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Rss Les coliques : le mal du cheval


Auscultation digestive/photo Marysa Merlo



C'est la hantise de beaucoup d'éleveurs et de propriétaires de chevaux. Les coliques leur laissent souvent de mauvais souvenir. Pour mieux en comprendre le phénomène, quelques explications sont nécessaires. Gros plan sur une pathologie aux destinées médicales, chirurgicales ou fatales. Par S. C.

C'est l'une des premières causes de mortalité des chevaux. Sur mille individus, dix en mourraient dans l'année. Et, il se dit, qu'un cheval qui en aurait contracté aurait six fois plus de chances d'en refaire qu'un autre qui n'en n'a jamais fait. En tout cas, les pathologies de coliques représentent entre 15 % et 20 % des interventions des vétérinaires. Heureusement, peu aboutissent à une chirurgie.

Si, jadis, la vie des chevaux ne se résumait qu'à manger de l'herbe et à fuir à la moindre présence inconnue, la plus belle conquête de l'homme est, dorénavant, complètement domestiquée. Ce qui signifie que le cheval d'aujourd'hui ne se déplace plus au gré des saisons pour s'alimenter mais qu'il vit dans des espaces confinés, qu'il mange des aliments concentrés et qu'il ne travaille plus de façon innée. D'où ces satanées coliques qui, pour la plupart, trouvent leur origine dans des erreurs relatives à son entretien, à son alimentation ou à son utilisation.

DES PREDISPOSITIONS PHYSIOLOGIQUES


Caecum & colon/Photo ENV Nantes

Mais eut égard aux conséquences inhérentes à sa domestication, il faut bien le dire, le cheval est un animal qui est prédisposé aux coliques. Essentiellement parce qu'il digère mal (voir encadré). Il tolère difficilement les changements d'alimentation. "Sa microflore intestinale est ainsi faite que son métabolisme développe des gaz spécifiques pour tel ou tel type de transit, signale Anne-Véronique Delaunay, vétérinaire. Tout excès ou suppression peu donc lui provoquer des ballonnements, des diarrhées, des impactions (constipations), etc." Mais, contrairement à ce que l'on peut croire, le changement de fourrage, plus à cause de sa composition que de sa quantité, peut lui être tout aussi fatal.

A savoir


Caecum & colon/Photo ENV Nantes



Le cheval digère mal. Pourquoi ? Tout simplement parce que son tube digestif est prévu pour faire transiter rapidement un gros volume d'aliments, alors qu'il n'a pourtant qu'un petit estomac (d'environ 15 l) mais un grand intestin (de 130 l). S'ajoutent à cela ses caractéristiques fonctionnelles, ainsi que ses particularités anatomiques et topographiques. En effet, le cheval ne peut pas vomir, son cardia (muscle situé à la fin de l’œsophage) ne s'ouvrant que dans un sens ; son appareil digestif est un long tube replié plusieurs fois sur lui-même ; et son estomac, placé dans son abdomen contre son diaphragme, fait qu'il est très facilement rempli par trop d'aliments.

Entre les sécrétions gastriques, les aliments et les fourrages, c'est un volume de près de 100 litres qui circulent quotidiennement dans le tube digestif du cheval. De l'œsophage, la nourriture est entraînée vers l'estomac, où elle séjourne quelques heures. Lorsqu'il est plein, et qu'un autre bol alimentaire s'y presse pour y prendre la place, par contraction, il se vide dans l'intestin grêle. C'est là que se fait la digestion enzymatique, grâce aux sécrétions biliaires et pancréatiques. Les aliments sont ensuite envoyés dans le caecum et le côlon (gros intestin), pour leur totale assimilation. C'est dans ce même gros intestin que se trouve la "machine à digérer" du cheval, autrement dit sa microflore intestinale. Reste l'élimination des matières solides qui sont non assimilées. Elle se fait par le rectum puis l'anus.

Pour fonctionner correctement, les intestins du cheval ne doivent pas être trop peu ou surchargés d'aliments. La cellulose n'étant digérée que par le gros intestin, il est préférable de donner les fourrages avant les aliments. Car eux, justement, tirent leur quintessence de ce qui est (en l'occurrence les aliments) dans l'estomac et dans l'intestin grêle.



Parascaris/Photo Fred Beugnet & coll



L'autre "bête noire" des intestins du cheval est les vers. Ils peuvent les irriter, les bouchers, c'est le cas des parascaris, ou se loger, à l'instar des ténias, dans des endroits stratégiques (entre l'intestin grêle et le caecum) de l’appareil digestif. Ce qui crée une invagination (un repliement) du même intestin grêle dans le caecum, qui se met à le digérer. Dès lors, attention aux surdosages et aux vermifugations des chevaux très parasités, qui peuvent engendrer des chocs ou des obstructions.

Enfin, les conditions météorologiques ont aussi leur rôle dans l'origine des coliques digestives du cheval. Les temps chauds et orageux favorise la déshydratation et la diminution de l'activité intestinale, c'est l'atonie, ce qui provoque des stases (bouchons) alimentaires. Il existe, en outre, d'autres types de coliques, moins répandues celles-ci, qui n'ont pas pour origine un dysfonctionnement digestif mais qui trouvent plutôt leurs conséquences dans des affections musculaires, pulmonaires ou neurologiques.

DES CAUSES MULTIPLES


Photo Marysa Merlo

Un cheval qui est agité, qui sue, qui se regarde les flancs, qui gratte ou se campe et qui veut se coucher pour se rouler... voilà des signes stéréotypés de coliques qui se remarquent. Tous ces maux se traduisent par des douleurs abdominales intenses, subites et spastiques. "Elles sont dites de stase, lorsque quelque chose stationne dans les intestins du cheval (bouchon de paille ou d'aliments par exemple). De spasmes, lorsqu'on est en présence d'épisodes très douloureux, sans origines apparentes. Ou encore de torsion, lorsqu'il y a un "dysfonctionnement mécanique", comme un repli de l'intestin grêle ou une rotation du côlon notamment", explique le Dr Delaunay. Les causes de ces syndromes peuvent-elles être multiples. Elles peuvent être viscérales (ulcères gastriques), intestinales (surcharges alimentaires, torsions, nécroses), utérines (torsions de l'utérus), urinaires (présence de calculs dans la vessie) ou hépatiques (mauvais fonctionnement du foie).

Quoi qu'il en soit, ce sont les coliques de torsion du côlon qui sont les plus douloureuses. Ces dernières représenteraient, d'ailleurs, plus de 15 % des cas de chirurgie équine. Ce seraient les poulinières qui, du fait de leur relâchement musculaire au niveau de leur abdomen et de l'alimentation (trop riche) qu'elles reçoivent après leur gestation, qui seraient les plus victimes de torsion du côlon. Cela dit, cette pathologie peut intéresser tous les chevaux. En effet, les altérations électrolytiques (hypersudation ou manque d'hydratation) et les migrations parasitaires (contamination par les vers) augmentent sérieusement les risques de voir apparaître ce genre de coliques à évolution rapide. Une sur six aurait d’ailleurs une issue dramatique.

LE COEUR, UN BON INDICATEUR


Auscultation cardiaque/Photo Marysa Merlo

"Au-delà de la palpation transrectale, de la réaction tissulaire, des bruits intestinaux ou de l'analyse du liquide abdominal... en cas de coliques, le rythme cardiaque du cheval est un bon indicateur, affirme Anne-Véronique Delaunay. Il est le témoin de la douleur. S'il est aux alentours de 40 pulsations par minute, c'est que les coliques ne sont pas forcément graves. S'il est à 60, c'est qu'elles le sont un peu plus. Et s'il se situe autour des 80, c'est qu'elles le sont vraiment !" D'où l'importance, devant une telle situation, d'alerter son vétérinaire qui pourra, dans un premier temps, selon les cas, conseiller l'administration d'antalgiques doux (de type dipyrone), qui soulagent la douleur mais ne masquent pas les symptômes.


Volvulus du gros intestin/Photo Christian Bussy



Certaines coliques, comme celles dues aux torsions, aux lipomes (tumeurs graisseuses) ou aux lésions larvaires (irritation, par les vers, de la muqueuse intestinale), nécessitent parfois une chirurgie. "Nous pratiquons alors une laparatomie exploratrice (ouverture de la cavité abdominale), commente le Dr Christian Bussy, l'un des rares spécialistes français de ce type d'opération. Cela se fait sous anesthésie générale et sous assistance respiratoire. Et c'est une intervention qui peut durer jusqu'à cinq heures."

"Dans le cas d'une simple torsion, explique notre spécialiste, nous remettons l'organe en place. Mais lorsqu'il y a nécrose (altération de tissus), nous faisons des ablations et resuturons ensemble les extrémités viables." Les taux de réussite des chirurgies de coliques sont aujourd'hui satisfaisants, ils sont d'environ 70%. Ces interventions ne laissent pas de traces significatives, mais elles nécessitent une période d'inactivité sportive de six mois au moins. Leur coût oscille entre 2.000 et 6.000 euros, frais d'hospitalisation compris.

Pas de panique


Cheval qui marche/Photo Manoël Relet



Durant les crises de coliques, c'est souvent la panique. Les intentions dépassent parfois la raison, et la réflexion régulièrement la précipitation. Le docteur Anne-Véronique Delaunay nous renseigne sur les bons gestes.

VETOCHEVAL. - Doit-on systématiquement marcher un cheval qui colique ?

ANNE-VERONIQUE DELAUNAY. - Pas forcément. Parfois, le faire marcher peut aggraver son état, c'est le cas des coliques qui ont pour origine un incident musculaire (myosite ou coup de sang). Alors, qu'à l'inverse, le mouvement peut avoir des vertus bénéfiques. C'est vrai, par exemple, pour ce qui est des coliques digestives, où la marche relance le transit. La solution consiste, donc, à ne jamais forcer le cheval à se bouger.

VTCHL. - Lors des crises, faut-il empêcher le cheval de se rouler ?

AVD. - Oui. Bien que le "roulé" soit parfois une technique de soin, réalisée sous anesthésie générale, par des vétérinaires habitués à ce geste, dans le cas de certaines coliques de torsion. En général, mieux vaut quand même l'en empêcher sous peine de le voir se blesser et aggraver son état.

VTCHL. - Couvrir et masser les reins d'un cheval qui colique est-il vraiment utile ?

AVD. - Non. Hormis si les crises font suite à une myosite ou à un coup de sang.

VTCHL. - Faut-il abreuver un cheval qui colique ?

AVD. - Cela peut être intéressant dans le cas de stase (si les bruits digestifs sont entendus), pour faire circuler le bouchon de paille ou d'aliment. En dehors de cela, il est préférable d'éviter ce genre de manœuvre, surtout si l'estomac est plein.

VTCHL. - Durant les coliques, doit-on vraiment interdire au cheval de manger ?

AVD. - [i]Oui. Tant que le diagnostic n'a pas été posé et la paraffine expulsée.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 19/11/06