
Oeil de cheval/Photo Marysa Merlo
L’appareil visuel du cheval suscite autant d’interrogations que d’inquiétudes. Entre les accidents et les maladies, l’œil de cet animal est l’un de ses organes qui est le plus soumis. Pour éviter le pire, il faut agir vite. Explications et conseils d’un ophtalmologiste. Par Sébastien Chauveau
La vision du cheval est au centre des préoccupations de tout cavalier. Autant que la locomotion, la digestion, la respiration... C’est normal. Car, pour cet animal, le système visuel est le mode de perception principal. De la qualité de la vue du cheval dépend son regard sur les choses et sur les évènements qui l’entourent. Dès sa naissance, c’est la vue qui influe sur les comportements de cet animal. Autrement dit, s’il voit mal, son utilisation et sa vie seront altérées. Et sa valeur sera diminuée.
Si les boiteries, les coliques et autres affections pulmonaires ne compromettent globalement pas le mode de vie de l’équidé, la dégradation, voire la perte d’un ou de ses deux yeux peut sérieusement en modifier le devenir. Et pour cause, les spécialistes de l’ophtalmologie équine le disent : « l’animal borgne (qui n’a qu’un œil qui fonctionne) peut, certes, être monté, mais dans certaines conditions ». Il peut, notamment, pratiquer le cross, mais à petit niveau, et la chasse à courre, sous réserve que le cavalier soit d’un bon niveau. Le dressage et l’endurance sont, par contre, tout à fait accessibles au cheval borgne. Alors qu’il est déconseillé de le mettre en courses ou en concours hippique, à cause du danger que représentent les arrivées au sprint et de la complexité visuelle que nécessite l’enchaînement d’un parcours d’obstacles. « Dans tous les cas, il faut être vigilant, prévient Didier Schmidt-Morane, vétérinaire ophtalmologiste. Un cheval qui n’a qu’un œil qui fonctionne ne doit pas être mis dans les mains d’un cavalier débutant, car les réactions de peur d’un tel animal sont importantes. Elles peuvent aller jusqu’aux défenses délirantes, c’est-à-dire aux écarts très violents. »
Quant au cheval aveugle complet, les choses sont là aussi très claires : « Il ne doit être voué qu’à la reproduction, et ce ne doit être que la jument qui doit être utilisée pour cela. Car, l’étalon, lorsqu’il ne voit pas, peut être dangereux », indique M. Schmidt-Morane. Il faut le savoir, le cheval aveugle est potentiellement périlleux. Il est plus peureux et plus craintif que le borgne. Cela veut dire que les actions de fuite d’un tel animal sont non seulement imprévisibles mais surtout incontrôlables du fait qu’il ne sait pas où il va lorsqu’il s’emballe.
UN ANIMAL EXPOSE

Un oeil envahi d'insectes/Photo Marysa Merlo
Il faut bien le dire, le cavalier a toute bonne raison de s’inquiéter des yeux de son cheval. En raison de l’environnement dans lequel il vit, cet animal est exposé aux affections pathologiques ophtalmiques. Cependant, Didier Schmidt-Morane se veut être rassurant : « Le cheval n’est pas plus atteint que les autres animaux d’affections de l’oeil. Il l’est même moins que le chien. »
Qu’est-ce qui peut donc bien altérer les yeux des équidés. La paille, le foin, le fumier... ce sont eux qui sont à l’origine des principaux accidents de l’appareil visuel du cheval. Il faut ajouter que l’œil est en plus un formidable milieu de conservation des germes et des champignons. Et que sa flore se modifie en fonction de la température extérieure, de la région ou de la saison.
D'ORDRE TRAUMATIQUE

Une uvéite/Photo Dr Schmidt-Morane
D’une manière générale, les affections pathologiques ophtalmiques du cheval sont d’ordre traumatique. Elles sont le fait de diverses blessures. Les plus fréquentes se situent au niveau de la paupière (repli musculo-membraneux mobile recouvert de cils), qui peut être le siège d’ecchymoses ou de lacérations. La conjonctive (muqueuse qui unit la paupière et le globe oculaire), ou blanc de l’œil, est, elle aussi, très sensible. Elle peut se déchirer. Pour sa part, la cornée (couche la plus externe du globe oculaire) peut être perforée ou irritée. C’est ce qu’on appelle la kératite. C’est une inflammation fréquente de l’œil de l’équidé, qui se traduit par un œdème et par un bleuissement de la cornée, voire par une ulcération.
Outre les traumatismes, les affections de l’appareil visuel du cheval peuvent avoir pour cause un parasite. C’est le cas lors d’infestation de la conjonctive par l’Habronéma ou l’Onchocerca. Ces vers provoquent des nodules dans les paupières. L’œil du cheval peut-il, aussi, connaître l’infection. Pseudomonas, streptocoques et staphylocoques sont ici les bactéries les plus agressives. Ou peut-il être attaqué par des champignons. C’est ce qui se produit lors de kératomycose par exemple.
Les affections pathologiques oculaires du cheval peuvent néanmoins être plus profondes. C’est le cas lors de l’uvéite, cette inflammation qui atteint la chambre antérieure de l’œil. « Elle est très courante chez cet animal », dit l’ophtalmologiste. « L’uvéite peut être isolée, poursuit-il. Mais, malheureusement, elle est récurrente. » C’est alors qu’on la nomme fluxion périodique, car elle revient de manière régulière.
L’uvéite peut induire une perforation de l’œil ou une septicémie. Hormis l’origine traumatique, elle est le fait de poussées allergiques à un ou plusieurs agents de toutes sortes. « Les chevaux sont ou non prédisposés à la fluxion périodique, précise le Dr Schmidt-Morane. Cette affection est très handicapante. Et, si elle n’est pas soignée à temps, elle peut conduire à la cataracte ou au décollement de rétine, qui peuvent rendre le cheval non voyant. »
Enfin, les yeux des chevaux ont aussi leurs défauts physiologiques et leurs maladies. Certains naissent avec les paupières mal positionnées. On dit ici qu’ils ont des « entre pions ». D’autres, quant à eux, développent des tumeurs. Les plus connues sont les sarcoïdes. Ce sont des verrues qui siègent autour des yeux. Elles peuvent se surinfecter « et être mortelles pour l’animal », prévient le vétérinaire. Les cancers de l’oeil, ou carcinomes, sont relativement rares chez les chevaux. Tout comme les mélanomes, qui ne les touchent qu’à partir d’un certain âge.
MISE EN GARDE

Rinçage de l'oeil avec du sérum physiologique/Photo Nicolas Chauveau
Il ne faut jamais tarder. Chez le cheval, le diagnostic de la pathologie ophtalmique est aussi grave que son pronostic est favorable. Cela veut dire qu’il faut appeler le vétérinaire le plus vite possible. Et que de la rapidité de son intervention dépend la qualité de la guérison. « S’il y a bien un domaine dans lequel il faut proscrire l’automédication, c’est bien dans celui-là, insiste le docteur vétérinaire Didier Schmidt-morane. Il ne faut pas mettre n’importe quoi dans l’œil d’un cheval ! »
L’unique geste à effectuer en cas de suspicion de maladie ou de choc oculaire est de rincer (au moyen d’une seringue ou d’une compresse) l’œil de l’animal avec une lotion ophtalmique ou du sérum physiologique. Il ne faut surtout pas y mettre d’antibiotique ou de corticoïde sans l’avis d’un spécialiste. Cela risque d’amplifier la lésion. Et, quelquefois, de rendre le cheval aveugle.
Aujourd’hui, beaucoup de traitements sont efficaces pour soigner l’œil d’un cheval. De la chirurgie à la cryothérapie en passant par les topiques, les thérapeutiques ne manquent pas. Hélas, ce sont souvent la détection de la pathologie et son suivi qui entravent leur réussite.
QUE VOIT LE CHEVAL ?

Photo Nicolas Chauveau
Il y a beaucoup de similitudes entre l’œil du cheval et celui de l’homme. D’un point de vue anatomique, l’un et l’autre sont presque identiques. Ils sont dotés d’un iris, d’une cornée, d’un cristallin, d’une rétine... Mais les comparaisons entre les deux mammifères s’arrêtent là. Du fait de leur positionnement, latéral, les yeux du cheval permettent une vision panoramique. « Cet animal voit à 350 degrés, c’est-à-dire qu’il a une perception quasiment totale du cavalier sur son dos », indique le Dr Schmidt-Morane. En revanche, il ne voit rien devant lui, à terre, immédiatement au niveau de ses naseaux, alors qu’il voit légèrement en arrière, là où il pose les pieds de ses antérieurs.
Le cheval est ainsi fait qu’il n’a pas besoin de ses yeux pour chasser mais plutôt pour surveiller son territoire et fuir le prédateur. Il a donc une vision monoculaire. Chaque œil voit de son côté, ce qui lui confère une parfaite perception du mouvement mais peu du détail.
Pour ce qui est des couleurs, le cheval les voit mal. « Il n’en devine que les contrastes, explique le vétérinaire ophtalmologiste. Car il ne possède pas « tout le dispositif » pour parfaitement les percevoir. » En effet, le cheval est monochromate, voire dichromate. Autrement dit, les cônes, qui sont des cellules photoréceptrices de la luminosité et de la couleur au niveau de la rétine, ne peuvent ici en deviner qu’une ou deux primaires. De plus, les bâtonnets (qui sont aussi des éléments récepteurs de la rétine) permettent au cheval de voir les objets faiblement éclairés qui se trouvent dans son champ visuel. Du coup, cet animal n’a pas une perception exacte des couleurs. Et, bien qu’il ait une vision scotopique (nocturne), le cheval ne voit pas comme le chat lorsqu’il fait noir.
Témoignage Georges Serignac est un habitué des chevaux borgnes. Ce cavalier de première catégorie, qui est aussi vétérinaire dans la vie, a monté deux chevaux qui étaient atteints de ce handicap. Avec Urpin, le second, ils ont, pendant plus de dix ans, traîné leurs sabots sur beaucoup de grands prix. « Il n’y avait aucun problème avec lui, que ce soit au travail comme pendant les épreuves, se souvient Georges. Il fallait simplement, avant chaque tour, lui montrer la piste. Et, sur les barrages, il fallait éviter de prendre des virages serrés du côté de son œil aveugle. » Certes, les chevaux borgnes « compensent leur handicap par d’autres qualités », est convaincu notre compétiteur. Pour autant, « ils ne doivent être montés que par des cavaliers confirmés », est-il persuadé. « D’abord, parce qu’il y a déjà suffisamment de choses à s’occuper lorsqu’on est novice à cheval. Ensuite, parce qu’avec un animal borgne, il faut faire preuve d’empathie, c’est-à-dire qu’il faut savoir tout prévoir pour veiller à ce qu’il ne lui arrive rien sur l’œil valide », raconte Georges Serignac. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 30/06/06





















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