Publicité
Publicité
Se connecter



S'inscrire
Mot de passe oublié

Publicité
En ligne
6 Visiteurs, 0 Membre, 0 Modérateur, 1 Administrateur En ligne.

Rédaction
Total : 7
Image aléatoire
Galerie
Publicité
VETOCHEVAL
1er site de santé équine
Publicité
 
 
Rss Les juments auraient-elles un fort caractère ?


Une jument qui fuit/Photo Marysa Merlo



Pour désigner ces juments qui ont un fort caractère, on parle de « juments pisseuses ». Mais quelles sont-elles exactement ? Ce sont des juments qui développent divers symptômes, soit intermittents, soit continuels. Les causes sont rarement gynécologiques, mais souvent psychiques. Par rédaction

Le vocable n’est pas d’une grande classe. Pour désigner ces juments qui ont un fort caractère, on parle de « juments pisseuses ». Ce mot, pisseuses, n’a pas ici d’étymologie. L’histoire de la médecine vétérinaire raconte simplement que l’expression remonte à la nuit des temps. A l’époque, la gente masculine était probablement plus mysogine qu’aujourd’hui, elle attribuait volontiers aux ovaires tous les maux de ces demoiselles. Il n’y a donc pas de termes scientifiques qui désignent les juments pisseuses. Il n’y a d’ailleurs pas non plus beaucoup d’études qui y ont été consacrées.

Mais quelles sont-elles, exactement, ces juments pisseuses ? Ce sont des juments qui développent divers symptômes, soit intermittents, soit continuels, qui vont du jet d’urine fréquent au fouaillement de la queue en passant par l’intolérance à la jambe du cavalier, l’agressivité, la fuite, etc. Plus encore, elles peuvent souffrir de boiteries ou de coliques.

Le phénomène n’est pas rare. Les juments pisseuses sont nombreuses. Elles sont majoritairement selles français et proviennent des sports équestres. Elles ont aussi entre quatre et neuf ans et deux sur trois qui ont cet âge-là le sont, pisseuses. C’est ce qu’ont observé les quelques chercheurs qui se sont intéressés au sujet, à l'instar de ceux du Laboratoire des dosages hormonaux (LDH) de l’Ecole nationale vétérinaire (ENV) de Nantes, en Loire-Atlantique. « Ce sont surtout ces juments-là que nous voyons, relativise Brigitte Siliart, professeur à l’ENV de Nantes et spécialiste en biochimie, endocrinologie et hématologie. Elles peuvent toutefois être plus ou moins âgées et provenir d’autres races et disciplines. Seulement, nous soignons ces juments parce qu’elles posent de vrais problèmes à leurs propriétaires, éleveurs et autres cavaliers. Et, que, lorsque ceux-ci ne sont pas avertis (comprenez : des professionnels), ils ont du mal à faire face à ces comportements exécrables. »

Il faut dire que les juments pisseuses peuvent être une plaie pour ceux qui sont chargés de s’en occuper. Leur état peut en effet induire de la contre-performance, mais aussi et surtout du danger car elles peuvent mordre, taper, ruer... « Certes, le syndrome de la jument pisseuse est exacerbé par l’activité musculaire, le stress de la compétition, le surentraînement, voire les chaleurs..., note le professeur. Mais, au départ, une jument qui est sensible à la jambe ou qui rue n’a rien de pathologique. C’est généralement un état de vivacité, qui se transforme en manque de compréhension. » « C’est, en l’espèce, principalement une histoire de dressage et d’éducation, pense-t-elle. Le cheval est un animal qui aime les ordres précis. Dès qu’ils ne le sont plus, il ne sait plus quoi faire. Cela encourage le cercle vicieux : ordre mal donné-ordre mal exécuté. » Ainsi, Brigitte Siliart et son équipe ont-ils constaté que certaines des juments pisseuses qui changeaient de maison ne manifestaient plus de troubles du comportement.

Séduction et aversion


Une insémination artificielle/Photo Marc Barbotin



La vie, cyclique, normale de la jument est faite de deux périodes. La séduction : c’est l’oestrus (ou chaleurs). C’est le moment où elle accepte l’étalon. Cela peut durer entre deux et neuf jours. C’est au cours de cette petite semaine que mademoiselle peut manifester ses symptômes de douleurs, d’agressivité, de fuite, etc. Autrement dit, ce n’est pas dans ces moments-là qu’elle est toujours le plus au travail. L’aversion (ou période lutéale) : c’est le reste du temps. C’est une phase où, en principe, rien ne se produit. La jument est cyclée toute l’année. Reste qu’elle se manifeste plus au printemps et à l’été car ses ovaires obéissent à l’influence de deux hormones, les Oestradiols (de la famille des oestrogènes) et la progestérone, qui, elles, sont conditionnées par la chaleur et la lumière, ainsi que par la présence d'une autre jument en chaleurs ou d'un étalon.


BEAUCOUP DE "FANTASMES"


Le massage peut soulager la dorsalgie/Photo Marysa Merlo

Beaucoup de « fantasmes » entourent la cause de la jument pisseuse. Les supputations vont bon train, à commencer par celles qui mettent les ovaires, les chaleurs et les affections gynécologiques comme raison majeure à ce qui n’est, bien souvent, qu’un problème comportemental. Et oui, le cycle hormonal n’a pas, ici, toujours quelque chose à voir avec les symptômes de la jument pisseuse. Pour preuve, celles qui sont ovariectomisées peuvent exprimer les mêmes troubles que celles qui ont leurs ovaires. Il y en a qui peuvent également ne jamais manifester de chaleurs ou, au contraire, l’être en permanence sans qu’elles aient pour autant de pathologie ovarienne ou urogénitale. Ou encore, beaucoup de juments pisseuses ont une cyclicité normale alors qu’elles ne supportent pas la palpation de leurs ovaires. Cela s’explique par l’hyperesthésie (exagération de la sensibilité) : il y a des juments qui sont si délicates des ovaires que le seul fait de les toucher les faits bondir. En résumé, beaucoup de juments pisseuses n’ont, ni de soucis d’ovaires, ni de dérèglements de cycles, ni de pathologies vaginales ou utérines.

La seule véritable cause hormonale aux juments pisseuses serait un excès de prolactine. La même prolactine est l’hormone de la lactation. Elle interagit avec la progestérone, sur laquelle elle a un effet inhibiteur réciproque. « Et elle a des retentissements sur certains stimulis du système nerveux central », indique Brigitte Siliart. Etant sécrétée de manière importante au moment du pic ovulatoire ou durant la gestation, la trop grande quentité de prolactine pourrait expliquer les modifications du comportement des juments.

Il faut donc aller chercher ailleurs que dans les affections gynécologiques les modifications d’attitudes de ces demoiselles. Notamment dans les troubles ostéoarticulaires, le LDH a mis en évidence que plusieurs d’entre elles connaissent des pathologies de dorsalgie et des troubles du squelette. Mais ils n’ont rien à voir avec d’éventuelles affections des ovaires et des bouleversements de cycles. Les maux de dos comme les boiteries sont des pathologies qui peuvent toucher tous les chevaux, qu’ils soient femelles ou mâles.

COMPORTEMENTAL, MEDICAL, CHIRURGICAL


A la recherche d'une anomalie ovarienne/Photo Marysa Merlo

Il y a au moins trois façons d’aborder le traitement des juments pisseuses. Sur le plan du comportement : il convient d’identifier et de corriger les facteurs anxiogènes. En clair, il faut chercher ce qui crée le stress et y désensibiliser la jument. Brigitte Siliart se veut rassurante : « Je ne vois aucune contre-indication à monter les juments pisseuses, au contraire, je trouve même que, d’une manière générale, les chevaux ne sont pas assez travaillés. La seule restriction que j’y verrais serait d’éviter les compétitions dans ces périodes-là. »

D’un point de vu médical, les juments pisseuses peuvent recevoir des traitements médicamenteux. Des psychotropes par exemple, ils agissent sur le système nerveux central. Ou encore des progestatifs, ils inhibent la production de prolactine et, plus généralement, agissent comme contraceptifs en bloquant l'activité sexuelle. Attention, les progestatifs sont interdits en compétition, et ne font que masquer les symptômes. « Il ne faut, par contre, rien attendre des traitements, soi-disant de fond, qui sont censés réguler les chaleurs des juments. D’abord, parce qu’ils ne sont pas efficaces. Ensuite, parce qu'ils ne sont, dans la grande majorité des cas, pas appropriés puisque ces juments ne souffrent pas de dérèglement du cycle. »

Enfin, les juments pisseuses peuvent être ovariectomisées, c’est-à-dire qu’il est possible de leur retirer les ovaires. Ce traitement, chirurgical, est assez discuté puisque des juments castrées (ovariectomisées) peuvent présenter les mêmes symptômes que celles qui ont leurs ovaires. En revanche, il s'impose si l'échographie met en évidence une tumeur ovarienne. Par contre, ce type de traitement - définitif - compromet toute carrière de poulinière.

Il faut noter qu’il peut exister des facteurs médicaux à la cause de la jument pisseuse. En effet, quelques-unes présentent des kystes folliculaires ou utérins, voire des tumeurs. Mais celles-ci sont rarissimes.

Abonné aux juments


Didier Dhennin & Ismène du Temple ont terminé 6e - en individuel - des derniers Jeux Olympiques en Chine/Photo DR



On pourrait presque dire qu’il est abonné aux juments. Les deux pointures de Didier Dhennin se nomment, aujourd’hui, Isemene du temple et, hier, Lyvie Lerchenberg. Ce sont toutes les deux des selles français. « J’aime bien les juments car, avec elles, il faut être vrai, raconte Didier. Elles ne font pas de compromis. On ne peut avoir le résultat de ce que l’on demande que si on le mérite. » « Mais, tout cela fait tellement passer le reste !, poursuit-il. Les juments sont en effet capables de donner beaucoup sur un concours. »

Didier Dhennin reconnaît qu’il a plus d’affinité avec les femelles qu’avec les mâles. Il monte aussi facilement les hongres, les juments que les étalons, mais il ne remarque pour chacun d’eux aucune différence de performance, même durant les chaleurs des juments. Notre cavalier, membre de l’équipe de France de concours complet, pense malgré tout que le caractère de l’entier est « assez similaire à celui de la jument ». « A ceci près, nuance-t-il, que ce dernier s’arrête plus facilement qu’elle. » Ce serait « sans doute pour cela », selon Didier, que l’ « on en trouverait aussi peu au plus haut niveau » de sa discipline.
 
 
Note: Aucun avis
(0 note)
Ecrit par: Rédaction, Le: 02/04/09