
Un cheval "sec"/Photo Marysa Merlo
INTERVIEW : Tantôt trop gras, tantôt trop maigre, la courbe pondérale du cheval fait facilement des vagues. La faute à qui et à quoi ? Ici au manque de connaissance, là à l’excès ou à l’opulence, ailleurs aux erreurs... Le scientifique William Martin-Rosset, de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), revient pour nous sur les points essentiels de la gestion du poids du cheval, sur ce qu’il faut faire et savoir. Entretien avec un chercheur et un auteur spécialiste de l’alimentation équine, dont la renommée est internationale. Propos reccueillis par Sébastien Chauveau
Bien dans sa peau, bien dans ses sabots. Ce n’est, ni une légende, ni un proverbe. C’est simplement une évidence, un état de fait. Le surpoids est un handicap pour le cheval. Le manque d’état corporel est tout aussi nuisible pour lui. QU’est-ce que, alors, ce poids idéal (ou de forme) ? Ce poids dont tous les spécialistes de la nutrition équine parlent.
Le poids du cheval a toujours été une préoccupation. Jadis, on s’efforçait de connaître la dépense énergétique de cet animal pour calculer sa ration. C’était donc, déjà, le poids qui servait de base. Le même poids sert toujours. Il permet, notamment, de doser les médicaments ou de suivre le degré de forme du cheval.
Comme l’homme, le cheval a son poids idéal, mais aussi son état corporel optimal. Comme lui, ils (le poids et l’état corporel) lui sont propres ; de leur stabilité, dépendent ses performances ; et ils sont, ici aussi, fonction de la génétique et de l’activité physique. En résumé, il y a des chevaux qui se portent bien en étant un peu enrobés et inversement. Mais encore, ce qui vaut pour un cheval de sang ne s’applique pas obligatoirement à un congénère, de trait par exemple.
« NOURRIS DE FACON APPROXIMATIVE »

L'herbe est la base alimentaire du cheval/Photo DR
VETOCHEVAL. - La tendance est-elle plutôt aux chevaux gras ou maigres ?
WILLIAM MARTIN-ROSSET. - La notion de poids, comme celle d’état corporel, est quelque peu difficile à appréhender chez le cheval, car nous manquons de précisions sur le sujet. Les races n’ont pas déterminé de poids et d’état corporel standard pour leurs sujets. Les formats et les poids des chevaux sont donc très diversifiés.
Ce que nous pouvons dire, toutefois, c’est que les chevaux français sont souvent nourris de façon approximative. Les apports alimentaires, en hiver et en été, ne sont pas forcément bien raisonnés. Ou les animaux sont trop gras, parce que l’herbe est abondante, ou ils sont trop maigres, car ils n’ont plus assez à manger. C’est un problème d’évaluation des besoins nutritionnels des chevaux par les cavaliers, les propriétaires et autres soigneurs. Dans la majorité des cas, ils tiennent peu compte de l’état physiologique (gestation, lactation, etc.) ; de l’intensité du travail, qu’ils ont tendance à surestimer ; et ils ne connaissent pas suffisamment la valeur nutritive des aliments qu’ils distribuent.
VTCHL. - Outre la gestion, quelles sont les erreurs qui sont les plus fréquemment observées en termes de nutrition équine ?
WMR. - C’est l’inadéquation. C’est, par exemple, le poney qu’on laisse paître jusqu’à la fourbure. Ou encore, c’est la poulinière qui a trop à manger en début de gestation, et qui n’a plus assez à la fin alors que c’est à ce moment-là qu’elle a les plus forts besoins. Pourtant, l’alimentation, rationnelle, du cheval consiste, dans un premier temps, à déterminer précisément le contenu des deux plateaux d’une balance : d’un côté les besoins nutritionnels de l’animal (lire INRA : Alimentation des chevaux) ; de l’autre les apports alimentaires, qui résultent de la multiplication de la valeur nutritive des aliments par la quantité d’aliments nécessaire à distribuer. Après, il n’y a plus qu’à utiliser le poids vif (voir encadré) et l’état corporel (voir encadré) pour équilibrer les deux plateaux de la balance. Cette approche permet au cheval de réaliser les performances attendues et de prévenir un certain nombre de soucis physiques. Il est, entre autres, néfaste de monter un cheval trop gras en compétition, car la surcharge pondérale augmente les dépenses énergétiques et sollicite trop les articulations.
Peser son cheval Il y a évidemment la balance pour peser son cheval. Mais, le plus étonnant, c’est qu’il y a aussi la toise et le mettre. Explications sur cette façon de peser.
N.B. Les Haras nationaux commercialisent un mètre-ruban qui indique directement - d’après les équations INRA - le poids vif du cheval à partir de la seule mesure du périmètre thoracique. |
VTCHL. - Connaît-on vraiment le poids idéal du cheval ?
WMR. - Il est difficile à évaluer visuellement. En termes d’élevage, on sait quel poids doit atteindre une poulinière au cours de son cycle de gestation. C’est scientifiquement établi. Idem pour les poulains, on connaît la fourchette des poids qu’ils doivent atteindre aux différents âges selon les tailles (au garrot). Pour ce qui est des chevaux de sport, on aspire à s’approcher prochainement de valeurs intéressantes par discipline. On n'en est pas encore là pour ceux de courses.
JUSTE A POINT

Un cheval de trait bien en chair/Photo Marysa Merlo
VTCHL. - Qu’est-ce qu’un cheval gras et un cheval maigre ?
WMR. - C’est là qu’entre en ligne de compte la notion d’état corporel. Pour faire simple, le cheval gras est celui dont la peau rebondit. Le maigre est celui qui est décharné. Le premier est celui à qui l'on ne sent pas les os, à qui l'on ne voit pas les hanches et qui a la croupe ronde. Le second est le cheval qui a les côtes saillantes, particulièrement les douzième et quatorzième (sous les quartiers de la selle), et qui a la colonne vertébrale qui ressort. Entre les deux, il y a l’animal juste à point, celui qui a les os de la cage thoracique qui sont juste apparents mais non saillants. C’est l’athlète !
Observation manuelle et visuelle L’état corporel est le deuxième paramètre de référence pour mesurer le poids idéal du cheval. Il correspond à la quantité de graisses (tissus adipeux) contenue dans le corps de l’animal. L’état corporel doit être estimé manuellement autant que visuellement. Il suffit pour cela d’attribuer une note de 0 (pour cadavérique) à 5 (pour obèse), en palpant et en regardant les zones de développement ou de régression préférentielles des graisses corporelles (lire : Notation de l’état corporel des chevaux de selle et de sport : Institut de l'élevage : Haras nationaux). En clair, la maigreur ou l’obésité du cheval s’estime en touchant et en regardant surtout les côtes (au niveau du quartier de la selle), la croupe, le garrot et la colonne vertébrale. |
VTCHL. - Quelle est la capacité d’un cheval à maigrir et à grossir ?
WMR. - Pour faire maigrir ou grossir un cheval, le niveau ainsi que la nature des apports alimentaires sont à présents avérés de manière scientifique. La base étant le poids vif initial constaté, l’objectif le poids vif final souhaité. Donc, selon le degré et la qualité des rations, il faut de 30 à 90 jours pour compenser la perte d’état corporel d’un cheval de 500 kilos dont la note baisse de 3 à 2.5 et le poids vif de 5 % (soit de 25 kg). C’est le même raisonnement qu’il faut tenir pour faire l’opération inverse. Dans tous les cas, les réajustements de poids vif et d’état corporel imposent des transitions alimentaires, de deux semaines au moins.
VTCHL. - Quelle est la meilleure façon de gérer le poids d’un cheval tout au long de l’année ?
WMR. - Il faut déjà être capable de mesurer le poids vif et apprécier l’état corporel optimal de l’animal. Ces notions tendent à être de mieux en mieux considérées, même si des progrès restent à faire dans ce domaine. Il faut ensuite définir les repères-clés de l’année pour pouvoir appréhender de façon correcte le poids vif et l’état corporel optimal du cheval. Par exemple la saison de reproduction pour une jument, les compétitions pour un cheval de sport ou les randonnées pour un autre de loisir.
On l’a dit, le cheval ne peut pas grossir ou maigrir vite. Il faut donc prévoir, entre autres ajuster l’herbe en subdivisant les parcelles, surtout au printemps ; nourrir dès que les terres s’appauvrissent, y compris en été ; distribuer les bons aliments (élevage aux poulinières, croissance aux poulains, sport aux chevaux de compétitions...) au bon moment ; privilégier le foin de bonne qualité en quantité raisonnée plutôt que la mauvaise paille à volonté. Il ne faut pas non plus hésiter à réévaluer, plusieurs fois dans l’année, le poids vif et l’état corporel du cheval. Dison, pour une jument, au minimum à la fin de la gestation et au début de la lactation, ainsi qu’au moment de la mise à l’herbe et du sevrage du poulain ; et pour le cheval de sport, une fois par mois.
Ecrit par: Rédaction, Le: 09/09/08






















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