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Rss Le coup de sang


Photo Visoterra



Le coup de sang fait partie des myosites du cheval. C’est un trouble de l’effort, qui est causé par une mauvaise utilisation de l’énergie apportée par l’alimentation. Le coup de sang est une affection grave. Les lésions qu’il entraîne peuvent être irrémédiables. Voici comment ne pas commettre l’irréparable. Par Sébastien Chauveau

Le coup de sang est communément appelé « maladie du lundi ». « Maladie du lundi », parce que c’est ce jour-là que s’en manifestaient usuellement les symptômes sur les chevaux de travail. Or, pour le docteur vétérinaire Pierre-Alain Glatt, « ce serait, avec l’évolution de l’usage des chevaux, davantage de « maladie du week-end » dont il faudrait parler à présent à propos du coup de sang. Car, de nos jours, elle se « couve » généralement durant la semaine et se déclenche le samedi ou le dimanche à la première sortie. Ou encore, elle se prépare le samedi ou le dimanche et se déclare à la reprise de l’exercice le lundi. »

UNE MAUVAISE UTILISATION


En course, les chevaux sont en anaérobie/Photo Marysa Merlo

Le coup de sang fait partie des myosites du cheval. C’est une myopathie dégénérative, qui a pour origine un désordre métabolique. Plus précisément, le coup de sang est un trouble du système musculaire à l’effort. Il est occasionné par une mauvaise utilisation du glycogène (glucose).

Le nom savant du coup de sang est la myoglobinurie paroxystique ou paralytique. Explication : lorsqu’il est au repos, le cheval accumule, dans ses muscles, le fameux glycogène. Au moment où ils ont recours à ces réserves d’énergie, les mécanismes d’assimilation et d’élimination (le foie et les reins) sont rapidement surchargés. Particulièrement si le métabolisme du cheval ne fournit pas assez d’oxygène - on dit qu’il est en anaérobie - pour en éliminer les molécules.

Se produit alors, dans les muscles du cheval, de l’acide lactique (traduisez de la fermentation du sucre). En principe, le même acide lactique est éliminé par la circulation sanguine. Sauf que, dans le cas du coup de sang, elle est produite en trop grande quantité. Elle reste donc stockée au niveau des muscles, ce qui provoque une diminution de leur oxygénation, et in fine leur destruction. C’est la mauvaise oxygénation, ajoutée à l’accumulation de l’acide lactique, qui provoque l’ensemble des lésions qui sont imputables au coup de sang. De plus, la destruction des fibres musculaires va engendrer la libération plus ou moins massive, dans le sang du cheval, d’une protéine responsable du transport de l’oxygène nommée l’hémoglobine. D’où le nom de myoglobinurie, puisque cette hémoglobine des muscles est ultérieurement éliminée par l’urine, qui n’est plus dès lors claire mais foncée, voire brunâtre.

DES SYMPTOMES DIVERS


Contrôle de la température rectale/Photo Manoel Relet

Quant aux deux termes de paroxystique et de paralytique, ils s’expliquent ainsi. Le premier : il signifie que la myoglobinurie est une affection soudaine. En effet, le coup de sang arrive toujours brutalement. « Le cheval s’arrête ou manque d’un seul coup d’allant, prévient le Dr Glatt. Puis il devient bouillant en surface. » Il faut toutefois ajouter d’autres symptômes au coup de sang. Il y a notamment la raideur des muscles de l’arrière-main, l''élévation de la température corporelle, l’accélération du rythme cardiaque et respiratoire ou encore la congestion des muqueuses...

Quant au second terme, celui de paralytique : il indique que les conséquences de la myoglobinurie amènent à une certaine paralysie. Effectivement, un cheval qui contracte un coup de sang ne peut généralement plus faire de déplacement. Il peut même, parfois, se coucher à terre.

Le coup de sang est une affection grave. Non seulement un cheval qui en a contracté un risque d’en refaire d’autres. Mais, en plus, il peut, dans les cas prononcés, garder toute sa vie des séquelles musculaires, hépatiques et rénales. Les lésions qu’occasionne une myoglobinurie sont, pour certaines, irréversibles. C’est le cas des fibres musculaires qui éclatent. Elles sont irréparables. Heureusement, les autres, celles qui n’ont été que partiellement touchées, peuvent se reconstituer.

PAS HEREDITAIRE MAIS GENETIQUE


Photo Nicolas Chauveau

Tous les chevaux peuvent connaître le coup de sang. Il n’a jamais été prouvé qu’il soit héréditaire. En revanche, il apparaîtrait que la génétique et le travail pourraient modifier les structures musculaires.

Le cheval est un athlète. Il est musculeux, principalement au niveau de l’arrière-main. Il a donc un certain besoin de déplacement pour éviter l’apparition du coup de sang. C’est pourtant l’une des premières raisons à sa survenue, que le manque de mouvement.

Ce sont les chevaux qui sont les plus rustiques (par leur race et par leur mode de détention) qui sont les plus victimes de la myoglobinurie. En tous les cas pour celle qui occupe les animaux de loisirs. « On la rencontre principalement sur les chevaux de trait qui sont trop nourris, déplore Pierre-Alain Glatt. Les gens n’ont pas changé dans leur façon de fonctionner. Trop souvent, ils alimentent encore ces chevaux comme ils travaillaient auparavant. »

Mais les poneys et les autres chevaux loins du sang subissent aussi les affres nutritionnelles de leurs propriétaires. « Pour nombre d’entre eux, un beau cheval est un cheval gras, raconte le Dr Glatt. C’est, hélas, une erreur. Comme ces chevaux-ci ont une tendance à le stocker, le gras, ils l’emmagasinent. Evidemment, dès qu’ils se mettent à faire de l’exercice, ils sont ennuyés pour le brûler. »

C’est, d’ailleurs, sur les chevaux de loisirs que Pierre-Alain Glatt constate le plus de coup de sang. « Ce sont en principe un enchaînement d’erreurs qui les amènent là, regrette-t-il. Le cheval étant trop nourri, il est « échauffé ». Comme il est « chaud », le cavalier le fait travailler. Au final, c’est le cercle vicieux, et les fibres musculaires de l’animal finissent par exploser ! »

Le coup de sang le plus classique se produit en général dans les dix ou vingt premières minutes du travail. « Mais il peut aussi survenir après l’exercice, prévient le Dr Glatt. C’est le tying-up. Ce coup de sang-là concerne essentiellement les chevaux de sports et de courses, voire ceux de randonnées lorsqu’ils sont trop travaillés. »

Quatre questions à David Fiscel, vétérinaire


Photo Nicolas Chauveau



VETOCHEVAL. - Quelles sont les périodes de l’année où les chevaux contractent le plus de myoglobinurie ?

DAVID FISCEL. - Toute l’année est propice aux myosites. Mais, pour les chevaux de courses, on peut dire que c’est en hiver qu’ils sont les plus susceptibles d’en faire. Cela s’explique par la nature de l’effort qui, ici, est très intense. Et par le froid, qui est un vasoconstricteur des tissus (qui les resserrent), donc un facteur prédisposant au coup de sang. Du côté des chevaux de loisirs, la myoglobinurie arrive plutôt au printemps, au moment où ils recommencent à travailler. Mais on est plus, là, en présence d’un problème d’ « utilisation » de l’animal que d’une conséquence directe du travail.

- Y a-t-il des types d’alimentations ou d’exercices qui favorisent plus que d’autres le coup de sang ?

- Pour l’alimentation, hormis de s’y connaître, il est clair que c’est celle qui est traditionnelle qui est la plus génératrice de myoglobinurie. Parce qu’elle est riche en amidon, en protéines et en énergie, mais qu’elle est pauvre en cellulose (en fibres). Ce qui n’est pas le cas de l’alimentation industrielle, qui est normalement plus riche en fibres et mieux équilibrée aussi bien au niveau des sources d’énergies que des vitamines. Quant à savoir laquelle des activités équestres qui est la plus propice au coup de sang, je pense que c’est la vitesse, comme la pratiquent les trotteurs et les galopeurs, ou encore l’endurance.

- Y a-t-il des moyens de prévenir la myoglobinurie ?

- Oui, en apportant aux chevaux de la vitamine E et C. Il faut la leur donner en cure, car elle se trouve en quantité insuffisante dans les aliments. Faire vivre les chevaux dehors est aussi une bonne solution pour diminuer les risques de coup de sang. Comme l’est l’échauffement avant l’effort, la récupération après le travail, l’équilibre des rations, la vermifugation à bon ession...

- Un cheval peut-il mourir d’un coup de sang ?

- Oui. Dans les cas qui sont graves, où les lésions ont entraîné une importante production d’hémoglobine, les chevaux peuvent mourir d’une sorte d’empoisonnement du sang. On considère, qu’au bout de quarante-huit heures de traitement de sa phase aiguë, les symptômes de la myoglobinurie doivent avoir presque disparu. Si on en est au même stade, la suite des événements peut s’annoncer délicate.


INTERVENTION RAPIDE


Photo Manoel Relet

Face à un coup de sang, il ne faut pas perdre de temps. L’intervention du vétérinaire doit être rapide pour éviter la paralysie et les complications rénales. Le traitement de la myoglobinurie vise, dans un premier temps, à soulager le cheval de la douleur et à l’aider à uriner. « C’est important, car cette cascade de lésions peut conduire au déclenchement d’une colique », signale Pierre-Alain Glatt. Il consiste donc en l’administration d’antalgiques, d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et de myorelaxants.

Puis il faut ensuite débarrasser l’organisme du cheval de ses toxines (déchets), en diminuer l’acidité et en protéger les cellules musculaires. Pour ce faire, le vétérinaire a recours aux solutés en perfusion. « On procède aussi à des injections de vitamine C, explique le Dr Glatt. C’est un très bon antioxydant, comme l’est également la vitamine E. »

Il est souvent nécessaire de poursuivre les soins plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour mettre fin à un épisode de coup de sang. Des analyses biologiques sont quelquefois prescrites pour en assurer le suivi. Elles consistent notamment en la mesure des enzymes musculaires (les CPK et les ASAT) et rénales (l’urée et la créatinine). Le but de ces contrôles est de connaître l’ampleur des lésions provoquées par le coup de sang. Car, certes, elles sont musculaires dans un premier temps, mais elles peuvent avoir des répercutions sur le foie et sur les reins par la suite.

Ce qu’il faut faire


Un retour au calme indispensable/Photo Marysa Merlo

Ce qu'il ne faut pas faire


Embarquement pour la clinique vétérinaire/Photo Nicolas Chauveau

  • Il faut marcher au pas - durant au moins dix minutes - avant et après le travail pour éviter au cheval qu’il contracte un coup de sang.
  • Dès l’apparition des premiers symptômes de la myoglobinurie, il faut mettre pied à terre.
  • Lors d’intempéries, il faut mettre à l’abri et couvrir au plus vite un animal qui fait un coup de sang.
  • Il faut abreuver, avec de l’eau à température ambiante, un cheval qui présente une myoglobinurie.
  • Il faut apporter des électrolytes à un animal qui est en coup de sang.
  • Il faut, pour éviter la myoglobinurie à la reprise du travail, diminuer de 50 % la ration du cheval deux jours avant sa mise au repos.
  • Il faut incorporer à l’alimentation d’un animal qui fait des coups de sang des argiles ou des probiotiques de sorte à lui conserver une flore intestinale proche de la neutralité.
  • Il faut, pour limiter les risques de survenue de la myoglobinurie, réduire les apports de protéines, de matières grasses et d’énergie dans les repas du cheval, en somme adapter sa ration à son travail.
  • Il ne faut jamais forcer à se déplacer un cheval qui est atteint d’un coup de sang, hormis pour l’embarquer et l’emmener chez le vétérinaire le plus proche.
  • Il ne faut pas alimenter, si ce n’est avec du foin et de la paille, un animal qui est en phase de myoglobinurie.
  • Il ne faut jamais doucher à l’eau froide les muscles d’un cheval qui est victime d’un coup de sang, tout au plus faut-il lui recouvrir la croupe avec un linge humide.
  • Il ne faut pas administrer de tranquillisant à un cheval qui connaît un épisode de myoglobinurie.
  • Il ne faut jamais masser les muscles d’un cheval qui connaît un coup de sang, sauf à le faire doucement avec un produit qui favorise localement la circulation sanguine.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 15/03/07