
Un act de cryothérapie/Photo Olen
Trop longtemps, l’habitude a consisté à laisser les chevaux se soigner seuls au pré lorsqu’ils étaient blessés. Dorénavant, les vétérinaires comme les maréchaux-ferrants conseillent la réhabilitation active. Ferrure, travail, bains, massages... les techniques ne manquent pas. Explications. Par S. C.
Les vétérinaires comme les maréchaux-ferrants sont maintenant d’accords. Lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, les chevaux guérissent mal. Certains se « ruinent » à marcher dans leur paddock ou dans leur pré, ce qui aggrave leurs blessures. D’autres, au contraire, adoptent des attitudes antalgiques, c’est-à-dire qu’ils n’utilisent plus leurs structures lésées (os, tendon, articulation...) pour marcher mais le reste de leur corps.
« Cette compensation provoque des ankyloses », signale Olivier Geffroy, vétérinaire. C’est la raison pour laquelle un cheval qui n’a pas utilisé une articulation lésée depuis quelque temps ne boite plus. Or, il suffit généralement que le travail redevienne conséquent pour que la douleur réapparaisse. C’est cela, les limites du repos inactif.
A TOUS LES CHEVAUX

Brice Luda au Lion d'Angers en 2005/Photo DR
Ce sont les pathologies locomotrices et cardio-respiratoires qui font essentiellement l’objet de programmes de réhabilitation active. Cette technique de soin n’est en fait basée que sur la réalisation d’exercices physiques, d’étirements, de massages et de bains. Ils ont pour intérêt le retour à la mobilisation du tissu abîmé. C’est à l’opposée des techniques classiques de soins, médicale et la chirurgicale entre autres, qui, elles, se font sans bouger la partie lésée.
La réhabilitation active s’applique à tous les chevaux. Il suffit que les pathologies nécessitent un arrêt de quelques jours à plusieurs mois, et que les blessures entraînent une perte de capacité physique (de souffle) ou d’adaptation au travail (de qualité de geste). C’est le cas des affections ostéoarticulaires et ostéotendineuses, de dorsalgies ou cardio-respiratoires, qui imposent parfois des arrêts prolongés. « En fait, on peut tout réhabiliter de façon active, affirme le Dr Geffroy. La durée de convalescence dépend, d’une part, de la nature de la lésion. En clair, si elle est grave ou pas. Et, d’autre part, elle est fonction de sa cicatrisation. Autrement dit, de sa vascularisation à l’endroit de la zone qui a été touchée. » C'est la raison pour laquelle une tendinite met plus de temps à cicatriser qu’une lombalgie, le sang circulant beaucoup moins dans un tendon que dans les muscles du dos.
PERTE DE SENSIBILITE

Photo Marysa Merlo
L’un des principaux intérêts de la réhabilitation active se trouve dans la récupération de la proprioception. Il s’agit, pour l’organe lésé, ou de la maintenir, ou de la retrouver. En effet, le cheval refuse facilement d’utiliser une articulation qui a été blessée. Ce qui cause, à celle-ci, une sorte d’anesthésie, et qui lui induit, à terme, une perte de sensibilité. C’est contre cette perte de sensibilité, dite propre, d'où le terme de proprioception, que les spécialistes de la réhabilitation s’activent.
L’autre grande force de la convalescence dynamique est de pouvoir redonner au cheval des membres, un dos ou des poumons presque identiques à ceux d’origine. Presque, car il y a des affections, comme les tendinopathies par exemple, qui gardent des taux de récidive plus ou moins importants (de l’ordre de 30 % environ).
Ainsi, par la réhabilitation active, les spécialistes cherchent-ils à redonner aux structures blessées de la force et de la résistance. « En principe, lorsqu’il est dans la nature, le cheval est un animal qui cicatrise vite et grossièrement, explique Olivier Geffroy. Le but n’étant, ici, pour lui, que de fuir à nouveau le plus vite possible le prédateur. » Ce qui n’a rien à voir avec la vie du cheval domestique, qui doit sauter le plus haut ou courir le plus vite possible.
« UNE REHABILITATION AUTOMATIQUE »

Un fer compensé/Photo Eurofers
Il y a plusieurs moyens de réhabiliter activement un cheval. Mais la ferrure demeure la base du travail ! « C’est essentiel, affirme Michel Péchayre, aussi vétérinaire. Je pense que la ferrure est même plus importante que tout le reste des soins annexes aux traitements médicaux ou chirurgicaux, surtout lorsqu’il est question de remédier à des pathologies orthopédiques. Elle permet une réhabilitation automatique à chaque fois que le cheval met son poids sur le système (comprenez : sur l’ensemble lésé). » Mais, attention, chaque pathologie a sa ferrure. Rien que pour les tendinites, elle varie selon que la lésion intéresse le perforant ou le perforé, et qu’elle est en début ou en fin de cicatrisation. C’est, dans ce contexte, celui de la rééducation dynamique, « qu’une collaboration étroite entre le maréchal-ferrant et le vétérinaire me semble nécessaire », indique Michel Péchayre.
« Pour les tendinites, il y a trois types de ferrures : de soulagement, de transition et de rééducation », explique Ludovic Mathieu, maréchal-ferrant orthopédiste. En fait, quelle que soit la tendinopathie, la ferrure de transition est toujours la même. Elle est normale. Elle est comme celle qui est posée habituellement sur n’importe quel cheval. Ce sont, précisément, la ferrure de soulagement et de rééducation qui sont différentes d’une tendinite à l’autre.
« Dans le premier cas, c’est-à-dire pour celui de la ferrure de soulagement, lors d’une tendinite du perforant, elle est compensée en talons et peu couverte en pinces, car son but est de limiter la tension du tendon pour le reposer », dit le maréchal-ferrant. Les fers sont donc, ici, hauts derrière et étroits devant. « Quant au second cas, celui de la ferrure de rééducation, elle est très couverte en pinces et étroite et amincie en talons, car son rôle est de redonner de l'élasticité au tendon lésé en l'étirant. » C’est l’inverse qui est préconisé pour une tendinite du perforé. « Les ferrures de soulagement ont, là, les pinces couvertes et les talons amincis et étroits. Et celles de rééducation sont pourvues de talons compensés et de pinces peu couvertes », indique l’orthopédiste.

Pour le reste des pathologies locomotrices, Ludovic est plus simpliste. « Pour les syndromes podotrochléaires, autrement dit de maladies naviculaire, nous employons des egg bar shoes (fers en œufs). Ces fers limitent l’enfoncement des talons dans le sol, ce qui réduit les leviers du pied et abaisse ses contraintes. Pour les entorses, nous utilisons des fers asymétriques. Ils sont plus couverts d'un côté que de l'autre, donc, ils relâchent les ligaments. Enfin, pour les lombalgies, nous adoptons des talonnettes et des fers légers (aux postérieurs). Ils soulagent les jarrets car ils les remontent », commente-t-il.
SOUS CONTROLE MEDICAL

Photo Olen
Bien chaussé, le cheval blessé peut retravailler. Toutefois, il est indispensable que ceci se fasse sous contrôle médical, car la réhabilitation active obéit à des protocoles précis (voir encadré) qu’il faut rigoureusement respecter. Outre le travail, il y a aussi l’hydrothérapie. Cette technique de soins fait aussi partie de la réhabilitation active.
Vingt-deux semaines Vingt-deux semaines, c’est le temps de retour au travail d’un cheval qui a connu un épisode de tendinite du perforant ou du perforé. Cela veut dire, qu’après cette période de remise en forme progressive, il doit être capable de supporter, sans boiter, une heure d’effort à une allure soutenue (20 mn de pas, 6x5 mn de trot et 4x3 mn de galop). Pour ce type de tendinite, il est d’abord préconisé une période d’inactivité totale de quatre semaines. Cette phase de repos sert à stopper le processus inflammatoire. Une étape de redémarrage du travail est ensuite indiquée. Elle s’échelonne sur six semaines et consiste à ne faire que du pas à raison de 5 mn par jour la première semaine, jusqu'à 30 mn la dernière. Puis vient une durée de renforcement de l’activité. Elle se déroule sur quatre semaines et incorpore, avec le pas, du trot en fractionné par temps de quelques minutes seulement. C’est uniquement après douze semaines de rééducation dynamique que le galop peut être inséré (lui aussi par interval) aux séances de pas et de trot. Notons que le pas est indiqué parce qu’il détend et resymétrise le cheval. En résumé, il le remet en avant, mais également en équilibre latéral et longitudinal. Quant au trot, il est préconisé parce qu’il développe en douceur l'appareil musculaire et respiratoire. Et le galop, car il travaille plus intensément que le trot la mise en souffle et, aussi, lorsqu’il est pratiqué lentement et en équilibre, parce qu’il allège l’avant-main. C’est salutaire pour des tendons (d’antérieurs principalement) qui ont été lésés. |
Les bienfaits de l’eau sont connus depuis longtemps. Froide, voire glacée, l’eau a un effet antalgique, anti-inflammatoire et hémostatique intéressant. Plus exactement, s’il est apposé durant vingt minutes toutes les deux heures au cours de la crise inflammatoire, le froid anéantit la douleur et accélère le processus de cicatrisation. Certains affirment qu’il serait équivalent à un gramme de phénylbutazone (un anti-inflammatoire non stéroïdien bien connu) mis en aplication locale. Cela dit, il ne faut pas abuser du froid, plus exactement du très froid (de la glace). Car, au-delà de vingt minutes à son exposition, il peut détériorer les tissus.
Quant à l’eau chaude, ses pouvoirs sont circulatoires. Lorsqu’elle est utilisée à au moins quarante degrés, elle est vasodilatatrice, c’est-à-dire qu’elle provoque l’ouverture des vaisseaux. C’est le contraire du froid, qui les referme. On appelle cela la vasoconstriction. Avec le chaud, les tissus sont plus irrigués, donc mieux oxygénés. Mais le chaud et le froid s’utilisent aussi en alternance. Cela a pour effet d’additionner les effets positifs de chaque thérapie.
La réhabilitation active, c’est aussi l'ostéopathie. Son but est de mobiliser et de rétablir l’équilibre des structures lésée. Il y a également la kinésithérapie. Son principe d’action est basé sur les massages. Et il y a le stretching. Il s’agit d’exercices d’étirements. Toutes ces techniques de rééducation manuelle restent pour le moins relativement marginales en France.
L'avis du spécialiste L’hydrothérapie a le vent en poupe. Depuis plusieurs années, les plus grands chevaux s’en remettent aux vertus de l’eau, qu’elle soit froide ou chaude. Au centre Olen, dans la Loire, on va plus loin. On pratique l’art de l’hydromassage. En clair, ici, les chevaux ne se promènent pas au bord de la plage. Ils travaillent réellement à leur remise en forme en marchant en bassin ou sur tapis roulant (inclinable). « L’eau, seule, n’apporte pas grand-chose, selon Michel Brun, le responsable du centre. C’est lorsqu’elle est employée à des débits et à des vitesses suffisantes qu’elle est efficace. » C’est pourquoi, dans cet établissement unique en Europe, les chevaux se rééduquent activement dans une eau fraîche de moyenne montagne dont le débit peut atteindre les 2,5 m3/s et la vitesse - à contre-courant - les 70 km/h. Mais, au centre Olen, on pratique aussi les chocs thermiques. Là encore, Michel Brun n’est pas convaincu de l’intérêt du très froid en usage unique, autrement dit la cryothérapie hyperbare. « Personnellement, je l’associe toujours avec du chaud, et essentiellement dans le cadre de pathologies de dorsalgies », confie-t-il. « Car, pour procéder régulièrement à des contrôles de température de surface, j’ai constaté que l’effet du froid par l’eau sous pression rafraîchissait davantage le cœur des lésions (celles des tendons notamment) que le CO2 hyperbare. » Trois semaines et 2.000 € h.t., c’est la durée moyenne et le prix à payer pour une cure de rééducation active au centre Olen. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 06/06/07






















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