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Rss La mise bas, moment clé du poulinage


Une échographie/Photo Marysa Merlo



Une fois conçu, un poulain met presque une année pour venir au monde. Encore faut-il que les choses se passent bien. Il arrive quelquefois que la mère le perde. Ou qu’il vienne avant ou après le terme. Voici comment se tenir près. Par Sébastien Chauveau

Une fois conçu, un poulain met presque une année pour venir au monde. Ca, c’est à condition que les choses se passent bien. Car il arrive, quelquefois, que le petit n’aille pas jusqu’à son terme et que la mère le perde. En fait, le taux de réussite à faire pouliner une jument est d’environ 60 %.

La durée de gestation est, ici, assez longue. Elle est de trois-cent-trente-cinq à trois-cent-quarante-deux jours. En-dessous de trois-cent-vingt, la viabilité du rejeton est à craindre. Et jusqu’à trois-cent-soixante, elle n’est pas spécialement inquiétante, à condition que la mère et le petit se portent bien.

C’est une fois que la jument ne marque plus les périodes d’oestrus qu’il faut, en principe, en déduire qu’elle est gravide (ou « pleine »). En théorie, les juments qui sont bien cyclées ont des chaleurs qui durent une semaine et qui reviennent tous les quinze jours. Pour savoir si elles en ont encore, outre la surveillance visuelle, le recours au mâle souffleur peut être d’une bonne aide. Reste que toutes ces petites méthodes ne sont pas extrêmement fiables, surtout si les chaleurs ne sont pas très marquées.

C’est pourquoi, il est préférable d’appeler le vétérinaire pour poser le diagnostic de gestation. D’une part, il peut s’assurer que la jument est « pleine » en procédant à une palpation transrectale. Cet examen donne un aperçu de la tonicité et de la forme de l’utérus. D’autre part, il peut exécuter une échographie. C’est cette exploration qui demeure la plus crédible ici. En dépit de ses quelques risques.

La première échographie a lieu une quinzaine de jours après l’ovulation. C’est, ensuite, une affaire de moyens. « Il est bien d’en faire une autre à quarante-cinq jours, dit Aude Giraudet, vétérinaire. Autrement, si tout va bien, il n’y a pas d’autres examens à effectuer, si ce n’est, éventuellement, un contrôle de gestation par simple palpation transrectale, un peu plus tard. »

PAS DE BESOIN SUPPLEMENTAIRE


Photo DR

Durant les neuf premiers mois de la gestation, la poulinière n’a pas de besoin supplémentaire. Une alimentation équilibrée lui suffit. C’est lors des trois derniers mois que la mère doit davantage être suivie. Car, c’est pendant cette période-là que le foetus grandit, il peut prendre une quarantaine de kilos. Des aliments enrichis en protéines et des compléments minéraux vitaminés (CMV) doivent donc être rapportés à la ration de base. Méfiance aux excès : trop maigres, les poulinières sont moins fertiles ; trop grasses, elles font des petits chétifs.

Quand elle est « pleine », une jument peut vivre normalement durant les quatre premiers mois de sa gestation. Elle peut travailler. Elle peut aussi jouer avec ses congénères au pré. Malgré tout, il faut le savoir : c’est pendant ces mois-là que la menace d’avortement est la plus grande. Passée cette période, il devient nécessaire de mettre la future mère plus au calme. Il faut lui éviter les compagnons violents. Il est important que son environnement soit le même tout le temps, car elle doit établir ses repaires, entre autres l’endroit où elle mettra bas.

Il n’y a pas plus de péril à ce que la naissance d’un poulain se fasse au boxe plutôt qu’au pré. « Sauf s’il fait trop froid, tempère le Dr Giraudet. Pour éviter les risques d’hypo-thermie, il est alors mieux que le poulinage est lieu au chaud. » S’il se fait à l’intérieur, il faut juste que le boxe soit suffisamment grand pour que la jument puisse se tourner. Quatre mètres par quatre semble là une bonne taille. Il convient, dans ce cas, de penser aussi à la litière. Un paillage épais, « en bateau » (qui remonte sur les côtés), est parfait. Car il ne faut pas oublier, qu’avant de se tenir correctement debout, le poulain chute souvent.

Si le petit doit naître au pré, il est indispensable d’écarter le danger. Le lieu doit être plat, assez vaste, mais surtout sans trou d’eau, le poulain pourrait se noyer, et sans fils barbelés, il pourrait se blesser. Comme n’importe quels chevaux qui vivent à l’extérieur, la mère et son rejeton doivent pouvoir s’abriter des intempéries. L’idéal est qu’ils aient un abri de pré, grand comme un boxe de poulinage.

Peu importe où il naisse, le poulain doit arriver dans un milieu sain. En plus de la litière, qui doit être bien faite, les mangeoires, seaux et autres abreuvoirs doivent être désinfectés. C’est important, car, c’est dans les dix premiers jours de sa vie que le petit est le plus vulnérable aux maladies.

Les soins du poulain


Boire, déféquer et uriner, c'est ce que doit faire au plus vite le poulain/Photo haras de Gravelotte



  • Le méconium (premier excrément) doit être évacué dans les premières heures de la vie du poulain.
  • Les muqueuses jaunes, la distension abdominale ou encore la constipation sont, chez le poulain, des symptômes qui obligent à une consultation vétérinaire.
  • La température rectale d’un poulain, d'ordinaire à 38,5 degrés, n’est pas si significative que celle d’un cheval adulte. Le petit, lui, peut tout à fait manifester une infection sans fièvre.
  • Jusqu’à ce qu’il soit totalement sec, le cordon se désinfecte deux à trois fois par jour soit avec de la chlorhexidine diluée à 0,5 %, soit avec de la teinture d'iode mélangée à de l'eau stérile à 2 %.
  • Tout dépend de sa promiscuité et de ses mouvements (s’il change de lieu notamment), un poulain peut ou non être vacciné contre la grippe. Dès l’âge de deux mois, s’il n’a pas pu absorber le colostrum de sa mère ou si celle-ci n’a pas été immunisée. A partir de cinq mois autrement. Quant au tétanos, il n’est pas non plus obligatoire pour les petits. Mais il est vivement conseillé, dès les premières heures de vie, comme l’est la protection contre les maladies néo-natales.
  • A partir de l’âge d'un mois et demi, un poulain peut être vermifugé entre trois et quatre fois par an : en novembre et en février, avec de l’avermectine ou de l’ivermectine ; en juin et en septembre, avec du pyrantel ou des benzimidazoles.


LA FINALE DU POULINAGE


Traction d'un poulain/Photo haras de Gravelotte

La mise bas est un peu la finale du poulinage. C’est, évidemment, le moment le plus attendu du naisseur. Avant cela, il faut être capable de détecter les premiers signes de la sortie de la star. Certes, ils sont nombreux, mais pas tous synonymes d’une arrivée imminente.

A commencer par la date du terme, elle oscille à quinze jours près. C’est pareil pour l’allongement de la vulve. Elle n’est pas une indication hyper-précise. Celle qui l’est, par contre, c’est la montée de lait. Dès que les sécrétions mammaires viennent, c’est presque l’annonce du terme, au maximum sous une semaine.

Plus précisément, c’est la perte du lait qui doit interpeller le naisseur. Dès qu’elle commence, le poulain peut naître dans les trois jours. En fait, c’est surtout quand les mamelles de la jument « cirent », c’est-à-dire qu’elles laissent échapper ce liquide blanc et visqueux, qu’il faut sérieusement se préparer. Car Madame peut alors mettre bas dans les six à quarante-huit heures plus tard.

Au-delà de la « cire », ce sont des signes comme la sudation et l’agitation qui doivent éveiller l’attention. Bien souvent, ils précèdent la phase d’expulsion du poulain. Normalement, le travail commence par les contractions abdominales. Il se poursuit par la sortie du premier pied du poulain, puis du second. Dans cette étape de la mise bas, normalement, la jument est couchée.

Après les deux pieds, c’est à la tête et aux épaules de venir. En même temps qu’ils arrivent, se produit la rupture de la membrane amniotique. C’est à partir de ce moment-ci que la traction du poulain est possible. « A condition de savoir la faire !, prévient la praticienne. Car, si on ne sait pas, on ne touche pas. » Tirer un poulain est une opération délicate. Elle ne doit se faire que vers le bas, et en suivant les contractions de la jument. En sortant du ventre de la mère, le poulain rompt généralement le cordon. Si ce n’est pas le cas, il ne faut pas le couper, il finit toujours par tomber seul.

Une mise bas normale dure entre vingt et trente minutes. « Passé ce délai, il faut appeler le vétérinaire, insiste le Dr Giraudet. Un poulain qui tarde à sortir peut vite mourir. » Néanmoins, dans 80 % des cas, la mise bas a lieu la nuit et se déroule sans souci. Dans un premier temps, mieux vaut éviter d’intervenir, pour ne pas gêner la jument. Ce qui doit inciter à l’aider, et particulièrement à appeler le vétérinaire pour éviter la césarienne, ou pire l’embryotomie (la découpe du poulain dans le ventre de la mère), c’est une jument qui montre tous les signes d’un travail (de mise bas), mais où rien ne se passe. Il faut craindre la torsion utérine, qui empêche le poulain de sortir. C’est aussi une position anormale du petit, par le dos ou par les quatre pieds par exemple. Il peut mourir, et la mère aussi. C’est également une attitude de la jument, qui reste couchée ou qui ne pousse pas, voire qui se lève et se couche sans arrêt. Ou encore, c’est un placenta qui ne se délivre pas au plus tard trois heures après la mise bas. Il y a, là, un risque d’infection, qui peut être grave.

Mais, on l’a dit, la grande majorité des mises bas se déroulent bien. Dès qu’un poulain débarque dans notre monde, sa mère le lèche et le réchauffe vigoureusement. Très vite, elle lui indique le chemin de ses mamelles, car il doit boire le plus vite possible son premier lait, le colostrum, qui l’immunisera des maladies. Ensuite, c’est le début de la vie. Le poulain apprend à tenir debout et à marcher. Ca lui prend que quelques heures seulement. Puis, il faut qu’il passe la première semaine sans problème. Il sort alors du stade néo-natal et entre dans celui du foal.

Formalités


Tous les équidés de notre pays doivent être pucés, vaccinés et identifiés/Photo DR



Dès le premier saut, l’étalonnier établit un certificat de saillie. Il le remet au gardien de la poulinière. C’est ce même document qui, au besoin, sert pour les autres sauts. Parallèlement, une attestation est aussi rédigée par celui qui procède à la saillie ou à l’insémination. A son verso, se trouve un formulaire, que le gardien de la future mère doit absolument retourner aux Haras, qu’elle soit « pleine » ou pas.

Une fois le poulain né, une première déclaration, dite « sous la mère », doit être faite - avant le 31 décembre de son année de naissance - par un agent des Haras. Si le petit est issu d’une insémination, un contrôle de filiation (par une prise de sang) peut être réalisé. Ce n’est qu’à ce moment-là (quand il a été déclaré sous la mère) qu’un poulain peut être inscrit à un stud-book, et qu’il peut disposer d’un livret signalétique. Reste ensuite à le confirmer. Cela consiste en une vérification graphique, qui doit être faite au plus tard sous dix-huit mois. Enfin, déclaré et signalé, le poulain peut être répertorié au système d’information relatif aux équidés (SIRE).
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 29/05/08