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Rss Gare à la grippe


Un acte vaccinal/Photo Nicolas Chauveau



La grippe équine traîne toujours dans les écuries. Elle touche aussi bien les chevaux, les ânes que les mules. La grippe équine sévit de façon épidémique. Elle peut rapidement mettre à plat toute une écurie. Par Sébastien Chauveau

Elle n’a pas disparu. La grippe équine traîne toujours dans les écuries. Elle y reste une maladie virale très contagieuse. Elle y est même si épizootique qu’elle y figure encore en tête des maladies respiratoires, devant la gourme et la rhinopneumonie.

La grippe équine touche aussi bien les chevaux, les ânes que les mules. Cela n’a jamais été médicalement prouvé, mais il semblerait que cette maladie soit un fait de saison. « On ne sait pas pourquoi, mais on ne la remarque que durant les mois d’hiver », fait remarquer Stéphan Zientara, vétérinaire, spécialiste français de la grippe équine et directeur de recherche à l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), l'INRA (Institut de la recherche agronomique) et l’Ecole vétérinaire de Maisons Alfort (Val-de-Marne). Il est par contre démontré que la grippe équine est propagée par les rassemblements de chevaux. Les concours hippiques, les hippodromes, les foires... sont donc de vrais nids à grippe.

En termes de grippe équine, l’exception ne confirme pas la règle. Le monde entier est concerné par cette maladie. Elle sévit de façon épidémique. Elle peut rapidement (en quelques heures seulement) mettre à plat toute une écurie.

DEUX VIRUS


L'apathie est l'un des signes de la grippe équine/Photo Marysa Merlo

C’est dans les années 1950, à Prague, en République tchèque, que le premier virus de la grippe équine a été isolé. D’où son nom, l’Equi1 (ou Prague, plus scientifiquement H7N7). Ce dernier ne contaminerait presque plus de chevaux à présent. Il serait en voie d’extinction.

C’est donc l’Equi2 (ou H3N8) qui nous intéresse. C’est ce virus-ci qui touche les équidés aujourd’hui. Il a été identifié aux Etats-Unis dans les années 1960. Il est virulent, mais, en plus, comme tous les virus de la grippe, il est à ARN et pas à ADN, ce qui veut dire qu’il change facilement de code génétique et qu’il est voué d’une moins grande capacité de réparation que ces derniers (ceux qui sont à ADN). Cela rend compliqué la mise au point de vaccins pour prévenir et contrer la maladie.

CONTAMINATION AERIENNE


Le nettoyage du matériel de pansage est obligatoire lors d'épidémie grippale/Photo Nicolas Chauveau

La grippe équine est proche de celle que nous connaissons chez l’homme. L’Equi2 est un myxovirus (groupe de virus) de type A. Il émane le plus souvent des oiseaux d’eau. Il se répand vite. La contamination de la grippe équine est exclusivement aérienne. C’est le cheval qui, en éternuant ou en toussant, transmet la maladie à ses congénères. « Il ne faut pas perdre de vue qu’un cheval tousse et éternue à 300 km/h, note le vétérinaire. La transmission de la maladie est donc, ici, assez facile. » La diffusion de la grippe équine peut aussi être passive. C’est le cas lorsqu’une aiguille - de seringue - ou une brosse passe d’un cheval à l’autre.

Le virus de la grippe équine est peu résistant dans l’environnement. Il
est contaminant dans un rayon de quarante mètres. L’equi2 ne se transmet pas à l’homme. Son incubation est de deux à cinq jours.

Autrement dit, il faut entre cinquante et cent heures pour qu’un cheval sain devienne malade. C’est une fois que le virus a été inhalé que les dégâts commencent. Il se multiplie dans les cellules de l’appareil respiratoire du cheval. En découle une diminution des défences locales et une augmentation des bactéries, et, in fine, une infection des sinus, des bronches et des poumons.

LONGUE RECUPERATION


L'hyperthermie est un autre signe de la grippe équine/Photo Manoel Relet

La récupération est longue. Il faut à peu près six semaines à un cheval pour qu’il se remette définitivement d’une grippe. Six semaines, c’est en fait le temps qu’il faut aux cellules de l’appareil respiratoire pour qu’elles se refassent totalement. Les chevaux meurent exceptionnellement de la grippe. Seuls les poulains, les chevaux fragiles ou encore ceux qui sont sévèrement atteints peuvent y succomber. Et encore, ce sont plus les suites de la maladie, lorsqu’elle se transforme en rhinopneumonie notamment, qui les font mourir que la grippe elle-même.

On l’a dit, d’un point de vue virologique, la grippe humaine est similaire à la grippe équine. Et bien, il en est de même sur le plan de la symptomatologie. Comme l’homme, le cheval grippé est abattu. Il a une forte fièvre (autour des quarante degrés), les muqueuses (nasales et oculaire) congestionnées, de la toux et des écoulements séreux, des ganglions, des courbatures... C’est la transmission aux autres chevaux qui doit faire penser à la grippe, et pas uniquement les signes cliniques. « Chez le cheval, c’est comme chez l’homme : la vraie grippe, c’est celle qui vous laisse un cheval dans le fond de son boxe, sans bouger. Autrement, ce n’est pas une grippe mais une infection des voies aériennes supérieures », rappelle le vétérinaire.

Dans leur première phase, les symptômes de la grippe équine peuvent rapidement disparaître. C’est le cas pour la température par exemple. En revanche, certains stigmates peuvent persister durant plusieurs semaines. La toux fait partie de ceux-là.

"MISE AU CHAUD ET AU REPOS"


L'écouvillon est envoyé au laboratoire pour analyse/Photo Marysa Merlo

La grippe équine ne se soigne pas seule. Le premier impératif est ici de faire tomber la fièvre et de lever l’abattement du cheval. L’acide salicylique ou la phénylbutazone, ainsi que la vitamine C sont de bons traitements pour cela. « Sans oublier la mise au chaud et au repos », ajoute le spécialiste. Ce n’est que si les symptômes persistent que des examens complémentaires sont nécessaires. A l'instar des écouvillonnages nasaux, qui peuvent révéler la présence du virus dans les sécrétions, ou encore des prises de sang (deux à deux semaines d’intervalle), qui peuvent traduire des traces d’anticorps de la maladie. S’agissant d’un virus, le traitement de la grippe équine ne passe pas, au moins en première intention, par l’administration d’antibiotiques. Et lorsqu’il en est prescrit pour la soigner, c’est plus souvent pour traiter ses conséquences que ses effets directs. Quant aux antiviraux, « d’une part, ils sont trop chers pour que l’on puisse les utiliser sur des troupeaux entiers », regrette le Dr Zientara. « D’autre part, à les utiliser, nous pourrions craindre une certaine mutation et une résistance aux virus. »

Mais il ne saurait être de bon traitement sans bonne prophylaxie. A la première suspicion de grippe équine, il faut mettre le ou les chevaux concernés à l’écart, même lorsqu’ils vivent dehors. On appelle cela la mise en quarantaine. Elle est indispensable pour éviter la propagation du virus. Ensuite, c’est de mesures d’hygiène dont il s’agit. Car, on l’a dit, la grippe est très contagieuse. Il faut donc nettoyer le matériel des chevaux malades avant de l’utiliser sur ceux qui sont sains. Le mieux étant encore que chacun ait le sien. Il faut aussi penser à se laver les mains et les bottes avant de passer d’une écurie à l’autre. « Les mains, surtout !, insiste le Dr Zientara. Ce sont elles qui, généralement, aggravent une épidémie. » C’est pourquoi, il conseille d’avoir recours aux gants jetables lors d’infection grippale.

UNE BONNE PREVENTION POUR UNE BONNE PROTECTION


Un cheval qui vient d'être vacciné contre la grippe équine peut travailler/Photo Nicolas Chauveau

Cela dit, selon les spécialistes, c’est la prévention qui reste la meilleure protection. Plus exactement, c’est en vaccinant les chevaux qu’on évite les épidémies de grippe équine. « Cela ne les empêche pas de la contracter, prévient le spécialiste. Mais, lorsqu’ils la déclarent, elle est moins invasive, donc moins transmissible. »

Non seulement, le traitement antigrippal protège des signes cliniques, mais il garantit aussi de la contagion. Ses effets secondaires sont minimes, tout juste faut-il noter parfois un peu de fièvre. Mais, surtout, il faut être clair : cette prophylaxie ne modifie pas les capacités cardio-pulmonaires des chevaux. Et elle n’est pas amoindrie avec l’effort. Cela veut dire que tous les chevaux peuvent être vaccinés contre la grippe, même ceux qui travaillent. La seule contre-indication étant que le traitement ne soit réalisé que sur des animaux en parfaite santé.

PAS DE RESTRICTION A LA VACCINATION


Tous les chevaux peuvent être vaccinés contre la grippe : les jeunes comme les vieux, ceux de sports comme ceux de loisirs/Photo Marysa Merlo

Il n’y a pas de restriction à la vaccination des chevaux contre la grippe. Les poulains peuvent être traités dès l’âge de cinq mois, voire de deux si leur mère n’a jamais été vaccinée. En effet, dans ce cas-là, ils ne peuvent pas bénéficier d’un colostrum pourvu en anticorps de la grippe. Il est donc important de les protéger au plus vite.

Quant aux juments gestantes, elles peuvent également être vaccinées contre la grippe. La dernière injection doit toutefois être effectuée au plus tard six semaines avant la mise bas. Idem pour les vieux chevaux et pour ceux qui ne sortent jamais de chez eux. « Il n’y a pas de raison à ne pas les traiter, souligne le directeur de recherche. D’abord, parce qu’un cheval n’est jamais totalement sans en rencontrer un autre. Ensuite, parce que passé neuf mois de vaccination, 80 % des chevaux qui sont traités ont encore des anticorps pour se protéger de la grippe. Cela passe à 20 % au-delà d’un an. Il est donc facile de comprendre qu’un cheval qui n’a pas été vacciné depuis dix-huit mois n’est pas loin de n’avoir plus aucune protection. Qu’il est donc potentiellement contaminable et contaminant. »

Une vaccination annuelle et régulière suffit en principe à fournir une bonne protection contre la grippe équine. Ce sont, après, les fédérations (FFE, FEI, etc.) ainsi que les institutions (celles des courses notamment) qui en décident, et quelquefois la situation sanitaire. Effectivement, sans que cela leur nuise, il peut être conseillé de revacciner des chevaux qui le sont régulièrement, et ce selon qu’il y a, ou une épidémie proche de leur lieu de résidence, ou une prévision de grand rassemblement.

Les professionnels qui traitent de la grippe équine sont formels : « Pour ne jamais connaître d’épidémie, il faudrait qu’au moins 70 % des chevaux soient vaccinés ». Ce serait, semble-t-il, loin d’être le cas. Pourtant, les études le montrent, il y a peu de foyers d’infection grippale dans les troupeaux qui sont correctement protégés.

Questions à Bruno Courtay, vétérinaire


La seule voie d'administration autorisée pour le vaccin antigrippal en France est celle qui est intra-musculaire/Photo DR



VETOCHEVAL.COM. - Les vaccins contre la grippe équine sont-ils efficaces ?

BRUNO COURTAY. - Oui, dès lors où les protocoles sont respectés.

- A partir de combien de temps un vaccin contre la grippe immunise-t-il un cheval ?

- Tout dépend de la technologie. Il faut compter 15 jours après la première injection s’il est question d’un vaccin vecteur viral vivant, et 15 à 21 jours s’il en est un inactivé.

- Quelle est la durée de protection d’un vaccin antigrippal pour un cheval ?

- Un an après la mise en place totale du protocole vaccinal : c’est-à-dire une primo-injection, puis une autre à 30 jours et une 3e à 5 mois.

- Quels sont les types de vaccins contre la grippe équine qui sont disponibles aujourd’hui en France ?

- Le Prequenza, d’Intervet, et le ProteqFlu, de Merial. Ce sont respectivement un vaccin inactivé et un vecteur viral vivant.

- Les animaux réagissent-ils tous de la même manière aux vaccins antigrippaux ?

- Non. Les réponses sont individuelles. Elles dépendent de l’état physiologique de chaque animal.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 06/02/08