
Pieraz Cryozootech Stallion, clone de Pieraz, le célèbre cheval d'endurance/Photo Cryozootech
INTERVIEW : De nombreux mystères entourent le clonage. Depuis la première carpe née de cette technique, en 1963, bien du chemin a été accompli. Les procédés ont évolué. Beaucoup d’autres animaux ont été clonés. Pourtant, cette méthode de reproduction assistée par l’homme interroge encore. Eric Palmer, physiologiste de renommée internationale, dirige le seul laboratoire de clonage du cheval en France. Il répond à nos questions. Propos recueillis par Sébastien Chauveau
VETOCHEVAL. - En quoi consiste le clonage ?
ERIC PALMER. - Ce procédé de reproduction consiste à faire naître une ou plusieurs copies génétiques d’individus, d’équidés en l'occurrence. Il s’agit en fait de transférer le noyau d'une cellule différentiée (adulte) du modèle à cloner dans un ovule de jument dont le propre noyau a été préalablement éliminé. L'embryon ainsi reconstitué est cultivé en laboratoire pendant quelques jours, puis reporté de manière classique, autrement dit selon la technique de transfert habituelle, dans une jument receveuse qui le porte pendant la gestation et l'allaite comme n’importe quel autre poulain.
VTCHL. - Depuis combien de temps les équidés sont-ils clonés ?
E. P. - Le premier poulain, Prometea, est né en 2003. Le second, Pieraz-Cryozootech-Stallion, a vu le jour deux ans plus tard. Les deux vivent toujours.
VTCHL. - Quel est l'intérêt du clonage ?
E. P. - Il est essentiellement à but génétique. Entre autres, pour reddonner de la fertilité à des sujets subfertiles ou stériles, c’est-à-dire qui produisent peu ou pas du tout. Mais, là ou le clonage demeure le plus intéressant, c’est lorsque les hongres ont montré une qualité exceptionnelle et que l’on souhaite les « faire reproduire ».
VTCHL. - Peut-on tout cloner ?
E. P. - Oui. Mais l'intérêt génétique reste malgré tout à la copie de hongres. Celle de juments et d’étalons (subfertiles ou âgés) vient ensuite. Cela dit, le clonage peut-il aussi concerner les poulains.
A savoir
Source Cryozzootech |
TROIS GRANDES PHASES

Une biopsie/Photo Cryozootech
VTCHL. - Comment, techniquement, se passe une opération de clonage ?
E. P. - Premièrement : nous collectons un petit morceau de peau, en principe sur le poitrail. Le geste (la biopsie, ici) est indolore, puisque réalisé sous anesthésie locale. S’en suit un examen sanguin, pour la détermination de la carte d’identité ADN, et l’extraction des fibroblastes, les cellules de soutien de la peau, que nous mettons en culture. Une fois les mêmes cellules reproduites, nous les mettons en paillettes et les congelons, comme nous le ferions pour du sperme, c’est-à-dire dans de l'azote liquide.
Deuxièmement : une fois que la décision de cloner est prise, nous préparons simultanément les cellules décongelées et recultivées, ainsi que les ovocytes obtenus en laboratoire et maturés in vitro. La maîtrise du synchronisme des cycles cellulaires est en l’espèce primordiale. Puis, nous passons à la micromanipulation. Elle consiste à enlever le noyau de l’ovule et à injecter le noyau dans la cellule de cet ovocyte énucléé. La taille des ovules et des cellules étant de l’ordre de 10 (les fibroblastes) à 100 (l’ovocyte) microns et la structure des noyaux que l’on souhaite manipuler difficile à visualiser, toutes ces opérations nécessitent des équipements très sophistiqués.
Troisièmement : nous transferrons l’embryon (le clone) dans la jument receveuse. Comme la gestation et le poulinage, il s’agit d’une opération qui est des plus classiques.
VTCHL. - Quelles sont les races qui sont les plus clonées ?
E. P. - Aux Etats-Unis, ce sont les quarter horses spécialisés en cutting horse. Tandis qu’en Europe, ce sont principalement les chevaux de sports.
VTCHL. - Morphologiquement et sportivement, le clone est-il la copie conforme de son modèle ?
E. P. - Non. La copie n'a que les gènes de l’original. Sachant que ceux-ci ne sont responsables que de 30 % de la performance, il n’est pas possible de promettre au clone la même carrière que celle de son modèle. Quant à la transmission de la ressemblance physique, elle relève de multiples facteurs, la variabilité de l'environnement et les diverses subtilités génétiques notamment.
VTCHL. - Quelle est la durée de vie d'un clone ?
E. P. - La gestation et le nouveau-né connaissent ici un fort taux de mortalité. Après (comprenez passée la période périnatale), l'espérance de vie du clone est identique à celle du « poulain ordinaire ».
VTCHL. - Combien coûte une campagne de clonage ?
E. P. - En 2008, elle se situait autour des 250.000 euros. En 2009, il faudra compter 200.000 euros. Cette baisse des tarifs s’explique par l’amélioration des rendements.
VTCHL. - Quel est le devenir du clonage ?
E. P. - Je le vois comme un outil supplémentaire pour les éleveurs. Je conçois que, compte tenu de son coût, il est réservé aux chevaux d'élite. Reste que le même coût est supportable pour qui veut créer un étalon d'un prix dit "dans le marché". Prenons l’exemple de Cryozootech-Stallion : ses saillies seront au tarif de 3.000 euros, et, en syndication, de 6.000 euros la part, avec une saillie annuelle durant toute la vie de l’étalon.
Le récit de Xavier Marie Xavier Marie dirige le haras de Hus, près de Nantes, en Loire-Atlantique. Cette maison aux deux cents chevaux et au mille saillies par an est devenue une institution dans le monde entier, tant dans le domaine de l’élevage que dans celui de la compétition. Deux clones y sont nés. Pas de n’importe qui, de Poetine, ex-champion d'allemagne de dressage. « J’avais acheté cette jument sur saisie. Parce qu’elle était très bonne, mais parce qu’elle était magnifique aussi, confie Xavier Marie. C’était un « miracle sportif ». Elle était belle, gracieuse et intelligente. C’était une jument comme on en rencontre peu dans sa vie. » Mais voilà, Poetine est morte d’une fourbure des deux antérieurs un mois après être arrivée au haras de Hus. « Bien que je n’étais pas favorable au clonage, que je trouvais aller à l'encontre de la génétique, j’avais pris soin de réaliser une biopsie avant que ma jument parte », explique M. Marie. « Nous comptions beaucoup sur elle pour faire la base de notre élevage, poursuit-il. C’est, donc, en plus de la raison affective et économique, la raison génétique qui nous a amenés à nous lancer dans l’aventure du clonage. » L’opération a eu lieu il y a trois ans. Plusieurs juments ont été inséminées, seules deux ont retenu leur poulain. Deux pouliches sont nées, sans souci particulier. « Elles ressemblent, presque, comme deux gouttes d’eau à leur modèle, avoue Xavier Marie. Presque, car il y en a une qui à une locomotion un peu moins bonne que l’autre. Et, physiquement, les deux ne sont pas tout à fait identiques. » Pour M. Marie, le clonage reste un act « relativement déraisonnable ». « On ne peut guère imaginer une rentabilisation économique avec cette technique », pense-t-il. C’est la raison pour laquelle il n’a pas l’intention d’y recourir, tout du moins tout de suite. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 18/11/08






















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