
Photo Gilles Vasseur
Comment savoir si son futur cheval aura le comportement idéal ? Jusque-là, il fallait se faire confiance à soi ou à celui à qui on achetait l’animal. Dorénavant, des tests scientifiques permettent d’y voir plus clair. En une trentaine de minutes, ils prédisent l’avenir psychique de façon précise. Par Sébastien Chauveau
C’est une première. Jamais, le monde équestre n’avait disposé d’un tel référentiel scientifique consacré à l’évaluation du comportement du cheval. A présent, chacun pourra faire tester son animal à l’achat. En une trentaine de minutes, il sera possible de savoir ce que sera le tempérament de sa nouvelle recrue.
Léa Lansade, une jeune chercheuse en éthologie, détachée par les Haras nationaux à l’INRA de Nouzilly, près de Tours (Indre-et-Loire), a mis au point une méthode d’évaluation des aptitudes psychiques des équidés. Basée sur des examens précis, cette analyse permet de prédire le caractère de n'importe quel animal. Qu’ils soient voués au sport ou au loisir, tous les chevaux peuvent être testés ainsi. Sachant, toutefois, que si leur race n’influe pas sur la fiabilité des contrôles, leur sexe ou leur âge peut, en revanche, les faire varier.
DEMANDE GENERALE

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C’était une demande générale. Diverses enquêtes avaient été menées ici et là. Et, à chaque fois, la possibilité de mesurer le comportement de sa future monture faisait partie des souhaits exprimés, tant par les amateurs que par les professionnels du cheval. C’était particulièrement le désir de connaître la modulation de la réactivité émotionnelle à laquelle il était fait ici allusion. Plus exactement, les acquéreurs avaient globalement envie de connaître les états d’âme de leurs achats. Tout cela était bien légitime. Car, les spécialistes le savent, les grosses réactions, élevées ou durables, pour ne citer que celles-là, induisent sur les capacités de production et de reproduction des animaux, sur leur résistance à certains agents pathogènes ou sur leurs facultés d’apprentissage. Sans compter que ces chevaux, craintifs, peuvent aussi être dangereux pour eux et pour ceux qui les assistent.
Mais c’est surtout parce que 95 % des cavaliers sont des amateurs (voir encadré), et que la grande majorité d’entre eux sont des débutants que Léa Lansade s’est lancée dans ce travail de plus de cinq ans. Quatre cent cinquante chevaux (anglo-arabes, welshs, selles français...) ont été testés. Un protocole précis en est sorti. Il est si défini qu’il attire aujourd'hui d’autres pays.
Jusqu’ici, la pratique de la vision psychique des poulains était essentiellement dictée par la méthode d’imprégnation comportementale (ou imprint training) du docteur Miller. Le principe instigué par ce vétérinaire s’appuie sur l’extrême précocité des exercices pour découvrir le caractère des progénitures. Or, l’approche de Léa Lansade est beaucoup plus tardive. Elle n’intervient pas avant l’âge de six mois. La ligne de conduite est, dans le cas précis, plus passive que celle qui est tracée par l’Américain. La française, elle, observe, alors que le spécialiste d’outre-atlantique, lui, agit.
Quelques chiffres Depuis les années 1970, la pratique de l’équitation a connu une progression phénoménale en France. Notre pays compte environ 1 million d’adeptes de ce sport. Près de 90 % d’entre eux ont moins de 15 ans, et 75 % sont des femmes. Les équitants français sont exclusivement (à 95 %) des cavaliers de loisir. Il faut dire que notre territoire recense pas moins de 6.000 centres équestres et 200.000 chevaux et poneys qui sont destinés à l’instruction. Néanmoins, tous ces compagnons de loisir répondent-ils bien à l’espérance de ceux qui les utilisent ? Pas sûr, puisqu'un cavalier sur deux abandonne l’équitation au bout de un an de pratique. Le choix de la bonne monture semble donc bien être prépondérant. Surtout si l’on note que les sports équestres ne sont pas réputés comme dangereux mais à risques. L’équitation serait la 10e activité sportive parmi la plus accidentogène de notre pays, et la seconde au niveau de la gravité de ses chocs. |
HUIT TESTS, REPARTIS EN CINQ GROUPES

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Cela voudrait-il pour autant dire qu’acheter son cheval à six mois serait plus fiable qu’à trois ans ? Selon les huit tests, répartis en cinq groupes, qu’a décliné Léa Lansade, il n’y aurai guère de différence. Les examens que réalise la scientifique, en vingt-cinq minutes précises, reposent en fait sur les grandes caractéristiques du comportement de cet animal. C’est pourquoi, ils peuvent être réalisés sur un jeune comme sur un plus vieux cheval.
La peur : pour déterminer si un animal en est imprégné, Léa Lansade confronte les chevaux à diverses nouveautés. Elle fait par exemple apparaître soudainement des objets au niveau de leur tête. Elle les fait aussi passer sur des surfaces (drap ou moquette) qu’ils ne connaissent pas. Ou elle leur brandit, de manière bien spécifique, un parapluie devant les yeux. Ainsi, si l’on destine son acquisition à du loisir, il sera préférable d’opter pour une recrue placide, surtout si l’on aspire à franchir des passages techniques ou à faire des promenades dans des sentiers escarpés.
La grégarité : afin de voir si un cheval ou un poulain peut se séparer du reste du troupeau, la chercheuse de l’INRA met deux chevaux dans un box, puis elle en retire un durant une minute. « Il y en a qui ne disent rien. Inversement, il y en a qui sont tétanisés », a-t-elle constaté. Il faut alors en déduire que les premiers pourront sûrement faire de bons chevaux d’endurance ou de randonnée, et que les seconds auront vraisemblablement du mal à rester concentrés sur un carré de dressage ou sur un parcours d’obstacles.
"Une bonne aide" Olivier Rabouan est à la tête, dans la Vienne, d’un centre équestre dont le cheptel tourne autour des 140 chevaux et poneys. Evidemment, chaque animal a son caractère. Et lorsqu’il faut en remplacer un, Olivier se sert des tests de Léa Lansade, qu’il a appris puisque son établissement faisait partie des sites pilotes lors des études de la chercheuse de l’INRA. « Même si je ne les fais pas de manière aussi scientifique qu’elle, ils sont pour moi une bonne aide dans mes choix, notamment lorsqu’il faut prendre la décision finale. Ils m’ont en effet appris à observer et à décrypter les attitudes, et à comprendre qu’un cheval qui avait tel ou tel comportement le gardait à vie. » Pour notre directeur de centre équestre, il est important que, enfin, tout acheteur d’équidé puisse disposer d’un outil de mesure comme celui qui a été élaboré par Léa Lansade. « Il ne faut pas oublier que, dans les clubs, les galops 7 sont très rares, fait remarquer Olivier Rabouan. Du coup, le fait que nous puissions apprécier autant maintenant le comportement que les performances va nous permettre de choisir davantage nos chevaux et nos poneys en fonction de nos cavaliers. » |
"PAS ENCORE ETE REALISE"

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L’activité : pour définir si un animal a un caractère actif ou passif, Léa Lansade demeure plutôt ici une observatrice. « Il y a des chevaux qui sont sans cesse dans l’action (qui bougent en permanence), explique-t-elle. Au contraire, il y en a d’autres qui restent statiques quelle que soit l’agitation qu’il y a autour d’eux. » Selon ce que l’on veut faire avec son cheval, il sera donc important d’opter pour un actif ou pour un inactif. Le premier sera plutôt pour faire du sport, alors que le second sera davantage voué au loisir.
La sensibilité : afin de la mesurer, la scientifique a dû innover. « Cela n’avait pas encore été réalisé comme test sur aucun animal », annonce-t-elle. Le but est, en l’espèce, de savoir à quel degré la peau de l’animal est perceptible. « Cela s’obtient avec un filament hospitalier, dévoile Léa Lansade. On le pose sur un point du corps du cheval, et on mesure la réactivité de ses muscles peauciers. » C’est intéressant qu’un cheval soit sensible, particulièrement si on l'oriente vers la compétition, le dressage notamment. Car un cheval qui réagit au filament réagit parfaitement aux jambes du cavalier.
La réactivité à l’homme : pour en attester, la chercheuse de l’INRA a tout simplement créé une mesure de la passivité en mettant quelqu’un dans un box face au poulain ou au cheval. « On s’aperçoit qu’il y en a qui sont sensibles à la présence humaine, et d’autres qui s’en moquent totalement », dit-elle. Reste que si l’on compte acquérir un cheval de randonnée, mieux vaudra que s’instaure un peu de complicité. Par contre, « si, généralement, la peur rend les chevaux plus difficiles, en avoir une petite dose peut être un bon atout pour un cheval de sport, rapporte la scientifique. En effet, les chevaux au profil un peu plus craintif ont de meilleures performances à l’obstacle que les chevaux qui sont totalement dépourvus d’inquiétude. »
A l’été prochain, beaucoup des tests de Léa Lansade seront repris montés. Qu’ils soient effectués à pied ou à cheval, l’interprétation de ces examens ne relève pas du hasard. Calculée par un logiciel spécialement dédié à la mesure comportementale, leur conclusion aboutit à la détermination d’un éthogramme qui donne lieu à un profil qui qualifie l’animal de bon pour le sport ou le loisir. Pour qu’un cheval soit dans la première catégorie, « il faut qu’il ait au moins un extrême dans l'un des grands axes des tests, affirme la chercheuse de l’INRA. C'est-à-dire qu’il faut qu’il soit ou peureux, ou sensible, ou actif. » Tandis que pour qu’on le retrouve dans la seconde classe, Léa Lansade indique « qu’il faut qu’il soit ni trop peureux, ni trop sensible, ni trop actif, mais un peu proche de l’homme. » Actuellement, seuls les personnels des [ur=http://www.haras-nationaux.fr]Haras nationaux[/url]
qualifiés à cet effet sont habilités à effectuer la visite psychique du cheval made in Lansade. Coût de l’opération : environ soixante-dix euros la séance, montée ou à pied.
Détection de champions L’élevage d’Adriers est bien connu des cavaliers de saut d’obstacles. Ici, on vend des poulains de trois ans, débourrés et testés, aux plus grands. Des Bonnet en passant par les Balanda et autres Guillon, tous ces cavaliers de renom ont contribué à la bonne réputation de la maison. Pourtant, en choisissant cet élevage pour mener à bien ses expériences, Léa Lansade a ouvert une autre voie dans l’appréciation du devenir des progénitures de haute pointure. « En faisant une sélection précoce des aptitudes psychiques des poulains, on arrive, avec de tels tests, à savoir s’ils se dirigeront vers le sport ou le loisir, est ravi Henry Brugier, le patron de cet élevage, qui est aussi membre du Comité d’orientation scientifique et technique (COST) des Haras nationaux. Plus encore, on peut également repérer les chefs de troupeaux. C’est révélateur, car ceux-ci feront normalement de bons chevaux. Ou l'on peut remarquer ceux qui sont craintifs. C’est bien aussi, puisque ces poulains-ci respecteront généralement plus les barres que ceux qui n’ont peur de rien. » Cela dit, M. Brugier se veut être prudent. « Il me semble qu’il faut aller un peu plus loin dans les recherches, lance-t-il. Effectivement, il ne faudrait pas que de telles appréciations, qui sont au demeurant assez répétables d’un individu à l’autre, soient plus des méthodes d’élimination que de choix. On risque, sinon, d’écarter des poulains de leur vocation. » |
Ecrit par: Rédaction, Le: 05/05/07























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