
Le foin enrubanné est souvent considéré comme un aliment de choix pour le cheval. Certains soigneurs demeurent toutefois encore réticents à l'utiliser. Que penser alors de l’enrubanné ? Les chevaux peuvent-ils vraiment en consommer ? Texte Luc Tavernier, images PFB
Le principe de l’enrubannage consiste à placer le fourrage récolté sous un film plastique, ce qui le met à l’abri de l’oxygène et provoque des fermentations - dites anaérobies - proches de celles qui se déroulent dans le cæcum. C'est ce même oxygène qui déroute certains utilisateurs de fourrage enrubanné. C’est pourtant cette fermentation qui cré l’anaérobiose. Anaérobiose qu'il ne faut pas détruire quand le ballot est conditionné, au risque de déstabiliser les satanées fermentations.
Le centre d’enseignement technique de Rambouillet (CEZ), dans les Yvelines, utilise des fourrages enrubannés depuis près de six ans. Dans le cadre de ses vocations, cet établissement public, qui dépend du Ministère de l’agriculture, avait déjà mené diverses expérimentations, dont une sur l’alimentation des chevaux au travail. C’est donc naturellement qu'il s'est lancé dans celle du fourrage enrubanné. Les premiers essais ont été si probants que les résultats de terrain ont été confrontés aux données scientifiques. Il en est ressorti que l’efficacité des fourrages enrubannés était supérieure à ce que laissaient prévoir les analyses. Réflexion a donc été menée sur les causes de ces écarts. En fait, la qualité de l’enrubannage dépend de deux facteurs : le taux de cellulose et la teneur en matière sèche. Or, ces deux paramètres sont difficiles à conjuguer.
Explication : quand le fourrage vieillit, son taux de cellulose augmente, ainsi que sa teneur en matière sèche. Mais sa qualité nutritive diminue. C’est un phénomène bien connu, qui conduit à essayer de faire pâturer une prairie quand elle ressemble à un gazon plutôt, que, lorsque l’herbe est montée et est davantage constituée de tiges que de feuilles. Pourquoi, alors, ne pas enrubanner de l’herbe au stade de gazon ? Parce que, dans ce cas, elle est trop humide et les fermentations liées à l’enrubannage ne conduisent pas à un produit de bonne qualité. Le fourrage enrubanné, c'est donc un compromis entre une récolte précoce, qui conduit à une bonne valeur nutritive, et un degré de matière sèche suffisant pour que la conservation du produit soit optimale.
UN VERITABLE ALIMENT
L’enrubanné n’est pas un fourrage de lest. C'est un véritable aliment. Cependant, les valeurs calculées, en particulier les valeurs en MADC, ne traduisent que partiellement la qualité du même aliment, puisque les équations de prévisions des fourrages mise au point par l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) portent sur les ensilages et sur les foins mais pas sur l'enrubannage. On connaît toutefois les taux de matière sèche et de cellulose d'un bon enrubanné. Ils doivent se situer autour de 70 % pour le premier, et de 22 % pour le second. Il semblerait, aussi, qu'un fourrage enrubanné trop humide délivrerait une portion d'azote non protéique, comprenez de moindre valeur digestive.
L'un des principaux inconvénients à distribuer du foin enrubanné aux chevaux réside dans sa digestibilité. Quelques-uns développent des diarrhées. Elles sont dues à une mauvaise adaptation de la microflore du cæcum à ce fourrage. Elles passent rapidement dans la plupart des cas. Il est rare de devoir repasser au foin sec, surtout si une transition alimentaire a été correctement opérée.
Les retours de mauvaises expériences avec du foin enrubanné l'ont généralement été avec des produits qui n'avaient pas été développés pour les chevaux. Ajoutons que les aliments industriels, qui sont pour l'essentiel des complémentaires de fourrages, sont globalement trop riches en azote. Ils se marient donc mal avec les fourrages enrubannés. Pour utiliser ces derniers, il faut employer des aliments complémentaires à forte valeur énergétique, pourvus d'une bonne qualité en acides aminés et d'un taux d’azote modéré. On peut ainsi considérer que les fourrages enrubannés présentent un intérêt certain. Reste que tous ne se valent pas. Le fourrage enrubanné est un aliment technique, précieux, qui permet de remettre les chevaux en position d’herbivore. Et qui peut être, aussi, une solution intéressante pour ceux qui souffrent de pathologies respiratoires.
L’avis du spécialiste Hubert Thirouin est producteur de foin enrubanné. Il raconte pourquoi il s'est lancé dans cette production. "A la base, je suis agriculteur, explique-t-il. Assez vite, la passion de l’équitation m’a envahie. J'ai tour à tour mis en place un élevage, ai été cavalier international puis étalonnier." "Je suis venu à l'enrubannage pour diversifier mes activités, reconnaît-il. Ce choix a été dicté par un retour d'expérience des stages effectués dans les pays d'Europe du Nord par mes fils, où cette pratique était très appréciée." Il faut dire qu'Hubert Thirouin a lui aussi connu les années de mauvaises productions de foin sec. Il a donc vu, au départ, dans l'enrubannage, une solution de production constante et de bonne qualité. Côté pratique, Hubert Thirouin est clair : "L’enrubannage a un coût non négligeable. Il ne faut donc n’enrubanner que de bons fourrages." "Nous cultivons en Beauce, sur des terres à blé, des mélanges de graminées qui ne sont exclusivement dédiées qu'à cette production (de fourrage enrubanné), poursuit-il. Pour éviter le parasitisme, ces parcelles de cultures ne sont jamais pâturées." "La chaîne de récolte d'un fourrage enrubanné s’apparente à celle d'un foin sec. A ceci près que l'un est coupé et conditionné plus précocement que l'autre, pour garantir une régularité du produit", commente encore Hubert Thirouin. "On peut faire jusqu'à trois coupes d'enrubanné par an, dit le spécialiste. En matière de consommation par les chevaux, les trois se valent, même si elles présentent un aspect un peu différent." |
Source Cheval Savoir
Ecrit par: Rédaction, Le: 02/06/11





















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