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Rss L’amortisseur de dos : un besoin ou un accessoire pour les chevaux


Le poids d'un amortisseur de dos peut varier du simple au triple/Photo Marysa Merlo



On pourrait presque dire qu’il fait partie intégrante de l’équipement du cavalier. L’amortisseur de dos est fréquemment utilisé. Il « trône » sur le dos de tous les chevaux, dans toutes les disciplines. Mais est-il vraiment utile ? Le point de vue de spécialistes. Par Sébastien Chauveau

L’amortisseur de dos servirait à éviter le mal de dos du cheval. C’est pour cela qu’il serait autant prisé. Il faut dire que le rachis est un endroit fondamental du corps du cheval. C’est l’axe porteur, et la tige de transmission de l’impulsion. C’est la clé de voûte de la charpente osseuse.

Un peu d’anatomie


La moindre blessure ou douleur de dos du cheval doit alerter le cavalier/Photo Marysa Merlo



Le dos du cheval se compose de cinquante et une à cinquante-quatre vertèbres. Elles sont reliées entre elles, sauf les cervicales et les sacrées, par des disques intervertébraux fibro-élastiques qui servent d'amortisseurs. L’ensemble est fermement maintenu par des muscles et des ligaments. La colonne vertébrale relie l’avant-main à l’arrière-main. Elle est très sollicitée. Elle porte, supporte et transmet. Mais elle conditionne aussi l’équilibre et les aptitudes du cheval.


L’amortisseur de dos est employé principalement pour deux raisons. D’une part, il favorise le redressement de la selle et centre le poids du cavalier sur son premier tiers. Dès lors, l’amortisseur de dos vient en correction de la position de la selle. Le problème, « c’est que beaucoup de gens achètent une selle d’abord pour eux, sans même parfois l’avoir testée sur leur cheval, confie Claude Péchabrier, vétérinaire et ostéopathe. C’est vrai qu’être bien dans sa selle est important. Cependant, celle-ci doit avant tout prendre en compte la taille du cheval, et après correspondre aux besoins du cavalier. » « C’est impressionnant de constater qu’il y a des selles qui appuient très fort à des endroits et pas du tout à d’autres, poursuit le praticien. Certaines d’entre elles provoquent de tels points de compressions qu’elles finissent par provoquer des lésions graves, notamment au niveau du garrot. »

D’autre part, l’amortisseur de dos diminue les chocs sur le rachis, surtout quand il est fragilisé ou mis à contribution, comme c’est le cas dans diverses activités équestres. En concours hippique ou en cross entre autres, l’utilisation de cette protection se justifie par le franchissement d’obstacles plus ou moins importants, qui donne lieu à des réceptions sollicitant énormément le dos du cheval. « Il me semble que c’est dans ces disciplines que l’amortisseur de dos a un rôle de protection franchement intéressant, à cause des réceptions et des multiples positions des cavaliers sur leurs montures », indique Françoise Loshouarn, vétérinaire et elle aussi ostéopathe. Autrement, en endurance ou en randonnée, c’est davantage le temps passé sous la selle par le cheval qui l’impose ; en horse-ball, la virulence du jeu ; et en dressage, l’intensité du travail du dos du cheval. Reste que l’amortisseur de dos peut également être d’un bon recours dans des phases plus précises du travail du cheval. Comme au montoir, à l’échauffement ou au débourrage, où il peut, tantôt palier au manque de délicatesse de ceux qui s’effondrent dans leur selle, tantôt amoindrir les contraintes subies par un dos pas assoupli, tantôt « compenser » le manque de musculature.

« L'UTILISER EN PERMANENCE »


Des amortisseurs de dos à oreilles/Photo Marysa Merlo

Mais voilà, aussi efficaces soient-ils, les amortisseurs de dos ne sont pas des remèdes miracles. Inutile de s’en servir pour masquer des pathologies dorsales graves, voire pour combler un choix de selle déraisonné. « Je prescrits ce type de matériel aux chevaux qui souffrent de lésions arthrosiques ou de conformations adjacentes, explique la vétérinaire. Certes, ce sont des phénomènes qui ne peuvent pas disparaître. L’amortisseur de dos n’est là que pour apporter un peu de confort. »

« Sauf à ce qu’un accident ou un défaut de conformation rende le dos de l’animal fragile par rapport à son âge, je pense que l’utilisation d’un amortisseur de dos vaut principalement le coup sur un cheval dont les lésions ont commencé à s’installer ou qui a déjà pas mal travaillé », signale Françoise Loshouarn. « Si le cheval est mieux avec cette protection, je conseille de l’utiliser en permanence, poursuit-elle. Par contre, si la cause du mal est fonctionnelle, il faut absolument la dénouer. »

Il en existe de toutes les couleurs, de toutes les formes, pour toutes les bourses... Le choix des amortisseurs de dos est vaste. De conception en mousse de polyether ou de polyuréthane, en gel ou en sorbothane, à oreille, droit ou anatomique, voici la panoplie. Les amortisseurs de dos sont souvent fabriqués à l’étranger. D’où les explications peu explicites à propos de leur emploi.


Le tapis électronique de mesure des chocs et des pressions est connecté à un ordinateur/Photo DR



Heureusement que, d’un côté, quelques études sont menées à partir de moulages. Et que, de l’autre, des analyses sont proposées pour mesurer l’impact des selles sur le dos des chevaux. C’est ce que propose la scientifique Annette Rancurel. A l’aide d’un tapis bardé de capteurs électroniques, elle mesure les pressions et les ondes de chocs. Ainsi, « je m’aperçois que cinq amortisseurs de dos sur six sont nocifs pour le rachis. La raison en est la suivante : l’achat part souvent d’un bon sentiment, celui de faire du bien à son cheval, or il est généralement mal évalué. »

INEFFICACE


Un amortisseur de dos anatomique en gel/Photo Marysa Merlo

Voilà pourquoi nous trouvons autant d’amortisseurs de dos sur le marché. Au premier plan, figurent ceux qui sont en mousse. Ce sont sûrement les plus courus. Ils sont légers, de fabrication polyether ou polyuréthane, recouverts de laine de mouton ou de fibre synthétique, et déclinés en colories et formes multiples.

Le défaut des amortisseurs de dos en mousse de polyether est qu’ils tendent à s’écraser au fil du temps. En effet, cette mousse est faite de cellules fermées, ce qui signifie qu’elle ne revient pas. Elle s’affaisse, pour n’atteindre parfois plus qu’une épaisseur de quelques millimètres. Il est évident, qu’à ce moment-là, une telle protection s’avère inefficace. Gageons que la mousse de polyether absorbe peu. Et qu’elle ne se fond pas parfaitement sous la selle.

Ce qui n’est pas le cas de la mousse de polyuréthane. Elle a un fort pouvoir absorbant, et retrouve toujours sa forme initiale. Ses cellules sont ouvertes, ce qui lui confère une grande longévité. Les amortisseurs de dos en mousse de polyuréthane sont presque indéformables. « Ce n’est pas toujours une qualité, tempère la scientifique. Car, ce qui n’épouse pas les formes peut parfois être un obstacle. » Traduisez : qu’il y a des fois où il est bon qu’un amortisseur de dos s’ « écrase ».

Eux aussi, les amortisseurs de dos en gel et en sorbothane, sont très absorbants et indéformables. Les premiers sont affectionnnés par les vétérinaires et les cavaliers de haut niveau. Ce sont ceux qu’utilise le très connu cavalier de concours complet Jean-Lou Bigot. Ils sont, selon lui, « la meilleure protection ». Il apprécie « leur finesse », car ils ne donnent pas l’impression d’ « être perché sur son cheval ». Il met toutefois en garde : « Pour éviter les frottements, l’emploi de ces protections impose de correctement dégarrotter. »

L'UNANIMITE


Un amortisseur de dos droit en gel/Photo Marysa Merlo

Les amortisseurs de dos en gels font l’unanimité. Ils sont plus fins mais plus lourds que ceux qui sont en mousse. Ils sont ou non recouverts d’une housse qui les protège, mais ils peuvent également se glisser dans un tapis de selle. Pour celui qui fut durant plusieurs années l’un des piliers de la sélection nationale, « la mousse est globalement moins efficace ». « Elle n’est, tout du moins pour celle qui est en polyether, qu’une épaisseur supplémentaire qui donne bonne conscience à ceux qui la mettent ».

Quant aux seconds, les amortisseurs de dos en sorbothane, ils ont eux aussi à une période été très plébiscités. Mais ils ne le sont plus à présent, car ils sont presque inexistants. Il a longtemps été considéré comme le meilleur matériau pour les amortisseurs de dos. Le sorbothane a eu ses heures de gloire. Il est désormais presque totalement passé aux oubliettes, parce que trop lourd et trop épais. Pourtant, le sorbothane amortit parfaitement. Et il est inusable.

Plutôt que l’épaisseur, il faut privilégier la densité dans le choix d’un amortisseur de dos, et « bannir les superpositions (de couches de tapis) », fustige Annette Rancurel. En sachant toutefois, que, plus la densité est importante, plus elle anéantit le contact avec le cheval. Le compromis entre amortissement et sensations se situe donc quand l’amortisseur de dos garde la selle dans un équilibre correct, sans être trop épais à l’enfourchure. Et le confort est optimal quand « l’amortisseur de dos n’est pas d’un bloc mais avec une gouttière qui libère le fonctionnement de la colonne vertébrale du cheval », ajoute la scientifique.

Il est difficile de le prouver, mais il semblerait que les vétérinaires noteraient une baisse du taux de dorsalgies chez les chevaux qui seraient montés avec de bons amortisseurs de dos. La question étant de savoir si cette constatation relève vraiment de l’emploi de ces matériels ou si elle est le simple fait d’une attention particulière. D’après Jean-Lou Bigot, il ne fait aucun doute que « le meilleur amortisseur de dos reste une bonne selle ». Et de se citer en exemple, en racontant qu’il a « pendant longtemps » monté ses chevaux sans tapis sans qu’ils aient « jamais eu plus mal au dos que les autres ». De son côté, Annette Rancurel a coutume de dire que « l’amortisseur de dos n’est à la selle que ce que n’est la semelle à la chaussure : un complément ».

« Une question d’équilibre »


Ce type d'amortisseur est très léger car sa mousse est alvéolée/Photo DR



Stéphane Delanoue galope dans le milieu de la selle depuis plusieurs années. Tour à tour vendeur puis chef de projet pour le compte de grandes marques, il est aujourd’hui à la tête d’une société de vente de selles d’occasions. Le mal de dos, les blessures de sangle et de garrot, notre spécialiste connaît. « 80 % de ces problèmes peuvent trouver une solution en corrigeant l’équilibre de la selle, commente-t-il. Cependant, ce n’est pas en utilisant des amortisseurs de dos uniformes que l’on y parvient. Il faut au contraire savoir mettre de l’épaisseur à certains endroits et en retirer à d’autres. »

« Nous sommes au balbutiement de la préoccupation des contraintes imposées par les selles, pense Stéphane. Nous la mesurons de façon encore empirique. C’est souvent l’impression qui prédomine. » Et de souligner : « Par exemple, lorsqu’une selle recule, le premier réflexe est généralement de mettre de l’épaisseur à l’arrière plutôt qu’à l’avant, et inversement. »

De l’avis de notre spécialiste : tout est donc d’abord « une question d’équilibre » dans le choix d’un amortisseur de dos. C’est pourquoi, il existe des matériels un peu particuliers. Ce sont des amortisseurs de dos que l’on épaissit ou amincit selon les besoins. Par un système de cales en mousse de polyuréthane que l’on glisse dans un tapis, on affine l’équilibre de la selle sur le dos du cheval. « Cela améliore le confort d’une selle quand il est bon, et le corrige quand il ne l’est pas. Mais aussi, cela permet de rendre les selles plus universelles », avoue Stéphane Delanoue, qui a bien conscience que la règle qui veut qu’une selle soit propre à chaque cheval est « difficile à respecter ».


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Seller un cheval/Vidéo Nicolas Chauveau

 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 30/11/09