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Rss Chaud, les dermatoses !


C'est surtout la tête qui intéresse les insectes/Photo Marysa Merlo



Pour certains chevaux, l’arrivée du beau temps sonne le début d’une période difficile, celle des dermites. Alors que les jours qui rallongent et les températures qui montent devraient être propices à de longues balades ou de bonnes séances de travail avec son cheval, il arrive que ces quelques mois soient désagréables, pour le cavalier comme pour son animal. En effet, le soleil, les plantes et les insectes peuvent jouer des mauvais tours à nos amis les chevaux. Surtout lorsqu’ils leur agressent la peau. Par Sébastien Chauveau

Il existe une multitude d’affections dermiques qui atteignent la race équine. Quand il fait beau, les plus répandues sont le granulome éosinophilique, la photodermatose, l’atopie, l'urticaire, l’habronémose ou la dermatite estivale récidivante équine (DERE). Les galles, du corps comme des crins, sont, elles, maintenant plus rares mais restent présentes. Toutes ces affections de la peau trouvent principalement leur origine dans une allergie. Ce qui veut dire qu’elles peuvent être difficiles à guérir. « Ce qui est sûr, c’est que les dermatoses ne se soignent pas seules, prévient le vétérinaire Mathieu Lenormand. Contrairement aux idées reçues, la chaleur de l’été n’arrange pas tout, surtout si l’humidité persiste. Elle aggrave même les choses, dans certains cas. »

L'EXPOSITION AU SOLEIL, AUX PLANTES ET AUX INSECTES


Une encolure avec des granulomes éosinophiliques/Photo Marysa Merlo

Quelles sont les causes des dermatoses estivales ?

Il y en a plusieurs. Celles qui touchent les chevaux quand il fait chaud sont globalement provoquées par l’exposition au soleil, aux plantes et aux insectes. Ce sont ces dernières qui sont les plus à craindre pour les chevaux. Elles peuvent les mettre dans un mauvais état (voir encadré). Les dermatoses de l’été sont d’autant plus graves que des soins appropriés ne sont pas réalisés.

Témoignage


Peggy et son cheval guéri/Photo DR



L’histoire de Peggy Pansart n’est pas banale. En 2006, cette cavalière-propriétaire, amoureuse de la race Frison et du spectacle équestre, acquiert le cheval de ses rêves. Il a à l’époque quatre ans. Il est splendide. Seulement, l’idylle tourne au cauchemar. Le beau Frison devient une plaie vivante. Il est atteint de DERE.

« Mon cheval a d’abord été diagnostiqué comme ayant une dermite, se souvient Peggy. Mais quelle dermite ?, il était impossible de le savoir. » Le Frison a peu à peu perdu ses soixante centimètres de crinière, ses poils se sont piqués et la base de sa queue s’est arrachée. « Je n’en dormais plus de voir mon cheval souffrir », dit Peggy, en soulignant, qu’un jour, il était si mal qu’il a sauté sa clôture pour se rouler sur le goudron.

La vie de ce cheval était devenue un enfer. Il n’était plus montable. Il était maigre. « Il n’avait plus de vie sociale, raconte sa propriétaire. Il n’avait plus de contact avec ses congénères, pour ne pas qu’ils le grattent.  » En plus, son boxe s’était transformé en bunker, puisqu’il était capitonné, pour ne pas qu’il s’y blesse, et équipé d’une ventilation électrique, pour repousser les insectes.

La détermination n’a toutefois jamais abandonné Peggy Pansart. Après avoir dépansé près de mille euros dans la pharmacopée et les diverses « solutions miracles », c’est d’Internet qu’est venu le sauvetage de son cheval. « J’ai pu discuter avec des propriétaires de chevaux du monde entier qui étaient eux aussi concernés par la maladie, se réjouit encore Peggy. Ainsi, j’ai pu récupérer des vieux livres de médecine et importer des plantes qui n’étaient pas utilisées en France. » C’est grâce à ces mêmes plantes, qu’elle a cuisiné dans son coin, que le Frison de Peggy Pansart a retrouvé sa beauté et sa joie de travailler. Un secret qu’elle tient cependant à garder, puisqu’elle l’a mis au service de sa société, qui vend justement un produit pour soulager la dermatite estivale récidivante équine.


Pourquoi les insectes aiment-ils autant la peau des chevaux ?

Tout simplement parce qu’ils adorent la chaleur et l’humidité. Ce sont deux conditions dans lesquelles ils peuvent éclore et se reproduire. Sur les chevaux, leur terrain de jeu est les yeux. Mais ils apprécient tout autant de manger dans leurs oreilles, sous leur queue et entre leurs cuisses. Les insectes se nourrissent, entre autres, de la sueur des chevaux. Mais leurs plaies ne les laissent pas non plus indifférents.

Que causent, exactement, les insectes sur la peau des chevaux ?

En plein été, les mouches, les moustiques et les moucherons sont les bestioles qui sont les plus virulentes. A l’avant et à l’arrière-saison, ce sont davantage les tiques qui agissent. Dans tous les cas, les piqûres comme les morsures font mal. C’est ce qui explique les réactions, brutales parfois, que l’on observe chez les chevaux en période estivale. Certains arrivent à se blesser tellement ils sont attaqués.

Quand ils piquent ou mordent, les insectes injectent des substances. Celles-ci étant étrangères à l’organisme du cheval, il arrive qu’il se produise une réaction immunitaire excessive. Ce phénomène ne peut se limiter qu’à une simple papule prurigineuse. Mais il est quelquefois ou il va jusqu’à la véritable allergie.

Les insectes pourraient aussi causer des granulomes éosinophiliques, mais ce n’est pas totalement établi. Ce sont ces fameux boutons que l’on voit surgir sur la peau des chevaux quand il fait chaud. Il s’agit de nodules ronds et fermes, qui peuvent être plus ou moins gros. Les granulomes éosinophiliques sont généralement localisés sur l’encolure, le garrot et le dos. Mais ils n’ont, en fait, pas de lieu d’éclosion réellement défini.

En revanche, il est bien avéré que les mouches sont des vecteurs d’infections. Parmi elles, il faut noter l’habronémose cutanée. En moissonnant sur les crottins, les mêmes mouches ingèrent des larves - de la famille des habronèmes -, qu’elles déposent ensuite sur la peau des chevaux. Selon l’endroit où elles évoluent, les dégâts des larves sont plus ou moins visibles. Si c’est dans un œil, cela peut provoquer une conjonctivite ; dans la bouche, des ennuis gastriques ; et sur les plaies, des difficultés de cicatrisation.

DE MULTIPLES ORIGINES


Les chevaux gris sont particulièrement visés par la photodermatose/Photo Syl Arabians

Les chevaux sont-ils vraiment aussi sensibles aux insectes qu’au soleil ?

Oui. Et, s’ils ont la peau claire, ils y sont encore plus que les autres chevaux. Notamment à ce que l’on appelle la photodermatose (ou allergie à la lumière). Ce sont les zones non pigmentées et sans poils, comme le bout du nez, le chanfrein, les lèvres et les pâturons qui sont concernés par cette dermatose. Les symptômes sont les mêmes que pour le coup de soleil des humains : la peau devient rouge, puis elle peut s’ulcérer sous l’effet des croûtes. Des fois, elle est douloureuse là aussi.

Quelle est la différence avec la photosensibilité ?

La photodermatose est une affection de la peau qui est due aux rayonnements lumineux. Alors que la photosensibilité est une sensibilité aux rayonnements lumineux en tant que tels. Autrement dit, primo : c’est la lumière qui cause la maladie. Secondo : c’est la lumière qui est la cause de la maladie.

Mais voilà, la photosensibilité peut aussi avoir d’autres origines que la lumière. Elle est de temps en temps la raison d’agents chimiques dans l’organisme du cheval. Il y a notamment des antibiotiques et des huiles essentielles qui provoquent des réactions de photosensibilité. « Les antibiotiques de types sulfamidés, pour ce qui est des substances chimiques, en font partie », indique le Dr Lenormand. Tandis que du côté des plantes, c’est plutôt du millepertuis, des agrumes, du fenouil, du persil ou de la sauge dont il faut se méfier. Enfin, il y a aussi des chevaux qui sont tout simplement mal armés pour lutter contre les rayonnements lumineux. Ce sont, alors, les cellules de leur peau qui ne jouent pas leur rôle. Elles réagissent de manière mal comprise. On parle ici de forme idiopathique de photosensibilité.

PAS DE CERTITUDE


Des tests cutanés/Photo DR

On l’a dit, les chevaux sont sensibles aux insectes et au soleil. Mais le sont-ils également aux pollens ?

Il semblerait que oui, mais les chercheurs n’ont pas de certitude à ce sujet. Sur les autres animaux, comme les chiens, les réactions aux pollens provoquent des atopies. Ce type d’allergie est dictée par une prédisposition innée à fabriquer des anticorps contre des antigènes de l’environnement. Chez les chevaux, cela concernerait les pollens bien sûr, mais aussi les moisissures et les poussières.

Ce sont, en principe, des tests intracutanés qui déterminent - avec plus ou moins de précision sur les chevaux - la réalité d’une atopie. Quant aux manifestations cliniques de la maladie, elles sont surtout caractérisées par le prurit (la démangeaison). L'alopécie (la chute de poil) et l'excoriation (l’écorchure) sont, eux, des symptômes plus secondaires. Les lésions de l’atopie touchent la tête, les oreilles, les membres et le ventre des animaux.

L’atopie, est-ce presque pareil que l’urticaire ?

Ce sont certes toutes les deux des pathologies dermatologiques qui peuvent survenir sur les chevaux quand il fait chaud. Mais la première est nettement plus confidentielle que la seconde. L’urticaire est en fait la conséquence d’une affection dermatologique. Ce n’est pas un diagnostic, contrairement à l’atopie.

L’urticaire est multifactorielle. Elle peut être immunologique ou pas. Elle peut être provoquée par les vaccins et les médicaments. Toutefois, les insectes, l’alimentation et les allergies de contact (aux matières plastiques, aux graminées, aux shampooings, aux insecticides, etc.) ont également leur part de responsabilité dans le déclenchement des urticaires. C’est, aussi, le cas du stress, de l’exercice physique et de l’environnement. L’urticaire peut être remarquée tout le temps, mais elle l’est davantage l’été. Elle est le plus souvent transitoire.

LA PLUS REDOUTEE


Ici, la DERE a ravagé la queue/Photo Dr

Comment se place, dans ce cas-là, la dermatite estivale récidivante équine (DERE) dans le tableau des maladies de peau des chevaux ?

La DERE, qui est, de façon certaine, transmise par les culicoïdes et, de manière moins affirmée, véhiculée par les taons, les moustiques et autres mouches hématophages est l’affection dermatologique de l’été la plus redoutée. « C’est l’une des plus compliquée à gérer ! », dit Mathieu Lenormand. Cette dermatose a tous les noms (ardeurs, gale, gratte...). Mais c’est celui de dermatite estivale récidivante équine qui lui revient. Pour trois raisons : c’est une inflammation de la peau ; elle ne survient qu’en été ; et les sujets guérissent dès qu’il fait froid mais récidivent sitôt que la chaleur réapparaît.

Il faut le dire, la DERE est héréditaire et génétique. Aucune statistique n’indique de prédisposition raciale à contracter la maladie. Mais il se dit que ce serait les chevaux de trait et les Frison qui en seraient les plus victimes. Par contre, la répartition géographique de la dermatite estivale récidivante équine est établie, elle couvre tout le territoire national. Et sa gravité est quantifiée, elle peut être localisée tout autant que généralisée.

Les signes de la DERE sont toujours à peu près les mêmes. Ce sont d’abord la tête, l’encolure, la croupe, la base de la queue et le ventre qui sont touchés. Mais il peut arriver qu’elle s’étende aux membres et au dos. Heureusement, la dermatite estivale récidivante équine n’est pas contagieuse. En revanche, elle est quelquefois invalidante. Les chevaux qui en sont atteints se frottent contre tout ce qu’ils trouvent. Cela entraîne des lésions, qui peuvent aller jusqu’à les empêcher de travailler.

Les conseils du vétérinaire


Pulvérisation d'une solution insecticide/Photo DR



Il y a plusieurs manières d’appréhender les dermatoses. Le Dr Lenormand nous pointe les plus évidentes.

« La première règle, en la matière, ce sont les soins à travers l’observance, particulièrement la détection précoce des problèmes », indique le praticien. Mais attention de ne pas tomber dans l’excès. « Trop de shampooinage n’est pas la bonne solution ici. Un rinçage, à l’eau claire, suffit largement à débarrasser un cheval de sa sueur », insiste le Dr Lenormand.

Hygiène aussi : cette fois, c’est sur l’environnement du cheval que le thérapeute veut attirer l’attention. « Des prés, sans abri, avec des points d’eau croupis et des ronciers abandonnés ne sont jamais de bonnes conditions de vie pour lui, assène-t-il. C’est pareil pour les boxes et les paddocks, il faut qu’ils soient propres. Il faut donc en retirer les crottins au moins. »

Hygiène toujours : pour le Dr Le normand, les dermites nécessitent des soins, rapides et quotidiens. « Avec des laits apaisants et des solutions acaricides et insecticides, dans un premier temps. Mais, si besoin, avec des antibiotiques et des anti-inflammatoires, dans un second temps », confie-t-il. Et lorsqu’il n’existe pas de spécialité vétérinaire spécifique, c’est le cas pour traiter les coups de soleil, « il faut utiliser des solutions de médecine humaine », consent le vétérinaire. Une bonne vermifugation, à l’Ivermectine notamment, peut également aider à pallier à l’habronémose. Et l’application régulière d’insecticides - à base de pyréthrines par exemple - sur les murs, les couvertures, les parois des vans, etc., est de bonne augure pour essayer de parer aux piqûres et aux morsures.

Après, ce ne sont que des bons réflexes qu’il faut acquérir. Une longue queue et une longue crinière chassent les insectes. A deux, les chevaux s’entre aident pour se défendre contre les assaillants. Le crépuscule et le zénith sont des heures difficiles pour les chevaux sensibles aux petites bêtes et au soleil. La moustiquaire ou les bandes de tissus forment de bons murs contre les intrus. Le masque ou le chasse-mouches cachent les yeux du cheval.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 12/06/08