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Rss Cryothérapie hyperbare, reine des traitements par le froid


Il semble que les chevaux soient peu intrigués par le bruit des appareils de cryothérapie/Photo Cryonic Medical



La cryothérapie hyperbare se démocratise. Beaucoup de Grands chevaux sont dorénavant soignés par cette technique. Elle permet un recours moins systématique aux substances chimiques. La cryothérapie hyperbare est indolore et non invasive. Ses temps de traitements sont infiniment plus réduits qu’avec le froid « classique ». Un vrai coup de gel sur beaucoup de pathologies. Par Sébastien Chauveau

Elle fait un tabac. La cryothérapie hyperbare se démocratise. Jadis réservée au seul usage vétérinaire, la portabilité et la simplicité d’utilisation des matériels l’ont fait franchir les portes des écuries. Beaucoup de Grands chevaux sont dorénavant soignés par cette cryothérapie. Elle permet un recours moins systématique aux substances chimiques. « J’en suis un adepte, avoue Olivier Le Page, qui fut durant longtemps le vétérinaire des équipes de France de concours complet. Je la conseille, en prévention, pour éviter les petits pépins, et après les efforts importants, du genre travail de galop par exemple. »

En médecine équine, la prise en charge de la douleur doit encore être améliorée. C’est pourquoi, la cryothérapie (ou traitement par le froid), a beaucoup d’atouts à faire valoir. Elle est autant antalgique qu’anti-inflammatoire, hémostatique que vasoconstricteur. Autrement dit, elle est capable d’atténuer la douleur et l’inflammation, de cicatriser les tissus et de diminuer les oedèmes. « A condition de l’utiliser très précocement », pointe l’ex-vétérinaire fédéral. Toutes ces propriétés du froid sont connues depuis longtemps. Ce sont ses méthodes de production qui ont évolué au cours des dix dernières années. De l’eau fraîche, du sac ou de la poche de glace en passant par les guêtres et les sprays réfrigérants, nous sommes passés au dioxyde carbone médical (CO2) pulvérisé. C’est cela la cryothérapie hyperbare.

UNE TECHNIQUE DE PHYSIOTHERAPIE


Une cryothérapie hyperbare sur le dos/Photo Cryonic Medical

La cryothérapie est une technique de physiothérapie (comprenez : de traitement par agent physique comme l’eau, la chaleur, le froid, l’électtricité, etc.). Elle est très utilisée chez l’homme dans les sports de haut niveau, et devient assez courante dans le milieu des sports équestres. « Nous soignons principalement des chevaux en période d’entraînement intense avec cette technique », indique Richard Corde, vétérinaire. « 

S’agissant d’un traitement, il faut savoir que la cryothérapie est interdite sur les terrains de concours et les hippodromes
 », ajoute-t-il. De son côté, le Dr Le Page précise que « le traitement par le froid fait maintenant partie intégrante des soins des chevaux de compétition ». En concours complet entre autres, « beaucoup en bénéficient très régulièrement. Pas mal d’écuries sont équipées pour le pratiquer quotidiennement », déclare-t-il.

La cryothérapie est efficace. « Je la trouve aussi bénéfique que les autres antalgiques et anti-inflammatoires locaux, que j’utilise d’ailleurs également, constate le Dr Le Page. A court terme, je pense que le froid a plus d’intérêt que les topiques. Ce qui me semble moins évident à plus long terme. » Néanmoins, comme le signalent certains spécialistes dans leurs écrits, à l’instar du Dr Francis Desbrosse, mieux vaut parler de la cryothérapie en qualité « d’applications courantes et de perspectives thérapeutiques » plutôt que d’ « indications » médicales. En clair, il faut la considérer comme une aide au soin mais pas comme un traitement à part entière car ses utilisations sont variées mais elles restent à être validées. D’autant que les bienfaits de la cryothérapie ne se limitent qu’aux lésions cutanées et sous-cutanées, mais qu’elle a peu d’intérêt sur les structures articulaires, sauf à ce qu’elles soient très superficielles.

Ce n’est pas une découverte que le froid est voué de propriétés médicinales attirantes. Les bains, qu’ils soient pratiqués dans l’eau de mer ou dans les rivières, sont largement rapportés par la littérature médicale. Reste qu’il y a froid et froid : moins il est bas, plus il doit être appliqué longuement. Cela n’a rien à voir avec son efficacité. Les sacs et autres compresses de froid produisent leurs effets au bout de vingt minutes d’application, contre quelques dizaines de secondes pour la pulvérisation de dioxyde carbone médical, mais les résultats thérapeutiques sont dans les deux cas presque identiques, avec des conséquences : anesthésiques, analgésiques, antalgiques, anti-inflammatoires, vasomoteurs, myorelaxants et anti-oedémateuses.

Donc, le froid peut traiter les traumatismes musculaires, ligamentaires, tendineux et osseux. Il peut aussi être employé pour procéder à des anesthésies nerveuses partielles ou pour soigner des petites tumeurs. « On peut placer l’action du froid au même niveau qu’une médecine alternative. Il n’est ni plus ni moins actif qu’un massage, que de l’ostéopathie, que de l’acupuncture, etc. », dit le Dr Corde. Selon lui, son effet est « localement et ponctuellement incontestable », mais, pour certaines pathologies, il ne se passe pas des anti-inflammatoires généraux.

« EN PREMIERE INTENSION »


Une cryothérapie hyperbare sur un boulet/Photo Cryonic Medical

« J’utilise le froid en première intension uniquement, poursuit le praticien. Je m’en sers sur les traumatismes post-opératoires, notamment lorsque la chirurgie a été lourde, ainsi que sur les suros et les dorsalgies. Cela induit une réaction physiologique rapide. La cryothérapie m’est aussi utile pour prévenir les risques de fourbure sur les chevaux qui sont « limites », ou encore sur les tendinites en phase aiguë. »

La cryothérapie hyperbare génère un froid intense et puissant. Il est à moins soixante-dix-huit degrés et à deux bars de pression. Voilà pourquoi la cryothérapie hyperbare fait passer la zone à traiter de plus de trente à moins de cinq degrés en très peu de temps, entre trente secondes et une minute et demie, voire plus si la surface à soigner est grande, lors de dorsalgie par exemple. Cependant, une telle application dépasse rarement les trois minutes. « J’emploie prioritairement de la cryothérapie hyperbare. Mais, dans certains cas, je préfère le traitement par de la glace pendant vingt à trente minutes », confie le Dr Corde.

On la dit, la cryothérapie hyperbare est une pulvérisation de dioxyde carbone médical. Elle se fait sur la zone concernée (le muscle, le tendon, le suros...). S’en suit un choc thermique, c’est-à-dire une réponse de l’organisme face au froid, qui est transmise par les récepteurs de la peau au cerveau. Le Dr Desbrosse décrit cette réaction comme proche de celle d’« une hydrocution ». « La cryothérapie hyperbare est un bel outil complémentaire dans l’arsenal thérapeutique des soins ostéoarticulaires et tendineux, dit pour sa part le Dr Corde. Il s’agit juste de lui accorder ses limites. Elle est intéressante si la pathologie est aiguë et bénigne, ou parfois en décontracturant dans certaines affections chroniques. Elle n’a par contre pas ou peu d’action sur les pathologies permanentes, comme les arthropathies. Et son efficacité est fonction du degré de la lésion, plus c’est évolué, moins c’est actif. »

RISQUES MINIMES


Le dioxyde carbone médical est le gaz qui est utilisé dans les cœlioscopies en milieu hospitalier/Photo Cryonic Medical

Pratiquer la cryothérapie hyperbare ne s’improvise pas. Il faut y avoir été formé. Certes, les risques avec cette thérapeutique sont minimes. Ils peuvent essentiellement être cutanés, même s’il ne faut pas exclure les allergies au froid et les troubles de la sensibilité. Les dangers qui sont surtout les plus à craindre avec la cryothérapie hyperbare sont ceux qui sont inhérents à l’endormissement de la douleur. Le froid l’anéantit, au risque de l’aggraver. « De toute façon, la cryothérapie quelle qu’elle soit ne permet pas une surexploitation des chevaux, rassure le Dr Corde. Elle n’apporte que du confort. » Pour ce qui est du gaz utilisé dans le cadre de la cryothérapie hyperbare, le dioxyde carbone médical, il offre toutes les garanties : il est pur, à 99,99% ; il est sec, donc pas invasif et par là même très supportable contrairement à la glace ; et il est bactériostatique et fongistatique, ce qui autorise son emploi sur une plaie sans risque d’infection relative au traitement.

Comment ça marche !


Une cryothérapie hyperbare d'un membre postérieur/Photo Cryonic Medical



La cryothérapie hyperbare s’exécute par balayage. La distance d’application est d’au moins dix centimètres. Elle peut être augmentée en cas d’oedème important pour éviter la douleur due à la pression. Dans le cas d’une pathologie musculaire, le soin se fait dans le sens des fibres. Lorsqu’elle est circulatoire, il s’effectue en respectant le retour veineux. Après une cryothérapie hyperbare, il faut attendre quinze minutes avant de retravailler le cheval. C’est le temps nécessaire pour qu’elle induise ses premiers effets.


Ce sont généralement les vétérinaires qui prescrivent et réalisent les traitements de cryothérapie hyperbare. Les ostéopathes, comme les cavaliers et les soigneurs peuvent, eux aussi, les entreprendre. Il est toutefois préférable qu’ils les fassent sous contrôle médical.

Il existe différents matériels de cryothérapie hyperbare. Tous ne sont pas de qualité égale. Il y en a qui sont fixes, d’autres portables. Certains fonctionnent avec des bonbonnes, d’autres avec des cartouches, d’autres encore avec les deux à la fois. Mais, le plus important est que l’appareil de cryothérapie hyperbare soit muni d’un thermomètre de mesure de la température de la peau. Cela évite les brûlures.

Pour procéder à une cryothérapie hyperbare, il faut que la zone à traiter soit propre et saine. Ainsi, il faut que les poils soient ras et qu’il n’y ait pas de plaie. Comme tout traitement, au mieux la cryothérapie hyper bare est ciblée et au plus vite elle est mise en œuvre, meilleures seront ses chances de réussite. Il n’est pas rare de devoir malgré tout la renouveler plusieurs fois, soit dans la même journée, soit durant plusieurs jours d’affilée.

« Rester simple dans les soins »


Nicolas Touzaint/Photo Guillaume Grégoire



Il l’utilise, mais n’en fait pas un usage abusif. Nicolas Touzaint voit en la cryothérapie hyperbare un moyen de plus de mettre toutes les chances de son côté pour parvenir au sommet de son art. « Lorsqu’on a un cheval de très haut niveau, on essaie de lui faire plaisir en lui apportant le maximum de confort, commente-t-il. Maintenant, delà à dire que tout ce qu’on fait est absolument indispensable, je n’en suis pas sûr. »

C’est pourquoi, notre star mondiale du concours complet prend-il un peu de recul par rapport à tout ce qu’il appelle « les remèdes miracles ». « Pour ma part, je n’emploie la cryothérapie hyperbare que sur les coups et au terme des efforts violents, comme les cross notamment. C’est un problème de coût d’abord, et d’efficacité ensuite. Je mets aussitôt de la glace, puis je complète avec de la cryothérapie hyperbare le soir, sans voir de grande différence entre les deux méthodes d’application de froid », dévoile Nicolas. « Cela ne m’empêche pas de recourir aussi aux autres traitements locaux. Je les utilise après la cryothérapie », ajoute-t-il, lui qui pense qu’il faut « rester simple dans les soins » et qu’il ne faut pas forcément « sauter sur tout ce qui est présenté  ».
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 14/05/09