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Rss Fourbure : attention danger


Photo Marysa Merlo



La fourbure est une maladie grave. C’est souvent l’homme qui en est le responsable. Trop d’aliments, trop de médicaments, trop de travail... les conduites à risques sont multiples. Mais les conséquences peuvent être dramatiques. Par Rédaction

Devant un cheval abattu, anorexique, qui se campe sur ses membres antérieurs, qui reporte son poids sur ses postérieurs, qui « marche sur des œufs » et qui présente un faciès anxieux et douloureux, il y a tout lieu de s’inquiéter. En effet, nous sommes, ici, en présence de signes d’une maladie grave : la fourbure. Il s’agit d’un sévère mal de pieds dont les conséquences peuvent être dramatiques. Le cheval peut mourir. Ou sa vie peut devenir difficile.

MALADIE GENERALE


Photo Manoel Relet

La fourbure est une maladie générale, qui se localise dans les pieds du cheval. Bien qu’elle se manifeste, le plus souvent, sur les antérieurs, car ils supportent l’essentiel du poids, elle peut aussi concerner les postérieurs. On dit, alors, que la fourbure est soit bipodale, soit quadripodale. La plus fréquente et la plus connue des spécialistes est la fourbure qui survient après des repas trop riches en glucides, plus précisément après l’ingestion massive d’herbe, d’avoine, de blé ou de granulés. C’est un état au cours duquel le cheval produit trop d’acide lactique ou d’endotoxines (composés toxiques), qui ont pour incidence de modifier le PH de l’intestin et provoquer une importante dégradation de la flore intestinale au point d’en empoisonner et d’en perturber la circulation et la coagulation sanguine. Dès lors, à cause d’un certain désordre vasculaire, il en découle un défaut d’irrigation du pied. C’est la fourbure.

Pour ses autres formes, la relation entre la cause de la maladie (la fourbure) et l'atteinte du pied semble plus méconnue. C'est le cas de la fourbure de parturition, qui est une dégradation du placenta - avec ou sans sur infection bactérienne - suite à sa délivrance ou à sa non délivrance. De la fourbure de route, qui est l'expression retardée (à plus de quarante-huit heures) du syndrome d'épuisement. Ou encore de l'absorption massive ou mal indiquée de corticoïdes, qui auraient une action néfaste sur les vaisseaux des pieds.

Lors de fourbure, tous ces désordres généraux ont une influence particulière sur les grandes fonctions de l’organisme du cheval. Ainsi, ce dernier ne laisse-t-il pas apparaître, durant la maladie, outre des signes de mal être, des symptômes cliniques qui peuvent être révélateurs et spécifiques à tel ou tel type de fourbure. Dans le cas de celle qui est due à une suralimentation, le cheval présente, par exemple, une tachycardie et une tachypnée, des troubles digestifs, un abattement et une congestion des muqueuses. Lors d’une fourbure de parturition, les symptômes sont plus de l’ordre de l’hyperthermie et des tremblements musculaires. Tandis que s’il s’agit d’une fourbure de route, le cheval est plutôt prostré, avec une fréquence respiratoire élevée et instable, il est généralement mou et reste couché.

CHAUDS ET DOULOUREUX


Sondage d'un pied à la pince/Photo DR

On l’a dit, la fourbure est un défaut d’irrigation sanguine, qui se localise dans les pieds du cheval. Plus précisément, elle se traduit par une dégénérescence des tissus mous du sabot, le podophylle exactement. Durant la maladie, la circulation capillaire ne se fait plus correctement. Des caillots de sang se forment dans le pied et finissent par provoquer un phénomène de nécrose ischémique (altération des tissus due à une insuffisance en oxygène).

« Cette même nécrose ischémique peut être étendue ou très étendue, signalait, de son vivant, le Dr Philippe Bernardeau, qui fût durant plusieurs années le vétérinaire du haras du Pin, dans l’Orne. C’est elle qui induit le mal, qui peut être plus ou moins important. » « Pour comparer à l’homme, la souffrance ressentit dans le pied du cheval au moment d’une fourbure équivaut à l’onglé sur l’un de nos doigts », disait le praticien. C’est ce qui explique la raison pour laquelle, durant une fourbure, les sabots du cheval peuvent être chauds en haut, du fait de l’inflammation, plus froids en bas, et systématiquement douloureux à la pression de la pince à sonder en avant de la fourchette, à cause du défaut de circulation sanguine.

C’est vraiment lorsque le podophylle n’est plus « nourri » que la situation est la plus critique. Car c’est à cet instant que peut se produire l’acte fatal, le tant redouté basculement de la phalange distale (troisième phalange ou os du pied). Il peut avoir lieu dans les soixante-douze heures qui suivent le déclenchement de la fourbure. La phalange distale n’étant plus, ici, soutenue par le pied, alors plus irrigué, elle peut facilement basculer sous l’action du tendon fléchisseur profond et venir déformer, voire perforer la sole. « Si on en arrive là, il y a tout à craindre pour le cheval, affirmait Philippe Bernardeau. D’une part, les récidives sont toujours possibles, ce qui signifie que la fourbure peut devenir chronique. D’autre par, même si, avec ce genre d’affection, il arrive que des chevaux puissent vivre et poursuivre leur carrière sportive, cela nécessite une vigilance de tous les instants. »

QUATRE STADES DE GRAVITE


Fer en coeur sans pinçon/Photo Eurofers

Il y a quatre stades de gravité de la fourbure. Dans le moins sérieux des cas, le cheval se dandine juste d'un pied sur l'autre. Dans une phase un peu plus avancée, il reste immobile, accepte de se faire examiner les pieds et de marcher dans une allure très caractéristique à cette maladie : il donne l'impression de se déplacer sur des épines. Les choses s'enveniment sérieusement lorsque le cheval entre dans cette troisième phase, bien plus prononcée que les deux précédentes, dans laquelle il ne consent ni à bouger seul ni à donner ses pieds. Et le cas est franchement grave lorsque le cheval en est à ce dernier stade, celui où il est couché et ne veut plus se lever.

Les soins urgent en fonction de chaque cas. « Quoi qu’il en soit, il faut toujours agir vite devant une fourbure, recommandait le Dr Philippe Bernardeau. Il convient, en premier lieu, de stopper la douleur pour empêcher la sécrétion de catécholamines (substances endogènes qui favorisent le rétrécissement des vaisseaux sanguins), qui sont néfastes en cas de pathologies circulatoires comme celles engendrées par la fourbure. En second lieu, il faut l’immobiliser, jusqu’à disparition des symptômes, sur du sable ou sur une litière confortable, qui sont des sols plus souples aux pieds. » Et notre vétérinaire était formel : « Il faut que le cheval réponde vite aux traitements, essentiellement des anti-inflammatoires non stéroïdiens au fort pouvoir antalgique (anti-douleur) et anti-agrégant plaquettaire (fluidifiant), c’est-à-dire qu’il aille beaucoup mieux dans les vingt-quatre à quarante-huit heures qui suivent le début de la médication. Au-delà, le pronostic s’assombrit ! » Ajoutons que, dans le cas d’une fourbure alimentaire, l’animal doit être mis au plus vite à la diète. Et que dans celui d’une de parturition, la délivrance doit être complète et faite rapidement.

Pour soigner une fourbure, mis à part le traitement thérapeutique classique, il peut être proposé l’intervention chirurgicale. Il faut bien le dire, elle est anecdotique. Ce qui, par contre, ne l’est pas, c’est la collaboration qu’il y a entre le vétérinaire et le maréchal-ferrant pour venir à bout d’une fourbure. Après un examen radiologique des pieds, il est souvent préconisé un parage puis une ferrure orthopédique. Cela consiste, généralement, pour le maréchal-ferrant, à décompresser la couronne, à rétablir la vascularisation et à nettoyer le podophylle. Il lève ensuite la pression de la troisième phalange sur le corps de la sole et reporte le poids du cheval sur la partie postérieure de ses pieds. Puis il pose, le plus souvent, un fer en cœur pour supprimer l’appui en pince, siège de la fourbure.

Conseils pratiques


Une saignée à la veine jugulaire/Photo Nicolas Chauveau



En cas de fourbure, tous les gestes ne sont pas bons à faire. Voici ceux que le DR Bernardeau aimait qu’ils soient pratiqués. Et ceux qu’il voulait qu’ils soient évités.

VETOCHEVAL. - Lors d’une fourbure, la saignée des pieds est-elle conseillée ?

PHILIPPE BERNARDEAU. - Certainement pas. Elle amplifie le déficit circulatoire. Elle peut, par ailleurs, être source d’infection. En revanche, la saignée, à la veine jugulaire, peut être un atout supplémentaire dans le traitement des fourbures, mais seulement pour les poneys et les chevaux de trait. Car cette technique n’a guère montré de résultats sur les autres équidés.

VTCHL. - Doucher, à l’eau froide, les pieds d’un cheval fourbu a-t-il vraiment beaucoup d’intérêt ?

P. B. - Non, aucun. C’est même l’inverse qu’il faudrait faire. Dans la mesure où, lors d’une fourbure, les pieds sont mal irrigués, il vaudrait mieux chercher à ouvrir les vaisseaux en mouillant les sabots à l’eau tiède plutôt qu’à les refermer en les arrosant à l’eau fraîche.

VTCHL. - Marcher un cheval qui fait une fourbure active-t-il sa circulation sanguine ?

P. B. - Non, pas du tout. En agissant de la sorte, on encourage le basculement de la troisième phalange. C’est justement ce que l’on cherche à éviter en mettant au plus vite en place le traitement médical.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 11/12/06