
Une manipulation ostéopathique cervicale/Photo Service vétérinaire ENE
Les cervicalgies peuvent être discrètes. Avant de se révéler, elles peuvent rester un certain temps en sommeil. Mais, lorsqu’elles se déclarent, elles peuvent vite devenir un cauchemar pour le cheval. Moins connues que leurs cousines, les lombalgies, les cervicalgies sont des dorsalgies qui font suite à des naissances difficiles, à des dents récalcitrantes ou à des contraintes de travail plus ou moins violentes. Bien que les vétérinaires puissent parfaitement les guérir, attention aux récidives. Par Rédaction
Les cervicalgies sont des pathologies souvent graves et douloureuses. Elles sont rapidement intenses et handicapantes pour le cheval. Comme beaucoup de boiteries hautes, celles-ci sont difficiles à diagnostiquer. Il faut dire qu’elles sont rares aussi. Elles ne représenteraient qu’une rachialgie (sciatique, lombalgie ou dorsalgie) sur cinq.
Les signes de cervicalgie sont pourtant évocateurs. Un cheval qui en est atteint fuit sans cesse le contact avec la main du cavalier. Ou, au contraire, il bloque le mors en plongeant violemment la tête vers le bas. Quelques exercices sont aussi difficiles à réaliser pour un cheval qui souffre de cervicalgie. C’est le cas du reculé ou des appuyés.
Il faut entendre, par cervicalgie, un problème de compression nerveuse. Autrement dit, le squelette et le système nerveux du cheval sont normalement en parfaite interaction. Mais, lorsque l’un des nerfs rachidiens cervicaux se trouve coincé, par un système complexe, il transmet aux facettes articulaires des vertèbres une information de blocage. Dès lors, ces dernières bougent moins bien, voire plus du tout.
SIEGE DE NOMBREUSES PATHOLOGIES

Mal utilisées, les rênes allemandes renferment le cheval sur son poitrail/Photo Marysa Merlo
D’un point de vue plus mécaniste, la colonne cervicale du cheval s’articule autour de deux axes principaux. A l’instar de la colonne lombaire, cette dernière n’est tenue que par des muscles. Ce qui n’est pas le cas de la colonne dorsale qui, elle, est maintenue par des muscles, bien sûr, mais aussi et surtout par des os, les côtes.
Le premier axe cervical du cheval correspond à la liaison entre le crâne et la première vertèbre. Il est le siège de nombreuses pathologies de cervicalgies. Car, à cet endroit-ci du rachis, la membrane dure-mèrienne, celle qui entoure la moelle épinière, est souvent tendue ou comprimée. « Ce genre d’incident (de tension ou de compression) se produit, entre autres, à la naissance des poulains, lorsque ceux-ci n’engagent pas leur tête de façon symétrique. Ou, plus tard, sur les chevaux qui tirent fréquemment au renard ou qui font des panaches », raconte le docteur Emanuel Pommier, vétérinaire ostéopathe. Ce peut aussi être l’apanage de chevaux mal montés, c’est-à-dire à qui on ne respecte pas l’activité du canal nucal, le balancier tête-encolure, en les enfermant trop sur leur poitrail. « Dans toutes ces situations, poursuit Emmanuel Pommier, c’est, en fait, la première vertèbre cervicale qui vient s’ « encastrer » sous le crâne et provoquer une tension ou une compression dure-mèrienne. »
IMPORTANTE ACTIVITE ROTATOIRE

Les problèmes dentaires amènent souvent aux dysfonctionnements de vertèbres/Photo Manoel Relet
L’autre axe essentiel de la colonne cervicale du cheval coïncide, lui, à la jonction de la première vertèbre sur la seconde. Ce point, névralgique, recueille une importante activité rotatoire. Chaque pathologie qui siège ici n’est donc jamais anodine. « Ce sont, notamment, les suites de faux mouvements, comme le cheval qui se coince dans son boxe ou qui tombe sur le côté », explique le Dr Pommier.
Mais le plus surprenant n'est-il pas de savoir que ce second axe cervical est aussi un remarquable signal d’alarme. En effet, c’est souvent là que se réveillent les problèmes dentaires. Ce sont les surdents ou les dents de loup des tables supérieures et inférieures, principalement au niveau des molaires et des prémolaires, qui peuvent être ici la cause de cervicalgies. Elles induisent une limitation de la mastication, donc une diminution du mouvement temporomandibulaire. Des conditions de vie auxquelles le cheval finit par s’adapter en compensant les dysfonctionnements de sa bouche par une position de tête anormale, ce qui tend à en modifier le jeu sur sa première vertèbre.
Patrick Le Collinet, lui aussi vétérinaire ostéopathe, mais en plus dentiste équin (voir encadré), a coutume de dire que, « lorsque le cheval est gêné dans sa bouche, il est gêné partout. » Et d’affirmer : « Les cervicalgies qui ont une cause dentaire concernent environ un cheval sur trois que je soigne. Plus encore, deux sur trois qui me sont initialement adressés pour des manipulations ostéopathiques ne voient au final que ma rappe et mon pas d’âne. »
Dentiste équin La dentisterie équine n’est pas une spécialité vétérinaire. Elle est praticable par tous. Il n’y a pas d’école qui forme au métier de dentiste équin en France. Les seuls établissements qu’il y ait dans ce domaine se trouvent en Belgique et en Angleterre. Le métier de dentiste équin consiste en l’entretien de la table dentaire du cheval. Si, dans notre pays, il est admis que les non vétérinaires puissent exercer cet art, ces derniers n’ont le droit de faire aucun acte médical (piqûre, arrachage de dent, soin de plaie, etc.). |
Pour ce qui est du reste de la colonne cervicale du cheval, les pathologies qui en découlent sont plus secondaires. Une n’en demeure pas moins relativement grave : l’ataxie spinale (ou maladie « de chien »). C’est un rétrécissement du canal rachidien, au niveau des quatrième et cinquième vertèbre cervicale, qui, d’après le peu qu’en savent les spécialistes, serait dû à un trouble de la croissance du cheval entre zéro et dix-huit mois. Aujourd’hui, l’ataxie spinale est toujours considérée comme étant une maladie grave, au pronostic très aléatoire.
LOCALISEES, PUIS ALGIQUES

Le saut d'obstacles peut être une activité traumatisante pour le dos du cheval/Photo Nicolas Chauveau
Sauf dans les cas de causes traumatiques, les conséquences des cervicalgies du cheval peuvent être d’abord très localisées. L'animal peut ne rien manifester. Surtout si, comme lors de problèmes dentaires, la pathologie relève d’une attitude de compensation. Dès lors, les cervicalgies peuvent-elles mettre plusieurs mois à s’installer avant de faire réellement parler d'elles. Mais, lorsqu’elles sortent de l’ombre, celles-ci peuvent vite devenir algiques. De la simple défectuosité d’allure, le cheval peut se montrer progressivement infirme, puis très infirme.
C’est généralement au niveau des membres antérieurs que se distinguent les cervicalgies. Mais elles peuvent aussi intéresser les postérieurs. Quant aux retentissements que peuvent avoir ces pathologies, ils sont principalement d’ordre musculaire. Le cheval peut perdre plus ou moins de force sur le membre douloureux. Plus grave, il peut l'atrophier.
PLUSIEURS POSSIBILITES DE TRAITEMENTS

Une manipulation ostéopathique/Photo DR
Il y a différentes manières d’aborder le traitement des cervicalgies chez le cheval. Mais il semblerait que la voie la plus usitée soit celle de la médecine alternative. Comme les docteurs Pommier et Le Collinet, Eric Degen est un vétérinaire spécialiste en ostéopathie. « Lors de cervicalgies, notre travail peut consister en des manipulations fonctionnelles ou structurelles, révèle-t-il. Les premières s’appuient sur la recherche, dans la palpation des tissus, de différentes caractéristiques physiques : densités, chaleurs, etc. Ces mêmes caractéristiques physiques générant des tensions, il nous reste alors à les lever, le plus souvent dans le sens de l’exagération. Les secondes manipulations reviennent à aller à l’encontre du blocage de sorte que l’articulation atteinte revienne en place. C’est le fameux craque craque ! »
La cryothérapie fait également partie des thérapeutiques alternatives qui combattent le mal des cervicales du cheval. Finies les vessies de glace que l’on tenait comme on le pouvait sur l’encolure, la mode est maintenant au CO2 hyperbare. Avec cette technique, le soulagement de la douleur est obtenu en une minute au lieu de vingt autrefois.
Une autre voie médicale, la conventionnelle, a aussi son importance dans le traitement des cervicalgies du cheval. En fonction de chacune des pathologies, elle peut aussi bien faire appel aux médications, qu’aux opérations et aux immobilisations. Ainsi, le traitement peut-il ici ne se borner qu’à une prescription d’anti-inflammatoires et d’antalgiques, ou à être plus spécifique. Il n’est pas rare que les chevaux atteints de cervicalgies soient infiltrés - simplement ou par échoguidage - ou traités par mésothérapie. L’intervention chirurgicale ne serait principalement réservée qu’au traitement de l’ataxie spinale. Et le recours aux immobilisations par colliers cervicaux de bois ne serait préconisé que dans les cas de fractures vertébrales.
Chez le cheval, les récidives de cervicalgies sont toujours possibles. Elles sont évidemment fonction de la gravité de la pathologie de départ. Il y a cependant plusieurs moyens pour éviter au cheval de connaître de tels déboires de colonne vertébrale. « Il suffit de ne pas trop employer d’enrênements destinés à bloquer la tête des chevaux, du type Gogue ou rênes allemandes, conseille Emanuel Pommier. Il est également important de respecter la conformation musculaire de chaque animal. Par exemple, le pur-sang, pour faire du dressage, ne me semble pas être la monture idéale. Il faut, par ailleurs, être bien conscient, que, fussent-ils jolis, les harnachements fins - comme les muserolles croisées et autres licols-brides sont des instruments de torture pour les vertèbres cervicales des chevaux. Leurs contraintes sont beaucoup trop brutales. » Et notre thérapeute de conclure sur l’importance qu’il convient d’accorder au travail au pas : « Selon moi, c’est la base de toute la musculation du cheval. C’est le premier palliatif aux cervicalgies, à mon avis. »
Ecrit par: Rédaction, Le: 20/01/07





















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