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Rss La rhinopneumonie


L'apparition de ganglions peut être l'un des signes de la rhinopneumonie/Photo Marysa Merlo



La rhinopneumonie touche toute l’année tous les équidés. Ses conséquences sont multiples. Ses traitements sont limités. Et ses séquelles sont parfois mortelles. Gros plan sur une pathologie bien connue des écuries. Explications et conseils pratiques. Par Sébastien Chauveau

La rhinopneumonie ne laisse pas de répit. Elle est active toute l’année. « Elle n’a, ni de saisonnalité, ni de « préférence météorologique », ni de race de chevaux précise, pointe Guillaume Fortier, vétérinaire et directeur du Département santé animale au laboratoire Frank Duncombe. Elle peut simplement avoir une périodicité, et l’on est aussi en droit de penser que sa propagation se fait davantage par temps froid et humide que chaud et sec car le virus de la maladie n’apprécie guère les atmosphères arides. » La rhinopneumonie touche, tantôt les juments en gestation, tantôt les poulains, tantôt les chevaux de sports. Cette pathologie a des conséquences sanitaires et économiques importantes. De plus, elle se propage vite. Et les animaux qu’elle atteint peuvent être hors d’état de concourir durant un temps certain.

INFECTIEUSE ET CONTAGIEUSE


La rhinopneumonie est une cause importante d'avortement/Photo Haras de Gravelotte

La rhinopneumonie est une maladie infectieuse et contagieuse. Elle est induite par un virus de la famille des herpès viridae (voir encadré sur la classifification des herpès virus), EHV-1, EHV-2 et EHV-4 particulièrement, voire EHV-5, mais plus rarement. « Elle s’apparente, chez l’homme, à la varicelle ou au zona, pour quelques formes », compare le directeur du Département santé animale. Ces herpès virus ont chacun leurs spécificités. Ceux qui causent la rhinopneumonie atteignent, ou le système reproducteur, ou l’appareil respiratoire, ou les fonctions nerveuses. « Un cheval ne peut contracter qu’un seul EHV à la fois, poursuit le Dr Fortier. Par contre, il peut les déclencher l’un après l’autre, à la faveur de stress divers. L’immunité acquise est alors de courte durée. »

La rhinopneumonie est la première cause virale d’avortement chez les juments. Pour ce qui est de celle qui est à caractère respiratoire, elle fait, elle aussi, pas mal de dégâts dans les élevages quand elles s’y déclare. Notamment sur les poulains, ce sont ceux de zéro à deux ans qui y sont les plus vulnérables. En fait, tous les chevaux immunodéprimés peuvent être victimes de la rhinopneumonie. En particulier de ses formes respiratoires, nerveuses ou paralytiques, « qui peuvent même toucher les vieux chevaux », rappelle le vétérinaire du laboratoire Frank Duncombe.

S’agissant d’une pathologie virale, ce sont les fortes concentrations d’animaux qui sont les plus grands pourvoyeurs de la rhinopneumonie. Ainsi, elle s’observe principalement dans les clubs hippiques ou les centres d’entraînement, sur les terrains de concours ou sur les champs de courses. « C’est dans le monde des sports hippiques qu’elle sévit le plus, essentiellement parce qu’il y a maintenant des rassemblements équestres douze mois sur douze. Cela favorise son développement », constate le Dr Fortier.

La propagation de la rhinopneumonie se fait par dispersion ou transmission de particules virales. C’est le cheval qui éternue, qui tousse, qui mouche, ou encore la jument qui expulse son avorton et ses annexes foetales qui contaminent le voisinage. La diffusion se fait alors, soit par inhalation, le virus pénètre l’appareil respiratoire ; soit par contact, par le personnel d’écurie qui passe sans précaution d’un cheval malade à un sein ou par les animaux entre eux qui se grattent ou se lèchent. Il n’y a pas de facteur prédisposant au déclenchement de la rhinopneumonie. Il y a cependant des chevaux qui en sont porteurs latents, et c’est à l’occasion de stress (de transports entre autres), d’affections diverses, de traitements (anti-inflammatoires notamment) qu’ils peuvent excréter les satanés virus.

Classification des herpès virus


Il y a des herpès virus qui sont encore à l'étude/Photo Nicolas Chauveau



Ce sont les EHV-1 et EHV-4 qui atteignent majoritairement les chevaux. Il en existe d’autres, toutefois. Les EHV-1, EHV-2 et EHV-4 sont responsables d’affections respiratoires. L’expression de l’EHV-1 peut-elle, aussi, être avortive ou nerveuse. Si la découverte du premier et du dernier de ces trois virus est récente, les caractéristiques du second, l’EHV-2, restent imprécises. Les autres herpès virus qui touchent les équidés sont les EHV-3 et EHV-5. L’un, dit de l’exanthème coïtal, provoque des maladies vénériennes. L’autre a des effets pathogènes qui demeurent toujours inconnus. Il y en a encore trois autres : l’EHV-6, l’EHV-7 et l’EHV-8. Ils ont été isolés. Mais leurs conséquences n’ont pas été mesurées.


DES SIGNES MULTIPLES


Auscultation de l'appareil respiratoire/Photo DR

Dans sa forme respiratoire, les signes de la rhinopneumonie sont multiples. Au départ, ils peuvent faire songer à de la rhinopharyngite. Puis, rapidement, ils peuvent migrer en trachéo-bronchite. Il y a souvent des complications infectieuses dans cette rhinopneumonie. Le mucus devient parfois purulant, cela traduit la présence d’une bactérie ou la dégradation des tissus.

Pour ce qui est de la rhinopneumonie avortive, sa présence est plus sournoise. Et pour cause, elle ne peut se manifester qu’entre deux et douze semaines après l’attaque virale. Ce qui doit toutefois interpeller, ici, c’est l’avortement isolé. Surtout s’il se produit au deux tiers de la gestation, sans raison apparente. Pour autant, le spécialiste du laboratoire Frank Duncombe se veut rassurant : « Il n’y a pas de logique entre les avortements et la rhinopneumonie. Autrement dit, il n’y a aucune contre indication à faire pouliner une jument qui a connu un ou plusieurs épisodes de la maladie. »

Quant à la forme nerveuse de cette pathologie, ses symptômes sont encore bien moins perceptibles que ceux des deux autres genres de rhinopneumonies, tout du moins dans un premier temps. Ils peuvent être d’intensité variable, selon que la maladie est, ou nerveuse, ou paralytique. Globalement, ils peuvent se manifester par des troubles de la locomotion, de l’ataxie (du désordre dans la démarche) des membres postérieurs ou de la paralysie. Dans les cas les plus graves, les animaux peuvent être prostrés, avec des mouvements de tête anormaux et un prolapsus de la verge (pour les mâles). Ils peuvent aussi se coucher et être incontinents.

EVITER L'EPIDEMIE


Sur les animaux morts, les annexes foetales, comme le placinta, peuvent être analysées/Photo Haras de Gravelotte

C’est à ses premières heures que le virus de la rhinopneumonie est le plus actif. C’est à ce moment-là qu’il cause l’essentiel de ses dégâts (la fièvre, le rhume, la conjonctivite, etc.). Il y a, hélas, peu de remède pour lutter contre cette pathologie, notamment ses formes respiratoire et nerveuse. Il n’y en a pas du tout pour stopper celle qui est abortive. Hormis quelques traitements asymptomatiques, le panel médical est assez restreint ici. Il ne se limite qu’à l’emploi d’anti-inflammatoires, d’antalgiques et d’antipyrétiques, voire d’anti-oxydants, comme la vitamine C. « Les antibiotiques n’ont aucun intérêt pour éradiquer la rhinopneumonie, dit le vétérinaire. Le recours aux antiviraux peut, en revanche, être d’un bon secours, principalement pour vaincre les rhinopneumonies à caractère nerveux ou paralytique », poursuit le Dr Fortier.

Le diagnostic, précoce, de la rhinopneumonie est important. Ceci, pour éviter tout risque d’épidémie. Il peut évidemment se faire sur la base des signes cliniques. Mais, dans la mesure où ces derniers sont communs à d’autres pathologies, comme la grippe par exemple, il est préférable de s’en remettre aux analyses biologiques pour attester de la présence de la maladie.

Au laboratoire, la détection de la rhinopneumonie relève pour partie de la biologie moléculaire. En clair, il est procédé à la recherche d’ADN du virus dans les échantillons biologiques, en l’occurrence les herpès virus de type 1, 2, 4 ou 5. Ces tests sont réalisés à partir de prélèvements de sang, d’écouvillons naso-pharyngés, de tissus d’avortons, de liquides respiratoire ou céphalorachidien.

PLUSIEURS ARMES


La promiscuité est un facteur aggravant de risque de propagation de la rhinopneumonie/Photo Marysa Merlo

L’une des armes qui atténue sérieusement la présence de la rhinopneumonie est la vaccination. Certes, elle n’est pas totalement efficace. Elle doit plus être considérée comme une protection générale (de troupeau) qu’individuelle. Pour autant, elle a le mérite de limiter les risques d’épidémie et d’amoindrir les signes cliniques. « Tout en réduisant la rapidité de la contamination », rappelle le vétérinaire.

Les animaux peuvent être vaccinés contre la rhinopneumonie avant l’âge de six mois. Le traitement se déroule ainsi : deux injections à six semaines d’interval, puis un rappel à six mois et à un an. Reste que certains règlements (courses françaises, sports internationaux...) obligent à une prophylaxie bi-annuelle. Et qu’il y a des stud-books (trotteur français, mérens, etc.) qui l’exige maintenant eux aussi.

Une autre arme qui réduit les risques épidémiologiques de la rhinopneumonie, c’est la prévention. C’est en effet par elle qu’est abaissée la propagation de la maladie. Il faut savoir que les durées d’incubation varient selon les virus. Ils peuvent être de une à trois semaines.

Bien que la persistance dans le milieu extérieur des EHV soit limitée, on peut en retrouver certains durant plusieurs jours dans les litières. C’est pourquoi, une quarantaine (de vingt jours au moins) des nouveaux arrivants est un rempart essentiel aux transmissions. Une prise bi-quotidienne de la température permet une vérification de l’état du troupeau. Tandis que le nettoyage régulier des locaux et des moyens de transport (avec des virulicides de type hypochlorite, ammonium quaternaire, iodophore) est un excellent geste d’hygiène. « Il faut se souvenir que les contaminations aériennes et de contact sont les principales sources de transmission de la rhinopneumonie », martèle le Dr Fortier.

La dernière arme de lutte contre cette pathologie est sûrement la plus simple. On l’a dit, le stress est l'un de ses facteurs déclenchants, pour les sujets qui l’ont déjà contracté. Il est donc nécessaire de garder les animaux en état sanitaire et de poids pour limiter les réactivations virales. Il faut également écarter - jusqu’aux résultats des analyses en laboratoire - du troupeau les juments qui avortent, et détruire (par le feu) les litières et autres déchets fœtaux. Il est enfin important de ne pas omettre de prévenir de la présence de la rhinopneumonie tous les intervenants (vétérinaires, maréchaux-ferrants, agents des haras...) qui gravitent autour des chevaux.

Cette maladie n’est donc pas à prendre à la légère. Elle peut laisser des vraies séquelles, « qui peuvent être autant neurologiques que physiques », prévient le vétérinaire. Et d’ajouter : « Il y a des chevaux qui ont toutes les peines à retrouver leur meilleur niveau d’avant l’affection. » D’où son « appel à la vigilance », pour le respect des mesures d’hygiène, et son incitation « à la vaccination », pour lutter contre la rhinopneumonie.

Le point avec Sonia Wittreck, vétérinaire


La prophylaxie contre la rhinopneumonie se fait par voix intra-musculaire/Photo DR



Sonia Wittreck est vétérinaire et responsable technique pour la gamme équine au sein du laboratoire Mérial. Elle nous apporte quelques précisions.

"Le vaccin contre la rhinopneumonie est inactivé. Son administration se fait par voix intra-musculaire. Il (le vaccin) peut induire quelques réactions locales. Celles-ci restent tout de même assez rares.", dit-elle.

"Comme pour tous les vaccins, celui de la rhinopneumonie est constitué d’une dose à injecter, qui est unique, c’est-à-dire qui ne dépend pas du poids et de l’âge de l’animal. Le but est de déclencher une production d’anticorps, pas d’induire une protection contre des signes cliniques", précise la vétérinaire.

"L’efficacité du vaccin de la rhinopneumonie dépend de plusieurs facteurs. La réponse immunitaire : elle n’est pas identique à tous les chevaux. Il y en a qui sont plus sensibles à la vaccination que d’autres", dit encore la vétérinaire. "La pression épidémiologique : certains lieux sont à risque, d’autres le sont peu ou pas du tout. La politique vaccinale : encore trop de chevaux ne sont pas protégés contre cette maladie dans notre pays. Sa prophylaxie serait évidemment plus satisfaisante S’ils l’étaient à au moins 80 %", souligne-t-elle.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 22/10/08