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Rss Juments au fort caractère, qui sont-elles


Olivier Jouanneteau/Photo DR



Comme les hongres ou les entiers, certaines juments ont un fort caractère. Et un fort caractère, qui, parfois, s'accompagne de symptômes divers. Comment faire, alors, avec ces demoiselles. Au cours de leur carrière, Olivier Jouanneteau et Patrice Delaveau, deux cavaliers de saut d’obstacles de niveau international, en ont croisé, des juments récalcitrantes. Eux les disent juste un peu « difficiles ». Ils s’expliquent. Par Sébastien Chauveau

On les dit tantôt difficiles, tantôt délicates, tantôt pisseuses... Il est des juments qui ne manquent pas de qualificatifs. Comme les hongres ou les entiers, certaines juments ont un fort caractère. Et un fort caractère, qui, parfois, s'accompagne de symptômes divers, comme des fouaillements de la queue, des jets d'urine ou encore des réactions d'évitement. Ces mêmes juments peuvent aussi boiter, voire connaître des troubles des chaleurs ou de la fertilité. Seulement, les juments délicates n’ont pas toutes de mauvais ovaires, mal aux articulations ou aux vertèbres. Il y en a qui naissent difficiles, en l’absence de toute pathologie.

Au cours de leur carrière, Olivier Jouanneteau et Patrice Delaveau, deux cavaliers de saut d’obstacles de niveau international, en ont croisé, des juments récalcitrantes. Eux les disent juste un peu « difficiles ». « Nous en voyons toutefois de moins en moins, fait remarquer Olivier, mais celles que nous « touchons » sont généralement très bonnes, sinon les éleveurs ou les cavaliers qui les ont avant nous n'insistent pas avec elles et les sortent du circuit. » Olivier attribue cette évolution à la génétique. « Nous savons mieux choisir les origines aujourd'hui qu'hier, pense-t-il. Jadis, nous prenions, facilement, des juments quelconques, sur lesquelles nous mettions des purs-sang pour amener du « jus ». C’était tout. Maintenant, nous veillons à tous : les origines, les produits, les performances... » Et d’ajouter : « Les éleveurs font également plus attention au poulinage et au suivi de leurs poulains à présent. Ils sont plus manipulés, et moins oubliés dans les prés. » Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce n’est cependant pas avec les juments que notre cavalier a le plus de fil à retordre. C’est avec les mâles, particulièrement avec les entiers. « Nous en voyons bien plus qui sont plus délicats que les juments », constate Olivier.

« ELECTRIQUE »


L'éducation pourrait être l'une des raisons au caractère délicat de certaines juments/Photo DR

Il faut dire que les chevaux de sports ne sont pas élevés comme les chevaux de courses. Les premiers ne sont pas autant individualisés que les seconds. « Les chevaux de sports grandissent souvent en troupeaux et en stabulations libres. Mais surtout, ils sont fréquemment débourés à trois, voire cinq ans, quand les purs-sang le sont à dix-huit mois », fait remarquer Olivier. Ce pourrait donc être, selon lui, l’une des raisons pour lesquelles certaines juments seraient un peu plus compliquées à gérer que d’autres.

Olivier se souvient de la jument d’un client, qu’il a débourré. « Elle n’était vraiment pas facile, se rappelle-t-il. A deux ans, elle m’a agressée. Plusieurs années ont passé, et elle est toujours aussi particulière. » Mais le phénomène de notre cavalier se nomme Uélème. « Elle était aussi spéciale à deux ans. Déjà, c’était un fort gabarit. Mais en plus d’être puissante, elle était « électrique » », raconte-t-il.

« Pouliche, Uélème ne voulait pas donner les pieds, poursuit Olivier. Elle tapait dès que l'on lui touchait les membres. Elle s’est bonifiée au fil du temps, pour devenir un « monument ». » Il n’empêche, Uélème est restée délicate toute sa carrière. « L'extrême sensibilité qu'ont ces juments, « difficiles », elles la mettent en principe pour tout, y compris pour sauter les barres. Certes, tout n’était pas simple avec Uélème, mais elle était très respectueuse sur les parcours », confie notre cavalier.

FORT A FAIRE


Ornella et Patrice Delaveau au Grand Parquet, à Fontainebleau, en juin 2011/Photo Sportfot

Avec Ornella, Patrice Delaveau a toujours fort à faire. Et encore, « elle était plus délicate dans sa jeunesse ! Ca va mieux, maintenant que j’ai appris à la connaître et à la gérer », raconte Patrice. Le cavalier d’Ornella le sait, il faut qu’il prenne sa jument dans le bon sens, sinon ça ne va pas. « Avec elle, il faut savoir arrondir les angles, notamment prendre en considération ses chaleurs », évoque-t-il. Patrice aura toute de même mis un an à « apprivoiser » Ornella, et aura renoncé trois fois à prendre part à son premier concours. Pourtant, cette jument n'a rien, ni de problème d'ovaire, ni de troubles squelettiques.

Avec les juments caractérielles, Olivier est convaincu qu’il faut demeurer prudent. Il prend des précautions. « Je ne laisse jamais quelqu’un seul avec elles, tout du moins au début, indique-t-il. Tout ce que nous leur faisons (tonte, pansage, soins, etc.), se fait attaché. Nous essayons aussi de ménager leur susceptibilité. »

Olivier reconnaît que c'est bien parce que les juments comme Uélème sont d'excellentes juments qu'il accepte de prendre les risques et le temps de les monter. Mais, pour lui qui a eu beaucoup de juments, il ne les trouve pas plus ardues que les mâles. « Quand un étalon décide de s’arrêter ou d’avoir peur, il est quelquefois difficile d’y remédier, alors qu’avec un hongre ou une jument, nous pouvons normalement revenir en arrière. Ils peuvent « discuter » un peu, mais ils finissent en principe par céder. Ce qui n’est pas toujours le cas avec les étalons. »

Pour sa part, des Orenella, Patrice en veut bien plein ses boxes. « Des juments, certes, un peu délicates, mais qui sautent aussi bien qu'elle, ça ne me gêne pas. Je n’en ai pas croisé de beaucoup comme Ornella. J'en ai eu et vu, des difficiles, des vraies, qui avaient des chaleurs « toute l'année », qui collaient au paddock, qui s'arrêtaient..., mais qui ne faisaient pas les parcours d'Ornella », témoigne-t-il. D'autant plus que, contrairement aux apparences qu'elle laisse dans les paddocks, la jument de Patrice n'est pas si compliquée qu'elle en a l'air. « Mes employés la monte. Ils ont les codes, maintenant, et tout se passe bien. En plus, en concours comme à la maison, c’est une jument adorable avec l’homme. Bien qu'elle baisse les oreilles, jamais elle ne tape. »

PAS D’A PRIORI


Photo S. Louzier

Patrice n'a pas d'a priori sur les juments ou les étalons. « Ceux qui prélèvent peuvent être inmontables. C'est la même chose pour les juments qui sont en chaleur. Les juments peuvent, peut-être, partir plus vite « en vrille » que les étalons. Mais elles reviennent plus rapidement qu’eux dans le bon sens. » Pour lui, « il n’y a pas plus de juments délicates aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Il y en aura toujours une sur cinquante comme ça. » Et, pour Patrice, susceptible ne rime pas avec sportive. « Ce n’est pas parce qu’une jument est délicate qu’elle est bonne. C’est aussi valable pour les chevaux. Qu'il soit l'un ou l'autre, jument ou cheval, quand ils sont bons, ils le sont, avec ou sans fort caractère », insiste-t-il. « Je ne pense pas que cela vienne des origines, avance Patrice. Je crois plutôt qu’il y a des juments qui naissent délicates et d’autres pas, comme il y a des chevaux qui regardent l’eau ou les barres et d’autres pas. »

D’après nos deux cavaliers, il ne fait pas de doute que pour avoir de la stabilité, c’est vers les hongres qu’il faut aller. Ce, d’autant plus que toutes les médications qui sont efficaces pour adoucir le comportement des juments sont interdites en compétition. Il ne faut dès lors compter que sur le mode de vie et l’éducation. Un peu compliqué quand on est un cavalier amateur. « Pour monter des juments comme Orenella et les autres, il faut avoir un certain niveau d’équitation, conseille Patrice. Il faut pouvoir comprendre ce type de jument, et savoir s’adapter à elles. Pour exemple : souvent, elles veulent bien faire, si ce sont elles qui ont l’impression de commander. Il faut dans ce cas s’imposer en douceur, ce qui n’est pas évident quand on ne sait pas bien faire la part des choses. » Mais Patrice de prévenir : « J'ai aussi vu des hongres qui se comportaient comme des juments, c'est-à-dire qui se piquaient, fouaillaient de la queue et émettaient des jets d'urine ! ». Cela voudrait-il dire que l'apanage du mauvais caractère n'appartiendrait-il pas uniquement aux juments ?
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 14/12/11