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Rss Un dentiste pour mon cheval, comment et pourquoi


Une prognathie/photo Pierre Chuit



Il y a des propriétaires de chevaux qui en font trop. Il y en a d’autres qui n’en font pas assez. Les troubles de la dentition des équidés sont, tantôt mis au rang de toutes leurs excuses de mal-être, tantôt totalement ignorés de ceux qui sont chargés de s’en occuper. En réalité, en matière de dentisterie équine, il n’y a pas de juste-milieu. Il y a ceux qui appellent le dentiste à tout va pour leur cheval. Et il y a ceux qui ne le font jamais voir. Par Sébastien Chauveau

Il y aurait environ un million de chevaux en France. Sur ce million, environ un tiers verrait de temps en temps le dentiste. Ce n’est pourtant pas les praticiens qu’il manque. Ils seraient près de trois cents vétérinaires à accepter les cas de dentisterie équine dans notre pays.

Ce n’est pas d’hier que l’on casse ou râpe les dents des chevaux. L’histoire raconte que ce sont deux vétérinaires américains qui se sont occupés les premiers des dents des chevaux. Il y a longtemps déjà. Il s’agissait de chevaux de course. Avant les années 1950, la dentisterie équine était à la mode. Les guerres et les préoccupations des vétérinaires sont passées par-là. C’est pourquoi, ce sont les maréchaux-ferrants qui se sont emparés du travail dans les années 1960. A l’époque, ils râpaient autant la corne que les dents.


Pierre Chuit/photo DR



La dentisterie équine telle qu’elle se pratique aujourd’hui date des années 1990. Elle est née d’anciens vétérinaires qui ne l’avaient pas abandonnée, et qui désiraient à nouveau l’enseigner. Ils ont alors formé tous ceux que la dentisterie équine intéressait. Partout, en Europe, des écoles spécialisées sont nées. « Le problème, c’est que beaucoup ont oublié que les dents des chevaux ne sont pas celles des chiens. Et que, par conséquent, on ne travaillait pas les dents des herbivores comme celles des carnivores », se désole Pierre Chuit, vétérinaire, formateur en dentisterie équine et auteur de nombreux articles sur le sujet. C’est, un peu encouragés par ces dérives, que les praticiens ont requalifié l’art de soigner les dents du cheval. Il est à nouveau enseigné dans les écoles vétérinaires. Mais il demeure, au moins aux yeux de la loi française, un acte toujours réservé aux seules personnes détentrices d’un diplôme de docteur vétérinaire (voir encadré).

De 36 à 40 dents

La jument compte 36 dents, le cheval 40. Sauf pour 15 % des équidés, à qui il faut ajouter, lorsqu’ils sont adultes, parfois 2 dents de loup, plus rarement 2 dents de cochon. Les dents du cheval se répartissent en incisives (pinces, mitoyennes et coins), en molaires et prémolaires, toutes au nombre de 12 ; et en 4 canines, quelques fois chez les juments, tout le temps chez les étalons. A la naissance, le cheval peut avoir de 0 à 16 dents. Sa dentition lactéale est complète entre 8 et 12 mois. Elle ne peut l’être qu’à 18 mois chez les mini-shetlands (moins de 86 cm). Elle est adulte à 5 ans. Les dents du cheval poussent de 2 à 4 mm par an. Elles peuvent en indiquer l’âge, de manière relativement fiable jusqu’à 8 à 9 ans, et plus aléatoire au-delà.



« MOTIFS DE CONSULTATIONS »


Des blessures de joue sur une arcade supérieure/photo Pierre Chuit

Chacun qui connaît un peu le cheval sait l’importance qu’il y a à ce que cet animal ait une bonne bouche. Cela dit, « il ne faut pas exagérer », se lasse le spécialiste. Selon lui, « on axe trop l’équitation d’aujourd’hui autour de la bouche du cheval. Tant est si bien, qu’au moindre souci d’exécution, on lui attribu un problème dentaire. » Comprenez : qu’à l’instar d’autres traitements en vogue en ce moment, on accorde à la dentisterie plus d’importance qu’elle n’en a vraiment. Pour preuve : « Même si elles sont loin d’être toutes justifiées, les difficultés à la monte sont l’essentiel des raisons de mes consultations de dentisterie équine, révèle le Dr Chuit. Viennent, après, la gêne à s’alimenter, les écarts de comportement et les blessures dans les joues et aux commissures. »

Pour autant, c’est bien de cette même bouche que partent les ordres de « soumission » et de direction du cheval. C’est d’elle, aussi, que se prépare la digestion. Mais voilà, les causes de mauvaise bouche du cheval, et par là même de mauvaise réaction ou d’assimilation de l’alimentation, sont rarement imputables aux dents. En tous les cas, bien moins que ce que ne le laissent croire les bruits d’écuries. Il faut le dire, d’une manière générale, les dents du cheval restent en relatif bon état durant toute sa vie. « Sauf dans certaines disciplines, comme le polo ou les courses de trot, dans lesquelles les dents des chevaux sont soumises à rude épreuve, tempère le vétérinaire. Les saignements et les fractures y sont fréquents. Les causes principales en sont la monte et les embouchures, qui sont généralement dures dans ces disciplines. »

De leur côté, les chevaux miniatures rencontrent également plus de soucis de dentisterie que le reste de la population équine. Ces chevaux ont de petites mâchoires et des grosses dents. « Il arrive alors parfois qu’elles se placent mal, signale le Dr Chuit. C’est très douloureux pour eux. »

A l’inverse, les shetlands sont les équidés qui rencontrent le moins de pathologies dentaires. Tout simplement parce qu’ils présentent une meilleure superposition des arcades (os des mâchoires). Ils génèrent donc moins d’usure des tables dentaires que leurs congénères. « Il est rare que j’intervienne sur un shetland », confirme le vétérinaire.

BANAL


Du tartre sur un demi-sang de dix-huit ans/photo Pierre Chuit

On l’a dit, les dents du cheval sont l’objet de tous les maux. Il y a bien des chevaux qui ont un peu de tartre sur les canines. Mais, vu la croissance continue de celles-ci, ces dépôts de sels calcaires n’ont pas le temps de créer de pathologie nuisante. Sur les autres dents, le tartre est nettoyé mécaniquement par le raclement des aliments. Il empêche ainsi son amoncellement.

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Une excroissance de la dernière molaire inférieure droite sur une irlandaise de 8 ans/Photo Pierre Chuit



Il y a d’autres chevaux qui ont des excroissances, comme des surdents. C’est fréquent. Elles se remarquent sur les deuxièmes prémolaires supérieures, souvent appelées crochets, ou sur les dernières molaires inférieures. Il est nécessaire que ces excroissances soient contrôlées et corrigées pour qu'elles ne provoquent pas des lésions majeures.

Le tartre, ou plaque dentaire, est causé par les aliments, la salive et le métabolisme bactérien. Il se fixe sur le bord gingival (de la gencive). Il est le départ des parodontoses (inflammations des tissus de soutien de la dent). Quant aux surdents (ou pointes), ce sont des excroissances qui sont causées par l’usure anormale des tables dentaires lors de l’acte de trituration (de mastication).


Une belle dent de loup/photo Pierre Chuit



Il y a enfin des chevaux qui ont des dents de loup. C’est courant. Ces dents sont des vestiges des premières prémolaires supérieures, qui se sont réduites au fil des temps. On en trouverait sur 80 % des poulains de moins de deux ans. Lorsque les mêmes dents de loup sont implantées dans la mâchoire inférieure, on les dit dents de cochon. Ces dernières sont plus rares. « J’ai dû en voir huit en presque quarante ans », avoue le Dr Chuit. Le tartre est banal. Tout comme le sont, en dehors des cas douloureux, les surdents et les dents de loup.


Fracture d'une carie/photo Pierre Chuit



Parmi les autres pathologies dentaires du cheval, il y a les fractures. Elles trouvent principalement leur origine dans les caries. En effet, en s’affaiblissant, la qualité du tissu dentaire diminue. Les dents peuvent alors casser, soit sous la pression des mouvements de trituration, soit contre des cailloux lorsque le cheval broute, soit par des coups de pied lors de ruades. Ce phénomène de dégradation peut être amplifié à la faveur de mauvaises tables dentaires. Les fractures de dents peuvent demander une intervention plus rapide que les surdents ou dents de loup. Car il peut y avoir, notamment pour les caries, un risque de pulpite qui nécessite une extraction. « Ce ne sont pas forcément des urgences pour autant », rassure le vétérinaire.


Un bec de perroquet sur un cinq ans/Photo Pierre Chuit



Plus rares, ce sont les chevaux qui ont un bec de perroquet, c’est-à-dire la mâchoire supérieure plus longue que l’inférieure. Ou inversement, qui souffrent de prognathie de la mâchoire inférieure, on les qualifie dès lors de mâchoire de bouledogue. Dans les déformations, on trouve également la denture en escalier ou ondulée. Toutes peuvent être de véritables pathologies dentaires qui gênent la mastication. Sauf que, souvent, les chevaux s’adaptent parfaitement à leurs malformations. « Parfois, j’en examine qui ont de telles dentitions qu’on se demande comment ils peuvent manger ou être montés, racontent le vétérinaire. Pourtant, ils vont bien. Je ne les verrais probablement jamais si leurs nouveaux détenteurs ne me les montraient pas. »

Aussi peu fréquent que le bec de perroquet et la prognathie, il y a les chevaux qui ont une oligodontie (un manque de dent), ou des molaires ou incisives surnuméraires (on parle ici de polyodontie). « Cela ne court pas les écuries non plus », indique le Dr Chuit. « Ce qui par contre arrive quelques fois, c’est que les lactéales (dents de lait) poussent mal ou ne tombent pas. C’est spectaculaire. Cela impose une intervention du vétérinaire », ajoute-t-il.

PEU CONCERNES


Une fracture partielle longitudinale incomplète d'une 1ère molaire inférieure gauche sur une hollandaise de neuf ans/photo Pierre Chuit

Les chevaux qui vivent à l’extérieur sont les moins concernés par les pathologies dentaires. Ils « souffrent » essentiellement de tartre et de fractures. Ce sont plutôt les chevaux qui vivent au boxe qui connaissent des problèmes de dents. En effet, ces derniers sont, en grande majorité, nourris avec de l’aliment industriel. Or, c’est ce même aliment industriel qui est pointé comme l’un des facteurs déclencheur des affections dentaires du cheval.

Contrairement aux fourrages, qui sont des tiges, des feuilles et des fibres longues, les floconnés et les granulés sont des aliments courts. Ils ne restent pas en équilibre sur les tables dentaires. Ils réduisent l’ampleur des mouvements latéraux de la mastication et provoquent des pointes ou des surdents qui occasionnent des blessures jugales (en face interne des joues).


Une chique sur un vieil âne qui "fait magasin"/photo Pierre Chuit



Les symptômes du mal de dents du cheval sont nombreux. Les plus caractéristiques sont les mimiques lors de la mastication. Notamment l’inclinaison de la tête, la chique (déformation) sur la joue lorsque le cheval « fait magasin », qu’il s’arrête de manger ou boude sa pitance. La blessure des commissures, le grincement de dents, voire le cheval qui encense sont d’autres symptômes, à l’instar de l’hyper salivation, de la difficulté à manger, de l’excitation, de la perte d’appétit ou de la boulimie. Mais il y a bien d’autres façons de déceler le mal de dents du cheval : l’odeur nauséabonde de l’haleine, la chique sur la joue, la douleur, la sinusite, la fistule mandibulaire... Des coliques ou de l’engouement peuvent aussi être des signes de pathologie dentaires du cheval, comme la modification ou le trouble du comportement.

DISCUTEE


Un dentiste qui introduit une râpe dans la bouche d'un cheval/Photo François Dall'osteria

Durant longtemps, il s’est dit que les dents du cheval devaient être examinées par un vétérinaire au moins une fois par an. Les raisons invoquées étaient que des tables dentaires bien entretenues lui permettaient de bien s’alimenter, ce qui lui évitait accidents digestifs et autres douleurs buccales. Cette prévention était de plus motivée par le caractère hypsodonte du cheval. En effet, ses dents poussent en permanence, et c’est normalement en mastiquant qu’il en réduit la taille. Ce qui n’est pas le cas de l'homme, qui est un brachyodonte. Traduisez : que ses dents ne poussent plus une fois adultes.

Il semble que cette nécessité de soins annuels soit aujourd’hui discutée par le monde de la dentisterie équine. « Sur des chevaux que je suis régulièrement, au bout de quelques années, je préconise souvent de ne les voir que tous les deux ans », conseille le Dr Chuit. Néanmoins, les spécialistes comme lui s’accordent à dire qu’il y a des étapes de la vie du cheval qui obligent à un suivi. Entre autres avant six mois et au moment du débourrage : « C’est très important à ces périodes-là, insiste le praticien. En cas de malformation, plus on intervient tôt, plus on a de chance de redresser des dents ou des mandibules (maxillaires [mâchoires] inférieurs) avant que leur croissance ne soit achevée. Et, au moment des premiers instants de travail du cheval, il est essentiel qu’il soit à son aise et qu’il n’ait pas de dents qui le gênent. » Ensuite, lorsque le cheval est à la retraite, il est bien qu’il se fasse aussi contrôler régulièrement les dents. « Ne serait-ce que pour voir s’il en a encore suffisamment pour mâcher correctement. Et pour vérifier qu’il n’en a pas qui bouge dangereusement », explique le Dr Chuit.

Il convient de préciser que les soins dentaires, s’ils sont pratiqués par un vétérinaire, ne sont pas douloureux pour le cheval. Car le vétérinaire peut procéder à une tranquillisation et, si besoin, à des anesthésies locales et générales, ce que ne peut légalement pas faire un intervenant non officiel. Aussi, les soins et le matériel ont-ils évolué. « Nous avons recours à la radiographie bien sûr, commente le spécialiste. Mais nous pouvons également maintenant poser des pivots sur des dents cassées, faire des pansements sur des caries, traiter des racines, etc. » Le dentier, ce n’est pas pour demain. Et les prétendus soins locaux que pourraient faire tout à chacun, c’est « du foin ». Laver les dents des chevaux avec des solutions soit disant miracles ne sert à rien. Pas plus que de leur faire avaler des compléments pour qu’ils aient de belles dents.

Les contours juridiques de la dentisterie

Jean-Yves Gauchot/photo DR



Comme d’autres actes vétérinaires, le cadre légal de la dentisterie fait l’objet de controverses. Faisons le point avec Jean-Yves Gauchot, responsable de la commission dentisterie et président de l’AVEF (association vétérinaire équine française).

VETOCHEVAL. - Quel est le terme exact : dentiste équin, vétérinaire spécialisé en dentisterie équine, etc. ?

JEAN-YVES GAUCHOT. - L’appellation de dentiste équin n’existe pas. Cette nomination est une usurpation de titre.

VTCHL. - Y a-t-il un statut officiel de dentiste équin ?

JYG. - Non. A ce jour, il n’y a pas en France de reconnaissance légale de cette pseudo profession. Même si certains d’entre eux se regroupent en association. La jurisprudence est claire à ce propos. Accomplir des actes de dentisterie sur les animaux sans être diplômé et inscrit (à l’Ordre des vétérinaires) relève de l’exercice illégal de la médecine et de la chirurgie vétérinaire.

VTCHL. - Y a-t-il une spécialisation ou un cursus officiel pour faire de la dentisterie ?

JYG. - Pas spécifiquement : la formation à la dentisterie est incluse dans les sept années d’études du praticien vétérinaire. Ensuite, il peut accéder, par le biais de la formation continue, à des stages pour parfaire ses connaissances.

VTCHL. - Y a-t-il des soins de dentisterie qui sont accessibles à des personnes qui ne sont pas vétérinaires ?

JYG. - Pas pour l’instant. Il est toutefois possible que la législation évolue, et que certains actes - limités à du simple nivellement – puissent être, sous l’autorité du vétérinaire, réalisés par des techniciens ou les détenteurs d’équidés eux-mêmes.

VTCHL. - En dentisterie, où commence l’acte médical ?

JYG. - Pareil que dans n’importe quel autre pan de la médecine ou de la chirurgie des animaux. Ces derniers sont parfaitement définis par L’article L243-1 de l’ordonnance n°2011-78 du 20 janvier 2011.

VTCHL. - Quel risque y a-t-il à pratiquer la dentisterie sans être vétérinaire ?

JYG. - C’est de l’exercice illégal de la médecine ou de la chirurgie des animaux. C’est passible de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende (art L243-4 de l’ordonnance du 20/012011).

VTCHL. - Y a-t-il un risque à faire appel à un dentiste équin plutôt qu’à un vétérinaire pour soigner les dents de son cheval ?

JYG. - Oui. Ce peut être celui d’être abusé par un individu qui s’attribue un savoir-faire non validé par un organisme officiel de formation. Cela peut s’apparenter à de l’escroquerie, notamment si le cheval n’a pas besoin qu’on lui nivelle les dents. Ce peut aussi être le risque de se voir refuser toute indemnisation en cas de dommage causé à l’animal, voire aux tiers si le détenteur ne peut prouver qu’il a été abusé, car le mal dénommé « dentiste équin » n’est pas assuré. S’il ne peut témoigner de sa bonne fois, un même détenteur peut en plus être accusé de complicité s’il fait appel à quelqu’un d’autre qu’un vétérinaire pour soigner les dents de son cheval.


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Ecrit par: Rédaction, Le: 02/03/11