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Rss Foin et paille, des denrées rares


Ce pré n'a pas vu l'eau depuis plusieurs mois/Photo DR



Moins trente pourcents ici, moins quarante par-là, un peu plus ailleurs..., l’inquiétude est grande dans nos campagnes. L’Europe a eu beau ouvrir l’autorisation d’exploiter les jachères, l’angoisse n’est pas retombée. Déjà, l’an passé, les cultures fourragères avaient été sinistrées. Elles pourraient l’être encore cette année. Il souffle comme un vent de crise dans les prés. Voici comment gérer. Par Sébastien Chauveau

Partout dans notre pays, ce sont les mêmes inquiétudes. La France est touchée par la sécheresse. Cela augure une baisse significative des récoltes de fourrages. Et inévitablement une hausse vertigineuse de leur prix d’achat.

Moins trente pourcents ici, moins quarante par-là, un peu plus ailleurs..., l’inquiétude est grande dans les campagnes. L’Europe a eu beau ouvrir l’autorisation d’exploiter les jachères, l’angoisse n’est pas retombée. C’est sûr, pour les exploitants agricoles, « il va manquer de foins, mais surtout de paille cette année ». Heureusement, « la qualité est au rendez-vous », se contentent-ils généralement de dire.

Déjà, l’an passé, les cultures fourragères avaient été sinistrées. Pas tellement à cause du manque d’eau, mais de l’absence de chaleur et de soleil cette fois. « Nous étions dans des baisses de rendements similaires à cette année », se souvient l’un d’eux, interrogé au détour d’un pré. Evidemment, les prix des fourrages avaient grimpé. Jusqu’à deux cents, voire trois cents euros la tonne de paille par endroits.

Pour le foin, la mise pourra-t-elle être sauvée avec une seconde coupe et les quelques gouttes tombées à gauche et à droite ? Nul ne le sait. Les prévisions les plus pessimistes disent que non. « Si la météo continue comme cela, il n'y aura rien à faucher comme regain », est formel Hubert Thirouin, producteur de fourrage enrubanné dans l’Eur-et-Loir. Qui tient toutefois à faire remarquer que la hausse du prix du foin et de la paille n’est pas « seulement due à la sécheresse mais aussi à la disparition des petits producteurs, qui tiraient les prix vers le bas ». Pour lui, « les tarifs des fourrages se sont finalement nivelés », et il y a « de fortes chances qu’ils restent plus élevés que ces dernières années ».


Sur cette photo, Catherine Trillaud-Geyl est sur la gauche, en bordeaux/Photo DR



Devant ces caprices de la météo, l’obligation est grande de recourir aux fourrages de substitution. « Il n’y a de toute façon pas le choix, affirme Catherine Trillaud-Geyl, expert en nutrition équine à l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). Car, certes, la baisse des récoles de fourrage est importante depuis deux ans, mais celle des céréales l’est toute autant. Or, la paille, qui est une issue de céréales, sert à la litière bien sûr, mais aussi à la cellulose dans les aliments industriels. Et c’est dans ces mêmes aliments qu’elle risque d’abord d’aller avant les litières. » C’est donc bien de paille dont nous pourrions rapidement manquer, l’absence d’eau ayant abrogé la pousse des tiges des céréales. Elle pourrait même bien « devenir un luxe dans les boxes », s’inquiète l’expert.

SOLUTIONS ALTERNATIVES

Pour limiter la baisse de production des fourrages, l'une des solutions alternatives est l’emploi de variétés d’herbes et de céréales moins gourmandes en eau. Les sélectionneurs de semences s’y penchent sérieusement. Une autre piste est la bonne conduite des élevages. Elle est prônée par la spécialiste de l’IFCE. « Au boxe, la tradition veut que l’on mette beaucoup de paille, dénonce-t-elle. Certes, il faut en mettre suffisamment, mais il ne faut pas la gaspiller. Il faut être économe dans le tri des matières souillées, et ne pas hésiter à recourir aux litières alternatives comme les copeaux et les granulés de bois, le chanvre, le lin, etc. »


En pâture, il faut faire tourner les chevaux sur des petites parcelles pour ne pas qu'ils gaspillent l'herbe/Photo DR



« Quand les chevaux sont au pré, les pâtures sont souvent mal gérées, ajoute Catherine Trillaud-Geyl. L’herbe est gaspillée. Les animaux sont mis sur des pâturages continus, comprenez sur des grandes surfaces avec peu de bêtes. Alors que pourtant, le pâturage, quand il tourne sur des petites parcelles, permet de mieux gérer la pousse de l’herbe et d’en produire une de bonne qualité qui dispense de complémenter en fourrage ou en concentrés si elle est en quantité. »

N’en demeure pas moins quelques risques à la récession climatique. Plus que les « gaspilleurs », ce sont les « mauvais rationeurs » que craint la nutritionniste. « A l’inverse de ceux qui laissent manger sans gérer, il y a ceux qui considèrent que les fourrages n’ont aucune valeur nutritive, que les chevaux peuvent s’en passer », pointe-t-elle. « Il ne faudrait pas que la rareté du fourrage ne les encourage à en distribuer encore moins », lance Catherine Trillaud-Geyl. C’est pourquoi, elle rappelle que « la ration globale du cheval doit contenir au moins 18 % de cellulose. Qu’en-dessous, il est exposé à des risques digestifs qui peuvent être gravissimes. »

TOTALEMENT SE SUBSTITUER

Heureusement, hormis la gestion sur pied des fourrages, il existe diverses manières de les substituer. Disons, d’en diminuer la consommation. Presque tous les fabricants d’aliments ont leurs granulés ou floconnés complets. Il s’agit de produits qui sont plus bas en énergie que les aliments complémentaires, mais qui contiennent les fameux 18 % de cellulose obligatoire à la bonne digestion du cheval. Dans ce cas, le foin peut être retiré de la ration et remplacé par de l’aliment complet. Certains de ces derniers ne contiennent que 13 à 15 % de cellulose brute. Ils doivent alors être utilisés avec une litière de paille, ou quelques kilos de foin (2 à 3) si la même litière est alternative.


Des briquettes de foin compacté/Photo DR



Les briquettes alimentaires peuvent aussi être considérées comme des aliments complets. Selon les recettes, elles sont faites de proportions variables de foin, de paille hachée, de céréales, de sources azotées et de compléments minéraux. Les briquettes peuvent totalement se substituer aux fourrages.

Les balles de paille et de foin compactées sont également des substituts de fourrages. Au choix, ils renferment soit du foin, soit de la paille, soit les deux à la fois. Quelques-unes sont même enrichies de céréales. La différence entre les briquettes et les balles, c’est que les dernières contiennent des brins longs, comme les aiment les chevaux, alors que les fibres des briquettes sont hachées. Ce sont ces aliments, en brins longs, qui se rapprochent le plus de ce dont les chevaux ont l’habitude.

EN REMPLACEMENT PARTIEL


Du foin enrubanné/Photo Nicolas Chauveau

Elle est un peu plus délicate d’emploi que les aliments complets, les briquettes et les balles compactées. La luzerne déshydratée est néanmoins un bon aliment pour le cheval. Elle est riche en calcium et en matières azotées. Elle peut être un bon complément de la paille hachée ou broyée. Si la luzerne déshydratée est mal utilisée, elle peut provoquer des fourbures ou des coups de sang. Elle se situe autour de 18 % de cellulose. Elle peut être donnée, en remplacement - partiel - du fourrage, sans difficulté jusqu’à deux kilos par jour.

Avec les mêmes précautions d’usage que la luzerne, les pulpes, de betteraves entre autres, ne sont pas non plus dénuées d’intérêt pour diminuer les quantités de foin et de paille dans la ration du cheval. Elles ont une teneur en cellulose de 19 %, soit un peu plus qu’un aliment complet. A l'instar de la luzerne déshydratée, la pulpe de betterave est largement pourvue en calcium, et à un niveau moindre en matières azotées. Elle doit être distribuée concassée, et avec un abreuvement à volonté.

Bien que boudés par le milieu du cheval, les ensilages sont pour leur part très intéressants. Pas que pour limiter la consommation de foin ou de paille. « Ils ont une véritable valeur alimentaire. C’est notamment le cas de l’ensilage de maïs, à condition de le corriger en calcium et en matières azotées », revendique Catherine Trillaud-Geyl. « Contrairement à ce qui se dit, les ensilages ne sont pas des aliments réservés aux bovins, poursuit-elle. Pour les chevaux, il est vrai qu’ils nécessitent une plus longue transition (trois semaines, deux au minimum) alimentaire, et une certaine attention dans leur conservation. Pour autant, les chevaux s’en accommodent très bien. »

Il y a deux types d’ensilages : celui de maïs plante entière ou de sorgho, donc de céréales, et celui d’herbe. Le premier est très énergétique. Il est presque l’équivalent d’un aliment milieu de gamme du commerce.

Le second, l’ensilage d’herbe, vaut quant à lui un bon foin s’il est préfané. Cela signifie qu’il peut, parfois, ne pas se suffire à lui seul et être complémenté de céréales ou d’aliments du commerce. L’ensilage d’herbe se divise en deux catégories. Le direct, « je ne le conseille pas pour les chevaux, non parce qu’il leur est contre-indiqué, mais parce qu’ils le boudent car il a un taux d’humidité trop élevé », commente Catherine Trillaud-Geyl. Et le préfané, aussi appelé réessuyé, « celui-là est parfait pour eux », dit-elle. Tout comme l’est le fourrage enrubanné, qui est un intermédiaire entre le foin et l’ensilage d’herbe réessuyé. Le fourrage enrubanné est en effet excellent pour les chevaux. Comme le foin réessuyé, il est très bien consommé par ces derniers. Il ne nécessite pas d’apport de foin. Ca seule contrainte réside dans sa conservation. La taille de ses balles (de plusieurs centaines de kilos) le limite à des usages en nombre. Une fois ouvertes, elles doivent être consommées en moins de cinq jours. La différence entre un foin réessuyé et un enrubanné se trouve dans le taux de matière sèche. Il est de 30 % pour l’un, et de 50 % pour l’autre.

Il faut se rappeler que le cheval est un herbivore. Que, dans la nature, il passe le clair de son temps à brouter, ce qui génère chez lui un gros volume digestif. Ainsi, peu importe le moyen de substitution de fourrage choisi, il est recommandé de toujours intégrer un minimum de fibre longue dans la ration du cheval. C’est bon pour lui, aussi bien pour son moral que pour son système digestif.

Témoignage


La tête de Trésor de Cheux, l'un des étalons de l'élevage de Christian Cadoux/Photo DR



C’est la catastrophe pour Christian Cadoux, un éleveur d’anglos, de selles français et de poneys du Lot. Pour lui, les années se suivent et se ressemblent. Avec ses cent têtes de bétail, il avait déjà dû, en 2010, faire face à la pénurie de fourrage. Mais voilà que cet été s’annonce encore plus sec que le dernier.

« D’ordinaire, je ne suis pas autosuffisant en foin et en paille. J’en achète 50 % de mes besoins, soit quatre-vingts à cent tonnes », confie Christian. « L’an passé, j’en ai trouvé un peu à acheter, mais il était cher. Cette année, je pense qu’il va être encore plus cher, mais surtout plus difficile, peut-être même impossible à dégotter », se désole-t-il.

Christian a fait ses comptes. « Je n’ai que trois kilos de foin à donner par tête jusqu’à l’an prochain. Je ne sais pas comment je vais faire, notamment pour passer l’hiver », s’inquiète-t-il. Pourtant, Christian a réfléchi à baisser sa consommation de fourrage et à se débrouiller avec ce qu’il a. Un petit sursis lui est toutefois venu de cent tonnes de paille, qu’il a trouvé à faire à cent kilomètres de chez lui. Il a donc pensé à fabriquer son aliment, à base de paille hachée, de luzerne, de céréales et de minéraux. Le problème, c’est que la luzerne est aussi rare que le foin de prairie naturelle, il est désormais presque impossible d’en acheter de la déshydratée. Et que les céréales, quand il y en a, se monnaient au prix fort.

Cette situation, inextricable, pourrait bien conduire notre éleveur à sacrifier une vingtaine de ses vieilles poulinières. « Le problème, là encore, c’est que les chevaux, ce n’est pas comme les vaches, nous ne les mettons pas aussi « facilement » à l’abattoir. Il y a d’abord l’affect qui joue. Et ensuite les conditions sanitaires. Elles sont plus restrictives, ici », déplore Christian, qui reste malgré tout motivé et prêt à aller à l’étranger s’il le faut pour se dépanner.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 29/06/11