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Rss La myoglobinurie atypique


Les sols humides sont propices au développement de cette maladie/Photo Manoel Relet



Intoxication ou intoxination ? En automne et jusqu'au début du printemps, les chevaux, poneys et autres ânes sont parfois terrassés par des affections musculaires. Certaines années sont plus mortelles que d'autres. Bien que les instances réagissent - des enquêtes épidémiologiques, des relevés climatologiques et des recensements de végétaux sont régulièrement effectués -, les propriétaires et les vétérinaires sont toujours dans l'expectative. Ils ne savent pas comment et pourquoi se déclare la myoglobinurie atypique. Par rédaction

C’est trop rare pour être souligné, mais il est des fois où faire vivre des équidés au pré est plus que déconseillé. En tous les cas, il peut en être ainsi de novembre à avril. Les chevaux peuvent y mourir foudroyés, en douze à soixante-douze heures en moyenne. Ce sont plutôt les régions du nord et de l'est de la France qui connaissent ces épisodes morbides. Même les interventions, rapides, des vétérinaires n'y sont pas toujours suffisantes. En effet, le taux de survie est ici de 30 à 60 %.

"IMPRESSIONNANT !"


On peut observer, dans cette pathologie, une diminution du rythme cardiaque/Photo Marysa Merlo

Pour ces propriétaires de la Meuse, du Val-d'Oise, des Ardennes et de l'Isère, l'automne 2002 aura par exemple eu "un goût amer". Alors que leurs bêtes vivaient tranquillement au pré, elles ont toutes été décimées. "C'était impressionnant !, a raconté quelque temps plus tard Charles-François Louff, vétérinaire du Réseau d'épidémiosurveillance des pathologies équines (RESPE), qui a tenté de soigner quelques-uns de ces chevaux ou de ces poneys morts en un temps record. On les voyait le lundi après-midi traîner les postérieurs et, le mardi matin, ils étaient morts."

Des animaux raides, droits sur leurs pieds ou couchés au milieu de leur pré, les signes cliniques sont en l'espèce toujours les mêmes. Ce sont des symptômes qui rappellent ceux de la "maladie du lundi" (ou coup de sang). Des enquêtes épidémiologiques ont bien été diligentées, mais, dans l'état actuel des connaissances, il semblerait que ce type de myoglobinurie pourrait trouver son origine dans une intoxication ou une intoxination. Cela signifie que les chevaux qui en meurent pourraient ingérer, ou des plantes nocives, ou des bactéries, ou des champignons. Mais encore, qu'ils pourraient aussi manger de l'herbe ou respirer de l'air contenant des produits toxiques. Des recherches climatologiques ont parallèlement été menées. Tout comme a été étudiée la flore des prés. Ces investigations n'ont pour l'heure rien révélé.


AUCUN ANTIDOTE


Lors d'une myoglobinurie atypique, le cheval est parfois si faible qu'il ne peut plus se lever/Photo Nicolas Chauveau

En fait, nos voisins européens : l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse ou encore la Belgique connaissent le phénomène depuis une vingtaine d'années maintenant. Ils le nomment "myoglobinurie atypique" ou "myopathie atypique". Il est très circonscrit dans le temps, il atteint les chevaux entre novembre et avril. On parle de myoglobinurie, parce qu'il s'agit d'une dégénérescence musculaire qui induit une surcoloration des urines en rouge-brun. Et on la dit atypique, car elle apparaît dans des circonstances différentes des myoglobinuries "classiques". En plus de son allure de coup de sang, la myoglobinurie atypique s'accompagne, selon les cas : de décubitus sternal ou latéral, de raideur, de faiblesse, de tremblements, de myoglobinurie (urine brune) et, par là même, de tachycardie, de tachypnée ou encore de dyspnée respiratoire, de sudation excessive, etc. Ce sont tous ces signes qui caractérisent cette pathologie.

Pour autant, aucun des pays cités n'a pour l'heure trouvé d'antidote à la myoglobinurie atypique. Les taux de mortalité des chevaux touchés y restent élevés. L'expectative y demeure également sur ses origines, et on s’y interroge toujours quant à savoir si elle ne pourrait pas provenir d'une bactérie de type Streptomyces cinnamonensis. "C'est une hypothèse que l'Allemagne soulève depuis un certain temps, mais rien n'est confirmé", signale Catherine Delguste, vétérinaire et spécialiste des grands animaux à l'université de Liège (Belgique). "Pour ce qui nous concerne, poursuit-elle, nous pensons à plusieurs pistes : celles des mycotoxines ; ou celles des toxines bactériennes du genre Clostridium. Cependant, nous n'avons pas de résultat probant pour l'instant. Nous avons aussi évoqué, à une époque, des carences de la balance oxydants-antioxydants. Idem, nous ne pouvons pas pour l'heure en faire la preuve."

PAS GRAND-CHOSE A FAIRE


Un troupeau de fjords/Photo G. L.

Que faire, alors, face à la myoglobinurie atypique ? Pour l'instant pas grand-chose. Lorsqu'un cheval en présente les signes, il faut le rentrer au sec, lui ainsi que ses compagnons de prairie, et appeler le vétérinaire. Dès lors, "chaque minute compte !, prévient le Dr Delguste. Nous devons administrer très vite - par perfusions - des gros volumes de réhydratant pour "nettoyer le cheval". Nous devons aussi le soulager de la douleur, voire de l'infection sous-jacente. Pour cela, nous avons recours aux anti-inflammatoires et aux antibiotiques." Pour le reste (comprenez : la guérison), "c'est l'inconnue, avoue-t-elle. Certains paramètres peuvent nous aider à mesurer la gravité de l'atteinte et ainsi affiner le pronostic vital. Mais, le peu de chevaux qui se sortent d'affaire le sont avec des traitements différents et des temps de soin plus ou moins long." Satisfaction toutefois, les survivants ne semblent pas souffrir de séquelle de la maladie.

Par contre, ce que les praticiens et autres chercheurs savent parfaitement, c'est que la myoglobinurie atypique ne concerne pas les chevaux au boxe. Qu'elle n'est pas contagieuse. Qu'elle intéresse plutôt les animaux bien soignés, en état normal d'embonpoint, les jeunes (de moins de trois ans) et les vieux (de plus de 20 ans), et peut-être aussi les femelles plutôt que les mâles. Reste qu'ils mettent en garde en signalant qu'un pré où un cas c'est déjà déclaré demeure à risque, et ce tous les ans. "J'ai perdu plusieurs poneys fjords, déplore un éleveur belge. Avant la disparition du premier, je n'avais jamais eu de problème avec mes prés. Ce sont toujours les mêmes terres qui contaminent mes poneys : des parcelles vallonnées, schisteuses et traversées par des ruisseaux." Ainsi, la solution a-t-elle été, ici, de condamner les prés à risque à certaines périodes de l'année et de mettre du foin à volonté.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 10/04/09