
Un poumon de cheval/Photo ENVL
Des chevaux qui toussent, qui mouchent, qui "ronflent"... à ces symptômes, répond souvent le diagnostic d'allergie respiratoire. Principaux responsables de ce phénomène : les acariens de stockage et les phanérophages, que l'on trouve aussi bien dans les fourrages que dans les céréales, dans les silos que sous les poils des chevaux. Il existe bien plusieurs méthodes pour traquer et combattre les allergies respiratoires. Mais la première reste la guerre à la poussière. Par S. C.
C'est la deuxième cause de contre performance sportive. Après les affections locomotrices, les allergies respiratoires sont un fléau pour les chevaux de compétition, bien qu'elles n'épargnent pas non plus ceux de manège et de loisir. "C'était, se souvient le colonel de la Porte du Theil, ex-écuyer en chef du Cadre Noir, même, la première raison de mise en réforme des chevaux lorsque j'étais à la garde républicaine, en 1982." Son anatomie fonctionnelle étant ainsi faite (étroite relation entre le palais mou, l''épiglotte et les cartilages aryténoïdes), que le cheval n'a d'autre choix que de respirer par le nez. Ainsi, au moindre encombrement de ses voix aériennes supérieures, il éprouve des difficultés à respirer, donc à s'oxygéner (soit parce que son débit cardiaque diminue, soit parce que sa pression sanguine baisse). Ce qui induit, inévitablement, une intolérance à l'effort, car les échanges gazeux sont perturbés, ce qui élève une lactatémie (production d'acide lactique).
Les allergies peuvent attaquer tous les organes. Elles n'ont rien de physiologique. En revanche, elles sont systémiques, c'est-à-dire qu'elles s'intéressent à un système tout entier, en l'occurrence le système immunitaire. Dans le cas des allergies respiratoires, c'est ce même système immunitaire qui répond de manière exagérée à ce qu'il rencontre (les acariens, insectes, moisissures et autres pollens). Cette pathologie ne concerne que les chevaux d'un certain âge, car il faut au moins trois ans pour que le phénomène se mette en place. Et il se focalise principalement sur les poumons. Les allergènes, en général des petites particules de protéine, pénètrent les mêmes poumons par inhalation et y séjournent un certain temps. Lorsque l'organisme - qui, en l'espèce, fonctionne comme une sorte de "tapis roulant" - est en bonne santé, il éjecte ces particules. Autrement, elles stagnent dans la muqueuse et l'irritent, d'où le phénomène de toux.
Acariens, attention danger On les trouve partout. Ils se divisent en deux catégories : les acariens de stockage et les phanérophages. Les premiers se nourrissent de débris végétaux et de moisissures, présents dans les céréales, les fourrages ou les aliments industriels (notamment dans les floconnés-mélassés). Quant aux seconds, ils font plutôt leur repas de squames, ce qui explique qu'on les trouve généralement dans les litières artificielles et sous les poils des chevaux. Tous ces acariens se développent sous l'influence de la chaleur et de l'humidité, et prolifèrent dans les granges, les silos, les bidons ou au contact de contaminations extérieures ou d'environnements à l'hygiène douteuse. |
TRAVAIL DE DETECTIVE

Les bronches d'un cheval/Photo ENVL
La détection des allergies respiratoires relève d'un véritable travail de détective. "Elles se manifestent par des quintes de toux sèches et des difficultés ventilatoires, prévient Marlen Volland-Francqueville, vétérinaire équin. On peut, toutefois, tolérer qu'un cheval tousse de temps en temps mais, ce qui doit attirer l'attention, c'est la fréquence et la durée de ces quintes de toux." "Après, ou parfois en même temps, poursuit-elle, peuvent s'ajouter d'autres symptômes comme le jetage nasal mais aussi l'asthme ou la dyspnée (grande difficulté ventilatoire)." Tous ces symptômes se déclanchent au repos, mais ils sont évidemment accrus avec l'effort ou au cours de certaines saisons, comme le printemps et l'été par exemple. "J’ai eu un cheval de reprise qui était parfois obligé de quitter les séances d'entraînement à la moitié tellement il était gêné, se rappelle l’ex-écuyer du Cadre Noir. Il m'a souvent fait peur lorsqu'il n'arrivait plus à respirer !"

Il existe plusieurs méthodes pour traquer les allergies respiratoires. Les analyses de sang, que notre vétérinaire équin ne juge pas d'une grande efficacité. "Contrairement à ce qui se fait en médecine humaine, chez les chevaux, ces analyses n'apportent pas grand-chose", déplore-t-elle. Marlen Volland-Francqueville préfère se fier à une autre technique d'investigation : le diagnostic étiologique. "Cela consiste à procéder à un interrogatoire (d'une soixantaine de questions) du propriétaire du cheval pour savoir comment il vit, ce qu'il fait, ce qu'il mange, etc., explique-t-elle. Mais à procéder, aussi, à des examens cliniques, en auscultant les chevaux de manière plus poussée qu'à l'accoutumée, en effectuant des percussions thoraciques pour voir où et comment passe l'air dans les poumons, des fibroscopies des voix respiratoires ou encore des tests comme la cytologie (analyse microscopique des sécrétions bronchiques) ou celui du sac (voir encadré)."

Le test du sac Le principe du test du sac est de faire respirer le cheval durant une minute dans une poche en plastique de cinquante litres. S'il tousse, ou qu'il fait une crise d'asthme lorsqu'il revient à l'air libre, on dit qu'il est "positif", donc allergique. Il faut évidemment que ce test soit comparé à d'autres examens. |

Des tests cutanés/Photo Marlen Volland
Mais ce qu'affectionne particulièrement le Dr Volland-Francqueville, pour son efficacité, c'est le test cutané. "On injecte des tests allergéniques sous la peau (au niveau de la croupe) du cheval, précise-t-elle. Et, au bout de vingt minutes, on est fixé sur sa réactivité." C'est, d'ailleurs, en procédant de la sorte qu'elle a constaté que 40 % des chevaux de sport étaient allergiques aux acariens.

Certaines pathologies d'affections respiratoires restent toutefois difficiles à déceler au repos. C'est pourquoi notre praticienne a, comme nombre de ses confrères, elle aussi recours aux tests d'efforts standardisés. "En faisant courir les chevaux - par intervalles de trois minutes - sur un tapis roulant à 500/600 mètres par minutes, signale-t-elle, on voit, grâce à l'endoscopie, les voix respiratoires fonctionner à grande vitesse. C'est souvent plus révélateur que la seule auscultation au repos."
"FAIRE LA GUERRE AUX POUSSIERES"

Un acarien/Photo insectes.net
Il y a toutes autant de manières de combattre que de diagnostiquer les allergies respiratoires. Mais, avant cela, Marlen Volland-Francqueville conseille-t-elle de "faire la guerre aux poussières, d'aérer les boxes et de faire attention à l'alimentation des chevaux". "C'est là que se nichent les acariens, les insectes et les moisissures", assène-t-elle. Ensuite, on peut envisager différents traitements. "Si l'on connaît parfaitement l'origine de l'allergie, explique notre spécialiste, on peut, au départ, juste se contenter d'un simple nettoyage - une fois par mois - de l'environnement du cheval avec des acaricides et des administrations de plantes médicinales." Mais il faut souvent aller plus loin, employer des traitements chimiques à base de broncho-dilatateurs et de corticoïdes. "Les allergies respiratoires des chevaux se soignent parfaitement bien, mais cela peut être long, reconnaît Marlen Volland-Francqueville. Cependant, l'allergie est un phénomène que l'on arrête mais que l'on ne guérit pas."
La désensibilisation reste tout de même le fin du fin en matière de traitement des allergies respiratoires. "Nous avons au moins 80 % de réussite avec cette thérapeutique, affirme notre vétérinaire. C'est un traitement à long terme, certes, mais il est très simple à effectuer. Il s'agit simplement de faire une piqûre - sous cutanée - de l'allergène responsable de l'affection une fois par mois durant toute la vie du cheval." Et d'ajouter : "A titre de comparaison, une désensibilisation revient moins cher que certains traitements chimiques pour une semaine."
Ce sont les chevaux qui vivent au boxe, donc ceux de sport et de manège, qui contractent le plus d’allergies respiratoires. Le responsable de ce phénomène serait, selon Marlen Volland-Francqueville, "la domestication". "Les chevaux enfermés respirent 24 heures sur 24 de la poussière, de l'ammoniac et des acariens, fait-elle remarquer. Et ce sont ces mêmes acariens qui font le plus de ravages dans les poumons des chevaux, par opposition aux pollens, dont les allergies sont finalement assez rares." "En faisant vivre nos chevaux au boxe, nous fabriquons des malades, dit le colonel de la Porte du Theil. Dorénavant, à l'Ecole nationale d'équitation (ENE), un soin tout particulier est apporté aux aliments et aux fourrages, les boxes ne sont vidés que lorsque les chevaux n'y sont pas, les sols des manèges sont copieusement arrosés et la vie au pré est privilégiée."
Témoignage Elle a traversé la France pour soigner ses chevaux, tours à tours diagnostiqués comme étant bronchitiques, asthmatiques, emphysémateux... Mais après deux années de galères et de dépenses faramineuses, Anne Hellin a pu enfin remonter Bright Baca Léo. et Plaisance Trail, ses deux quarter-horses de dix et quinze ans. "Des analyses de sang, qui n'ont rien donné mais m'ont en plus fait soigner ma jument pour des maladies qu'elle n'avait pas, on est ensuite passé aux traitements classiques pour ce type de pathologie (broncho-dilatateurs et corticoïdes), raconte Anne Hellin. Sans succès. On a donc eu recours à la désensibilisation, à condition que l'on fasse 700 kilomètres pour rencontrer une spécialiste, qui nous a annoncé, en deux heures et quelques tests, que Plaisance était allergique aux acariens." "La leçon a toutefois été bien retenue, raconte encore Anne. Puisque, pour Bright, on s'est vite aperçu qu'il était allergique au plantain (pollen)". En tout cas, depuis ces deux désensibilisations, ce n'est que du bonheur : les chevaux de Anne Hellin retravaillent normalement, malgré le coût de leur hygiène de vie qu'elle a dû sérieusement revoir à la hausse. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 11/04/06























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