
Photo Nicolas Chauveau
Attention aux chevaux qui saignent du nez. Il faut s’en préoccuper. Ce n’est pas une pathologie, mais un signal qui traduit une affection qui peut être, ou bénigne, ou gravissime. Explications avec le Dr Cuisenaire, vétérinaire. Par Sébastien Chauveau
Le saignement de nez peut être dangereux pour le cheval. Il peut même lui être fatal. L’épistaxis, que l’on nomme aussi la rhinorragie, n’est en fait que l’aspect visible d’une atteinte de l’appareil respiratoire, qui se manifeste par un écoulement de sang au niveau des naseaux. Un écoulement qui peut être, soit unilatéral, soit bilatéral, soit asymétrique.
Le saignement de nez, chez le cheval, est somme tout assez fréquent. Il ne s’agit pas d’une pathologie, mais plutôt d’un signal d’alerte. « Il n’est pas génétique, rassure Adeline Cuisenaire, vétérinaire. Il est la conséquence de différentes pathologies dont l’origine n’est pas toujours expliquée. » L’hémorragie qui est due à une épistaxis peut être impressionnante. Inversement, elle peut ne se limiter qu’à la perte de quelques gouttes de sang seulement.
Le diagnostic qui entoure l’épistaxis peut être vaste. Il peut aller du bénin au grave. Si l’hémorragie peut être spontanée, comme après un choc traumatique par exemple, elle peut également apparaître dans la demi-heure qui suit un effort, voire deux heures après ce dernier.
Les raisons de l’épistaxis peuvent être multiples. Il y a la toux ou la fièvre, c’est le cas lors de pneumonie notamment. Mais lorsque l’hémorragie est chronique, il y a aussi la fatigue anormale, la baisse de performance, l’essoufflement et l’oedème.
PLUSIEURS ORIGINES

Photo Manoel Relet
Le terme d’épistaxis vient du mot grec « epistaksis » (pour saignement de nez). Ce même saignement de nez peut-il avoir plusieurs origines. La plus simple est celle qui a pour cause l’inspiration d’un corps étranger, telle une brindille ou un granulé. En progressant dans la cavité nasale, celui-ci l’irrite, ce qui amène le cheval à éternuer. C’est, d’ailleurs, l’un des premiers signaux de l’épistaxis, que l’éternuement.
Mais la même épistaxis n’a pas que pour seule raison la brindille ou le granulé inspiré. Elle peut, également, être postérieure à un choc. « C’est courant, témoigne le Dr Cuisenaire. Tout simplement, parce que la muqueuse nasale, comme le larynx ou le pharynx, est très fragile. » Ajoutons que le saignement de nez peut aussi être le fait d’une invasion par des champignons ou par des polypes, ou encore la cause de l’existence de tumeurs, de troubles de la cicatrisation ou de la circulation sanguine.
Lors d’une épistaxis, le sang peut provenir des différents étages de l’appareil respiratoire du cheval. En clair, si le sang coule par les naseaux, l’affection peut concerner aussi bien les cavités nasales que les sinus, le pharynx que le larynx, les poches gutturales que les bronches ou les alvéoles pulmonaires. L’écoulement varie selon qu’il vient de tel ou tel étage. Comme sa couleur est fonction qu’il est, ou de nature artérielle (rouge vif), ou mélangé à du matériel purulant, ou d’origine veineuse. Dans les deux derniers cas, le sang est de couleur noirâtre.
A savoir Pas de panique devant une épistaxis : elle peut durer vingt minutes, mais le volume de sang d’un cheval étant d’au moins un treizième de son poids, il ne risque normalement pas d’en mourir. Ici, le premier geste consiste donc à poser une poche de glace sur le chanfrein du cheval pour favoriser la vasoconstriction. Autrement dit, cette opération vise à resserrer les tissus et à diminuer le saignement. Il est par contre inutile de lui enfoncer des tampons de coton dans les naseaux, car si l’hémorragie vient de plus loin, ils ne servent à rien. Il faut immédiatement arrêter le travail dès l’apparition d’une épistaxis. Cela dit, pour ne pas qu’elle arrive, des vétérinaires conseillent « de développer progressivement la capacité pulmonaire du cheval de sorte à la lui renforcer, et d’éviter les irritatifs comme le confinement, la poussière, les sorties par les temps brumeux, etc ». Il semblerait que l’excès d’eau et l’alimentation trop riche pourraient engendrer, eux aussi, de l’épistaxis, car ils épaissiraient le sang - pour ce qui est de l’alimentation trop riche notamment - et favoriseraient l’hypervolumie (la surpression capillaire). |
SAIGNEMENT UNILATERAL

Retrait d'une sonde gastroesophagienne/Photo Manoel Relet
Lorsque le saignement est unilatéral, il est souvent la cause d’un incident au niveau de la cavité nasale ou des sinus. Le plus connu est le coup de pied que le cheval reçoit dans le nez. Mais l’accident d’intubation est aussi une raison fréquente du saignement des naseaux, comme l'est l’hématome de l’ethmoïde (qui est une prolifération anarchique de vaisseaux sanguins qui se trouvent à proximité de l’os du crâne), qui ressort dans le nez. Ajoutons que la mycose de la cavité nasale, qui est une infection par un ou plusieurs champignons, ainsi que les polypes, qui sont des masses pédonculées, sont autant d’autres motifs de saignements de nez du cheval.
Pour ce qui est des sinus, le saignement vient souvent, ici, des deux maxillaires supérieurs. Ceux-ci sont également des cavités, mais qui sont situées dans les os de la face et du crâne du cheval. Certains sinus sont en relation avec les « conduites » nasales. Ce sont ceux-là qui sont les plus importants. Leur hémorragie est essentiellement due à de la sinusite bactérienne ou mycosique. Néanmoins, le saignement peut également être, en l’espèce, la suite d’un traumatisme ou d’une tumeur.
Quand l’hémorragie est toujours bilatérale, mais asymétrique aussi, il y a de fortes chances que ce soit les poches gutturales qui soient touchées. Celles-ci sont des diverticules (protubérances) qui se situent au niveau de la trompe d'Eustache, le canal qui relie ensemble l’oreille interne et le pharynx. Soit après une affection, genre gourme par exemple, soit suite à leur irritation par un topique (traitement local), les poches gutturales peuvent s’éroder. Soit des champignons peuvent s’y développer et y provoquer la rupture de l’artère carotide interne. On appelle cela la mycose des poches gutturales. Notons, que, dans ce cas-là, le sang qui s’écoule est rouge vif.
SAIGNEMENT BILATERAL

CCE du Lion d'Angers, 1997/Photo Marysa Merlo
Dès que l’épistaxis est plus profonde, le saignement est bilatéral. C’est ce qui se produit lorsque le larynx ou le pharynx est atteint par des abcès, des traumatismes ou des tumeurs. Mais les poumons génèrent-ils, eux aussi, leur lot d’épistaxis. « Ce seraient les plus sérieuses », aux dires des vétérinaires.
Plusieurs parties des poumons peuvent donner lieu à du saignement bilatéral. Il y a, ou les bronchioles, ou les alvéoles. C’est, en dehors de la pneumonie ou de la pleuropneumonie, l’hémorragie pulmonaire induite par l’exercice (HPIE), sorte d’ « intolérance à l’effort », qui amène majoritairement le cheval à saigner du nez. Plus précisément, les contraintes mécaniques - d’échanges sanguins et gazeux - imposées aux vaisseaux et aux tissus pulmonaires sont si fortes à l’effort qu’elles en fragilisent la membrane alvéolo-capillaire. « Bien qu’elle soit courante chez les chevaux de courses, on connaît mal les vraies raisons de l’HPIE, signale Adeline Cuisenaire. Ce que l’on sait, c’est qu’elles sont la coexistence d’au moins deux phénomènes, l’inflammation chronique et la rupture alvéolo-capillaires, et que ce sont plus les vieux chevaux que les autres qui en sont atteints. » Cela dit, ce n’est pas parce qu’il y a HPIE qu’il y a épistaxis. Seuls 10% des chevaux qui contracteraient de l’hémorragie induite par l’exercice connaîtraient des saignements de nez.
Il semblerait que l’HPIE interviendrait à la vitesse d’au moins 250 m/mn. Inutile de dire, alors, qu’un certain nombre de chevaux de sports seraient concernés par cette anomalie. Quelques études font état de 30% de trotteurs qui pourraient être atteints par l’hémorragie pulmonaire induite par l’exercice. Du côté des galopeurs de plat, d’autres statistiques annoncent, elles, que ce serait près de 70% de ces chevaux-là qui seraient « intolérants à l’effort ». « Cela pourrait s’expliquer par le déploiement pulmonaire, très important, qu’ont besoin les galopeurs », souligne Adeline Cuisenaire. Les chevaux de concours complets seraient, pour leur par, intéressés par l’HPIE à un peu plus de 10%. Tandis que les chevaux d’endurance en seraient, eux, plutôt épargnés.
Diagnostics et pronostics Il faut faire de vrais examens pour visiter les étages de l’appareil respiratoire d’un cheval. Un seul coup d’oeil n’y suffit pas. La radioscopie et l’endoscopie sont deux méthodes classiques d’investigation pour rechercher les épistaxis. Mais, de manière plus spécifique, les vétérinaires peuvent-ils aussi avoir recours aux sinusoscopies et aux sinusosynthèses, ainsi qu’aux lavages trachéaux et bronchoalvéolaires. Ces techniques sont respectivement des explorations et des prélèvements des sinus, des lavages de la trachée et des poumons. L’avenir d’un cheval qui connaît des épisodes d’épistaxis est fait de divers horizons. S’ils ne surviennent qu’à la suite d’accidents traumatiques, la carrière de l’animal n’est en rien compromise. Tout juste faut-il lui accorder un peu de repos et être plus attentif pour éviter les récidives. En revanche, si les épistaxis ont pour origine des hémorragies pulmonaires induites par l’exercice, beaucoup de vétérinaires prônent « la mise à l’arrêt définitive » du cheval, si ce n’est pour le loisir, au moins pour les activités sportives intensives. |
On l’a dit, le saignement de nez peut être dangereux pour le cheval. C’est pourquoi il ne faut jamais tarder à le montrer à un vétérinaire. Ce dernier procédera à un interrogatoire de l’entourage du cheval, et il explorera entièrement le système respiratoire de l’animal. En effet, il n’est pas possible, en termes d’épistaxis, de ne se contenter uniquement de ce que l'on voit.
Traitements L’épistaxis se soigne, mais ses causes ne sont pas toujours curables. En première intention, il ne peut être question que d’une administration d’antihémorragique pour stopper une épistaxis, voire d’une cure de vitamine C pour tonifier les capillaires sanguins. Mais il ait des fois où il faut aller plus loin, et réaliser des soins quotidiens. En matière de traitement de l’épistaxis, « les techniques n’ont guère évolué depuis quelques années », constate le docteur vétérinaire Gilles Baratoux. Et d’ajouter : « Ce sont toujours les fumigations qui sont préconisées. » Via un système de propulsion de l’air - qui fait passer les médicaments de l'état liquide à volatil - connecté à un masque posé sur la tête du cheval, il est possible de lui faire respirer toutes sortes de produits. Ceux-ci vont des huiles essentielles aux anti-inflammatoires en passant par les antibiotiques et autres bronchodilatateurs. Pour soigner l’épistaxis, « il y a également les aérosols, indique Gilles Baratoux. Comme pour les fumigations, ils sont propulsés dans un masque, et le cheval les respire. » Mais, selon les praticiens qui sont rompus à ce genre de thérapeutique, il semblerait que cette dernière serait « moins pratique et moins efficace que les fumigations ». « Les chevaux ont souvent peur du bruit des pchitts. De plus, avec ce procédé de traitement (les aérosols), les médicaments ont davantage tendance à se volatiliser », évoque, pour sa part, le Dr Baratoux. Gageons qu’il faut, en plus, les renouveler plusieurs fois par jour, ce qui n’est pas le cas avec les fumigations. Dans les cas les plus lourds, les spécialistes de la médecine équine peuvent avoir recours à la chirurgie pour venir à bout des épistaxis. Ils peuvent, entre autres, selon leur localisation, retirer ou réduire des tumeurs. Mais ils peuvent, également, faire des soins en obturant des carotides avec des stents lors de mycoses des poches gutturales par exemple. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 21/07/07























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