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Rss La gourme


Le jetage nasal est l'un des premiers signes de la gourme/Photo Marysa Merlo



La gourme est une pathologie qui est bien connue chez le cheval. Elle sévit depuis qu’il existe. Malgré les progrès thérapeutiques, la gourme tend à disparaître. Bien qu’elle touche encore fréquemment les élevages et les écuries françaises. Retour sur une maladie endémique. Par S. C.

La gourme était un fléau autrefois dans les populations équines. Elle ravageait les chevaux des militaires. C’est pourquoi cette maladie intéresse depuis si longtemps les scientifiques. Elle fut, d’ailleurs, l’une des toutes premières qui fut étudiée par ces derniers. C’est au XXe siècle que toutes les formes cliniques de la gourme ont été décrites, et que les protocoles de traitements thérapeutiques et prophylactiques ont été déterminés. Certaines gourmes n’étant toutefois plus considérées à présent.

On l’appelle aussi angine du cheval. En fait, la gourme est une maladie aiguë et contagieuse. Elle est redoutable, car elle peu s’étendre rapidement à toute une écurie ou à tout un élevage. Cette angine peut toucher n’importe quel animal. Néanmoins, elle se remarque davantage à l’automne, dans les jeunes populations, c’est-à-dire chez les chevaux de moins de cinq ans et les poulains sevrés. Pourquoi chez ces derniers ? « Parce que, premièrement, à cet âge-là, ils sont en déficience d’immunité. Et, deuxièmement, parce que le sevrage constitue un stress qui fait baisser la même immunité et déclencher la maladie », pense Pierre-Vincent Plasman, vétérinaire. Les très jeunes poulains, de moins de quatre mois, sont, pour leur part, protégés de la maladie par le colostrum de leur mère. Et les plus vieux chevaux, ceux de plus de cinq ans, lorsqu’ils la déclarent, c’est avec une symptomatologie amoindrie.

Ce sont principalement là où les animaux sont concentrés que la gourme sévit. Autrement dit, on la croise surtout sur les manifestations hippiques, dans les haras, dans les écuries de courses ou de propriétaires ainsi que dans les centres équestres. « Il n’y a pas de races qui y sont plus ou moins sensibles que d’autres, prévient le vétérinaire. Toutes peuvent la contracter. » Les lieux de rassemblements sont des facteurs aggravants de contamination et de développement de l’angine du cheval. « Comme le sont les voyages et les mélanges de populations », ajoute le Dr Plasman. Cela veut dire que si aucun traitement n’est entrepris dès l’apparition des premiers signes de la maladie, la morbidité peut atteindre assez vite les 70 % d’un effectif. Elle peut même aller jusqu’à concerner ses 100 %.

La météo et les conditions de vie des animaux jouent aussi leur rôle dans le déclenchement de la gourme. En effet, les chevaux qui vivent dehors, dans le froid et sous la pluie ont plus de risque de l’attraper que ceux qui sont hébergés au box toute la journée. « Pour autant, s’ils ont des abris, les chevaux sont mieux à l’extérieur, même lorsqu’ils sont malades, à condition qu’ils ne soient pas trop abattus et qu’ils n’aient pas trop de fièvre, insiste Pierre-Vincent Plasman. Car l’enfermement enferme la maladie, et il concentre les microbes. »

PAR INHALATION OU INGESTION


Un cheval qui est atteint de la gourme peut rester infectant durant trente jours/Photo Marysa Merlo

La gourme se contracte par inhalation ou ingestion des bactéries. Ces dernières s’accrochent aux muqueuses, et se déplacent dans la circulation sanguine et lymphatique. Plus précisément, les bactéries de la gourme ont cette capacité à désinhiber le système de défense immunitaire du cheval. Dès lors, les mêmes bactéries se multiplient, comme les globules blancs qui veulent combattrent les microbes qu’elles produisent. C’est cette « bataille » qui génère l’inflammation de l’angine du cheval.

La gourme se transmet entre chevaux, mais elle peut aussi se donner via le matériel d’écurie et de pansage, les vans, les mains et les vêtements. Même les herbages n’y résistent pas. En effet, un pré qui a été pâturé par un cheval porteur de la gourme doit être laissé libre durant au moins un mois.

Ce sont les matières nasales qui contaminent. Contrairement à ce qui se dit, lorsque le cheval est guéri de la gourme, il est encore infectant. Il peut en être ainsi durant trente jours. Pour le reste : le temps d’incubation de la maladie est de quatre à huit jours ; celui de sa disparition totale de trois mois ; celui de l’indisponibilité du cheval malade de vingt jours ; et celui de la résistance du germe dans son environnement de trente jours.

Il semblerait que les animaux qui auraient été contaminés par l’angine du cheval développeraient une forme d’immunité. Cela ne les empêcherait toutefois pas de reconnaître des épisodes de la maladie. Ils seraient environ 30 % dans ce cas-là. Il paraît, aussi, que les chevaux mourraient peu de la gourme. Elle serait mortelle pour 0 à 10 % de ceux qui la contracteraient.

UNE SYMPTOMATOLOGIE IDENTIQUE


Palpation des ganglions pharyngés/Photo Marysa Merlo

La gourme se manifeste par une inflammation des voies aériennes supérieures, au niveau des ganglions lymphatiques. Elle est provoquée par la bactérie streptococcus equi sub equi. Il y a plusieurs formes d’angine du cheval (catarrhalle, de castration, septicémique... pour les plus connues). A chaque fois, la symptomatologie de départ est identique. Ce sont ensuite les foyers de localisation (tantôt au niveau de l’appareil digestif ou respiratoire, tantôt au fourreau ou à la vulve...) de la maladie qui établissent de quelle gourme il s’agit.

Dans un premier stade, l’angine du cheval laisse apparaître un jetage nasal abondant, d’abord séreux puis purulant. Il s’accompagne généralement d’une fièvre, qui peut aller de 39,5 à 41°, et d’un abattement. « Temps qu’on en est qu’au jetage, ce n’est pas très grave !, tient à rassurer le Dr Plasman. Car c’est un signe clinique que l’on note régulièrement dans les élevages. En revanche, ce qui doit inquiéter et faire appeler le vétérinaire, c’est l’hyperthermie bien sûr, mais aussi la perte d’appétit. »

Prévention maison


Précaution maximum pour risque minimum/Photo haras d'Etreham



Le haras d’Etreham est situé dans le Calvados. Cette institution du pur-sang de courses compte dans ses rangs une dizaine d’étalons, près de 120 juments et presque autant de poulains. Toutes ces têtes se font remarquer sur les hippodromes français et étrangers. Dans ce haras si prestigieux, la gourme n’a donc pas le droit de citer. C’est la raison pour laquelle tous les nouveaux arrivants sont mis en quarantaine dans une annexe du haras durant 30 jours. Et que les juments qui ne viennent que pour la reproduction sont isolées du reste du troupeau durant toute la saison.

Malgré tout, il y a quelques années, l’angine du cheval avait frappé cet élevage renommé. « Quasiment toute l’écurie avait été contaminée », se souvient la vétérinaire du haras, Catherine Nikonoff. Depuis, pour faire face à la gourme, c’est l’autovaccination qui a été choisie, plutôt que la vaccination préventive. « C’est-à-dire que nous avons isolé la souche qui nous atteignait, et nous avons élaboré notre propre prophylaxie », explique le Dr Nikonoff. L’avantage d’une telle protection, « c’est qu’elle est ciblée, dit la vétérinaire. Tant est si bien, que, lorsqu’il y a un ou deux chevaux qui attrapent la gourme, ils manifestent des signes cliniques qui sont minimes par rapport à ceux qu’ils pourraient montrer s’ils n’étaient pas vaccinés ou s’ils l’étaient avec des solutions du marché. » Outre le fait d’être efficace, l’autovaccination est moins cher que la vaccination habituelle (celle du commerce). Et seule une injection annuelle est nécessaire.


Dans une phase plus avancée, la gourme se caractérise par la présence d’abcès sous maxillaires et rétropharyngés, c’est-à-dire sous l’auge et derrière les oreilles. On peut aussi observer des hémiplégies laryngées (cornage) ainsi que des poches de pus (empyèmes) dans les sinus ou dans les poches gutturales, dans les bronches ou dans les poumons... La respiration et la déglutition peuvent alors être difficiles.

La gourme peut dépasser le simple aspect local. Elle peut se généraliser. Cela se produit lorsque les microbes qui sont induits par la maladie passent dans la circulation sanguine. C’est à ce moment-là que l’angine du cheval peut devenir fatale. Car l’infection peut atteindre les vaisseaux lymphatiques et causer des abcès sur divers ganglions, mais également sur des organes tel que le cerveau par exemple. La gourme peut, par ailleurs, provoquer des oedèmes - par obstruction - sur le bas des membres du cheval. Ainsi, ces derniers peuvent-ils devenir trois fois plus gros que la normale.

LONG ET FASTIDIEUX


La litière contient des germes:Photo DR

Le traitement de la gourme est long et fastidieux. « Le problème est, que, lorsque vous en avez fini avec un (cheval contaminé), c’est son voisin qui l’attrape, et ainsi de suite. La rotation peut durer comme cela plusieurs semaines. Rarement tout un effectif est atteint en même temps », constate le vétérinaire.

En premier lieu, la thérapeutique lors d’angine du cheval vise à éviter tout déplacement du malade et à l’isoler du reste du troupeau en le mettant à l’écart tout le temps de l’infection. En second lieu, la méthode de soin repose sur une hygiène stricte. Autrement dit, elle consiste en un nettoyage systématique (à la chlorhexidine) de tout ce qui est en contact avec le malade. Cela va de la brosse à la couverture en passant par le licol, le sceau, la mangeoire, la fourche, etc. Sans oublier le fumier, qui, pour éviter toute contamination par les mouches, doit être soit brûlé, soit composté sous bâche.

En dernier lieu, le traitement de la gourme fait appel à une prise en charge médicale. Le premier objectif est, en l’espèce, d’encourager la maturation des abcès. « C’est l’essentiel », est persuadé Pierre-Vincent Plasman. Il est donc, ici, préconisé des applications de cataplasmes d’eau chaude ou d’onguents (à base de capsicine ou de teinture d’iode). Ensuite, bien que les avis divergent sur le sujet, il est prescrit des antibiotiques (à la pénicilline). « A mon sens, ils ne sont utiles que dès lors où les abcès sont percés, commente le vétérinaire. Administrés trop tôt, ils n’encouragent pas l’immunodépendance du cheval, et ils cachent la misère. C’est pourquoi, je suis plus d’avis, avant l'abcédation, d’utiliser de l’aspirine et de la vitamine C. » Enfin, pour lutter contre la douleur et la fièvre, il est recommandé l’emploi d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et d’antipyrétiques.

Vacciner, dépister, isoler


Un acte vaccinal/Photo Nicolas Chauveau



Il est possible de protéger les chevaux contre la gourme. Plusieurs solutions existent. Il y a les vaccins qui sont dits « vivants » ou « vivants atténués ». Ce sont ceux qui, pour agir, circulent via la lymphe. Dans ce domaine, après l’injection intranasale, la révolution est venue de celle qui s’administre dans l’intérieure de la lèvre du cheval, autrement dit en intra labiale. Cette méthode de vaccination, bien qu’indolore, n’est pas utilisable sur les juments gestantes, et des rappels sont nécessaires (tous les 3 à 6 mois selon la pression d’infection).

Il y a aussi les vaccins qui sont dits « tués ». Ceux-ci ne génèrent pas, comme les « vivants » ou les « vivants atténués », la production d’anticorps nasopharyngiens indispensable à la protection contre le streptococus equi sub equi, ce qui signifie que cette prophylaxie n’est pas complètmeent efficace. Elle nécessite, en plus, une primovaccination et des rappels qui peuvent générer d’importantes réactions aux points d’injections.

Avant tout, il est possible de dépister les chevaux qui sont porteurs sains de la gourme. Ceux-là sont ceux qui l’ont déjà déclaré mais qui en sont guéris et qui transportent encore l’infection dans leurs poches gutturales. Ils sont à peu près 10 % dans ce cas-là. Ce type de dépistage n’a d’intérêt que s’il est pratiqué avant l’arrivée d’un nouveau cheval ou au moins 30 jours après la guérison d’un qui a été malade. Au final, la mise en quarantaine ne serait-elle pas l'un des meilleurs moyens d’éviter le désastre ? Isoler - durant 10 jours - les nouveaux entrants et ceux qui sortent sur les rassemblements suffirait, semble-t-il, à éviter que la gourme franchisse les portes des écuries.


Quoi qu’il en soit, les spécialistes de l’angine du cheval sont unanimes : « de l’efficacité du traitement médical de cette maladie dépend le respect de ses mesures d’hygiène. » Heureusement, l’évolution de la gourme est favorable dans la grande majorité des cas. Les symptômes disparaissent dans un délai qui dépasse rarement le mois. Et les séquelles qu’elle laisse sont exceptionnelles.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 04/10/07