
Des piquets de robinier rongés par des chevaux/Photo DR
Beaucoup d’idées entourent l’intoxication des chevaux par les plantes. Il y a celles que l’on dit nocives, celles que l’on pense inoffensives, celles que l’on croit qui foudroient ou encore celles que l’on conseillerait presque. Qu’en est-il exactement ? Faut-il donner aux intoxications par les plantes plus d’importance qu’elles n’en ont vraiment ? Par Sébastien Chauveau
L’histoire pourrait paraître étrange. Elle le serait, si elle n’était pas tombée sous le coup de l’évidence. La famille B. a un petit élevage, en Normandie. Peu avant la Pentecôte, ils décident de reclôturer une partie de l’un de leurs prés. Heureusement, celle-ci est située face à leur maison. C’est important, vous le comprendrez en poursuivant.
Les B. se renseignent auprès de professionnels pour savoir ce qu’il faut mettre comme piquets pour tenir leur clôture. Ils veulent du bois. On leur conseille donc de l’acacia, bien connu pour être solide et imputrescible. Aussitôt conseillé, aussitôt commandé : ils achètent et posent deux cents piquets de ce qu’ils croient être de l’acacia.
Au matin de la Pentecôte, fiers de leur œuvre, ils relâchent leurs chevaux dans la pâture fraîchement entourée. « C'étaient les quatre mêmes, nous les avons remis ensemble », raconte Mme B. Une heure plus tard, les premiers signes de mal-être se sont faits observer. « Les quatre chevaux se sont couchés, dit Mme B. Mon mari les a faits lever, mais un a peiné. »
Le soulagement de M. B. a été de courte durée. Puisque, après un nouveau galop, tout le monde s’est recouché. « Il a alors appelé le vétérinaire, rapporte Mme B. Son diagnostic a été sans appel : nos chevaux étaient intoxiqués. Nous ne savions pas à quoi au départ. Mais, très vite, nous avons fait le rapprochement avec les poteaux de bois. » « Il ne pouvait pas en être autrement, ils en étaient la cause, poursuit-elle. Car jamais, après plusieurs années d’exploitation, nous n'avions connu de souci sur cette parcelle. »
Expertise à l’appui, en fait d’acacia, les B. ont sans le savoir acheté du Robinier, couramment nommé faux acacia. Et pour cause, l’acacia, le vrai, n’existe pas ou presque pas en France. Le problème, c’est que si l’acacia est inoffensif pour les chevaux, le robinier, lui, est toxique, voire très toxique. « Plus d’un mois après leur empoisonnement, un de nos chevaux va bien, deux ont des séquelles cardiaques et un est toujours mal-en-point. Pour cette année, la saison de concours, c’est terminé », déplore Mme B. Mais, ce qu’elle fustige surtout, c’est l’ « erreur de langage ». D’ailleurs, avec son mari, elle n’exclut pas de porter l’affaire devant la justice.
PLUS EXPOSE

Du séençon commun/Photo DR
Il est difficile de le prouver, mais il semble que l’intoxication des chevaux par les plantes soit assez fréquente. « Tout cela est bien compliqué à affirmer ! », s’exclame Xavier Pineau, l’un des vétérinaires toxicologues du CNITV (Centre national d’informations toxicologiques vétérinaires [voir encadré]). « Fréquente par rapport à qui et à quoi, s’interroge-t-il. Pour dire ceci, encore faut-il disposer de vraies statistiques de terrain. Or, nous n’en avons pas, et personne n’en a. » En fait, il n’existe pas d’études fiables qui permettent de connaître la proportion des intoxications végétales parmi les autres causes de maladies. L'une des raisons à l’intoxication des chevaux par les plantes qui est le plus souvent invoquée est le mode de vie de ces derniers. Les chevaux étant des herbivores, ils seraient plus exposés que d’autres espèces à consommer des plantes toxiques. Mais aussi, leur domestication les amputerait de leurs réflexes naturels. Ils ne sauraient plus trier correctement leur nourriture.
Gros plan sur le CNITV Le CNITV est le Centre national d'informations toxicologiques vétérinaires. Il a été créé en 1976. Il a pour objectif essentiel de répondre 24 heures sur 24 à toutes les demandes qui concernent les intoxications d'animaux domestiques et sauvages. Que le demandeur soit un vétérinaire praticien, un propriétaire d'animal ou un organisme professionnel..., le CNITV lui apporte son aide. Cette aide peut concerner le diagnostic comme le traitement, le pronostic comme l’évaluation du risque, ou ne relever que du renseignement. Pour mener à bien sa mission, le Centre national d'informations toxicologiques vétérinaires possède une importante bibliographie spécialisée. Il s'appuie aussi sur les connaissances acquises par l'expérience. Il dispose d’une base de données qui compte près de 200 000 dossiers de cas d’intoxication. Le CNITV est une association à but non lucratif. Il est reconnu d'intérêt général. Son financement repose en grande partie sur les cotisations et les dons. Contacts : CNITV 1, av Bourgelat 69280 Marcy l'Etoile Tél. 04 78 87 10 40 email cnitv@vetagro-sup.fr. |

C’est la même chose pour la toxicité des plantes. Tout le monde n’y accorde pas la même importance. Il y a des plantes, comme l’if, le gui ou le séneçon, qui ne font aucun doute de leur nocivité. Il y en a d’autres qui sont méconnues, et d’autres qui sont négligées. « Les intoxications aux glands font par exemple l’objet chez nous de beaucoup d’appels, dit M. Pineau. C’est presque autant que l’if. Pour autant, nous, nous ne considérons pas le chêne (image : Un chêne pédonculé/Photo indiart.fr)
comme étant très toxique pour les chevaux. »Ce qui ressort surtout des études scientifiques, c’est le comportement de l’homme dans les intoxications par les plantes. C’est lui qui en est régulièrement à l’origine. La cause d’empoisonnement des équidés la plus connue est sans nul doute celle qui est induite par les déchets de haies que le jardinier jette dans le pré d’à côté. Sans se soucier qu’ils peuvent contenir des végétaux toxiques pour ceux-ci, à l’instar de l’if, du laurier-rose ou du laurier-cerise (img : Un laurier-cerise prunus/Photo DR)
.Les prés ou les paddocks, lorsqu’ils sont mal entretenus ou surpâturés, sont aussi des réservoirs à plantes nocives. Le cheval est un animal qui a besoin de beaucoup de lest digestif. Il est parfois amené à se remplir l’estomac avec ce qu’il trouve, que ce soit bon pour lui ou pas. Pour que les chevaux ne finissent pas empoisonnés dans leurs paddocks ou dans leurs prés, il est indispensable d’en nettoyer les zones de refus, les crottins et les points d’eau, ou encore d’y faire des rotations de terres. Attention au foin qui est fait sur ces mêmes parcelles, mal entretenues ou surpâturées, il est nécessairement mauvais. Et comme tout foin, mauvais, il peut renfermer une certaine nocivité. En effet, certaines plantes conservent leur toxicité après séchage. Elles perdent de leur pouvoir répulsif, ce qui fait que les chevaux ne peuvent plus les distinguer lorsqu’elles sont enfouies dans le foin.
La promenade ou la randonnée sont également des instants à risques pour les chevaux. La halte salvatrice peut se transformer en cauchemar. A défaut de choix, le point d’attache (l’arbre ou le grillage) peut parfois ne proposer que des plantes néfastes. C’est le cas de l’if, du laurier-rose ou du robinier.
PAS DE SAISONNALITE

Une jeune feuille d'if/Photo evanhayez.be
Il n’y a pas de saisonnalité dans les intoxications des chevaux par les plantes. « Il est évident que nous recevons plus d’appels à l’été et à l’automne que durant le reste de l’année, confie M. Pineau. C’est dû au seul fait que c’est à ces moments-là que les chevaux sont le plus dehors, donc, le plus à même de croiser des plantes toxiques. » Les chevaux peuvent donc être sensibles aux plantes toute l’année. « Pour chacune d’elle, la saison propice à l’intoxication est variable », insiste le toxicologue.
Ce qui varie, par contre, c’est le degré de toxicité des plantes au fil du temps. Il est fonction de plusieurs paramètres. La saison, le sol, les engrais, la maturation, la variété botanique, etc. sont autant de critères qui modifient leur nocivité. Il faut noter que, d’une part, certaines plantes, bien tolérées par d’autres herbivores, entraînent des coliques chez le cheval. Et que, d'autre part, seule la dose fait le poison. C’est-à-dire qu’une fleur de colchique ne tue pas un cheval, qu’il en faut beaucoup plus.
Le diagnostic d’intoxication par les plantes est relativement difficile à poser. « D’abord, parce qu’il peut varier selon la plante et la dose, explique Xavier Pineau. Ensuite, parce qu’il ne tombe pas forcément sous le sens. Les signes d’intoxication aux plantes sont très variables, et rarement caractéristiques. Selon les cas, on peut observer des troubles digestifs, cardiaques, nerveux... C’est très « classique », pour un cheval qui est en souffrance. »
L’intoxication par certaines plantes peut causer la mort brutale du cheval. C’est le cas de l’if. D’autres, au contraire, ont une action bien plus discrète. Il faut ici citer la fougère aigle, qui peut tuer un cheval après trente jours de consommation. Dans tous les cas, l’antidote n’existe pas, ou presque pas. Et « il est parfois tellement difficile à se procurer que l’animal meurt avant qu’on le lui donne », constate le toxicologue.
La marge de manœuvre face à une intoxication par les plantes est donc très étroite. « La thérapeutique est essentiellement symptomatique. Autrement dit, elle ne vise principalement qu’à soulager », explique le vétérinaire du CNITV. Ensuite, si le cheval peut se déplacer, il est bon de le mettre au calme. Et si la cause de l’intoxication est identifiée, il faut protéger les autres chevaux en les isolant de la plante incriminée.
Il n’existe pas à ce jour de liste exhaustive des plantes toxiques pour les chevaux. D’autant plus qu’en excès, certaines de celles qui sont comestibles - comme l'orge ou l'avoine - peuvent se révéler toxiques pour ces derniers. Citons par exemple les céréales, qui peuvent induire des fourbures graves. Il faut néanmoins reconnaître que les plantes sont nombreuses. Mais aussi, que la toxicité avancée de certaines d’entre elles n’est pas scientifiquement prouvée. « On peut qualifier l’intoxication par les plantes de binaire, dit Xavier Pineau. En clair, ça passe ou ça « casse ». Heureusement, dans la majorité des cas, l’intoxication disparaît, sans séquelle. Mais il arrive quelquefois qu’elle laisse des traces irréversibles, comme des dysfonctionnements cardiaques, hépatiques ou rénaux. »
Ce qui en revanche est établi, c’est que les intoxications des chevaux par les plantes ne sont pas plus nombreuses que jadis. Le CNITV rapporte même une certaine stabilité dans les appels qui concernent les équidés. « Sur les 250 à 300 demandes que nous recevons chaque année pour les intoxications des chevaux, 42 à 50 % concernent les plantes », indique le toxicologue.
1 2
Ecrit par: Rédaction, Le: 21/07/10





















00049439