
Photo Marysa Merlo
REPORTAGE : Le cheval de sport nécessite une attention particulière. Chaque année, dans son centre de thalassothérapie pour équidés, Francis Gamichon soigne, rééduque et remet en forme les meilleurs spécimens du monde équestre français. Au programme : travail au pas, trottings et applications d’argile. Par S. C.
Entre Granville et Coutances (Manche), Bréhal est l’une des rares communes de France à posséder son centre de thalassothérapie pour chevaux. Les Ecuries des Mielles sont installées dans ce petit pays de haute Normandie depuis 1990. Certes, la bâtisse est sans grand caractère, mais elle est située à proximité de la mer. Ce ne sont pas moins de quarante boxs, répartis sur quatre hectares, qui accueillent ici toute l’année ces drôles de curistes.

A presque cinquante ans, Francis Gamichon pense encore à longueur de temps aux chevaux. Ce n’est, en fait, que vers quatorze ans qu’il découvre réellement les joies de l’équitation. Tandis que les cavaliers de son âge s'exhibent sur le sable des carrières, lui, réalise ses prouesses sur celui des plages du bord de mer. Passionné par son sport, il stoppe ses études en classe de seconde, pour ne se consacrer qu’à ce qu’il aime : le CSO et, plus particulièrement, le travail des jeunes chevaux.
Fils de vétérinaire, Francis est aussitôt emprunt par son père, alors installé à Granville, des bienfaits de la mer sur l’organisme de ces animaux. Il met rapidement en pratique les grandes théories paternelles. Avec une trentaine de jeunes chevaux sous sa coupe, Francis Gamichon enchaîne brillamment les concours. Il reste dix années en première catégorie, et participe à quelques épreuves internationales. Tout roule, jusqu'à ce qu'un accident vienne interrompre sa carrière de cavalier professionnel. Il se fracture grièvement le col du fémur, et est obligé de réduire considérablement son activité.
Pour cet amoureux des chevaux et de la mer, la création d’un centre de thalassothérapie pour chevaux devient dès lors une évidence. Pour acquérir son nouvel "outil", au pied de la plage, Francis vend son ancienne propriété située dans les terres granvillaises. Son nouveau bâtiment est à présent une ancienne écurie de trotteurs. Coïncidence, c'est précisément les trotteurs qui ont été ses premiers clients. Mais, depuis, la thalassothérapie de Francis a séduit. Elle reçoit maintenant des chevaux de tout le milieu hippique.
"Je ne suis ni un gourou ni un sorcier, prévient Francis Gamichon. Je suis juste un cavalier expérimenté qui est installé non loin de la plage. J’aime ce travail parce qu’il est varié et agréable. Chaque cheval est un cas particulier." "Je n’ai pas fait d’études spécifiques avant de me lancer dans cette activité, avoue-t-il. Je pense que tout est une affaire de feeling. Cela dit, je travaille tout le temps en étroite collaboration avec les vétérinaires des chevaux qui me sont confiés."
SECRET D'UN SUCCES

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Bien que Francis Gamichon n’aime guère parler de miracle, ses écuries sont pourtant souvent comparées à Lourdes. Mais de tempérer : "La thalasso ne remplace quand même pas le "véto" ! Toutefois, je connais personne qui puisse nier les effets positifs de la mer sur les chevaux."
Thalasso signifie travail en eau de mer, et thérapie veut dire soin. Il faut donc comprendre, par thalassothérapie, soin par l'eau de mer. De ce côté-là, Francis Gamichon est bien loti. Les soins qu’il procure se font exclusivement sur la plage ou dans l’eau du littoral. La durée des stages, aux Ecuries des Mielles, varie selon les pathologies. Elle peut s'échelonner de quatre à huit semaines. Mais certains chevaux restent bien plus longtemps entre les mains de notre hydrothérapeute.
AU PAS ET DANS L'EAU

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Francis habite presque dans ses écuries. Il ouvre les portes de son établissement dès six heures du matin. Elles ne se referment que très tard le soir.
Les pensionnaires de cette thalassothérapie sortent un à un le matin. Chacun d'eux a son programme, qui tient compte à la fois de son degré de forme, de l’importance et de l’endroit de ses lésions. La plupart des chevaux qui sont confiés à Francis présentent des pathologies des membres et du dos. "La durée maximale d’une séance de thalasso est de trente minutes. Au-delà, l’organisme fatigue", confie-t-il.
Avec notre hydrothérapeute, le travail de rééducation se fait principalement au pas et dans l’eau. "Je ne fais jamais nager les chevaux car je suis fermement opposé à ça, explique-t-il. Le cheval nage comme un chien, c’est-à-dire qu’il creuse son dos. C'est mauvais pour sa colonne vertébrale."
"Pour ma part, poursuit Francis, je rééduque plutôt le dos des chevaux en les faisant marcher progressivement dans l’eau de plus en plus profonde, jusqu’à la pointe des épaules. Cela peut paraître facile. Ce n’est qu’une illusion." C'est à peu près de la même manière qu’il procède pour rééduquer les membres des chevaux. A ceci près, qu'ici, la marche au pas se fait dans une eau qui ne dépasse pas la hauteur de leurs genoux.
DES APPLICATIONS DE « BOUE MAGIQUE »

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Pour la remise au travail de ses curistes, notre professionnel utilise toujours le même principe, la marche dans l'eau de mer. Il les muscle et les met en souffle en les obligeant à se déplacer de façon rectiligne, avec le rein voussé et l'encolure tirée vers le bas. Un travail qu'il complète par des petits trottings sur des sols durs, pour raffermir les tendons et les articulations. "Marcher droit convient à tous les chevaux. Quant à la mise en souffle, le travail au pas, dans l’eau, est un excellent exercice", est convaincu Francis Gamichon.
Aux Ecuries des Mielles, l’après-midi est réservé aux soins des chevaux. C'est notamment à cette période-ci de la journée que se font les applications de "boue magique". "L’argile que j’utilise vient des îles Chausey, au large de Granville, confie notre spécialiste de l’hydrothérapie. Elle est récupérée par un pêcheur qui en ramène aussi pour un centre de thalassothérapie humaine de la région." "J'emploie cette boue marine aussi bien de façon préventive que curative, indique-t-il. Je l'applique à l’air libre ou sous film plastique, aussi bien sur les membres que sur tout le corps des chevaux."
Sa réussite, Francis Gamichon la doit, certes, à son sérieux. Mais il la doit surtout à la situation géographique de son établissement, qui est idyllique pour un centre de thalassothérapie. Reste que son expérience de cavalier de première catégorie lui est aussi sûrement favorable. Elle lui permet, en tous les cas, de recevoir aujourd'hui chez lui les tout meilleurs spécimens du monde équestre français.
Ecrit par: Rédaction, Le: 24/01/07




















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