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Rss Poulinage : mère à quel âge


Photo Orient Arabians



D’apparence anodine, la venue d’un poulain demeure toujours un événement. Aux incontournables questions de santé ou de mise bas, se pose régulièrement le problème de l’âge. Tantôt trop jeunes, tantôt trop vieilles, les mères font fréquemment l’objet de discussions amères. Explications d’un naisseur de chevaux, le docteur vétérinaire Frédéric Gabillot. Par Rédaction

De quatre ans à vingt-quatre ans : c’est la fourchette dans laquelle toute jument est susceptible de pouvoir reproduire. En-deçà de cet âge, le poulinage est possible, mais il nécessite quelques précautions. Au-delà, les chances de succès sont plus aléatoires. Bien que, dans certaines races, la reproduction des juments soit possible dès deux ans, la règle est, en général, d’attendre trois ans pour les saillies. Selon Frédéric Gabillot, vétérinaire : « A cet âge-là, trois ans, la date de naissance est un facteur très important. Il est préférable d’attendre que les juments aient leurs trois ans révolus pour les faire reproduire. D’abord parce qu’elles en ont alors presque terminé avec leur croissance. Ensuite parce qu’elles sont à peu près stabilisées dans leur cyclicité. » D’autant que, pour certaines juments, la vie avant trois ans est loin d’avoir toujours été un long fleuve tranquille. Il y a celles que l’on a mises au travail très tôt, à l’entraînement puis en courses par exemple, ou encore celles qui ont été mal-nourries. Aux premières, notre praticien, qui examine près de huit-cents chevaux chaque année, conseille "un arrêt total de l’activité et une remise au calme (au pré) au moins six mois avant le début de la gestation". Aux secondes, il "prodigue un régime alimentaire bien équilibré, avec des apports de vitamines (A et E) et d’oligoéléments".

La puberté et la nubilité


Photo Orient Arabians



La vie génitale de la jument se résume à deux choses : la puberté et la nubilité. C’est entre dix et dix-huit mois qu’a lieu son premier cycle sexuelle. C’est la puberté. Puis, vers trois ans, elle atteint un état de développement qui lui permet de mener à bien une gestation à son terme. C’est la nubilité, qui vaut au moins jusqu’à vingt ans.

Durant toute cette période, la jument manifeste des cycles sexuels. Ils ont lieu pendant les jours croissants, du printemps à l’été. Ils sont irréguliers de février à avril et réguliers d’avril à juin. Ce qui coïncide avec la réglementation des haras nationaux, qui stipule, en vertu d’un arrêté du jockey-club britannique de 1860, que la saison des saillies se déroule du 15 février au 15 juillet. Avant, de novembre à février, c’est l’anoestrus. La jument est sans cycle. Et de mai jusqu’à juillet, sa fertilité et sa fécondité sont optimales.

La durée moyenne d’un cycle est de 21 jours. 16 d’entre eux sont dits dioestrus, ce sont ceux au cours desquels la jument refuse la saillie. Et 5 autres sont nommés d’oestrus, c’est durant ce laps de temps qu’elle l’accepte. C’est ce que l’on dit les chaleurs. C’est durant ces mêmes chaleurs que la jument doit être présentée à l’étalon ou à l’insémination. S’en suivent, en principe, deux échographies : une à 16 ou 17 jours, pour le diagnostic de gestation, et l’autre à 40 jours, pour la confirmation de la gestation.


PAS DE LIMITE MAXIMALE


Photo Orient Arabians

Par opposition à l’âge minimum, il n’y a pas de limite maximale pour faire pouliner les juments. Nombreux sont les éleveurs naisseurs qui font état de naissances de poulains par des mères de plus de vingt-cinq ans. Néanmoins, beaucoup d’études sont formelles : plus les mères sont âgées, plus leur fertilité et leur fécondité diminuent. Et, aussi, plus elles sont âgées, plus l’incidence de la mortalité embryonnaire et les avortements précoces augmentent. Sans parler des risques d’usure physiologique, à commencer par l’usure de la muqueuse utérine. Elle engendre une moins bonne nidation de l’embryon dans l’utérus, qui peut aller jusqu’à la perte d’élasticité de l’artère utérine, provoquant ainsi la mort - par hémorragie utérine - de la jument lors de la mise bas. « Lorsque tout se passe bien, explique le DR Gabillot, dès que le poulain est engagé, c’est-à-dire dès que ses membres apparaissent, il faut moins de dix minutes à la mère pour l’expulser. C’est un effort très violent. Et le risque de défaillance cardiaque, surtout si la poulinière est âgée, n’est pas à exclure. »

Notons qu’il n’y a pas, non plus, de règle en matière de nombre de poulains par jument. Ainsi, ces dernières ne peuvent-elles pas en mettre au monde une bonne douzaine au cours de leur vie de mère. C’est le cas, par exemple, d'El Shaad, une jument pur-sang Arabe de vingt-deux ans, de l’élevage Orient-Arabians, qui en a fait naître quatorze. Michèle Labonne, la responsable de la maison, située en Vendée, raconte comment elle procède : « Je fais saillir mes juments à partir de quatre ans seulement. Pas après, de sorte qu’elles aient les hanches bien souples pour expulser leurs poulains. » « Ensuite, ajoute celle qui, en trente ans, a assisté de A à Z à au moins quatre-vingts naissances, si elles font deux femelles ou si elles sont fatiguées, je les laisse souffler une année. Puis on recommence, jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus pouliner. » « Pour une jument, un poulain par an n’a rien d’anormal, souligne notre vétérinaire, dans la mesure où celle-ci est en bonne santé, qu’elle est bien suivie et qu’elle ne présente pas de souci particulier au poulinage. Toutefois, à terme, avec l’âge et le nombre de poulains portés, la topographie abdominale des poulinières se modifie - par un relâchement des ligaments qui maintiennent les organes abdominaux -, ce qui peut occasionner des torsions du caecum et du côlon et donner des pathologies de coliques. »

PAS DE SURVEILLANCE PARTICULIERE


Photo Orient Arabians

Jeunes ou vieilles, durant leur gestation, les juments ne nécessitent pas de surveillance particulière. Si ce n’est, qu’en dessous de cinq ans, ces dernières n’ont pas tout à fait terminé leur croissance, ce qui implique qu’elles soient nourries en conséquence, comme des jeunes chevaux, en prenant garde à l’équilibre phospho-calcique. Tandis qu’au-delà d’une vingtaine d’années, c’est plus l’assimilation de la ration qui pose problème. Ainsi, nombre de spécialistes de l’élevage confessent-ils distribuer, à leurs vieilles poulinières, des repas - plus fractionnés qu’à l’habitude - de floconnés ou de céréales concassées plutôt que de granulés ou de grains entiers.

En revanche, la lactation est à prendre au sérieux lorsque l’on se décide à faire pouliner une jument. D’après Frédéric Gabillot, « on ne peut guère dire que le lait des jeunes mères est meilleur que celui des plus vieilles ». « Par contre, précise-t-il, ce que l’on sait, c’est que le pic de lactation, qui apparaît à partir du second mois après la mise bas, est plus important sur les juments qui ont pouliné au moins deux ou trois fois que sur celles qui n’en sont qu’à leur première expérience maternelle. » Ce qui est différent pour le colostrum, le premier lait que les poulains doivent boire dans les vingt-quatre premières heures qui suivent leur naissance. « Il est normalement riche en immunoglobulines (anticorps), signale notre homme de l’art. Mais plus les juments vieillissent, moins elles en fabriquent. » Ce qui veut dire que ces poulains-ci sont moins protégés des germes du milieu extérieur (microbes) que les autres, ce qui boivent un bon colostrum. C’est, d’ailleurs, ce problème de transfert d’immunité qui vaut à 6 % d’entre eux de mourir entre 0 et 3 mois.

Mais ce sont en fait les ennuis articulaires qui guettent principalement les poulinières d’un certain âge. "Il faut savoir, qu’à terme, une jument pèse près de 80 à 100 kilos de plus que son poids initial", rappelle le Dr Gabillot. Une surcharge pondérale que les « vieilles articulations » ont parfois du mal à supporter, surtout si leurs antécédents sportifs sont importants. Gageons que, si une jument présente un emphysème chronique, elle pourra, du fait de l’importante compression de son diaphragme, générer, par la place prise par le poulain dans son abdomen lorsqu’elle sera presque à terme, manifester des pathologies respiratoires.

TROIS CENT TRENTE JOURS


Photo Orient Arabians

En moyenne, les juments portent leurs poulains trois cent trente jours. Aucune étude n’aurait, pour l’heure, démontré une quelconque variation en fonction de l’âge des mères. « C’est plus une situation individuelle, affirme notre praticien. Certaines portent, sans que l’on sache vraiment pourquoi, un peu plus ou un peu moins leurs poulains que d’autres. » La gestation pouvant, en effet, varier de dix mois et demi à onze mois et demi.

Par contre, le comportement des juments a bien une incidence, soit sur la gestation soit sur le poulinage. « Le fait d’avoir un poulain dans le ventre en stabilise quelques-unes, les jeunes notamment, a remarqué Frédéric Gabillot. Mais cela peut aussi provoquer l’effet inverse. Par exemple, il y en a, principalement celles dont c’est la première fois qu’elles poulinent, qui n’acceptent pas leur progéniture, pas plus qu’elles acceptent d’être manipulées par l’homme. » C’est la raison pour laquelle notre vétérinaire invite les éleveurs à ne pas s’occuper de leurs bêtes qu’au moment du poulinage.

Quant à savoir si l’on peut faire travailler les juments gestantes, le Dr Gabillot "n’y voit aucun inconvénient", et ce peu importe leur âge, "à condition qu’elles y soient aptes". Et celui-ci de citer : « J’en ai même connu une qui, saillie au printemps, faisait encore des grosses séries de concours complet à l’automne, soit après sept mois de gestation. » Mais notre vétérinaire incite tout de même à la prudence, en recommandant de ne travailler les juments gestantes que jusqu’à "trois ou quatre mois". En précisant : « Plus elles sont âgées, plus elles fatiguent rapidement. » Pour ce qui est de la reprise d’une quelconque activité à l’issue du poulinage, notre thérapeute signale « qu’elle peut se faire sitôt le sevrage (séparation du poulain de sa mère) ». La seule précaution à prendre étant de s’assurer que la jument soit bien tarie, autrement dit qu’elle n’ait plus de lait).

Quelques minutes après la mise bas
Reportage photos/Haras de la Mainguinière





 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 03/11/06