
Photo Marysa Merlo
Vive l’été, avec ses journées ensoleillées. Derrière vous les longs poils, le froid, la pluie et la boue... en cette période estivale, tous les ingrédients sont là pour que vous vous lanciez dans de belles sorties à cheval. Voici les conduites à tenir pour déjouer les pièges du plus beau des astres. Par Sébastien Chauveau
Il fait beau. Il fait chaud. Vous avez envie de monter à cheval. Quoi de plus normal. Pourtant, il faut que vous le sachiez, la chaleur est l’ennemie de cet animal. C’est encore plus vrai s’il est gras.
Les chevaux sont souvent victimes des excès du beau temps .Pourtant, régulièrement, ce mal est-il passé sous silence. A tort, car la chaleur peut être fatale aux chevaux. Et, bien qu’elle n’entraîne généralement pas de séquelles, celles qu’elle laisse sont éternelles.
Contrairement à d’autres bêtes, comme le chat par exemple, le cheval supporte mal les hautes températures. C’est même, carrément, un animal qui est plus à l’aise par temps froid. Cela veut-il dire qu’il ne faut pas chevaucher en été ? Pas forcément, mais il est vrai qu’il faut avoir conscience que la morphologie des équidés est ainsi faite qu’elle présente un déséquilibre entre la surface cutanée et le reste de la masse corporelle, et que c’est justement ce mauvais rapport physiologique qui doit inciter à la prudence.
DES MUSCLES CONSEQUENTS

CSIO de La Baule : 2000/Photo Marysa Merlo
Pour être précis, les muscles du cheval sont conséquents. Ils sont, en plus, enfouis profondément sous la peau. Du coup, les calories qui sont dégagées (sous forme de chaleur) par leur activité sont mal évacuées. Il faut bien comprendre que le cheval est l’un des seuls animaux de cette taille à être aussi rapide, donc à avoir un tel rendement musculaire. C’est ce qui le conduit à être vite en hyperthermie. « En fait, confie Olivier Le Page, vétérinaire fédéral, la climatologie idéale pour un cheval est lorsqu’elle est fraîche et sèche, en dessous de 15°. » A l’inverse, le temps lourd et orageux lui est néfaste.
Cela dit, il n’y a pas que le beau temps qui est contraignant pour le cheval. Il peut être victime d’autres excès de chaleur. Ce peut être le cas de ceux d’un box, d’un camion ou d’un van. « Je trouve que, dans les transports, la climatisation est intéressante, dit le Dr Le Page. Elle permet de tempérer les lieux. En revanche, je préfère, pour ce qui est des boxes, qu’ils soient bien isolés car l’air conditionné véhicule tout un tas de germes. » Le cheval peut, aussi, monter en température après un travail intense. Toutes ces situations de « surchauffe » sont d’autant plus remarquables que le climat est estival.
DES SIGNES CARACTERISTIQUES

Un cheval en sueur/Photo Nicolas Chauveau
Mais, à partir de quel moment faut-il considérer que le cheval est réellement gêné par la chaleur ? Dès l’instant qu’il manifeste un certain mal-être. En fait, les signes du vrai coup de chaleur, qui est également appelé hyperthermie, sont caractéristiques. Le cheval tremble ou, selon la gravité, titube, respire de manière superficielle, ses pupilles se dilatent, sa peau devient d’un seul coup sèche après que sa sudation a été abondante. « Auparavant, il peut y avoir eu des attitudes anodines, dit le vétérinaire du CCE français. Le cheval a pu contracter des petites coliques. » Lors d’un véritable coup de chaleur, les constantes vitales du cheval sont aussi atteintes. Autrement dit, les rythmes cardiaques et respiratoires, mais surtout la température corporelle, sont anormalement élevés, ce qui induit des muqueuses congestionnées. Enfin, dans les cas graves d’hyperthermie, le cheval peut présenter une épilepsie.
Vous l’aurez compris, mieux vaut ne pas vous laisser emballer par le bonheur de la chaleur. Certes, vous pouvez monter à cheval par beau temps. Mais vous devez être vigilant (voir encadré). Vous devez, entre autres, accorder une période d’adaptation à votre compagnon. « Il faut entre quinze jours et trois semaines pour qu’un cheval s’acclimate partiellement aux hautes températures, prévient le Dr Le Page. Notamment pour que les glandes sudoripares fonctionnent correctement, c'est-à-dire qu’elles sécrètent suffisamment de sueur pour refroidir l’animal. » C’est, d’ailleurs, lorsque la transpiration est immédiate et suffisante que l'on considère que le cheval est à peu près habitué à la chaleur.
Précautions Pour faire face aux fortes températures, quelques règles s’imposent.
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Sous le beau temps, votre attention doit également se porter sur les attitudes de votre monture. « Beaucoup de cavaliers, même confirmés, pensent que l’essoufflement de leur cheval est ici dû à l’effort. Or, régulièrement, c’est l’hyperthermi qui s’annonce, car il y a toujours une corrélation entre la température centrale et le rythme respiratoire », dit Olivier Le Page. C’est la raison pour laquelle, si vous chevauchez par forte chaleur, munissez-vous d’un thermomètre et veillez à ce que la température rectale de votre animal ne dépasse pas les 39,5°. Sachez qu’au-delà de 41°, il est en danger. Quant aux mouvements respiratoires, ils ne doivent jamais être, après quelques minutes d’arrêt, supérieurs aux battements cardiaques (soit en inverse).
« UN PEU DE BON SENS »

Photo Marysa Merlo
Pour le docteur du complet, « monter quand il fait chaud requiert un peu de bon sens ». Comme vous le faite pour vous, « vous devez, quand la température est élevée, asperger régulièrement votre cheval », rappelle-t-il. Cela veut dire que vous devez mettre pied-à-terre plusieurs fois par séance pour lui arroser les épaules et l’encolure, même si vous êtes en carrière.
Quand il fait chaud, vous devez laisser la peau de votre cheval respirer, c’est-à-dire que vous ne devez pas la lui recouvrir de longs tapis ou de couvertures diverses et variées. « Les chevaux doivent avoir le maximum de leur surface corporel en contact avec l’air, signale Olivier Le Page. Même les couvertures filet, aussi fines soient-elles, ne servent à rien. Elles protègent peut-être des insectes, mais sûrement pas de la chaleur. »
Lorsque la température grimpe, vous ne devez pas trop nourrir votre compagnon. On l’a dit, le gras, comme la chaleur, est un autre adversaire du cheval. En été, vous ne devez donc pas le « gaver », même s’il travaille. « Les céréales sont une voie lactique, plus encore si elles sont distribuées de façon floconnée, cela veut dire que leur digestion produit de la chaleur dans le corps du cheval. Or, c’est précisément ce que l’on cherche à diminuer en plein été. Il est préférable, alors, d’incorporer des matières grasses dans les rations plutôt que d’en élever les quantités », affirme celui qui suit continuellement des chevaux de sport.
Par temps chaud, l’ajout de suppléments peut avoir quelques fois son utilité. C’est le cas lorsque les chevaux sont déshydratés. « En l’espèce, le sel, comme les solutions électrolytiques, si elles sont bien utilisées, peuvent être efficace pour encourager les chevaux à boire », avoue Olivier Le Page. Précisons que les barbotages (de son entre autres) et les mashs sont, pour leur part, très rafraîchissants pour le tube digestif du cheval.
Des soins top niveau Le Clos du Colombier est un ancien verger qui a été transformé en une écurie de propriétaires (haut de gamme) de chevaux à la retraite, de poulains et de mères en gestation. L’établissement est installé sur une centaine d’hectares, et il est dirigé par un vétérinaire, le docteur Eric Maerten. Il est situé non loin de Lunel, dans l’Hérault. Inutile de dire que, l’été, il y fait très chaud. Il ne faut pas chercher les pierres à sel dans cette maison. Il n’y en a pas. « Ca, c’est pour les vaches ! », fustige M. Maerten. Les chevaux du Clos du Colombier sont complémentés avec des oligo-éléments chélatés qui sont élaborés à partir de formulations maison. « Ceux-ci sont parfaitement assimilables, et pas uniquement éliminés par les urines, comme c’est le cas des oligo-éléments qui sont dans les pierres à sel », argue le vétérinaire. Pour les chevaux qui en ont besoin, comme ceux de sport par exemple, il profite de rappeler que, « l’été, il faut utiliser des électrolytes en pâte orale environ deux heures avant le travail. Car il est primordial que, par forte chaleur, les chevaux démarrent avec le maximum de minéraux dans l’organisme. » Au Clos du Colombier, les chevaux vivent à 90 % du temps dehors. Dans les paddocks, des asperseurs brumise le sol - par secteur - en permanence. « Les animaux se rafraîchissent dessous, aussi, ce qui nous évite de les doucher », concède le Dr Maerten. Le frais est également apporté par du raygras et de la fétuque bien vertes ainsi que par des hautes haies de peupliers et d’arbres fruitiers. |
COMBATTRE L'HYPERTHERMIE

Photo Marysa Merlo
Une fois le seuil d’alerte dépassé, comprenez que la température du cheval a grimpé au-delà de 39,5°, il faut savoir remédier. Selon le docteur Olivier Le Page, les choses sont claires : « L’abaissement de la chaleur corporelle d’un animal qui connaît un épisode d’hyperthermie passe essentiellement par un rafraîchissement agressif ». Cela veut dire qu’il faut l’arroser de la tête au pied avec une eau très froide, à 0° si possible. Eau qu’il faut en même temps évacuer jusqu’à obtenir une descente significative des degrés. Si le coup de chaleur est consécutive à un travail intense, il faut en plus marcher l’animal pour l’aider à récupérer et à éliminer l’acide lactique de ses muscles. « Autrement, c’est-à-dire s’il fait suite à une simple exposition prolongée au soleil par exemple, bouger le cheval ne sert à rien », insiste le Dr Le Page.
Ensuite, uniquement si l’état de l’animal ne s’améliore pas, il faut envisager le traitement thérapeutique. « Il est principalement basé sur l’administration d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, indique le vétérinaire des équipes de France. Il peut parfois être complété de corticoïdes, exclusivement si les fonctions cérébrales du cheval sont menacées. » Ajoutons qu’il n’est pas rare qu’un cheval qui est en hyperthermie soit réhydraté par des solutés en perfusion.
Une chose est sûre, selon le Dr Le Page, « face à un coup de chaleur, il faut être rapide et efficace ». Il ne faut pas attendre que cela se passe sans rien faire. « Lors de diverses études, menées à l’occasion des jeux olympiques d’Atlanta (USA) notamment, nous avions constaté que si nous nous contentions que de marcher les chevaux après l’effort, leur température corporelle continuait d’augmenter inexorablement. C’est la raison pour laquelle le rafraîchissement d’un cheval qui est en hyperthermie est le premier geste à faire », est formel Olivier Le Page.
Tranche de vie A Nice Equitation, on prend toutes ses dispositions pour faire face aux hausses du thermomètre. Dans ce club hippique de la préfecture des Alpes-Maritimes, uniquement voué à l’enseignement et à la préparation à la compétition, même si les installations datent, tout est fait pour que chevaux et cavaliers se sentent à l’aise avec le soleil. « Nous avons deux forages, ce qui nous permet d’avoir de l’eau à profusion », est ravi Christophe Bloch, le responsable de l’établissement. Heureusement, car, avec les quatre carrières dont dispose la maison, sur lesquelles déambulent chaque semaine mille élèves, il faut constamment faire tomber la poussière. « L’opération « arrosage » a lieu au moins quatre fois par jour, raconte Christophe. Et c’est parfois pas suffisant, au point que nous sommes obligés de mouiller les sols durant les cours. » Pour le reste, bien que l’on avoue, à Nice Equitation, que les chevaux s’accommodent assez bien de la chaleur, qu’ils ne se blessent pas et qu’ils ne sont pas davantage malades l’été que l’hiver, diverses mesures sont tout de même prises pour leur rendre la vie moins lourde entre mai et septembre. Ceux qui transpirent sont douchés plusieurs fois dans la journée. Il y a des abreuvoirs et des pierres à sel qui sont disponibles dehors comme dedans. « L’instruction est suspendue entre 11 et 17 heures. Les locaux (sellerie et club-house) sont ventilés en permanence. Les murs et les toits des boxes sont recouverts de vigne vierge, et ils donnent sur des auvents en bois qui sont équipés de films en plastique pour arrêter le soleil. Enfin, des abris, ainsi que des platanes et des peupliers ont été plantés dans les paddocks pour que les bêtes puissent se mettre à l’ombre », énumère Christophe Bloch. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 02/07/07























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