
Il est possible d'infiltrer aussi bien les membres que le dos des chevaux/Photo service vétérinaire IFCE
C'est une thérapeutique qui a toujours la cotte. L'infiltration demeure un traitement majeur. Ce sont surtout les chevaux de courses, donc, les trotteurs et les galopeurs, à cause de leur courte carrière, qui sont soignés par infiltration. Mais les chevaux de sport, eux aussi, sont fréquemment traités par infiltration, alors que ceux de loisirs le sont qu'exceptionnellement. Si, jadis, les vétérinaires ne se contentaient que d’infiltrer les tendons, les boulets et les jarrets, les avancées technologiques leur permettent à présent d’infiltrer le dos et le bassin des chevaux. Mais qu’est-ce que l’infiltration ? A quoi sert-elle ? Pourquoi et comment se pratique-t-elle ? Explications avec le Dr Xavier Goupil, vétérinaire à l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation). Propos recueillis par Sébastien Chauveau
VETOCHEVAL. – Quel est le principe de l’infiltration ?
XAVIER GOUPIL. – C’est d’injecter une substance active au cœur de la lésion. En fait, lorsque l'on parle d'infiltration, cela signifie que l'on s' « adresse » à une articulation. En pratique, que l'on injecte dans la partie synoviale de la dite articulation, ou en périphérie de celle-ci, comme dans les dorsalgies par exemple.
VTCHL. – Qu'est-ce qui différencie l'infiltration de la mésothérapie ?
X. G. – Certes, ce sont toutes les deux des thérapeutiques locorégionales, mais elles sont bien différentes l’une de l’autre. Dans le cas de la mésothérapie, nous agissons dans le derme de la peau, en stimulant des terminaisons nerveuses qui, par des voies réflexes, agissent sur l’articulation proche. La mésothérapie a donc, en quelque sorte, une action indirecte. Alors que l’infiltration a, par le dépôt d’une substance au sein de l’articulation ou en proche périphérie, une action directe sur la lésion.
VTCHL. – Quels sont les sites d’infiltration ?
X. G. – Essentiellement les surfaces articulaires : c’est-à-dire que nous déposons la substance dans la synoviale (poche de synovie) de deux cartilages qui se répondent. Il en est ainsi quand nous infiltrons un boulet, un jarret, un grasset ou encore un genou. C’est un peu différent quand nous traitons un bassin ou des vertèbres cervicales. Ici, nous injectons la substance en périphérie des articulations.
"DE LA MOBILITE A L'ARTICULATION LESE"

Ce sont essentiellement les pathologies locomotrices que l'on traite par infiltration/Photo service vétérinaire IFCE
VETOCHEVAL. - Quelles sont les pathologies qui font appel à un traitement par infiltration ?
X. G. - Exclusivement celles qui sont locomotrices, en clair, celles qui atteignent les articulations interphalangiennes, les genoux, les jarets, les grassets ou l'axe rachidien. Le but étant de redonner, par un effet antalgique ou analgésique (de suppression ou de maîtrise de la douleur), de la mobilité à l'articulation lésée.
VETOCHEVAL. – Dans quel cas a-t-on recours à l’infiltration ?
X. G. – Pour moi, ça n’est qu’un complément de traitement (médical, orthopédique, physiothérapique, ostéopathique, etc.). L’infiltration n’est de toute façon pas un traitement de première intention. Le plus difficile est de le mettre en place suffisamment tôt, pour qu'il puisse être le plus efficace possible. Il ne faut pas perdre de vue, que, dans un traitement par infiltration, il y a toujours des avantages et des inconvénients qu’il faut peser. L’un des principaux avantages est de pouvoir calmer une inflammation ou supprimer une douleur. Mais cela engendre un retour à la mobilité d’une articulation qui peut être en cours d’évolution arthropatique, ce qui peut conduire à une dégénérescence. C’est la raison pour laquelle, il faut toujours accompagner une infiltration de consignes de travail. La reprise doit être progressive, et précédée d’un contrôle clinique. Le temps de convalescence doit aussi avoir été suffisant.
Vrais faux VETOCHEVAL. - On ne peut pas travailler un cheval qui vient d’être infiltré. X. G. – C’est vrai. Il est impératif d’observer un temps de repos après une infiltration. Je fais appliquer une règle de trois fois trois : trois jours de pas en main, trois jours en petite longe, et trois jours en petit travail. Avant le réel retour à l'entraînement, je prescris en plus un examen clinique de contrôle. VETOCHEVAL. - Une articulation qui a été infiltrée reste fragile à vie. X. G. – C’est vrai. Bien, qu'avec l'infiltration, on ait redonné à une articulation lésée de la mobilité, du confort, de la qualité de synovie, voire en partie traité les lésions cartilagineuses, il n'empêche, une articulation qui a été infiltrée doit être constamment préservée. VETOCHEVAL. – Il est impossible d’infiltrer plusieur fois la même articulation. X. G. - C'est faux. On peut infiltrer plusieurs fois la même articulation. Cependant, je pense que les infiltrations sont comptées dans la carrière d’un cheval. Pour ma part, je n’infiltre jamais plus de deux fois par an une même articulation. |
VETOCHEVAL. – Quelles sont les pathologies dans lesquelles l’infiltration montre son efficacité, et celles dans lesquelles elle est moins probante ?
X. G. – Je la trouve utile dans certains types d’arthropathies, dans celles qui sont débutantes notamment. Je pense qu’elle est également intéressante sur les synovites, là où il y a inflammation ou surpression articulaire. En revanche, à mon sens, l’infiltration a peu d’intérêt sur les phénomènes dégénératifs. Surtout lorsqu’ils sont anciens et très évolués.
VETOCHEVAL. – Quelles sont les substances qui sont injectées en infiltration ?
X. G. - Principalement des chondroprotecteurs, dont le but est d'agir sur le cartilage et la membrane synoviale. Nous administrons aussi des anti-inflammatoires, dont le rôle est de calmer, voire de supprimer l'inflammation.
"PLUS DIFFICILES D'ACCES"

Il existe deux types d'infiltrations/Photo service vétérinaire IFCE
VETOCHEVAL. – Quels sont les types d’infiltration ?
X. G. – Il y a les infiltrations que l’’on peut qualifier de « courantes ». Ce sont celles qui se pratiquent sur les articulations basses : Autrement dit les pâturons, les boulets, les genoux... Ces infiltrations se font entre les surfaces articulaires. Puis il y a les autres, les infiltrations que l’on dit « échoguidées ». Ici, la substance n'est plus déposée entre les cartilages, mais dans les bourses synoviales distendues. L'infiltration par échoguidage est employée là où les sites d'infiltration sont difficiles d'accès, comme dans le traitement des dorsalgies par exemple. En fait, l'échoguidage permet de repérer ce que l'on ne peut palper, en l'occurrence les distensions synoviales entre les vertèbres lombaires ou cervicales.
VETOCHEVAL. – Y a-t-il des risques ou des contre-indications à l’infiltration ?
X. G. – Le seul vrai danger est la contamination. Dans la mesure où l'infiltration engendre une micro-brèche dans l'articulation, elle peut être la voie d'entrée à un germe. C'est pourquoi, l'exécution d'une infiltration nécessite une parfaite asepsie du site d'injection et le respect d'un protocole rigoureux. Il y a un autre risque inhérent à l’infiltration, c’est l’allergie. Il est toutefois anecdotique.
L’infiltration est toujours un moyen de soin qui est le fruit d’une réflexion, après un examen clinique et orthopédique. C’est une approche thérapeutique qui amène systématiquement le praticien et l’entourage du cheval à évaluer le pour et le contre d’une telle intervention. C’est la raison pour laquelle, l’infiltration peut parfois être proposée, mais parfois pas. Ca n’est jamais un traitement anodin.
Une infiltration, qui n’est pas associée à une gestion globale du cheval, entre autres à une qualité de sol, de ferrure et d’équitation, n’a aucune raison d’être. Un tel traitement peut sans doute permettre de grimper une marche, mais il ne fait pas monter l’escalier. C'est un maillon de la chaîne de soin, mais pas une fin en soi. Un cheval ne rentre jamais boiteux et ne ressort jamais totalement guéri d'une infiltration. Ca n’est pas un remède miracle, et encore moins un passeport pour faire tout et n’importe quoi. Un cheval qui est mal ferré, qui travaille sur des sols pas adaptés et qui saute toutes les quarante-huit heures pourra être infiltré, il n’aura aucune chance d’être soigné. Son état pourra même s'aggraver.
L’avis d’Hervé Baldassari Hervé Baldassari est préparateur physique pour les chevaux. Selon lui, quelques précautions permettraient d'éviter les infiltrations. « Souvent, l'échauffement et le retour au calme, après le travail, sont des moments tronqués par les cavaliers, constate-t-il. Les charges d’entraînement sont, aussi, régulièrement mal appréciées et équilibrées. Beaucoup de cavaliers ne se rendent pas compte du temps qu’ils passent en selle, ou à quel point leur planning n’est pas logique. D’une manière générale, les cavaliers travaillent trop leurs chevaux, et les reposent peu. » Ce que dénonce également le préparateur physique, c’est le manque de "variabilité dans les exercices demandés". « Nous voyons des chevaux qui font la même chose tout le temps, déplore-t-il. Cela engendre des fatigues, puis, à terme, des pathologies qui peuvent nécessiter des traitements par infiltration. » Hervé Baldassari estime également que "si les sols étaient de meilleure qualité, il y aurait moins de chevaux qui auraient besoin d'être infiltrés". « Les pistes sont globalement trop dures, dit le spécialiste. La réflexion n’est pas assez portée sur le travail à effectuer. L’entretien des terrains se fait encore trop par habitude. » Enfin, Hervé Baldassari « accuse » les ferrures d’être "un peu à l’origine des infiltrations". « Nous mettons trop les chevaux dans « du coton », pense-t-il. En les plaquant à outrance, nous « éteignons les capteurs ». » Comprenez : nous altérons la qualité proprioceptive des chevaux. Selon le préparateur physique, il faudrait par ailleurs « plus veiller à l'alimentation, entre autres à moins vitaminer les chevaux », et "davantage recourir aux soins alternatifs (ostéopathie, hydrothérapie, électrothérapie, etc.)". Ainsi, nous diminuerions le nombre de traitements par infiltration qui, pour Hervé Baldassari, "ne sont pas toujours utiles". |
Ecrit par: Rédaction, Le: 16/11/11






















00049439