
Photo Jean Servantie
Elle a fait preuve de son efficacité. L’acupuncture provoque des réactions physiologiques incontestables sur certains organes. De la locomotion à la digestion en passant par la respiration ou encore la reproduction, les pouvoirs des petites aiguilles sont multiples. Par Sébastien Chauveau
L’acupuncture est une médecine préventive et curative. Elle soigne en douceur. Cette thérapie fait partie des médecines traditionnelles chinoises. Elle est une science qui repose sur l’équilibre des énergies des organes vitaux du corps, qui se répartissent entre le Yin et le Yang.
Durant longtemps, la véracité de l’acupuncture a été mise en doute. Mais, diverses études sont venues montrer que cette façon de soigner provoquait des réactions physiologiques incontestables sur des organes tel que le cerveau, et qu’elle pouvait donc être intéressante en traitement complémentaire des affections ostéoarticulaires, musculosquelétiques, respiratoires, digestives ou reproductrices. « On peut la pratiquer sur tous les chevaux, pour peu que les lésions ne soient pas installées, affirme Jean Servantie, vétérinaire pratiquant l’acupuncture. Personnellement, j’en soigne beaucoup, qui viennent du milieu des courses, essentiellement pour des problèmes locomoteurs. »
C’est bien ce que « regrettent » les spécialistes de l’acupuncture, à l'instar de tous ceux qui soignent par les médecines alternatives, c’est que le recours à cette approche médicale est souvent celui du dernier choix ou de l’a priorri. « Comme s’il n’y avait que les boiteries qui pouvaient être traitées par cette thérapie !, s’offusque Jean-Claude Colombo, lui aussi vétérinaire soignant par acupuncture. Alors que beaucoup d'affections chroniques peuvent l'être également. »
CINQ MILLE ANS

Photo Jean-Claude Colombo
L’acupuncture vient des mots latins « acus » (pour pointe) et punctura (pour piqûre). Cette médecine daterait d’au moins cinq mille ans. Quant à l’acupuncture d’aujourd’hui, elle prend sa source dans des écrits des années 200 avant Jésus--Christ. Ce sont en fait des missionnaires français qui, en la découvrant, au XVIIe siècle, l’ont nommé ainsi. Avant que, dans les années 1850, plusieurs praticiens européens s’y intéressent vraiment.
En médecine vétérinaire, les chinois ont utilisé l’acupuncture très tôt pour guérir les coliques et les fourbures. Tandis que dans nos contrées occidentales, particulièrement en France, cette thérapie n’a fait son apparition sur nos animaux que dans les années 1970. Elle est encore assez peu développée chez nous. Il faut dire que son enseignement, comme celui des médecines parallèles en générale, pénètre timidement nos institutions.
L’action thérapeutique de l’acupuncture passe via des aiguilles en acier que le praticien applique - à une profondeur qui dépend de la maladie et des effets souhaités - sur des points précis. « Ce n’est pas anodin, prévient le Dr Colombo. Puisque, sur les chevaux, nous utilisons des aiguilles de 80 à 120 millimètres. » Ce qui veut dire qu’il vaut mieux être bien formé pour pratiquer cette médecine, car les risques existent. « Pas spécialement d’asepsie, rassure le praticien. Mais plutôt de toucher à un nerf ou de perforer un organe. »
En pratique Il n’est pas nécessaire de mettre son cheval au repos après une séance d’acupuncture. Plus la pathologie est lourde, plus elle nécessite de séances. Leur nombre peut atteindre dix, séparées de quelques jours de repos. Le tarif d’une consultation d’acupuncture oscille entre 90 et 120 euros. |
Les points d’acupuncture correspondent à des méridiens (ou canaux). Ce sont eux qui transportent le fameux Yin ou Yang. « Sur les chevaux, ils se situent majoritairement sur la ligne du dos et aux extrémités des membres », explique Jean-Claude Colombo. Comme la maladie se traduit par un excès ou une insuffisance de l’une des deux énergies, le rôle des aiguilles est de rétablir la circulation de celles-ci.
En principe, l’acupuncture n’est pas douloureuse pour les chevaux. « Reste qu’il y en a qui peuvent ne pas se laisser faire ou ne pas y être réceptifs », avoue le soignant. La stimulation d’un point peut durer de quelques secondes à plusieurs minutes. Les effets secondaires de cette médecine sont rarissimes. Quant aux résultats, ils varient selon la pathologie à traiter, mais ils peuvent parfois être très rapides, notamment dans le cas d’arthralgie, de cervicalgie ou de gastralgie. Et Jean-Claude Colombo de pointer : « On sort souvent de l’impasse, quand la médecine allopathique ne peut plus rien. »
Témoignage Elle fait régulièrement appel aux médecines parallèles. Karine Tavignot dirige un élevage d'Andalous, qui ne compte pas moins de trente têtes. Elle est venue à l’acupuncture un peu par hasard. C’était il y a quelque temps déjà. L'un de ses chevaux était sérieusement atteint d’un emphysème, pour lequel aucun traitement allopathique ne fonctionnait. « J’ai alors décidé d’essayer l’acupuncture, se souvient-elle. Le vétérinaire est venu. Il a planté quelques aiguilles sur mon cheval, et tout est allé mieux très vite, c’est-à-dire dans les dix minutes qui ont suivi. » Depuis, Karine s’en remet régulièrement à ce vétérinaire, qui pratique aussi l’ostéopathie et prescrit de l’homéopathie et de la phytothérapie. « C’est lui qui décide de la meilleure thérapeutique à appliquer en fonction des cas (essentiellement des pathologies respiratoires, de croissance ou de comportement), commente-t-elle. Je ne le sollicite pas pour qu’il fasse telle ou telle médecine. Bien que ce soit avec l’acupuncture que j’ai pu remarquer les meilleurs résultats. » Malgré son attachement aux thérapies alternatives, Karine n’exclue pas la médecine « classique ». Elle l’utilise toujours, en première attention comme pour traiter les pathologies graves. Elle pense « qu’il ne faut pas s’installer dans un carcan. Et qu’il y a du bon dans chacune des thérapies. » |
Ecrit par: Rédaction, Le: 12/12/07






















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