
Les bois et les marécages sont propices au déclenchement de la piroplasmose/Photo DR
Dès que les beaux jours arrivent, il est des maladies qui inquiètent plus que d’autres les éleveurs et les propriétaires de chevaux. La piroplasmose en fait partie. Si elle n’est en principe pas mortelle, elle peut laisser d’importantes séquelles. Ce qu’il faut savoir pour agir vite. Par Sébastien Chauveau
On l’appelle piroplasmose ou babésiose équine. Dès que les beaux jours arrivent, il est des maladies qui inquiètent plus que d’autres les éleveurs et les propriétaires de chevaux. La piroplasmose en fait partie. Il faut dire que ses symptômes sont parfois si évocateurs qu’ils peuvent faire peur.
Bien qu’elle sévisse partout à travers notre pays, la piroplasmose se croise davantage dans les régions boisées et marécageuses, particulièrement dans le nord-ouest de la France. Le Dr FrédériSymoens exerce dans l'un de ces coins endémiques. Il avoue qu’il est « toujours autant confronté à la maladie ». De son côté, Pierre-Hugues Pitel, vétérinaire et responsable du Service immunologie au laboratoire Frank Duncombe, se veut optimiste : « Certes, il y a des résultats de sérologies positives à la piroplasmose partout dans notre pays. Toutefois, on sait aujourd’hui bien la diagnostiquer, donc bien la soigner aussi. »
AU PRINTEMPS ET A L'AUTOMNE

Il n'y a que les Dermacentor, les Hyalomma et les Rhipicephalus qui s'attaquent aux chevaux/Photo DR
La piroplasmose a ses saisons. Elle touche les chevaux préférentiellement au printemps et à l’automne, quand la température extérieure est entre 0 et 20 degrés. Cette maladie est transmise par les tiques. C’est pourquoi, elle se remarque davantage dans les périodes chaudes et humides, qui sont les périodes de cycle de ces petites bêtes très agressives.
Heureusement, toutes les tiques ne sont pas porteuses de la piroplasmose. Seules quelques familles de ces acariens le sont. Il s’agit des Dermacentor, des Hyalomma et des Rhipicephalus. Les autres sont anodins pour les chevaux.
C’est lorsque la tique mord qu’elle peut rendre l’animal malade. En effet, c’est à ce moment-là qu’elle peut lui transmettre deux protozoaires parasites (ou piroplasmes) : les Theleria equi ou les Babesia caballi. Une même tique peut contaminer plusieurs chevaux. La maladie peut se déclencher jusqu’à vingt jours après une morsure, alors que la tique, elle, ne reste qu’une quarantaine d’heures sur leur peau.
MALADIE PARASITAIRE

La vérification des muqueuses est une étape importante dans le diagnostic de la piroplasmose/Photo Marysa Merlo
La piroplasmose est donc une maladie parasitaire. Elle peut être aiguë ou subaiguë, chronique ou récurrente. Dans les deux premiers cas, les signes de la piroplasmose sont caractéristiques. Le cheval qui en est atteint a de la fièvre (aux alentours de 40°), il est abattu et anorexique. « Il ne faut toutefois pas s’y méprendre, il y a d’autres maladies qui ont cette symptomatologie, prévient l’immunologue. Il y a par exemple la leptospirose », ou encore certaines infections à streptocoque, comme la gourme. De plus, les mêmes symptômes peuvent-ils varier selon que le cheval ait infecté par l’un ou l’autre des deux parasites ou par les deux à la fois.
Dans les deux autres cas, la piroplasmose est plus sournoise. Le cheval ne peut en montrer que partiellement les signes, voire ne pas les montrer du tout. Ce sont souvent, alors, des analyses de sang, pour des raisons de baisses de performances, qui révèle la présence de la maladie. « Tous les chevaux que je vois pour de la piroplasmose ne sont pas forcément très atteints, constate le Dr Symoens. C’est notamment le cas de ceux qui sont en contact avec la maladie depuis leur plus jeune âge. » Ceux-là développeraient une sorte d’immunité.
« A cause de l’explosion des hématies (globules rouges) que provoque la piroplasmose, un cheval qui a cette maladie est anémié, c’est-à-dire que son sang est mal oxygéné », souligne de son côté le Dr Pitel. Cela provoque chez lui une fatigue généralisée, un ictère (coloration jaune), ou au contraire une pâleur des muqueuses et quelquefois des oedèmes des membres. La fatigue est d’autant plus marquée que le foie et les reins ont une grande quantité de déchets (ici de l’hémoglobine) à éliminer. Plus il y en a, plus les urines du cheval sont foncées. Ainsi, les muqueuses jaunes, « voire oranges ! », souligne le Dr Symoens, ainsi que les urines couleurs café sont deux manifestations évidentes de la présence de piroplasmes dans le sang du cheval.
D'AUTRES MOYENS

Un frottis sanguin avec des hématies parasitées par babesia caballi/Photo laboratoire Frank Duncombe
Il y a d’autres moyens de détecter la piroplasmose que l’observation de ses signes. La sérologie par exemple : elle permet de rechercher, dans le sérum de l’animal, la présence des anticorps de la maladie. Si elle est chronique, c'est-à- dire avec une symptômatologie de plus de dix jours, une seule prise de sang suffit. Si elle est aiguë, deux prélèvements à quinze jours d’intervalle sont indispensables, car les anticorps de la piroplasmose peuvent ne pas avoir été synthétisés dans les premiers jours de la contamination. Il existe aussi la recherche des parasites dans les hématies pour détecter la maladie. Elle s’effectue par un frottis de sang, idéalement au niveau de l’oreille ou du bout du nez du cheval, mais en pratique plutôt réalisé à la veine jugulaire. « Cet examen est privilégié lors de piroplasmose aiguë », indique le chercheur du laboratoire Frank Duncombe.
Le diagnostic de la piroplasmose peut aussi se poser à la suite d’une analyse d’urine et d’une fouille transrectale. La première donne des informations sur la bilirubinurie. En clair, elle informe sur l’état de fonctionnement des reins du cheval, qui sont très sollicités lors d’une piroplasmose. La seconde permet, quand cela est possible, de palper la rate. « Si elle est épaisse, il se peut que le cheval soit atteint de la piroplasmose, explique Pierre-Hugues Pitel. En effet, comme elle joue mal son rôle de filtre lors de cette maladie, elle se gorge de sang, donc elle s’épaissie. » Reste qu’il y a d’autres raisons qui peuvent expliquer une augmentation de la rate du cheval, une forte infection notamment. Et que ce dernier moyen de diagnostic n’est pas des plus classiques pour dépister cette maladie.
Conseils pratiques Sauf si elle se manifeste par des coliques ou de la forte fièvre, qui peut tuer le cheval en vingt-quatre à quarante-huit heures, la piroplasmose ne nécessite pas une intervention d’urgence. En attendant le vétérinaire, l’hyperthermie peut être traitée par de la Dipyrone ou de l’Acide Salicylique. S’il fait chaud, le cheval peut être arrosé au niveau des veines jugulaires. Dans tous les cas, il doit être mis au calme et à l’abri. Le traitement spécifique, à l’Imidocarbe (la molécule la plus couramment employée), de la piroplasmose ne doit être administré que par un vétérinaire. Pour au moins deux raisons : d’abord, s’il n’est pas ciblé, il ne sert à rien ; ensuite, il a de tels effets secondaires (coliques, sueurs, chocs...) qu’il vaut mieux qu’il soit ordonné par une personne avisée. Dans les cas graves de piroplasmose, le recours à la transfusion sanguine peut être indiqué, comme l’emploi de diurétiques et de tonicardiaques. Par contre, les thérapeutiques adjuvantes, telles que celles qui sont à visée hépatoprotectrice (autrement dit qui servent à débarrasser le foie et les reins de leurs déchets) sont, elles, assez discutées. Simplement les spécialistes concèdent-ils que tout ce qui contribue à reconstituer le capital de globules rouges du cheval peut-il ici être efficace. Il faut savoir que certains chevaux peuvent guérir de la piroplasmose sans traitement. Il y en a même qui peuvent montrer des examens sanguins négatifs après quelques mois de lutte contre la maladie. Pour autant, la piroplasmose peut resurgir aussi vite qu’elle est partie. |
NORMALEMENT PAS TRANSMISSIBLE

L'application d'un acaricide peut se faire soit au pulvérisateur, soit à l'éponge/Photo Nicolas Chauveau
La piroplasmose n’est normalement ni transmissible à l’homme, ni aux autres chevaux. Seul l’emploi d’un matériel d’injection non nettoyé pourrait induire une contamination entre les animaux. Les chevaux qui vivent au boxe ont moins de probabilité de contracter la maladie que ceux qui séjournent à l’extérieur. Quoi qu’il en soit, pour éviter les contaminations, au moins deux mesures simples sont envisageables. L’une consiste à nettoyer correctement les prés et les paddocks, notamment à les débroussailler, car ce sont les haies et les grandes herbes qui attirent les tiques. L’autre vise à être attentif, surtout en période d’agression des Dermacentor et autres Hyalomma. Il faut les retirer dès qu’ils s’accrochent à la peau des chevaux. Il faut aussi éviter que les tiques entrent dans les écuries. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas hésiter à avoir recours, ici comme sur la peau des chevaux, aux acaricides (à base de Pyrétrinoïde ou de Deltaméthrine) pour les repousser.
Enfin, le Dr Symoens revient sur le petit plus que pourrait apporter une « bonne vermifugation ». Selon lui, « elle diminuerait les risques de contamination ». S’agissant de parasites, une telle prophylaxie permettrait de limiter les dégâts des Theleria equi et des Babesia caballi.
Bien, qu’en principe, la piroplasmose ne soit pas mortelle, elle n’en demeure pas moins une maladie grave. Les séquelles hépato-rénales qu’elle laisse sont rares. Pour autant, les chercheurs tentent toujours d’en comprendre les phénomènes. Principalement ceux qui sont liés aux piroplasmoses récurrentes, qui restent pour eux une énigme scientifique.
A savoir
|
Ecrit par: Rédaction, Le: 25/03/08






















00049439