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Rss Poulinage, pas de place au hasard


Un poulain d'une dizaine de jours/Photo Syl Arabians



le moment de la saillie est une étape, cruciale, dans une démarche de poulinage. Présenter Madame à Monsieur ne se fait pas n’importe quand et n’importe comment. Il faut qu’elle soit « prête », pour éviter l’échec. Petits rappels. Par Rédaction

Après le choix de l’étalon, le moment de la saillie est une autre étape, cruciale, dans une démarche de poulinage. Là encore, il ne faut pas faire confiance qu’à la chance. Présenter Madame à Monsieur ne se fait pas n’importe quand et n’importe comment. Il faut qu’elle soit « prête », pour éviter l’échec.

Mais avant, il en va des règlements. En France, les juments ne peuvent pas être « remplies » tout le temps. Les Haras nationaux ont fixé, depuis longtemps, leur période de reproduction. Elle s’échelonne de la mi-février à la mi-juillet à peu près. Ce qui ne veut pas dire, que, physiologiquement, les juments ne sont pas fécondes en dehors de ces limites administratives. C’est juste que cette règle ne s’applique qu’aux étalons publics. Car, pour les privés, les saillies ont lieu au moins jusqu’à la fin de l’été. A l’étranger, elles se font même parfois toute l’année.

Entre le calcul du cycle de la jument et les recherches sur la génétique du futur prétendant, il peut s’écouler plusieurs mois. Il ne faut donc pas s’y prendre trop tard pour « mettre en route » un poulain. Il faut s’intéresser aux étalons durant la précédente saison de monte. Cela permet de choisir le « siens », de réserver « ses » saillies, voire de changer de géniteur si besoin.

OVAIRES EN SOMMEIL


Claire Bresson/Photo haras de Gravelotte

L’activité ovarienne des juments, donc la possibilité de féconder, est en partie régulée par la longueur du jour. En hiver, l’hypothalamus et l’hypophyse (glande endocrine du cerveau) reçoivent peu de stimulations du fait de la faible durée du jour. Les ovaires restent alors en sommeil. Ces derniers se réveillent quand les jours rallongent. En clair, il y a moins de garantie à présenter une jument à la saillie au mois de février qu’au mois de juin.

Il est toujours possible de s’en remettre à la lumière artificielle pour induire la fertilité de ces dames. « Moi, j’utilise l’éclairage des boxes, tout simplement ! », confesse Claire Bresson, inséminatrice aux haras de Gravelotte, près de Paris. Le principe est simple : les lampes recréent un ensoleillement, de sorte à stimuler l’hypophyse. En exposant une jument à la lumière près de quinze heures par jour (éclairage artificiel de 7h00 à 10h00, puis lumière du jour puis re-éclairage artificiel de 17h00 à 21h00) pendant au moins trente-cinq jours, on est sûr qu’elle présente une activité ovarienne soixante-dix jours après le début du traitement lumineux.

Cette stimulation n’est intéressante que si l’on aspire à faire naître un poulain tôt dans l’année. Un choix qui peut être motivé par différentes raisons. La plus évoquée reste celle du développement du poulain. Avec une conception à la mi-mars, cela donne une naissance à la mi-février de l’année suivante. Autrement dit, un poulain qui naît au 15 février aborde son premier hiver plus facilement qu’un autre qui voit le jour au 15 août. « C’est d’autant plus vrai, qu’au printemps, l’herbe est plus nutritive qu’à l’automne », souligne l’inséminatrice, qui fait aussi naître une vingtaine de poulains par an.

La vie en groupe serait un autre moyen de redonner de la vigueur aux ovaires des poulinières. En les parquant toutes ensemble, cela provoquerait une certaine émulation. Une émulation qui pourrait être due à une production accrue de phéromones. Pratique, cette motivation, quand on a plusieurs juments à faire « remplir » à la fois. Car il semblerait, qu’en évoluant en troupeau, celles-ci seraient souvent cyclées en même temps.

Outre les lampes, il y a la patience. Puisque, au printemps, la lumière du jour allant en augmentant, elle stimule naturellement les ovaires. Mais voilà, ce serait un peu vite oublier l’importance qu’il faut accorder à l’état général des juments dans le processus de fécondation. « Lorsqu’elles sont stressées, maigres, pas vaccinées, pas vermifugées... ça ne fonctionne pas, assène Claire. De même qu’elles ne sont pas très réceptives à refaire des petits lorsqu’elles en ont perdu un l’année d’avant. » Faire couvrir les juments assez tard dans la saison peut convenir aux poulinières qui ont un peu d’âge, ou encore à celles qui ont du mal à « prendre ». Attention, toutefois, un poulain qui naît aux beaux jours signifie qu’il devra être sevré en hiver. Et cela coûte cher.

Pas de protocole vaccinal


Dans le travail, les juments peuvent être entravées/Photo Marc Barbotin



Hormis la vaccination contre la grippe, qui est obligatoire dès lors qu’un équidé quitte son domicile, il n’y a pas de protocole vaccinal national pour faire inséminer ou saillir une jument. Ce sont les stud-books qui décident. Quelques-uns n’exigent rien. D’autres, au contraire, imposent des tests (de MST notamment). Idem pour ce qui est de l’hygiène sanitaire, tout dépend des établissements. Globalement, la vulve des juments est nettoyée avec des antiseptiques, puis bien rincée. Tandis que la verge des étalons l’est seulement avec de l’eau claire, car l’emploi des mêmes antiseptiques est ici proscrit. Les manipulations se font avec des gants. Et, pour limiter les accidents, les juments sont déferrées et contenues (en principe dans un travail).


EN FRAIS, EN REFRIGERE OU EN CONGELE


Une insémination/Photo Marc Barbotin

Une fois bien motivées, ces dames peuvent être fécondées. Les progrès en termes d’insémination sont si réels que les juments peuvent maintenant être « remplies » de différentes manières. Reste, qu’une fois encore, ce sont les stud-books qui fixent les règles. A l’instar des juments purs-sang, qui, par exemple, ne peuvent être « remplies » que de façon naturelle. Cela veut dire que l’insémination leur est interdite.

Cependant, c’est bien la monte naturelle qui demeure le moyen le plus normal de faire des petits. Il n’empêche, la monte naturelle est de plus en plus évitée. Elle peut être traumatisante pour les juments. Et avec elle, le risque de MST (maladies sexuellement transmissibles), comme la métrite contagieuse ou l’artérite virale, est augmenté. Par contre, faire couvrir une jument accroît un peu ses chances de féconder, car, avec cette technique, le sperme de l’étalon n’est pas manipulé. De plus, l’act provoquerait une excitation sexuelle. Du coup, les spermatozoïdes migreraient mieux. La monte naturelle est à envisager particulièrement avec les vieilles juments, car elles ont quelquefois du mal à « prendre ».

C’est, à présent, l’insémination qui est plutôt utilisée pour concevoir des poulains. Outre les Haras nationaux qui la pratiquent, beaucoup de structures privées l’exécutent aussi. En frais, en réfrigéré ou en congelé, les techniques d’inséminations sont principalement fonction de la disponibilité de la semence et du stationnement des étalons et des juments. Explications : le sperme est d’abord récolté soit sur des mannequins, soit sur des juments. Il est ensuite dilué dans du lait - demi-écrémé - additionné d’antibiotiques. Pour finir, la semence est placée dans l’utérus des juments. L’opération est rapide et indolore.

Poulain par procuration


Le transfert d'embryon ne peut être effectué que par un vétérinaire/Photo Marc Barbotin



Assurer la descendance d’une jument qui concourt à haut niveau ou d’une qui a des soucis de santé est possible. Il y a également moyen qu’une seule mère fasse en une année plusieurs petits. C’est « le transfert » (d’embryon) qui permet ces prouesses. Huit jours après une insémination ou une saillie, le vétérinaire pratique un rinçage utérin. Il en récupère l’œuf (l’embryon), qu’il réimplante dans un autre utérus, celui d’une mère porteuse. N’importe quelle jument - qui en a la santé et qui ne vient pas juste de pouliner - peut offrir ses services. Mais ce n’est pas gratuit. Il faut compter autour de 3.000 € pour louer le ventre d’une jument. Auquel s’ajoutent les frais habituels à la conception d’un poulain : récolte (ou frais techniques), 300 € en moyenne ; insémination, entre 150 et 200 € ; échographies, autour de 200 € ; et bien sûr la saillie, qui n’a pas de prix.


Certes, le sperme frais peut être utilisé sans être dilué. A condition que les juments à inséminer soient à proximité de la récolte, car cette semence-là ne se conserve pas. Elle a en revanche l’avantage de ne pas provoquer de réactions de l’utérus.

Traité, au lait et aux antibiotiques, ce sperme-ci se garde quelques heures à 4 degrés. Il y a mieux. Après une préparation particulière, il peut être gardé - dans l’azote liquide - sans limite. En termes de résultats, les spécialistes l’avouent à demi-mots, « deux clients sur trois sont « satisfaits » avec l’insémination ». Ce qui veut dire qu’il y en a encore un sur trois qui ne l’ « est » pas.

Le conseil du professionnel


Une monte naturelle/Photo Marc Barbotin



L’étalonnier peut être de bon conseil. Si, dans la mesure où la gestation et le poulinage se sont bien passés, il n’y a pas, a priori, de risque à faire « remplir » une jument sitôt la mise bas, c'est-à-dire sur les chaleurs de lait, il peut y en avoir à mélanger tout et n’importe quoi. Certains disent que « le poulain se fait au moule ». François Noël, ex-étalonnier et aujourd’hui chef de secteur au Haras national du Pin (Orne), lui, ne voit pas les choses comme cela. « Je ne conseille jamais de faire saillir une petite femelle par un gros mâle, explique-t-il. De même que je ne suis pas favorable à ce qu’en soit mise une à la reproduction dès l’âge de deux ans. » Pour l’équilibre des qualités et des défauts, il se dit qu’il faut mette : sur une jument chaude (comprenez : énergique), un étalon froid ; sur une mère au dos long, un père au dos court ; sur une jument de petite taille, un étalon de grande taille, etc.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 22/04/08