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Rss Un étalon pour ma jument


Un étalon, au haras national du Lion d'Angers/Photo Nicolas Chauveau



Ce n’est pas une science exacte. Malgré tout le soin apporté au choix de l’étalon, le produit qui naît est souvent loin de celui qui est espéré. Il y a mille et une façons de choisir un étalon pour sa jument. Certaines sont quantifiées, d’autres relèvent plus de l’expérience ou des habitudes. Explications. Par Sébastien Chauveau

Ce n’est pas une science exacte. Malgré tout le soin apporté au choix de l’étalon, le produit qui naît est souvent loin de celui qui est espéré. Qu’on se le dise, ce n’est pas parce que l’on a choisi le père parfait que l’on aura le poulain parfait. Quoi qu’en pensent certains, que le résultat final revient pour 70 % à la mère et 30 % au père, la génétique, c’est du « 50/50 ». En clair, lorsqu’un animal reproduit, il lègue seulement la moitié de ses gènes. Or, la moitié transmise est aléatoire.

Il y a mille et une façons de choisir un étalon pour sa jument. Certaines sont quantifiées, d’autres relèvent plus de l’expérience ou des habitudes. Il y a pléthore d’étalon sur le marché. Il n’est donc pas facile de s’y retrouver. D’autant que nous n’avons pas, en France, de livre pour lister les critères à prendre en considération. En effet, nous n’avons pas, pour le cheval de sport en tous les cas, comme il peut exister pour certaines races en Hollande notamment, d’indice morphologique. Et nous n’avons pas non plus d’étude ou de manuel sur les résultats de tels ou tels croisements.

Regarder un livret ou un cheval sauter ne suffit pas pour déterminer quel sera l’étalon idéal pour sa jument. D’ailleurs, il n’y en aura jamais. Certes, le choix du mâle est déterminant dans la conception du poulain. Ne serait-ce, que, parce que c’est lui qui laisse les descendants. Mais un bon étalon sans une bonne mère ne fera jamais un poulain sinon parfait, au moins correct.

C’est une réalité, les bons chevaux sont fréquents, les cracks exceptionnels. Le hasard a parfois produit de grands champions, mais ça n’était que du hasard. La génétique est quelque chose de complexe. Choisir un bon étalon demande de l’observation, des connaissances, des finances et un peu de chance.

En pratique


L'examen échographique permet de contrôler la gestation/photo Marysa Merlo



Il existe différents moyens pour concevoir un poulain. La méthode la plus connue est la saillie. Elle peut se pratiquer soit en main, soit en liberté. Ce procédé est celui qui a le plus de réussite.

Plus pratiquée que la saillie, l’insémination artificielle est l’autre grande méthode pour faire naître un poulain. Elle consiste à déposer la semence de l’étalon dans le col de l’utérus de la jument. Le succès dépend partiellement de la récolte. C'est-à-dire si le sperme est frais, réfrigéré ou congelé.

Plus anecdotique que la saillie et l’insémination, le transfert d’embryon est un moyen de conception qui demeure éservé à l’élite. Il s’agit ici de prélever un embryon – déjà fécondé - de la jument donneuse (celle dont on veut un poulain), et de le transplanter dans l’utérus de la receveuse (ou porteuse). Le tarif d’une saillie comme d’une insémination varie en fonction de l’étalon. Peuvent s’y ajouter des frais de mise en place. L’une comme l’autre peut être payable en plusieurs fois, deux voire trois. Quant au coup du transfert d’embryon, il tourne autour des 3000 € (tout compris). Auquel il faut ajouter le prix de l’insémination ou de la saillie.


D’ABORD THEORIQUE


Il faut "déterminer ses objectifs" avant de faire naître un poulain/Photo Marysa Merlo

La première question à se poser lorsqu’on recherche un mâle pour sa jument est de savoir pourquoi on fait naître. Les spécialistes disent qu’il faut « déterminer ses objectifs ». Est-ce pour le plaisir ou pour vendre le poulain ?, pour le sortir en compétition ou faire du loisir ?, pour faire de l’élevage ou améliorer une race ?, etc. Ce sont de ces objectifs que dépend le choix de l’étalon. Si le poulain est appelé à être vendu sous la mère, on privilégiera par exemple un mâle à la mode. C’est vendeur.

Ensuite, il convient d’analyser les qualités et les défauts de sa jument, surtout les défauts, pour tenter de les corriger en choisissant un étalon adapté. Si on s’en tient au principe que ce n’est pas le dernier qui a parlé qui a raison, un tour chez les éleveurs ou sur les terrains de concours peut ici être une aide à la décision. Ainsi, une fois que l’on sait pourquoi on fait naître, et que l’on connaît les qualités et les défauts de sa jument, le choix d’un étalon devient plus simple. Disons qu’il se dessine de manière plus définie. C’est incontournable, le choix est d’abord théorique. Il s’appuie sur des coefficients et des indices, qui peuvent varier selon les races et les disciplines.

D’une manière générale, ce sont les performances sportives du futur élu qu’il faut décrypter. C'est le fameux indice de performance, l’ISO pour le saut d’obstacles entre autres. Il s’applique à tous les chevaux qui sortent en épreuve officielle. L’indice de performance tient compte des résultats individuels sur une période donnée. Il est moyen à 100 ; peu recommandable En-dessous ; exceptionnel à 180.

Un étalon qui n’a jamais fait de compétition n’a évidemment pas d’indice de performance. Il faut alors s’en remettre à un autre indice, celui de la génétique. Il s’agit du BLUP (bilan linéaire universel prévisionnel) : du BSO pour le saut d’obstacles, du BDR pour le dressage et du BCC pour le concours complet. Les poneys et les chevaux d’endurance n’ayant pas encore les leurs pour l’instant. « Le BSO est plus important que l’ISO, souligne Sophie Danvy, ingénieur en recherche et développement à l’IFCE (institut français du cheval et de l’équitation), car il intègre toute la vie sportive des descendents et des apparentés de l’étalon. Alors que l’ISO, lui, ne comptabilise que ses résultats. » Et de poursuivre : « Un étalon peut avoir un super ISO, cela signifie que c’est un performeur. Mais, s’il a un mauvais BSO, cela veut dire que ça n’est pas un grand géniteur. » Le calcul du BSO se fait à partir des performances des descendants et des apparentés. Il a comme valeur de base 0. Cette même base 0 est réévaluée chaque année. On peut considérer que, chez le cheval de sport, un BSO à +30 est excellent.

Il est indissociable des indices précédents. Le coefficient de détermination (CD) accompagne les BSO, BDR et autres BCC. Il les précise. Le CD est un coefficient qui varie de 0 à 1. Il tient compte des informations relatives aux étalons. Plus on a d’information, plus la note est élevée et inversement. Ainsi, à 0, on peut dire que l’indice n’est pas fiable, mais que plus on se rapproche de 1 plus il le devient.

Il y a d’autres critères théoriques pour aider au choix du bon étalon. Ces derniers sont moins officiels que l’ISO et le BSO. On ne les trouve pas nécessairement dans les bases de données habituelles, mais plutôt dans des études ou catalogues annexes. Il y a notamment l’héritabilité. Elle permet de savoir ce que transmet une lignée. Prenons l’exemple du coup de saut : avec l’héritabilité, il est possible de connaître les façons qu’elle a de sauter. Il y a aussi la mesure du tempérament. Certains labels, comme celui des chevaux de loisirs, notent, en plus du dressage de base, le comportement des chevaux. Ils pointent leurs principaux traits de caractère. Ou il y a encore les notes de morphologies et d’allures. Certains stud-books ont leurs exigences en la matière. C’est le cas des Haflinger et de quelques races de chevaux de trait.

Mais voilà, tous ces critères, théoriques, permettent-ils d’avoir à coup sûr le poulain idéal ? « Non !, selon l’ingénieur de l’IFCE. Ce ne sont que des aides techniques. Ils ne font pas tout. Car, si faire naître un poulain ne se résumait qu’à consulter des données, ce serait trop simple. »

CARACTERISTIQUES PHYSIQUES


La réalité du terrain/Photo Marysa Merlo

Aux critères théoriques, s’ajoutent les caractéristiques physiques. Pour choisir un étalon, il ne faut pas s’arrêter qu’à la lecture de données. « Le mâle transmet les aptitudes, mais aussi le caractère », dit Luc Tavernier, éleveur, directeur de centre équestre et auteur du livre « Les indices génétiques ». « Même si toutes les informations théoriques que l’on peut obtenir sur les étalons sont relativement fiables, on ne peut pas oublier qu’elles comportent malgré tout une certaine marge d’erreur. De plus, il faut les exploiter de façon globale. Car, individuellement, elles ne sont pas tellement représentatives. En effet, il est rare qu’un mâle reproduise stricto sensu ce que lui est ou a été. »

C’est pourquoi, Luc Tavernier recommande de ne pas se contenter que de regarder du côté du père. « La mère est aussi importante, est-il persuadé. Il faut que les deux aient des familles suivies. » « Mieux vaut avoir cinq descendants à 120 d’ISO qu’un à 180, poursuit-il. Avec cinq à 120, cela montre qu’il y a un peu de régularité dans les naissances. »

Pour autant, l'éleveur juge que « la vérité se trouve sur les terrains de concours ». Pour lui, c’est là que l’ « on voit les bons étalons ». En tous les cas, « ceux qui sont faits pour produire des poulains de sport ! ».

D’un point de vu pratique, Luc Tavernier estime qu’ « il n’est pas raisonnable de tout vouloir modifier à la fois ». « On ne peut pas en même temps apporter de la taille, corriger le coup de saut, diminuer l’irritabilité, améliorer le cœur, corriger les défauts d’aplombs, etc. Il faut faire des choix. »

L’éleveur est aussi contre le principe de « la carpe et du lapin » (comprenez : des extrêmes). « Lorsqu’on a une petite jument, je pense qu’il est déraisonnable de la mettre à un très grand étalon pour donner de la taille au poulain. Mieux vaut ici choisir un mâle seulement un peu plus toisé que la femelle. Certes, avec un père très grand, le petit sera nettement plus grand que la mère. Cependant, tout aura grandi aussi. Ce qui pourra donner de « drôles » de surprises : des poulains avec des dos ou des membres très longs, des déplacements ou des coups de sauts complètements différents de ceux du père. »

Luc Tavernier est formel : « Il y a des étalons qui ne produisent pas bien. Ils sont connus. » Le BSO est un bon indicateur pour cela. Il permet de savoir si le mâle choisi est un bon reproducteur. Dans ce type de recherche, il faut aussi veiller au taux de fertilité. On les trouve sur haras-nationaux.fr. Enfin, il faut veiller à l’âge des étalons. Il faut éviter les trop jeunes, ceux qui ont moins de six ans vraisemblablement.

L’avis de Grégory

Dollar de la Pierre, par Quidam de Revel & Loripierre/Photo harasdesm.com



Il reste pragmatique. Grégory Mars, le directeur du haras des M, aime voir les étalons qu’il dévolue à ses juments. « Le papier ne suffit pas ». C’est ce qu’il pense. « Je regarde toujours les mâles sur les terrains de concours, confie le directeur. Surtout les jeunes, ceux qui ont peu de références de production. Car, un ISO ou un BSO, ça ne veut pas toujours dire quelque chose. » Grégory Mars peut ainsi suivre un étalon durant une ou plusieurs saisons avant de le mettre à une jument.

« La réussite d’un poulain, c’est un tout », est formel le directeur. « Idéalement, il faut avoir déjà trois ou quatre naissances d’une même jument pour savoir comment elle produit. Cela permet de corriger les défauts. » « Ensuite, c’est un ensemble de choses, poursuit-il. Le papier bien sûr, mais aussi les allures, le caractère, la fertilité ou encore les qualités ostéoarticulaires. »

« On ne gagne pas à tous les coups », jure Grégory Mars. « Lorsqu’un croisement fonctionne bien, je n’hésite pas à le reconduire. Il y a toutefois des étalons avec lesquels ça ne marche pas. » « Je pense qu’il faut une dizaine d’années pour commencer à faire des choix « intelligents », reconnaît-il. Sur les dix à vingt naissances que nous faisons par an, 80 % vont en concours, 40 % sont de bons poulains et 5 % de très bons. »
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 27/04/11