
Il faut veiller à ce que le cheval de sport est toujours une parfaite locomotion/Photo Nicolas Chauveau
DOSSIER : Du cheval de loisir au cheval athlète, il y a une pente, assez raide. Entraînement, soins, ferrure... la pratique de la compétition impose quelques notions. De la locomotion à la digestion en passant par la respiration, les pathologies du cheval sportif sont multiples. Voici les plus « classiques ». Par Rédaction
La bonne santé du cheval de sport tourne autour de trois grands axes. Tous sont liés. Il y a l’aspect locomoteur. De lui, dépend la bonne qualité du geste sportif du cheval. Meilleur il est, mieux l'animal peut courir, sauter, s’incurver, etc. Il y a l’aspect respiratoire. Il permet une bonne oxygénation des tissus, donc, un bon fonctionnement des muscles, des tendons et autres articulations. Et il y a l’aspect digestif. S'il est défaillant, le cheval n’assimile pas correctement ses repas. Alors, il récupère mal.
Mais voilà, la bonne santé de l'équidé compétiteur ne s’appuie pas que sur ces trois points que sont la locomotion, la respiration et la digestion. Une multitude de paramètres, peut-être plus sournois ceux-là, peuvent également induire sur sa forme. Ce sont par exemple les troubles cardiaques et neurologiques, mais aussi psychologiques, qui ont une certaine incidence ici.
Ainsi, c’est d’une surveillance de tous les instants dont a besoin le cheval de sport. Le vétérinaire fédéral, le Dr Olivier Le Page, reconnaît une « nette amélioration du monde hippique » dans le domaine, citant « une baisse considérable des mauvaises radios ». Mais il « reste encore à faire », pense-t-il. La bonne santé du cheval ne peut en effet n'être qu’apparente. Un maillon de la chaîne peut être déficient et provoquer discrètement une baisse des performances sans que personne ne s'en rende compte. C’est pourquoi, le praticien incite à « être vigilant au moindre signe clinique ».
PAR LA DOULEUR

Un rythme de un concours tous les quinze jours semble être une bonne moyenne/Photo Marysa Merlo
Les affections de l’appareil locomoteur, autrement dit les boiteries, sont la principale cause d’interruption, voire de réforme, de la carrière du cheval de sport. L’une des raisons qui est avancée est le mode de sélection, génétique, des chevaux. Il est plus poussé qu’il y a quelques années. En clair, le cheval de compétiition n’est plus « un tracteurs » mais « une formule 1 ».
En général, le trouble de la locomotion se signale par la douleur. Il peut se manifester au travail comme au repos, et être plus ou moins perceptible selon qu’il est exprimé en ligne droite ou sur le cercle, sur un sol dur ou mou. A chaque boiterie sa pathologie. Pour résumer : on peut dire qu’un cheval qui boite sur un terrain souple souffre probablement d’un ligament ou d’un tendon, alors qu'il s'agit plus d’un os ou d’une articulation si le sol est ferme. D’autres signes sont également à prendre en considération. Par exemple, il faut se méfier du cheval qui se défend - à la main ou à la jambe - systématiquement, de celui qui transpire plus que de raison ou encore de celui qui refuse de galoper sur les deux pieds. Toutes ces anomalies locomotrices sont entraînées par la recherche d’une attitude antalgique. En clair, le cheval se soulage pour ne pas avoir mal. C’est ce qui le fait parfois tomber sur une épaule ou sur l’autre pour soulager le pied ou le boulet du membre opposé.
Un bon sol La qualité d'un sol de travail est primordiale. Trop souple, il induit des stress tendineux et des traumatismes articulaires et ligamentaires. Trop dur, il n'absorbe pas les chocs, et sollicite sévèrement l'appareil locomoteur. Gageons qu'il est aussi important qu'une piste garde un certain pouvoir de « glissance ». Ceci afin d'éviter au pied du cheval une résistance exagérée. Un bon sol permet au cheval de s'exprimer pleinement. Il est jugé excellent dès lors où il encaisse les chocs sans presque laisser de trace, autrement dit quand le sabot s'y enfonce d'environ un centimètre de plus que l'épaisseur du fer. « Souvent, les pistes sont trop molles et les matériaux mal travaillés. Tant est si bien qu'elles se défont et que les chevaux finissent par y être comme sur du béton », remarque Pierre Toubin, concepteur des sols équestres du même nom. Ce sont les pieds des chevaux qui retiennent les chocs, pas les sols. Ces derniers n'ont qu'une résistance mécanique. Pour que celle-ci s'exerce, il faut que, d'une part, les pistes soient arrosées régulièrement. Et que, d'autre part, elles soient posées sur un bon sous-sol. « Ce n'est pas le tout de mettre dix centimètres de sable et de cailloux puis de gorger l'ensemble d'eau ! », ironise le professionnel des sols équestres. « Une piste se fabrique, mais s'entretient aussi », insiste-t-il. |
Il y a différents troubles locomoteurs. Ceux qui sont rencontrés chez le cheval de sport sont, ou consécutifs à son âge, ou suscités par des « dysfonctionnements mécaniques », c’est-à-dire causés par des gênes ou des limitations de l’exécution des mouvements. Les raisons de ces troubles sont multiples. Parmi les plus courants, le Dr Le Page pointe « la qualité des sols, la maréchalerie et les soins inappropriés ». Les affections qui touchent le premier groupe, celui des jeunes chevaux, sont plutôt de type ostéoarticulaire. Elles visent principalement les populations qui sont mises à l’entraînement et à la compétition trop vite et trop tôt. Pour y remédier, l’habitué des chevaux de sport suggère de « moins concentrer les saisons et de proposer plus d’épreuves de sorte à ce qu’il y ait du choix et de la diversité dans les concours afin d’éviter le sacro-saint rendez-vous de la finale ou de la demi-finale unique, qui casse les chevaux plutôt qui ne les protège ». Tandis que les atteintes qui concernent le second groupe, celui qui connaît des gênes dans l’exécution des mouvements, elles sont davantage d’ordre musculosquelettique. Elles sont pour l’essentiel directement liées à l’activité elle-même. C’est le travail bien sûr, mais aussi la chute.
Certes, si les déficiences de l’appareil locomoteur sont sensiblement les mêmes d’un cheval de sport à l’autre, elles sont plus ou moins marquées selon la discipline pratiquée. Celui de saut d’obstacles souffre régulièrement de dorsalgie et d’arthropathie des membres antérieurs. Le cheval de dressage est plus exposé aux atteintes des jarrets et des boulets des membres postérieurs. Celui de concours complet connaît, lui, plus facilement des tendinites. Et le cheval d’endurance est surtout sujet aux entorses des boulets.
Plus que le temps de travail, c’est l'intensité qui nuit. Cela s’accentue selon que le cheval est jeune ou pas. De plus, chaque sujet est unique, avec son comportement, sa sensibilité (à la douleur entre autres), sa morphologie ou encore son capital physique et génétique. Cela veut dire que tous les animaux ne sont pas égaux devant les boiteries.
UNE BATTERIE D'EXAMEN

La vérification par la palpation vise à détecter un pouls digité, une chaleur ou une froideur/Photo Marysa Merlo
Les chevaux ont un pouvoir de régénération « dont il ne faut pas sortir ! », insiste le vétérinaire, au risque de voir se former de mauvais remaniements osseux, des dégénérescences articulaires ou des ruptures des fibres tendineuses. Les structures physiologiques (os, tendons, cartilages, ligaments, etc.) s’adaptent aux contraintes, mais elles ont leurs limites. Or, c’est lorsque ces mêmes limites sont exagérées que se produit l'accident. « Notamment lorsqu’un cheval saute plus que ce qu’il ne le peut », explique le Dr Le Page.
Pour déceler les boiteries du cheval, une batterie d’examen est possible. De la radio à l’échographie, de l’IRM (imagerie par résonance magnétique) à la scintigraphie, sans oublier le contrôle du métabolisme musculaire et des fonctions cardiaques et respiratoires, toutes ces observations peuvent être menées individuellement. Elles doivent cependant être corroborées. Reste que d’autres constatations, plus simples celles-là, peuvent attirer l’attention. C’est le cas de l'usure anormale des fers, de la chaleur sur un membre ou de la blessure de garrot ou de sangle.
Les défectuosités d’allures sont généralement dissymétriques. Il est donc plus facile de les percevoir au trot. C’est la raison pour laquelle le vétérinaire conseille, au quotidien, le matin et le soir, de faire « trotter les chevaux sur un sol dur », et ensuite de leur « palper les membres ». Mais, également, il invite à « les regarder en longe ou montés » dans la carrière.
Il ne faut pas « entretenir » une boiterie. Au moins pour deux raisons : premièrement, pour ne pas aggraver la ou les lésions et provoquer à terme des pathologies de compensations, comme des tendinites ou des myopathies ; deuxièmement, pour limiter le temps d’indisponibilité du cheval, ce qui peut parfois lui être néfaste. Notamment lors d’ « arthrose ou de dorsalgie », souligne le Dr Le Page. « Si l’on arrête un cheval pour un mal de dos par exemple, il y a de fortes chances qu’il se recrée un autre mal de dos, dit-il. Il est donc préférable, que, dans ce type de pathologie, le cheval continue de travailler, même à une intensité modérée. »
Quant aux traitements des boiteries, ils doivent prendre en considération la situation du cheval, à savoir s'il est ou non en période de compétition. Car, il est interdit de concourir sous l'emprise de substances médicamenteuses. Ensuite, les boiteries se soignent de manière habituelle, avec des traitements qui sont soit médicaux (administration ou infiltration d’anti-inflammatoires et autres polysulfates glycosaminoglycanes), soit chirurgicaux (intervention sur le siège de la lésion ou arthroscopie), soit orthopédiques (parage ou ferrure adaptée), soit physiques (kinésithérapie, ostéopathie ou physiothérapie).
Trois questions à un maréchal-ferrant Hubert Schwendenmann est formateur au centre de formation des apprentis (CFA) de Saint-hilaire-du-harcouet, dans la Manche. Il nous donne son point de vue sur la ferrure. VETOCHEVAL. - Quelle est la place de la maréchalerie dans l'activité sportive ? HUBERT SCHWENDENMANN. - Elle est plus ou moins importante selon les disciplines. Elle est évidemment plus significative dans le trot que dans le dressage. Néanmoins, cet aspect (la maréchalerie) de la préparation du cheval ne doit pas être négligé. Car, si la ferrure ne fait pas gagner, elle peut faire perdre. Aujourd’hui, le cheval de compétition est une « machine de précision ». Pour lui, la ferrure est comme l’alimentation, le petit plus. Du confort ici, du biseau là, de la légèreté ailleurs... la « maréchalerie de sport » peut se comparer à de l’ « horlogerie ». Ca doit être précis. VTCHL. - Y a-t-il une ferrure d'entraînement et une ferrure de compétition ? H. S. - A mon sens, non. Ce sont globalement les mêmes ferrures. Si ce n’est que celle de compétition est plus « affinée » que celle d’entraînement. C’est-à-dire que la garniture est limitée, et que la sole est davantage protégée. VTCHL. - Chaque discipline a-t-elle sa ferrure ? H. S. - Pas spécialement. Ce sont plutôt les besoins spécifiques de chaque cheval qui conduisent à poser tels ou tels fers. D’une manière générale, on peut dire que la tendance est aux fers biseautés (avec du rolling), rênés et légers, en aluminium ou en acier. Que l’on remplace toutes les cinq semaines, pour garder un alignement - des pieds et des membres - parfait. |
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Un vrai handicap
Un vrai handicap
Ecrit par: Rédaction, Le: 13/01/10






















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