec ses congénères équins qu’il se sent bien. Petit rappel : le cheval est un animal qui a toujours vécu en groupe, dans des zones découvertes. Pour qu’il soit heureux, Yannick Guin, vétérinaire, aime dire qu’ « il lui faut de l’espace et de la nourriture », et souligner que « c’est le dernier animal que l’homme a domestiqué » et que « c’est pour cela qu’il n’a pas totalement abandonné ses comportements de bête sauvage. »

Des bonnes vacances, pour un cheval, c’est donc au pré, avec d’autres équidés. « Seul, cela ne répond pas du tout à son besoin grégaire, dit Léa Lansade, éthologue et chercheuse à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique). Les chevaux ont besoin les uns des autres. Ne serait-ce que pour se chasser les mouches ou pour se surveiller lorsqu’ils dorment. » « Si c’est une villégiature connue, le cheval retrouve vite ses marques. Sinon, il est bon de lui les faire prendre », ajoute l’éthologue.

En plein été, un demi à un hectare par animal suffit pour que chacun puisse bouger et s’alimenter. Pour autant, l’espace et la nourriture ne font pas tout. Il faut que les lieux soient parfaitement clos. Qu’il y ait des abris ou des haies naturelles. Et qu’il y ait un point d’eau propre et accessible. Ce n’est pas parce que le cheval a de la place, à manger et à boire qu’il faut s’affranchir de le surveiller. « Il faut le visiter tous les jours, surtout s’il est seul, et contrôler les clôtures au moins une fois par semaine », prévient le vétérinaire. « Ce qui doit alerter, ici, c’est le cheval qui ne mange pas ou qui reste immobile, indique de son côté la chercheuse. Ou encore, c’est celui qui court tout le temps ou qui est constamment à l’affût. Ces attitudes témoignent souvent d’un mal-être ou d’une inquiétude. »

Etre assuré


La responsabilité d'un cheval incombe à celui qui en à la garde au moement des faits/Photo Marysa Merlo



Lorsque l’on met un cheval dans un pré, qu’il soit à un professionnel, à un ami ou à un membre de la famille, la responsabilité incombe à celui qui en a la garde. Cela signifie que ce dernier doit être convenablement assuré. Autrement dit, qu’il a contracté une responsabilité civile pour propriétaires d’équidés (RCPE), ou prévenu son assurance du nouvel arrivant. Certaines Compagnies prévoient dans leurs contrats multirisques habitation la garde d’un à plusieurs chevaux. Mieux vaut s’en assurer, et vérifier que le nombre d’équidés n’est pas limité.


LE PREPARER A PARTIR


Le paddock est une bonne transition avant la mise au pré/Photo Marysa Merlo

Le cheval est un animal de routine. Par définition, il n’aime pas bousculer ses habitudes. « D’un point de vue scientifique, on ne sait pas s’il agit par automatisme ou par affection, souligne Léa Lansade. Ce qui par contre est établi, c’est que c’est un néo-phobique, c’est-à-dire qu’il a peur de la nouveauté. » « Les chevaux qui sortent régulièrement de chez eux, pour aller en concours ou en randonnée par exemple, ont néanmoins plus l’habitude que les autres (les sédentaires) de bouger, constate-t-elle. Pour eux, le changement d’endroit est moins vécu comme une agression. »

Même s’il s’agit d’un départ en vacances, le cheval a besoin d’un minimum d’habituation. Surtout s’il doit passer d’un boxe à un grand pré. Il faut alors le préparer à partir. Le préparer, cela signifie qu’il faut entre autres lui réapprendre à marcher, en le lâchant en paddock quelques heures par jour avant le départ. « Les chevaux qui ne vivent qu’entre boxe et carrière ne savent plus se déplacer, explique le Dr Guin. Leur proprioception est altérée. Autrement dit, leurs pieds ne savent plus « lire » le sol (les trous, les bosses, les dévers, etc.). Ils peuvent se briser un membre dès le premier galop. »

Avant d’envoyer son cheval au pré, il faut aussi lui réapprendre à manger. Disons, que, « la génétique revient vite pour savoir ce qui dans l’herbe est bon ou ne l’est pas », souligne le vétérinaire. Mais, passer du rationnement au self-service peut occasionner des problèmes digestifs. C’est pourquoi, il est bon d’opérer une transition, soit en distribuant au cheval un peu d’herbe fraîchement coupée au cours des repas d’avant le départ, soit en le faisant brouter en main de temps en temps dans la semaine qui précède les vacances.

« Les coliques sont rares sur les chevaux qui vivent au pré, rassure le Dr Gain. Idem pour les fourbures, sauf pour ceux qui y sont sujets. » « Le risque est plutôt, sur les chevaux de pré, la méconnaissance, voire l’anthropomorphisme. Entre le début mai et la fin juillet, l’herbe suffit en principe à nourrir n’importe quel cheval qui ne travaille pas. Il n’y a besoin de rien d'autre, seulement d’une pierre à lécher », insiste l’ex-praticien aujourd'hui à la retraite. Si les pâtures sont pauvres, du foin peut malgré tout être apporté. Il faut, dans ce cas, prévoir que tous les chevaux du pré puissent y accéder sans se blesser.

Certes, les coliques sont peu fréquentes chez les chevaux de pré. Toutefois, on peut observer chez ces derniers des accidents musculaires. Il s’agit principalement de myosites. Celles-ci ne sont pas dues à un excès d’aliments, comme c’est le cas au boxe. Elles sont la conséquence des courses effrénées que les chevaux se livrent au pré pour fuir ou jouer. « Dès lors que ces myosites ne sont que des courbatures, elles ne sont pas graves. C’est différent si elles sont des coups de sang. Elles nécessitent un diagnostic », indique le Dr Guin.

« CINQ A HUIT JOURS »


Au pré, les chevaux parcourent entre 15 et 30 kilomètres par jour/Photo DR

Ce n’est qu’une fois les petits retours aux sources effectués que l’on peut envisager le départ. Maintenant que le cheval sait à nouveau marcher comme un cheval et qu’il est prêt à paître, il peut aller gambader avec ses copains. Pour le vétérinaire, une transition de « cinq à huit jours » est indispensable pour que le cheval se « réhabitue, sans trop de risques, à sa vie naturelle ». Si elle (la transition) n’est pas possible, il invite alors, pour les individus nerveux seulement, à employer « un peu de calmant pendant les deux ou trois premiers jours des vacances ». « Simplement pour éviter qu’ils fassent trop les fous et qu’ils se blessent gravement », précise-t-il.

Au départ, au pré, les contacts entre les chevaux sont rugueux. C’est la raison pour laquelle il est préférable de tous les déferrer des postérieurs pour cette période de repos, et « de refaire les mêmes groupes, dans la mesure du possible », conseille l’éthologue. « Les brimades sont des codes. Elles ne durent pas longtemps, deux ou trois jours tout au plus. Elles font rarement de dégâts. Elles « servent » à ce que le ou les nouveaux arrivants prennent leur place dans le groupe », explique le Dr Guin. Une fois la hiérarchie établie, les choses rentrent dans l’ordre. Les affinités se créent. Il faut le savoir : le dernier arrivant a peu de chances d’être le chef du groupe. « Personne ne doit se mêler de ces codes ! Cela ne sert à rien », fustige le vétérinaire.

Attention toutefois, lorsque les chevaux sont des entiers, fussent-ils gentils, il n’est pas conseillé de les mélanger. Les vacances étant généralement de courts séjours, le risque ne vaut pas le coup d’être pris. « Dans la nature, ce sont les entiers qui font les cheptels, souligne le Dr Guin. Ils se gardent les juments, et attaquent violemment les autres chevaux. » Il est par ailleurs compliqué de faire quitter le groupe à un entier. Celui-ci n’appréciant pas qu’on le prive de ses copines. Idem pour les poulains et leurs mères. « Ils ne peuvent être mis en groupe que dès l’instant où les petits connaissent les codes », affirme le vétérinaire. Sans quoi, ils peuvent être pris dans des bagarres dont il est pour eux difficile de s’en sortir.

Aux dires des spécialistes, la mise au vert a toujours du bon. « On ne sait toutefois pas vraiment en mesurer les effets psychiques, commente Léa Lansade. Le cheval n’interprète pas les vacances comme nous autres les humains. Ce qui est sûr, c’est qu’il est mieux en pâture qu’en boxe, et qu’à chaque fois que l'on peut lui laisser une occasion de retrouver ses besoins naturels, c’est mieux pour lui. Cela correspond plus à son mode de vie. » En tous les cas, tous nos grands chevaux ont le droit à leurs vacances, au moins une fois par an. « Les chevaux qui vivent au boxe se comportent un peu comme des enfants gâtés, ironise le Dr Guin. Ils ont souvent de mauvaises habitudes. En groupe, ils se font remettre à leur place. Ils en reviennent généralement plus calmes, avec un moral tout neuf et un peu de gras. »

A l’inverse du départ en vacances, le retour à la maison peut se faire sans transition. Sauf pour l’alimentation, qui doit, elle, toujours être modifiée en douceur. Et pour la reprise de l’activité, qu’il vaut mieux réaliser progressivement. « En effet, il y a des chevaux qui ont du mal à se remettre au travail après les vacances, fait remarquer le vétérinaire. Pendant trois-quatre semaines, même s’ils ont marché et trotté, ils se sont démusclés et ont pris du poids. Ils n’ont plus la forme physique d’avant le départ. Ces chevaux doivent être remis en route tranquillement. Sinon, il y a, là aussi, un risque de myosite. »

En résumé


Pour les chevaux, la clôture préconisée est celle en fils ou en rubans électrifiés/Photo Marysa Merlo



  • Il faut compter un demi à un hectare par cheval.
  • Il faut avoir un pré bien clôturé (idéalement en fils électriques), avec un point d’eau (une mare, un bac ou un abreuvoir automatique), un abri (d’au moins 20 m2) ou des haies naturelles.
  • Il faut visiter les chevaux tous les jours, et contrôler les clôtures toutes les semaines.
  • Il faut procéder à une transition de cinq à huit jours entre la vie au boxe et celle au pré.
  • Il faut vacciner (contre la grippe et le tétanos, voire la rhinopneumonie) au moins un mois avant le départ.
  • Il faut déferrer les postérieurs.
  • Il faut reprendre le travail progressivement.
  • Il ne faut pas laisser un cheval seul.
  • Il ne faut pas se mêler des codes.
  • Il ne faut pas vermifuger avant de partir, mais au retour.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 10/06/10