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Rss La tonte aux peignes fins


La tondeuse doit glisser à rebrousse poil, et pas piquer comme elle le fait ici/Photo Nicolas Chauveau



La tonte du cheval est empreinte de beaucoup de questions. Est-ce mieux pour lui d’être poilu ou tondu ? Est-ce douloureux de le tondre ? Est-ce risqué pour sa santé ? Doit-on insister s’il n’est pas décidé ? Démêlons le vrai du faux. Par Rédaction

Il faut couvrir plutôt que tondre. C’est vrai des fois, c’est faux d’autres. C’est une question récurrente. Faut-il couvrir ou tondre son cheval ? Tout dépend de son âge et de son activité. S’il est vieux ou qu’il vit au pré, il est mieux avec une couverture et « des poils d'hiver » sur le dos. C’est encore plus vrai s’il n’a pas d’abri. Par contre, si votre compagnon travaille régulièrement, de surcroît intensément, il est plus à son aise tondu. Cela oblige malgré tout à ce qu'il soit couvert, mais il transpire moins et sèche plus vite lorsqu'il est comme ceci, « rasé et habillé ».

« Il faut être claire, dit Nadège Miklas, docteur en éthologie, la tonte n’est utile que pour les cavaliers. » « C’est contraignant. Une fois tondus, les chevaux doivent subir la valse des couvertures. Des couvertures qui sont souvent trop chaudes, trop nombreuses, trop petites ou trop grandes... Elles deviennent alors pour eux une gêne plus qu’un service », regrette-t-elle.

Tous les chevaux peuvent être tondus. C’est vrai, dans la majorité des cas. Dans l’absolue, il n’y a pas d’objection à tondre un cheval. Reste que cet « exercice » peut s’avérer périlleux, notamment avec les jeunes chevaux ou ceux au fort caractère, qui n’aspirent pas toujours à se laisser faire. Et qu’il peut être néfaste, entre autres si les chevaux rasés n’ont pas de quoi s’abriter des intempéries ou s’ils ne sont pas couverts au moins la nuit. « Les chevaux sont des animaux sensoriels, insiste Mme Miklas. Cela veut dire, qu’en les couvrant, on limite leurs comportements sociaux, s’ils ont la chance de vivre en groupe. Il n’y a plus de grooming (de toilettage mutuel de la ligne du dessus), puisque les zones sensibles sont sous les couvertures. »

Les chevaux tondus ont moins chaud que les chevaux poilus. C’est vrai. Mais voilà, la perte ou la repousse du poil est un réflexe. Lorsque le cheval a froid, il fait du poil et inversement. Il peut dès lors, s’il n’est pas tondu, se retrouver couvert d’une laine polaire. « Mais celle-ci est la sienne !, souligne l’éthologue. Elle n’a rien à voir avec une couverture qui lui est mise sur le dos, qui bouge constamment quel que soit le mode d’attache. »

Ca n’est pas grave si le cheval qui est poilu ne travaille pas. Ca l’est davantage s’il sort régulièrement, de manière soutenue. En effet, un cheval qui est tondu sue moins qu’un autre qui est poilu. Il prend également froid moins rapidement que lui.

« D’une part, les chevaux sont des animaux qui supportent parfaitement les basses températures, ce qui n’est pas le cas des hautes, commente Mme Miklas. Il faut donc que la tonte soit mûrement réfléchie pour qu’elle soit utile. » « D’autre part, en les tondant sitôt leur plus jeune âge, nous diminuons leurs capacités de lutte contre les variations de températures. Mais surtout, nous pensons sans cesse pour eux à ce qu’ils n’aient, ni trop froid, ni trop chaud, ce qui est quelquefois risqué car ces interprétations sont celles de nos sensations et pas celle des chevaux », déplore encore la spécialiste.

UNE PROTECTION NATURELLE


La tonte manteau permet aux chevaux de vivre au pré/Photo Nicolas Chauveau

Les chevaux poilus sont plus difficiles à entretenir que les chevaux tondus. C’est vrai. En hiver, lorsque les poils sont longs et drus, passer la brosse n’est pas une mince affaire. C’est fastidieux, et l’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous. La robe d’hiver, avec sa laine, est aussi un nid à microbes et à poussière. Elle laisse souvent apparaître des maladies et des blessures. Enfin, les bruits d’écuries font courir l’idée qu’un cheval poilu devrait être plus nourri qu’un cheval tondu. Cela n'a pas, semble-t-il, été prouvé. « Le seul inconvénient que je vois aux longs poils est la bienveillance qu’il faut pour ne pas relâcher au pré un cheval mouillé », reconnaît Nadège Miklas.

Les chevaux tondus peuvent vivre au pré. C’est vrai, dans une certaine mesure. Il est hors de question de laisser un cheval totalement rasé dehors vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il faut se rappeler que les poils sont une protection naturelle, et qu’ils atténuent les effets du vent, du froid et de la pluie. Ainsi, mêmes bien couverts, il est préférable que les chevaux complètement tondus soient rentrés la nuit. « Il n’y a qu’à voir, ceux qui sont tondus et archis couverts, ont tout de même les poils qui poussent sans arrêt. C’est bien le signe que leur système pileux est toujours en éveille, et qu’ils s’autoprotègent », fait remarquer Mme Miklas.

Il y a par contre des façons de tondre qui permettent aux chevaux de vivre en permanence à l’extérieur. Elles consistent à ne dégager que les zones qui influent sur la thermorégulation (la gestion de la température corporelle), comme le dessous de l’encolure, le poitrail ou encore le ventre. Pour la spécialiste, « c’est un bon compromis ». « En procédant de la sorte, on ne démunit pas le cheval de ses « défenses naturelles », mais on lui évite de s’exposer aux coups de chaud ou de froid », explique-t-elle.

Les chevaux sont moins malades quand ils sont tondus. C’est vrai. En étant tondus et couverts correctement, ils risquent moins de contracter des maladies respiratoires. « A condition que les écuries ne soient pas des halls de gares, et que les chevaux soient rentrés et sortis aux bons moments. J’en vois encore trop, une fois tondus et couverts, qui sont mis dehors tôt le matin avant le lever du soleil. Ce sont les heures les plus froides de la journée. Le choc thermique est rude ici. Les chevaux passent de la chaleur confinée à la fraîcheur du plein air », s’insurge Nadège Miklas.

PAS D'INTERDICTION FORMELLE


Les poils de l'intérieur des oreilles sont une barrière contre les poussières/Photo Marysa Merlo

Il faut faire une tonte partielle plutôt qu’une totale. C’est faux. Certaines activités comme la chasse à courre, le cross ou les courses hippiques imposent du rythme, donc une sudation plus ou moins excessive. Dans ce cas, la tonte totale est intéressante. La randonnée, le dressage ou le saut d’obstacles sont, elles, des disciplines qui sont physiquement moins exigeantes, sauf lorsqu’elles sont pratiquées à haut niveau. La tonte partielle est dès lors plus adaptée.

Attention toutefois à l’équipement : il est ici prépondérant. Il peut déterminer le choix de la tonte. Quelle qu’elle soit, le cheval doit avoir au minimum un abri. Il n’y a en revanche pas de maximum, tellement les possibilités de le couvrir sont multiples. « Cela n’empêche pas la repousse des poils, insiste l’éthologue. Si nous voulions qu’ils restent ras, il faudrait couvrir aussi bien la nuque des chevaux que leur dos pour qu’elle reste chaude. Elle transmettrait alors l’information au cerveau. »

Question d’esthétique et de pratique


Michel Hécart/Photo DR



Avec quinze chevaux pour deux grooms par écurie, il n’y a pas de temps à perdre. Surtout lorsqu’on tond toute l’année. Le cavalier international de saut d’obstacles Michel Hécart ne transige pas avec l’esthétique. « Il faut toujours que les chevaux soient nickel », déclare Sandra Gimonet, l'une de ses petites mains.

Au haras de Michel Hécart, les chevaux sont initiés à la tonte de bonheur. « Dès qu’ils entrent dans le circuit des jeunes chevaux », dit la groom. Cela se fait progressivement. « Au départ, nous nous mettons à deux. Généralement, cela se passe bien », signale-t-elle. Pour les plus récalcitrants, Sandra et ses collègues usent de ruses. « Il y en a à qui nous bouchons les oreilles. D’autres à qui nous mettons un petit tord-nez sur le licol. D’autres encore que nous tranquillisons », concède-t-elle.

L’écurie a son style. « Nous faisons toujours les mêmes coupes. Nous en avons deux. La tonte maison : nous rasons le corps, mais laissons les poils sur les membres. La tonte concours : nous tondons tout, sauf les vibrisses car les règlements internationaux nous l’interdisent », raconte celle qui est passionnée par son métier.

Le cérémonial est bien rodé. « Une tonte nous prend entre une et deux heures. Tout se fait avec la même machine. Un groom peut tondre deux chevaux par jour. Certains peuvent être rasés toutes les trois semaines », explique Sandra.

Qui dit tondu dit couvert. « Hormis quand il fait chaud, où les chevaux n’ont rien sur le dos dans la journée et juste une petite chemise la nuit, ils sont autrement « habillés » en permanence », poursuit-elle. Cela ne l’ennuie pas de mettre, d’enlever et de plier tout le temps les couvrantes. « Je préfère cela au pansage des longs poils. Quand les chevaux sont tondus : un petit coup de marcheur, un petit coup de brosse et ils sont tout de suite propres ! C’est pratique », revendique Sandra.



Les vibrisses entourent le nez et la bouche du cheval/Photo Marysa merlo



Les zones sensibles et sensitives peuvent être tondues. C’est faut, tout du moins pour les zones sensitives. Pour ce qui est des endroits sensibles, à l’instar des pâturons ou de l’intérieur des oreilles, il y a surtout des recommandations à ne pas les raser car elles protègent généralement de la poussière. Il faut en plus que le cheval accepte de se les faire tonde, ces zones sensibles. Ce n’est pas gagné. Quant aux zones sensitives, les raser est déconseillé. C’est le cas des vibrisses, ces poils qui sont autour des yeux et du nez du cheval, ils lui permettent entre autres de sentir sa mangeoire.

La tondeuse fait mal aux chevaux. C’est faux. Heureusement d’ailleurs, car il y aurait peu de chevaux qui se laisseraient tondre s’il en était ainsi. Les machines sont aujourd'hui bien étudiées pour qu’elles ne blessent pas les chevaux et ne les « chatouillent » pas. Elles sont aussi moins bruyantes qu’autrefois et plus légères à manier. C’est pourtant bien de la sensibilité aux peignes que vient souvent la réaction de certains chevaux au passage de la tondeuse. Ce n’est pas qu’ils leur fassent mal, c’est qu’il y en a qui y sont plus réactifs que d’autres. C’est le cas des chevaux de sang, qui ont la peau fine.

OPERATION PARTICULIERE


L'air dégagé par certaines machines peut gêner les chevaux, notamment à l'approche des oreilles/Photo Nicolas Chauveau

Les chevaux ont peur de la tondeuse. C’est vrai, quelquefois. « Ce n’est pas tant de se faire tondre dont ils ont peur, c’est de la machine, de son bruit et de ses vibrations », tempère Mme Miklas. Même si les tondeuses ont bien évolué, elles ne sont pas totalement silencieuses. Cela effraie encore certains chevaux. Gageons que la tonte demeure une opération particulière. C’est un moment où, la plupart du temps, les chevaux ne ressentent que des vibrations sans voir ce qui se passe. Ca peut être perturbant pour eux.

Les parties sensibles peuvent être tondues avec le même matériel que les endroits charnus. C’est vrai, dans l’essentiel des cas. Ce n’est en principe pas la morphologie du cheval qui guide le choix des peignes, hormis s’il est trop maigre ou trop poilu, c’est le type de « coiffure » ou la partie du corps qu’il faut tondre. Il y a des peignes pour les coupes normales, d’autres pour les plus longues ou plus rases, d’autres encore pour les endroits plus délicats, comme la tête par exemple.

Il faut insister quand un cheval ne veut pas se laisser tondre. C’est faux. « Enfin, quand on est seul et qu’on a une connaissance limitée en comportement équin, il vaut effectivement mieux ne pas s’acharner, prévient la spécialiste. C’est d’autant plus vrai que, contrairement à la piqûre, la tonte n’est pas un acte indispensable. »

Reste qu’il faut distinguer les chevaux rétifs des chevaux peureux. Les premiers ont simplement une appréhension de la tondeuse. Avec eux, il est possible d’insister, plus exactement de procéder à une désensibilisation progressive. Elle consiste à commencer d’abord par allumer la tondeuse loin du cheval puis à la rapprocher lentement de lui ; et ensuite à tondre par petites touches les endroits insensibles, tels que l’épaule ou le dessous de la crinière, jusqu’à ce qu’il y soit habitué.

« Il est aussi possible de ritualiser la tonte, indique Mme Miklas. C’est-à-dire d’établir une confiance par des habitudes : c’est toujours la même personne qui tond, avec la même machine, la même approche, selon le même ordre, etc. Ou l'on peut encore essayer le conditionnement, positif ou négatif. Dans un cas, on récompense - par une friandise ou un grooming (une caresse) - l’animal à chaque fois que la progression est notable. Dans l’autre, on le remercie en arrêtant la tonte sitôt qu’il se laisse un peu plus faire. »

Il ne faut pas non plus oublier la voix. « Elle prend tout son sens dans les situations de stress, souligne l’éthologue. Les fréquences basses tranquillisent les chevaux, tandis que les hautes les rendent attentifs. » Il faut également penser au contact olfactif. Il est très important. « Le cheval a besoin de sentir pour identifier », dit Nadège Miklas.

Quant aux seconds, les chevaux peureux, ils sont vraiment hostiles à se faire tondre. Ils sont effrayés. Insister peut, avec eux, être dangereux. « Hormis si on est un professionnel. Nous pouvons toujours trouver une solution pour tondre », assure la spécialiste.

En résumé


Lorsqu'on arrive à la croupe, il ne faut pas oublier d'en avertir le cheval/Photo Nicolas Chauveau



  1. Tous les chevaux peuvent être tondus.
  2. C’est l’activité et l’équipement qui doivent guider le choix de la tonte à effectuer.
  3. Les zones sensibles se tondent, pas les sensitives.
  4. La tonte n’est pas douloureuse.
  5. La tonte ne fait pas peur, elle intrigue.
  6. Un cheval peut être entièrement tondu avec la même machine et les mêmes peignes.
  7. On peut insister à tondre un cheval, à condition d’être bien entouré.
  8. Un cheval tondu à moins chaud et est plus facile à penser qu’un cheval poilu.
  9. Un cheval a moins de chance d’être malade tondu et bien couvert qu’avec des poils d’hiver.
  10. La tonte n’est pas un acte naturel pour le cheval.
  11. Un cheval qui travaille intensément peut être tondu totalement.
  12. Il y a des tontes qui sont destinées aux chevaux qui vivent au pré.
  13. La tonte amoindrie les capacités d’autorégulation de la température.
  14. Un cheval qui sort peu ou qui vit au pré n’a pas besoin d’être tondu.
  15. Les longs poils attirent les microbes et la poussière.
  16. Un cheval poilu ne mange pas plus qu’un autre qui est tondu.
  17. Un cheval complètement tondu doit être couvert dès que la température baisse.
  18. La couverture est « antisociale » pour le cheval.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 16/09/09