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Rss Le transfert d’embryon


Une paillette, un pistolet et une gaine de transfert/Photo DR



Toute espèce animale confondue, le transfert d’embryon est le deuxième mode de procréation médicalement assisté après l’insémination artificielle (IA). Pourtant, dans notre pays, cette technique demeure anecdotique sur les chevaux. Environ six cents poulains naissent ainsi chaque année. C'est moins que dans d'autres pays, comme la Belgique ou l’Argentine par exemple. Ce chiffre est stable. En France, il n’a guère évolué depuis une dizaine d’années. Par Sébastien Chauveau

Le transfert d’embryon, que l’on appelle aussi transplantation embryonnaire, est une technique de procréation assez ancienne. Elle date de 1890. A l’époque, elle avait eu lieu sur un lapin. C'est un peu moins d'un siècle plus tard que le premier transfert d'embryon a été effectué sur un cheval. Il l’a été au Japon, en 1972.

Les premiers essais concluants de cette technique de procréation ont eu lieu en 1980. Il faut bien le dire, jusque-là, la réussite était assez aléatoire. En trente ans, la technique de la transplantation embryonnaire a peu évolué. Ce qui a changé, ce sont ses résultats. Les taux de collecte et de gestation sont plus élevés que par le passé : on atteint à présent 50 à 60 % pour les collectes ; 70 à 80 % pour les transferts. Aux dires des spécialistes, il y a peu de chances que les choses changent. « Je ne pense pas qu'il y aura beaucoup d'évolution compte tenu du contexte économique, confie Maud Caillaud, formatrice en reproduction équine à la jumenterie du Haras du Pin, dans l'Orne. Le nombre de naissances par transplantation embryonnaire ne devrait pas connaître une forte hausse dans les prochaines années. »

TOUTES LES NAISSANCES

De prime abord, le transfert d’embryon intéresse toutes les naissances, dès l’instant où le stud-book de la race ne l’interdit pas. En clair, chaque fois que l’on souhaite faire naître un poulain, il est possible de recourir à cette technique. Ce qui rend la transplantation d’embryon si peu courante, c’est son prix. Il se situe autour des trois cents euros, pour la collecte et le transfert, et de 2500 euros, pour l'achat ou la location de la mère porteuse. Il faut ajouter le coût de la saillie, du suivi des chaleurs et des frais techniques d'insémination.

A savoir


Un examen gynécologique/Photo Marysa Merlo



  • Le transfert d’embryon est soumis à une règlementation européenne (voir Informations utiles).
  • La transplantation embryonnaire obéit à des exigences, comme celle de faire une déclaration de collecte.
  • Il est impératif d’avoir l’accord du propriétaire de la jument donneuse pour effectuer une collecte.
  • Avant de procéder à un transfert d’embryon, il faut remplir et envoyer au SIRE (système relatif à l’identification des équidés) une déclaration préalable de jument en transfert.
  • Pour chaque transfert réussi, le chef du centre de transfert doit faire parvenir au SIRE l’attestation de saillie remise par l’éleveur, complétée des informations spécifiques au transfert.
  • L’attestation de saillie doit suivre la jument porteuse.
  • En cas de multi transfert, il doit être rédigé autant de liasses de saillies qu'il y a de mères porteuses gestantes à quinze jours.
  • Lors d’une transplantation d’embryon, il ne faut pas oublier de cocher la case prévue à cet effet sur la déclaration de premier saut.
  • Les papiers (livret signalitique) d’un poulain qui naît d’un transfert d’embryon sont les mêmes que ceux d’un poulain qui naît d’une reproduction ordinaire.
  • La mère du poulain qui naît par transplantation embryonnaire est la mère génétique, en l’occurrence la jument donneuse.
  • Par défaut, le propriétaire du poulain qui naît d’un transfert d’embryon est le propriétaire de la jument porteuse, sauf convention contraire établie entre les parties.


Le transfert d’embryon concerne surtout les juments qui ont un fort potentiel génétique ou sportif. Cela permet d’en assurer la descendance sans en compromettre la carrière. Il peut aussi arriver que la transplantation embryonnaire ait lieu sur des juments qui ont des affections génitales si importantes que toute gestation est compromise. C’est le cas de celles qui ont des fistules rectovaginales ou des kystes utérins. Le dernier motif de recours au transfert d’embryon est l’âge de la mère naturelle. Lorsqu'elle est trop vieille, et qu'elle a un réel intérêt génétique, cette méthode de procréation peut tout à fait être envisagée.


Ici, le vétérinaire s'apprête à procéder à une échographie/Photo Marysa Merlo



Le but du transfert d'embryon est de faire naître un ou plusieurs poulains d’une même mère naturelle, sans que cette dernière ait à en supporter la gestation. En pratique : un ovocyte d’une jument donneuse, issu d’une ovulation naturelle, est fécondé in vivo. Son potentiel embryon est prélevé dans son utérus. Si un embryon est trouvé, il est transplanté dans l’utérus d’une autre jument, que l'on dit receveuse ou porteuse. C'est cette dernière qui assure le développement du poulain jusqu'au sevrage. Passé l'étape du transfert, la gestation est ici tout ce qu'il y a de plus normal. « Il y a une première échographie de contrôle à J14, affirme Maud Caillaud. Il y en a une autre à J25, pour vérifier que le cœur de l’embryon bas, et une dernière à J45, pour s’assurer que la gestation se passe bien et que la jument receveuse peut quitter le centre de reproduction. Ensuite, c'est le suivi ordinaire d'une poulinière. »

Il est préférable que la mère porteuse ait des bonnes qualités maternelles, et qu'elle soit fertile. Elle peut n’avoir jamais eu de poulain. Le gabarit de la receveuse a son importance. Il faut qu’elle soit de taille égale ou supérieure à la donneuse. Ceci favoriserait le développement du poulain.

OPERATION DELICATE

Au départ, la jument donneuse est fécondée de la même manière que pour une mise à la reproduction ordinaire, par insémination artificielle ou monte naturelle. « Comme pour n'importe quelle gestation, il ait préférable de commencer tôt dans la saison pour exploiter un maximum de chaleur », indique Maud Caillaud. A J7-J8 après l’ovulation, l’embryon est collecté dans l'utérus de la donneuse pour être transféré dans celui de la receveuse. « Le jour de la collecte varie selon l’âge de la jument. L’embryon arrive à en moyenne J6,5 jours – post ovulations - ns l’utérus de la donneuse. Sa collecte se fait entre J7 et J8 », dit la formatrice.


Recherche d'un embryon sous loupe binoculaire/Photo DR



Le transfert est une opération délicate. La récupération de l’embryon se fait par rinçage utérin. « On envoie à l’aide d’une sonde un litre d’un liquide (dit de collecte) dans l’utérus de la jument, puis on le récupère. L’opération est répétée au moins quatre fois. On filtre ensuite le liquide de collecte, et on recherche l’embryon sous une loupe binoculaire », explique Maud Caillaud. « Une fois que l’on a repéré l’embryon, on le fait passer dans dix bains de lavage, poursuit-elle. Ceci pour en retirer les cellules utérines qui pourraient s'être accolées à sa membrane. Dès lors, l’embryon est monté dans une paillette, qui elle-même est placée dans un pistolet de transfert. On a plus alors qu’à déposer l’embryon dans l’utérus de la receveuse. » La manipulation ne doit pas excéder une heure, et se faire dans des températures extrêmes. Idéalement, elle doit être réalisée autour des vingt-cinq degrés, pour ne pas faire subir à l’embryon des chocs thermiques.

Les règles les plus strictes en matière de transplantation embryonnaire concernent l'hygiène. Elle doit être parfaite. « Pour bien faire, il faut être plusieurs entre la collecte, la recherche et le transfert », conseille la spécialiste. Il faut savoir que certains établissements ne font que la collecte et envoient les embryons vers des centres de transferts qui disposent de gros troupeaux de receveuses. Dans ce cas, les embryons sont transportés dans leur liquide de collecte, et réfrigérés à quatre degrés pour en assurer la survie. Ils ne peuvent cependant être conservés plus de vingt-quatre heures dans ces conditions. « Le plus gros risque de perte embryonnaire se situe dans la semaine qui suit l’opération de transplantation, avoue Maud Caillaud. En effet, le dépôt de l’embryon dans l’utérus de la receveuse est l’étape la plus délicate. Une mauvaise manipulation, à ce moment-là, peut compromettre la gestation. »

Informations utiles



Voici les textes officiels concernant la règlementation européenne relative au transfert d’embryon :


Vous pouvez aussi retrouver sur le site des Haras nationaux, rubrique « Démarches SIRE » :
  • le formulaire de déclaration préalable de transfert d'embryon ;
  • la fiche démarche "Transfert d'embryon".


La seule limite physiologique au transfert d’embryon est l’âge des juments, qu’elles soient donneuses ou receveuses. Il faut évidemment qu’elles soient fertiles et, pour les porteuses, qu’elles n’aient pas le col utérin trop sinueux, car c’est justement ce qui rend le dépôt de l’embryon dans l’utérus difficile. « Cela arrive fréquemment sur les ponettes », souligne la formatrice. Une autre limite est celle des stud-books. Certaines races, le pur-sang anglais ou arabe notamment, n’autorisent pas le transfert d’embryon. D’autres, le trotteur par exemple, ont de grosses exigences.

Si, jadis, l’habitude a fait que l’on a pris des juments de trait comme mères porteuses, ce sont majoritairement des trotteuses que l’on utilise maintenant. « On a constaté, dans le passé, des soucis ostéo-articulaires avec les poulains qui sont nés de mères de trait, raconte Maud Caillaud. A priori, la cause en était une lactation très importante, sans doute trop pour des poulains de selle. »

Aucune étude scientifique ne rapporte de troubles physiques ou comportementaux sur des poulains qui sont issus de transfert d’embryon. « Je n’ai jamais entendu dire qu’une jument ne voulait pas de son poulain parce qu’elle n’en était pas la mère naturelle, rassure Maud Caillaud. Certes, la mère porteuse transmet de son éducation, jusqu’au sevrage seulement. Au-delà, elle n’influence pas.  » Pour ce qui est des performances, la formatrice est claire : « Un poulain qui naît d'une transplantation embryonnaire ne récupère que le capital génétique de sa mère naturelle, rien de sa mère porteuse. » Pour autant, le même capital n’intervient qu’à hauteur d’un tiers (les deux autres étant dévolus à l’entraînement et à l’environnement) dans la performance. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas plus de certitude d'avoir un bon poulain avec un transfert qu’avec une insémination artificielle ou une monte naturelle.

L’avis du professionnel


Richard Levallois insémine une jument/Photo Dr



C'est l'un des hauts-lieux du transfert d'embryon en France. Le haras de Couvains (50680) représente à lui seul près du quart des transplantations embryonnaires qui sont réalisées chaque année dans notre pays. « Nous en faisons entre cent et cent cinquante », confie Richard Levallois, l'un des gérants du centre d'insémination et de transfert haut normand. « Nous avons commencé il y a une douzaine d’années, poursuit-il. Notre intérêt pour le transfert est motivé par le fait que nous avons beaucoup de juments qui sortent en concours, que nous ne souhaitons pas arrêter dans leur carrière, et également un certain nombre qui a un bon potentiel génétique, que nous voulons entretenir. »

Pour notre gérant, le transfert d'embryon a, certes, des avantages. « Il permet d'accélérer la productivité des juments et, in fine, de connaître plus rapidement que par la reproduction ordinaire la qualité des produits. » Mais le transfert a aussi ses inconvénients. « C'est une technique qui est délicate à mettre en œuvre. Il faut beaucoup de receveuses. Pour ce qui nous concerne, nous en avons cent cinquante en permanence. Pour nous, le transfert d’embryon, c’est un surcoût sur chaque poulain de près de 3000 euros. » Malgré tout, on n’envisage pas de diminuer les naissances par transplantation embryonnaire au haras de Couvains.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 12/02/12