
L'état corporel du cheval se mesure autant par la vue que par le toucher/Photo Marysa Merlo
Les vétérinaires et les nutritionnistes équins s’accordent à dire que la notion de bon ou de mauvais état du cheval demeure assez flou pour l’ensemble des soigneurs et des cavaliers. Il ne faut pas tout mélanger : maigre, gras, musclé, relevé, etc. Le poids de forme, comme l’état musculaire ou de masse n'est pas facile à appréhender. Surtout quand on n'y est pas habitué. Explications de ce qu’est l’état corporel. Par Sébastien Chauveau
Certains spécialistes de la nutrition équine disent que l’état idéal du cheval est lorsque ce dernier est au mieux. C’est-à-dire qu’il est juste en muscles, à son poids de forme et à sa masse (maigre et grasse) optimale (voir encadré). Au fond, le cheval en bon état, c’est celui qui est au meilleur de sa condition physique, tant sur le plan locomoteur que physiologique. Comprenez : qu’il n’a pas de surpoids qui l’handicape, et que ses réserves corporelles sont optimales. Mais voilà, le poids de forme, comme l’état musculaire ou de masse n'est pas facile à appréhender. Surtout quand on n'y est pas habitué.

Les vétérinaires et les nutritionnistes équins s’accordent à dire que la notion de bon ou de mauvais état corporel du cheval demeure assez flou pour l’ensemble des soigneurs et des cavaliers. Les professionnels pensent qu’il y a plutôt un poids de forme, mais peu pèsent régulièrement leurs chevaux. Alors que les amateurs se trompent souvent sur l’estimation du poids de leurs animaux. « Ils le sous-estiment souvent de cent kilos », constate Géraldine Blanchard, vétérinaire nutritionniste. Cette préférence à l’embonpoint a plusieurs raisons. La plus avancée par les observateurs de l’état corporel du cheval est le manque de formation et d’information de ceux qui possèdent des équidés. La croyance selon laquelle le cheval serait mieux en étant gras fait encore de nombreux adeptes. « On crie facilement au mauvais traitement face à des chevaux qui sont trop maigres, ce qui parfois peut être vrai, mais on ne s’inquiète jamais devant ceux qui souffrent de surpoids. Pourtant, ceux-ci sont au moins autant en danger que leurs congénères », rappelle la vétérinaire. En effet, l’excès de gras est néfaste pour le cheval. Il peut le conduire à la fourbure ou au diabète. Il est en plus nuisible à la performance, notamment dans les disciplines où le poids est porté, comme le saut ou la course par exemple.
Il ne faut toutefois pas confondre maigre, gras, musclé, relevé, etc. Chaque cheval a sa conformation. Elle varie selon qu’il est une poulinière, un hongre ou un entier, un pur-sang ou un selle français, un trotteur ou un poney ; qu’il pratique le dressage ou la course de plat, le saut d’obstacles, l’endurance ou le concours complet. Ainsi, un cheval sec (sans ou avec très peu de gras) n’est pas forcément en mauvais état. Il peut effectivement être sec, mais avoir une ceinture abdominale développée et un ventre qui remonte, parce que c’est un pur-sang de course. C’est justement comme cela qu’il est en état idéal. « C’est même comme cela qu’il doit être, insiste la vétérinaire. Sur les chevaux de course, d’endurance et de concours complet, il faut voir les deux dernières côtes. Il faut qu’ils soient plutôt secs que gras. » Inversement, un cheval dodu n’est pas toujours bon signe. Il peut avoir un gros ventre, parce qu’il mange trop de paille et pas assez de foin, ou parce qu’il a un peu, voire beaucoup de gras et peu de muscle, parce que c’est une poulinière ou un cheval qui ne mange que de l’herbe et qui ne travaille pas. Le cheval dodu peut dès lors paraître en forme, alors qu’il ne l’est pas.
Masse maigre, masse grasse La masse maigre, ou grasse, est une notion qui est peu abordée dans les écuries. « L’état du cheval se mesure encore très souvent à son poids, constate Charles Barré, vétérinaire nutritionniste. C’est une erreur. Un cheval peut paraître en bon état d’embonpoint, mais avoir une masse grasse ou maigre qui ne soit pas optimale. C’est parfois le cas des chevaux de sport. » Ce qui compte, c’est donc le ratio entre la masse maigre et la grasse. On parle alors de composition corporelle. « Le poids, seul, ne veut pas dire grand-chose », est formel Charles Barré. On appelle masse grasse ce qui n’est que le gras. Celui-ci est stocké par l’organisme. « Certes, il est nécessaire, mais il doit être minimisé, prévient le spécialiste. Car, trop de gras, c’est d’une part non productif, et d’autre part du poids en trop à transporter ou à réceptionner (sur les tendons et les articulations notamment). » La masse maigre, c’est tout le reste : le squelette, les viscères et la masse musculaire. « Un cheval de sport doit, physiologiquement, avoir plus de masse maigre que de grasse », insiste Charles Barré. Et de poursuivre : « Si l’on prend comme base un cheval de six cents kilos, on peut considérer que sa masse grasse doit se situer entre trente et cinquante kilos. Tout en sachant que les jeunes chevaux et les entiers sont plus maigres que les vieux et les juments. Et que tous sont moins gras que les hongres. » Selon Charles Barré, la meilleure façon d’obtenir un équilibre entre la masse maigre et la grasse est de procéder à un suivi longitudinal. « Cela commence par nourrir en fonction de ce que fait le cheval, et pas selon des habitudes ou des idées reçues. Il y a ensuite des moyens plus scientifiques pour garder cet équilibre. Celui que j’utilise le plus est la mesure du coussinet adipeux de la base de la queue. » Mais il ne faut pas non plus oublier la mesure du poids ou l’attribution de la note d’état corporelle. « Toutes ses données sont à comparer », indique Charles Barré. Reste que, d’après lui, « seul un habitué de la nutrition équine peut correctement les interpréter. » |
SCIENTIFIQUEMENT DEFINI
Le bon ou le mauvais état corporel du cheval est scientifiquement défini. « Il n’est pas obligatoirement lié au poids, rappelle Géraldine Blanchard. C’est une question d’équilibre entre les muscles, le gras de couverture, le morphotype, etc. » L’appréciation du bon ou du mauvais état corporel du cheval demeure malgré tout assez subjective, car elle ne repose que sur de l’estimation. Le vétérinaire ou le nutritionniste se fait d’abord une idée du cheval en regardant son aspect général, puis il complète son observation en s’aidant de l’estimation manuelle (voir encadré). Chacune de ces constatations donne lieu à une note qui va de 0 à 5.
On considère qu’un cheval est juste d’état lorsqu’il atteint la note de 3. A 2, on l’estime trop sec. A 4, on le dit trop couvert. A la note de 3, un cheval a les abdominaux bien développés. Il est peu gras et musculeux. On lui devine les côtes sans les voir. C’est cette note, de 3, qui convient à un cheval de saut d’obstacles.
Il est admis, même conseillé, qu’en fin de saison, la note d’état corporel descende à 2,75, voire 2,5, pour un cheval de course, d’endurance et de concours complet, c’est-à-dire que ses côtes se voient sans être saillantes. Et qu’elle monte à 3,5 pour un cheval de dressage, notamment en début de saison. « Il n’est pas établi d’intérêt pour les notes de 3 et 3,5 », indique la nutritionniste. « Elles sont tolérées, parce que les chevaux de dressage les supportent mieux car leurs efforts sont moins intenses que les autres », pense-t-elle.
A la note de 5, le cheval est obèse. Aucune de ses côtes ne se voit. La main de l’observateur se noie dans le gras. Les fesses de l’animal sont lices. Plus précisément, la croupe est ronde.

A la note de 0, le cheval est squelettique. Toutes ses côtes se voient. Le poing de l’observateur s’enfonce dans le creux de ses hanches et de ses dernières côtes. La raie de misère se voit. Il s’agit de cette ligne qui va de l’attache de la queue au bas des jarrets.
De 0 à 5 L'attribution de la note d'état corporel du cheval est établie après l'observation des diverses zones d'exploration. Chacune d'elle fait l'objet d'un score de 0 à 5. C'est la moyenne de tous ces scores qui détermine la note finale. Rachis cervical et dorsal Encolure : 0 = les cervicales sont faciles à toucher ; 1 = les cervicales peuvent être senties ; 2 = l’encolure est étroite mais pleine ; 3 = l’encolure se fond harmonieusement dans l’épaule ; 4 = l’encolure est large et pleine, le chignon est léger ; 5 = l’encolure est très large, le chignon est marqué. Garrot : 0 = le ligament supra-épineux est facile à toucher ; 1 = le ligament supra-épineux peut être senti ; 2 = le garrot est plein mais concave ; 3 = le garrot se fond dans l’encolure ; 4 = le garrot est plein et convexe ; 5 = le gras du garrot est bombant. Cage thoracique Côtes : 0 = les côtes sont visibles, la peau est collée sur les côtes ; 1 = les côtes sont visibles, la peau est mobilisable ; 2 = les côtes sont non visibles, chacune d’elle est encore palpable ; 3 = les côtes sont couvertes ; 4 = les côtes sont bien couvertes, le gras est sur et entre chaque côte ; 5 = les côtes sont enfouies et impalpables. Rachis lombaire Dos : 0 = les lombaires sont faciles à toucher ; 1 = les apophyses transverses sont légèrement recouvertes de gras ; 2 = le gras recouvre les apophyses épineuses ; 3 = le dos est droit ; 4 = le sillon est évident le long du dos ; 5 = le sillon est profond le long du dos. Croupe : 0 = l’attache de la queue, l’ischium et l’ilium sont proéminents ; 1 = l’ischium et l’ilium peuvent être senti ; 2 = la croupe est bien dessinée, avec une dépression sous la queue ; 3 = la croupe est arrondie et couverte de graisse, il n’y a pas de sillon ; 4 = le sillon est médian, les os de la hanche sont non palpables ; 5 = la croupe est « double », le bassin enfoui. Source Carroll & Huntington (1988) : traduction Géraldine Blanchard |
Il existe d’autres moyens que la vue et le toucher pour percevoir le bon ou le mauvais état corporel d’un cheval. La pesée en est un. Il suffit de faire une courbe de poids pour voir si le cheval maigri ou pas. « En suivi, c’est très intéressant, mais ce ne doit pas être l’unique mesure, insiste Géraldine Blanchard. La pesée ne donne qu’un chiffre, qui, à lui seul, ne renseigne pas sur l’état musculaire par exemple. » La pesée peut être réalisée, soit avec une balance pour gros animaux, soit avec un mètre à ruban spécifique, comme celui des Haras Nationaux par exemple). Diverses formules de calcul (comme la mesure du périmètre thoracique que l’on élève au cube et que l’on multiplie par 80 notamment), permettent aussi d’approcher, à une vingtaine de kilos près, le poids du cheval.
Il est également possible de mesurer l’évolution de l’état corporelle du cheval, plus exactement sa masse grasse, au moyen d’un échographe. « C’est une méthode que je n’utilise pas, avoue la vétérinaire. Elle permet néanmoins de montrer au propriétaire une localisation graisseuse, et d’en mesurer la modification au long cours. Ce peut être pédagogique parfois. » Reste que l’appréciation de la teneur du corps en graisse est plus difficile chez les équidés. Contrairement à ce qui se pratique sur les petits animaux, l’échographie ne peut ici être complétée par des techniques sophistiquées comme le DEXA. Il est en effet impossible de passer tout le corps d’un cheval au scanner.
D’après les habitués de la nutrition équine, les chevaux sont généralement trop couverts de gras. Ils sont trop nourris et ne travaillent pas assez. « Globalement, les rations ne couvrent pas les besoins caloriques spécifiques. Elles sont trop riches en énergie et pas assez en fibre », constate Géraldine Blanchard. Et de rappeler : "que le cheval est un herbivore. Qu’il doit ingérer chaque jour entre un et trois kilos de matière sèche par cent kilos de poids vif, dont une majorité sous forme de fourrage". D’autres raisons que l’exercice et l’alimentation peuvent toutefois expliquer le mauvais état corporel du cheval. Il y a entre autres le parasitisme, les problèmes dentaires, le stress ou encore les maladies chroniques.
Témoignage Luc Tavernier est ingénieur agronome et directeur du CEZ (centre d’enseignement zootechnique) de Rambouillet dans les Yvelines. Il gère, au quotidien, près de quatre-vingts chevaux et poneys. « Nous ne disposons ni de balance ni d’échographe pour contrôler le suivi corporel de notre effectif, confie le directeur. Nous faisons tout par maniement, c’est-à-dire en palpant le gras de couverture des côtes. » Les chevaux du CEZ sont pour l’essentiel des chevaux d’instruction. Ils vivent au boxe, mais vont aussi au pré. « C’est souvent lorsqu’ils en rentrent que nous en profitons pour leur attribuer leur note d’état corporel, raconte Luc Tavernier. Pour cela, nous utilisons la fiche INRA, qui se trouve sur le site Internet haras-nationaux.fr. » « A leur retour du pré, nous observons les chevaux, poursuit-il. Puis, nous reportons le résultat de leur note sur une fiche individuelle. Rien n'est informatisé. Tout est manuel. » Le suivi de l’état corporel des chevaux n’est pas systématique au Centre d’enseignement zootechnique de Rambouillet. Il se fait en fonction des alertes du personnel. « Sauf pour les chevaux que nous suivons plus particulièrement, précise le directeur. Pour ceux-là, nous faisons un point toutes les six semaines. » Pour l’ingénieur agronome, les choses sont claires, « c’est de la mesure de l’état corporel que dépend l’apport en énergie d’un cheval ». « Ici, nous nous bornons à garder nos chevaux à une note de 3. Nous acceptons d’aller vers 2,5, mais pas vers 2 ou 4. Et encore moins vers 5. » Pour parvenir à garder des chevaux en bon état, le CEZ mais les moyens. Ils sont nourris avec du foin enrubanné, et du floconné riche en énergie. Avec une telle alimentation, il faut aux soigneurs du Centre environ deux mois pour faire passer la note d’un cheval de 2 à 3. « Pour être constant dans leur état corporel, les chevaux doivent rester dans une logique d’animal et d’herbivore. Autrement dit, ils doivent travailler régulièrement ; vivre le plus dehors possible ; et manger davantage de fourrage que de grain ou de concentré », prêche Luc Tavernier. Au CEZ, la ration moyenne d’un cheval de six cents kilos est de six kilos de foin et de deux kilos d’aliments. Le reste est apporté par de la paille. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 26/01/11























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