
Une manipulation ostéopathique/Photo DR
Les maux de dos sont fréquents chez les chevaux. Heureusement, les cavaliers comme les soigneurs sont de plus en plus attentifs à ce type de pathologie. Ils n’hésitent plus à recourir aux spécialistes. Pourtant, aux dires de ceux-ci, les signes d’alerte ne seraient pas encore suffisamment ressentis. Par Sébastien Chauveau
Les maux de dos des chevaux sont rarement le fait d’une affection unique. Ils sont souvent la conséquence d’une conjonction d’évènements. En effet, « quand ils ont mal à « un bout », ils ont mal « à l’autre » ! », confie le vétérinaire, ostéopathe et acupuncteur Jean Servantie.
Tous les chevaux sont susceptibles de connaître, dans leur vie, un ou plusieurs épisodes de dorsalgies. Ce n’est pas une question d’âge. Contrairement à ce que l’on entend ici et là, les jeunes chevaux n’ont pas plus de raison que les vieux d’en être victime. Ce sont plus, chez les animaux de moins de trois ans, les articulations des membres que celles du dos qui font souffrir.
Quant au morphotype de chevaux qui peuvent être concernés par les dorsalgies, là encore, il est tend de mettre à mal certaines idées reçues. Qu’ils soient courts et musclés, ou longs et décharnés, tous les dos de chevaux ont leurs maux. Simplement, ils sont spécifiques selon que les animaux appartiennent à l’une ou à l’autre des deux catégories. Les premiers, avec leur rachis puissant, subissent de grosses contraintes musculaires. Tandis que les seconds, qui sont plus frêles à ce niveau-là, sont encore plus sensibles que les premiers.
« Les maux de dos que je soigne concernent majoritairement les vertèbres lombaires », indique le Dr Servantie. Néanmoins, ils peuvent intéresser tout le rachis, principalement du garrot à la queue. Les chevaux qui ont le plus mal au dos sont ceux qui effectuent constamment les mêmes efforts. C’est le cas des chevaux d’endurance, de dressage, des trotteurs ou encore des galopeurs de plat. Les autres, ceux de saut d’obstacles et de concours complet notamment, ont un travail varié qui facilite l’acquisition d’une musculature harmonieuse. Ils sont donc moins concernés par les dorsalgies que les précédents.
MAUVAISES CONFORMATIONS

Saumur 1999/Photo Marysa Merlo
Les mauvaises conformations du rachis peuvent être une des causes du mal de dos des chevaux, particulièrement pour celles qui touchent le bassin. Pour le reste, elles sont multifactorielles. Elles peuvent être d’origine musculaire : ces dorsalgies sont essentiellement dues au travail proprement dit des chevaux, notamment, « lorsqu’ils sont mal « employés », c'est-à-dire qu’ils ne sont pas suffisamment échauffés ou enfermés dans des enrênements fixes », indique Isabelle Burgaud, vétérinaire et elle aussi ostéopathe.
Les dorsalgies peuvent aussi être causées par des traumatismes. « Quand les animaux se coincent dans leur box ou qu’ils tombent dans leur paddock, ils peuvent se faire très mal au dos », signale Jean Servantie. Pareil lorsqu’ils chutent sur un parcours d’obstacles, quand ils ruent, lorsqu’ils se cabrent... Voire « quand les efforts leur sont mal préparés et que la qualité des terrains laisse à désirer », insiste le vétérinaire ostéopathe et acupuncteur.
Les maux de dos des chevaux peuvent également résulter de dysfonctionnements internes. « C’est un facteur qui est encore trop négligé de la part des cavaliers », remarque le Dr Servantie. « Pourtant, il faut le savoir : que ce soit les intestins, les poumons, les ovaires ou l’estomac... tous ces organes sont en lien avec les vertèbres, signale-t-il. Ce qui veut dire, que, lorsque l'un d’eux est déficient, le dos l’Est généralement. »
COMPENSATION

Une compensation/Photo DR
Comme la dorsalgie n’est pas immédiatement hyper algique (très douloureuse), elle tarde parfois à se faire sentir. « Les chevaux ne boitent pas forcément dans cette pathologie, explique le Dr Burgaud. Généralement, les premiers signes de dorsalgie sont assez subtiles. Il peut s’agir de défenses au travail, de fouaillements de la queue ou de difficultés à porter le cavalier... » Ainsi naissent les attitudes de compensation. Elles sont encore un autre pendant des dorsalgies des chevaux. Mais voilà, lorsqu’ils agissent comme ceci, ils se surmènent le rachis. Ils font la même chose quand ils ont mal aux dents. Des surdents ou des dents de loup peuvent en effet être la cause d’affections du dos. Elles provoquent des défenses dans la main du cavalier et engendrent des contractures temporo-mandibulaires. Si les chevaux s’adaptent à ces conditions de vie, ils compensent en revanche les dysfonctionnements de leur bouche par des positions de leur tête qui sont anormales. Et, à terme, ils finissent par souffrir de dorsalgie.

Les mêmes attitudes de compensation peuvent-elles aussi être matérielles. Une selle qui porte mal (voir encadré), une sangle qui serre trop, un filet qui est étroit... sont autant de causes aux mal de dos des chevaux. C’est également le cas lorsqu’une ferrure est mal adaptée. « Des aplombs qui ne sont pas respectés, des clous qui sont trop rivés ou des fers qui sont trop en appui sur les soles les encouragent à se soulager », précise Arnaud Gidel, un maréchal-ferrant qui fait de l’orthopédie équine. « Du coup, on se retrouve avec des chevaux qui ont une usure anormale des fers ou des sabots, poursuit-il. Tant est si bien qu’on est, parfois, obligé de recourir à des produits collés, parce qu’ils amortissent parfaitement les chocs et n’induisent pas de pression de serrage. »
Du conseil à la selle C’est parce qu’une selle doit d’abord convenir au dos du cheval avant les fesses du cavalier que la société Allures a développé son concept. Née de la rencontre d’une anglaise, Trudi Henderson, et d’une suédoise, Marie Thomsen, cette entreprise française, basée en Dordogne, propose des produits sur mesure. « Nous nous déplaçons chez les clients avec une trentaine d’arçons dans notre camion, explique Marie. Ainsi, on peut les essayer directement sur le dos des chevaux. » Très courant dans les pays scandinaves et anglo-saxons, le conseil en sellerie est marginal dans notre pays. « C’est dommage, regrette Marie. Car nous nous sommes aperçus, qu’en France, les selles étaient plus souvent faites pour les cavaliers que pour les chevaux. Elles sont généralement pas assez hautes, trop serrées et mal ajustées. » « Alors qu’une bonne selle ne doit toucher, ni aux omoplates du cheval, ni à ses dernières côtes ; que sa taille standard doit être de 50 cm ; sa gouttière de quatre à cinq doigts de large ; sa hauteur de panneau de deux à trois doigts, etc. », dit-elle. Tout en concédant que son concept de selle, à la mesure du cheval, ne peut aller que sur deux ou trois individus de même gabarit dans une écurie. |
« DES ALERTES QUI NE TROMPENT PAS »

Un traitement par mésothérapie/Photo Service vétérinaire ENE
De la compensation aux signes cliniques, il peut se passer du temps. Selon Jean Servantie, « il y a, toutefois, des alertes à la dorsalgie qui ne trompent pas. Un cheval qui passait correctement un changement de pied et qui, d’un seul coup, le fait moins bien ou plus du tout, en est une. Idem pour un cheval qui, hier, galopait à faux et qui, aujourd’hui, n’y arrive plus. » D’autres comportements de souffrance du dos doivent aussi attirer l’attention. « C’est, par exemple, le cheval qui refuse de donner l’un de ses postérieurs au maréchal-ferrant, dit Isabelle Burgaud. C’est, également, celui qui soulage régulièrement son bassin ou son dos en s’appuyant tantôt les fesses sur sa mangeoire, tantôt sur son abreuvoir. Ou c’est, encore, celui qui gémit, qui gratte ou qui cherche à mordre au sanglage ou au montoir. »
Comme c’est souvent le cas dans bon nombre de pathologies, il faut agir vite en matière de dorsalgie. « Le plus précocement est le mieux, insiste le Dr Burgaud. Sinon, il s’installe un processus de compensation et l'on entre dans un cercle vicieux de peur et de douleur. » Après, si une boiterie est associée au mal de dos, la vétérinaire conseille de « procéder à un bilan clinique ». « Cela permet de faire des radios du rachis et, plus précisément, des échographies du bassin, explique-t-elle. Ce sont des examens qui sont intéressants ici car ils apportent un diagnostic précis. »
Il y a plusieurs manières de soigner les dorsalgies du cheval. Elles sont évidemment fonction de leur gravité. Dans les cas les moins avancés, le recours aux massages, à la cryothérapie ou à la physiothérapie, à l’accupuncture ou à l’ostéopathie est assez classique. « C’est cette approche que je préconise dans cette phase-ci », affirme le Dr Servantie. Mais, quand les maux de dos se compliquent, nos deux praticiens s’accordent à dire qu’ « il faut passer aux thérapeutiques un peu plus invasives », comme la mésothérapie (voir encadré) ou les infiltrations par exemple. Après un traitement, le travail en longe, sans selle ni surfaix, étant généralement indiqué durant quelques jours pour mettre fin au cercle vicieux « de la peur et de la douleur ».
La mésothérapie La mésothérapie est une technique médicale qui est peu douloureuse. Il s’agit d’injections locales, répétées et en faible quantité, de produits actifs (anesthésiques, anti-inflammatoires, décontracturants, vasodilatateurs, etc.) qui se font sur ou sous la peau. Elles se pratiquent, soit de façon manuelle, soit de façon assistée (par un injecteur). Ce sont souvent les affections rhumatologiques qui sont traitées par cette thérapeutique. La mésothérapie est une médecine récente. Elle a été découverte par un français, le docteur Michel Pistor, en 1952. Elle a l’avantage de ne pas diffuser les actifs dans le corps, donc de limiter les effets secondaires et la toxicité sur les organes comme l'estomac ou le foie. Et, grâce à la peau, qui permet une libération lente des médicaments, la mésothérapie offre une meilleure concentration des effets des produits sur la douleur. |
Il y a bien des chevaux qui sont atteints de réelles malformations du rachis. Pour ceux-là, la médecine ne fait pas de miracle. Ils doivent être suivis toute leur vie. Mais, pour les autres, hormis les fractures accidentelles et les arthroses massives, les dorsalgies n’ont rien d’incurable. A condition que les choses soient faites dans les règles de l’art.
Confidences de la spécialiste Marietta Almasy La cavalière de dressage de niveau international, Marietta Almasy, nous dévoile ses pratiques. « J’accorde beaucoup de soin au dos de mes chevaux, confie Marietta. C’est, chez moi, une partie essentielle de leur travail. Car un animal qui est bien dans sa masse est un animal qui se place et se déplace bien. Pour autant, je n’entraîne pas tous mes chevaux de la même manière. Certes, je veille à ce qu’ils se musclent tous « bien ronds ». Mais chacun a son programme. » « Durant longtemps, je suis montée avec des très bonnes selles, sans trop me soucier si elles convenaient parfaitement au dos de mes chevaux », avoue Marietta. « A présent, je m’attache à faire en sorte que celles que j’utilise ne les gênent pas. Je les prends plutôt en fonction de leurs mesures que des miennes. Cela évite l’emploi d’artifices, comme les amortisseurs et autres padds, que je trouve personnellement bien peu efficaces. » « Pour le reste, ajoute-t-elle, je monte mes chevaux en bride, les plus douces possible, ou encore en rênes allemandes. Et je les longe de temps en temps, en filet ou en liberté, mais uniquement pour les échauffer ou pour les récompenser car je ne crois pas que l’on puisse contrôler correctement l’incurvation d’un cheval comme cela. » |
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Ecrit par: Rédaction, Le: 10/09/07























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