
Du floconné fibré/Photo Sopral
Il y avait déjà les granulés et les floconnés. Il y a maintenant les aliments fibrés. Avec ces nouveaux produits, un pas vers l’abandon des corvées de fourrage aurait-il été franchi ? Pas sûr. Les chevaux auront toujours besoin de grignoter de la paille et du foin. Des spécialistes de la nutrition équine s’expliquent. Par Sébastien Chauveau
Tout "dans le même sac" : l’aliment et le fourrage. Il y avait déjà les granulés et les floconnés. Et sont arrivés, depuis quelques années, les aliments fibrés. On l’aura remarqué, la manière de nourrir nos compagnons n’a cessé d’évolué. Jadis, l’herbe, le foin, la paille et les céréales constituaient l’essentiel des repas du cheval. Mais, à l’époque, il vivait exclusivement à la campagne.
Ce sont les nouvelles pratiques de l’équitation qui ont conduit cet animal à émigrer dans les villes. Et avec celles-ci, à s’orienter vers une autre façon de le nourrir. Ses coûts de stockage et de distribution devenant de plus en plus importants, l’alimentation traditionnelle a fini par devenir un fardeau pour les propriétaires de chevaux. D’où cette inspiration des industriels qui imaginent sans cesse des aliments tous faits. Au point que soigner un cheval ne soit plus devenu, aujourd’hui, presque qu’une affaire de dosette et d’étiquette.
Avec les aliments fibrés, beaucoup de propriétaires de chevaux pensent qu’un nouveau pas de la nutrition équine a encore été franchi. Que, derrière le miroir, s’effaceront les corvées de fourrage. Pourtant, il n’en est rien. Le cheval aura toujours besoin de grignoter de la paille et du foin.
RAPPEL

Du floconné fibré/Photo Sopral
Pour rappel, le cheval est un herbivore. Cela veut dire qu’il est censé trouver, dans l’herbe, mais aussi dans l’eau, tout ce qui lui faut. Pour cela, encore faudrait-il qu’il vive au pré en liberté. Et qu’il y vive toute l’année, sur des surfaces qui peuvent nous apparaître comme étant « extraordinaire » (plusieurs dizaines d’hectares).
Souvent noyées dans un discours très technocratique, les exigences alimentaires du cheval sont finalement assez simples. Elles reposent sur des apports d’énergie, qui se mesure en kilocalorie (ou UFC : pour unité fourragère cheval), et de lipides. C’est-à-dire de glucides (de sucre et d’amidon), appelés aussi hydrates de carbones, et de matières grasses. Mais le cheval a également besoin de fibres (communément nommées cellulose), de matières protéiques (ou matières azotées digestibles cheval : MADC), de minéraux (calcium, phosphore, magnésium, etc.) et de vitamines (A, D, E...). Pour l’essentiel, toutes ces nécessités nutritionnelles sont contenues dans l’herbe verte (ou le foin), à condition qu’elle soit riche et variée, principalement la fibre, celle-là même qui pose tant de problème dans l’alimentation équine actuelle.
Reste que si le cheval travaille, la seule herbe ne suffit pas. Car elle est trop peu énergétique. C’est, là, que les céréales deviennent indispensables. Elles sont très caloriques. C’est le cas de l’orge et du maïs par exemple. Mais aussi de l’avoine, qui contient beaucoup de protéines et de lipides. Les céréales sont aussi pourvues de fibres. Mais celles-ci sont dites courtes, par opposition à celles de l’herbe et du foin, ou encore de la paille, qui en sont des longues.
Pour Bertrand De Rancourt, nutritionniste équin indépendant : « Si on s’en tenait à cette alimentation, basique, on pourrait nourrir, sans souci, 80 % des chevaux », est-il convaincu. Et de Regretter : « L’ennui, c’est que le recours systématique à la simplicité n’a pas que du bon pour les soigneurs et les propriétaires, car ils ne savent plus ce qu’ils doivent donner à manger à leurs bêtes. » « Avec les aliments industriels, on est loin de l’alimentation parfaite, poursuit-il. Mais si, en plus, on y met la fibre longue dedans, que vont devenir ces chevaux qui ne mangent que des céréales cuites et du foin déshydraté et broyé... »
PAS DE FOURRAGE, PAS DE CHEVAL

La ration quotidienne de fourrage doit avoisiner 1 kg par 100 kg de poids vif/Photo Manoel Relet
Certes, les aliments fibrés peuvent avoir leur place dans l’alimentation du cheval. Notamment pour l’aider à saliver. En effet, un cheval peut produire de cinq à cinquante litres de salive par vingt-quatre heures en fonction de ce qu’il mange, de l’herbe ou de l’aliment sec. « C’est pour cela que nous avons incorporé des fibres longues dans nos produits, dit Olivier Pierchon, directeur d’une société spécialisée dans l’aliment fibré. Elles aident à la mastication. Elles optimisent la structure du bol alimentaire du cheval. Et, du coup, elles sécurisent et allègent sa digestion. »
Pour sa part, Xavier Lippens, directeur commercial d'un fabricant d’aliment dit « haut de gamme », met plutôt en avant le côté « scientifique » de ces aliments fibrés. « Ils correspondent, chez nous, à une recherche industrielle. Nous sommes toujours en quête d’améliorer nos floconnés. Et l’intégration de fibres longues, en l’état, fait partie de nos avancées. » Mais pas question pour M. Lippens de parler, en l’espèce, d’aliment complet. « Sur le marché français, hormis quelques rares produits spécifiques, qui peuvent se targuer d’être de vrais aliments complets, aucun, fut-il fibré, ne peut pour l’instant - pour des raisons de fabrication - se prévaloir de supprimer totalement le fourrage de la ration du cheval », tient-il à signaler.
Il ne faut donc pas que les aliments fibrés soient considérés comme étant des substrats de fourrage. Car, il faut le savoir, le cheval digère mal. On l’a dit, il faut qu’il mastique. C’est essentiel pour lui, car il ne peut pas, à l’inverse de la vache, régurgiter le bol alimentaire pour le ruminer. Aussi, son estomac est petit, environ dix litres (de contenance réelle). Ce qui veut dire qu’il se vidange souvent.
Autre complexité digestive du cheval, il tire peu partie des aliments cellulosiques (fibreux) qu’il ingère. C’est le cas du son, de la paille ou du foin. Ils sont du poids mort dans son intestin. Ils n’ont d’autre mission que de servir de lest pour stimuler sa digestion. En effet, la cellulose résiste aux sucs gastriques, ces acides qui attaquent les aliments. Elle n’est donc digérée que par la flore microbienne du gros intestin, après un bref passage dans l’estomac puis dans l’intestin grêle. Alors que les aliments le sont, eux, directement par les sucs gastriques du même estomac et intestin grêle.
BEAUCOUP DE VOLUME

Du floconné fibré/Photo Sogal
Le cheval a pourtant besoin de beaucoup de volume pour faire fonctionner correctement son transit intestinal. Ce qui ne veut pas dire de beaucoup d’énergie, et pas non plus que de cellulose. « C’est, là, tout le souci, rétorque Laurent Montreuil, commercial d’une autre grande marque d’aliment pour chevaux. C’est que si, justement, vous avez besoin de beaucoup d’énergie, comme c’est le cas pour les chevaux de sport par exemple, vous êtes obligés, puisqu’ils sont généralement moins caloriques que les autres aliments (les conventionnels), de distribuer beaucoup de ces produits fibrés. Dès lors, pour qu’ils soient correctement assimilés, autrement dit qu’ils ne subissent pas la dure loi de la vidange de l’estomac, vous devez fractionner les repas. Vos chevaux passent donc leur temps à manger ! Ce qui peut, parfois, être un inconvénient pour leur travail. »
Quant au volume, ce n’est pas que de la fibre. C’est toute la matière sèche. Et la matière sèche, qu’est-ce que c’est ? C’est ce qu’il reste d’un aliment après que l’eau en a été retirée. En clair, pour qu’un cheval digère bien, il doit, certes, manger des fibres. Mais il doit, surtout, ingérer une certaine quantité de nourriture, plus précisément dematière sèche (voir tableau) pour atteindre la satiété.
Pour M. Lippens, « recourir à de l’aliment fibré relève plus du soin que de la nutrition équine ». Quant à Bertrand de Rancourt, il tempère son côté « grande découverte ». « Les aliments fibrés n’ont rien de révolutionnaire. Ils peuvent toutefois être intéressants pour calmer des chevaux qui sont excités à l’idée de manger. Ils peuvent aussi être utilisés dans le cadre de barbotages. Ou encore pour des chevaux qui ont des problèmes respiratoires, à qui il convient de limiter les apports de foin. Voire en randonnée, lorsque le fourrage se fait rare. »
Le prix de revient d’un sac d’aliment fibré est de l’ordre de dix à quinze euros. La sacherie varie d’une marque à une autre. Elle va du sac en papier de dix-huit kilos à celui en plastique de vingt-cinq kilos. Aucune marque ne fait de livraison en vrac de ce type d’aliment-là. Tout simplement parce qu’il ne coule pas. Reste qu'il faut les trouver, les sacs d’aliments fibrés. Toutes les firmes spécialisées dans la nutrition équine ne se sont pas encore jetées sur ce marché.
Témoignage Antoine Mayolle dirige le centre hippique de Roubaix, dans le Nord. Entre les poneys, les chevaux d’instruction et ceux de propriétaires, il doit nourrir chaque jour près de quatre-vingts animaux. Jusqu’à il y a un an et demi, tout ce « beau monde » était alimenté de façon « ordinaire », avec du granulé d’entrée de gamme et du fourrage. À présent, tous les animaux de cette maison mangent de l’aliment fibré. Antoine Mayolle reconnaît que servir un tel picotin pour sustenter ses chevaux est très vendeur. « Avec une telle alimentation, les clients voient vraiment ce que nous leur donnons ! », est-il fier de soulignier. « Depuis que nous sommes passés à cette nourriture, poursuit-il, nous n’avons plus soigné de colique alimentaire. Mais, en plus, nos chevaux prennent le temps de manger. Et ils sont en superbe état. » Mais, aliment fibré ou pas, et alors que toutes ses bêtes sont sur des litières de paille, Antoine Mayolle insiste sur le fait qu’il continue, pour leur moral, à leur donner du foin, certes, en plus petite quantité qu’auparavant, environ trois kilos par jour et par tête ». Et il jure qu’il à ne consomme quotidiennement pas plus de floconné fibré à présent que de granulé avant le changement, entre trois et cinq kilos par animal ». « L'un des avantages que je trouve à cet aliment, c’est qu’il n’énerve pas les chevaux, même en augmentant les rations, commente-t-il. Et qu’il est simple à utiliser. On peut tout à fait le mélanger avec un autre produit fibré, un peu plus énergétique. C’est ce que nous faisons pour nos chevaux de concours par exemple. » Mais il met aussi en exergue le côté sécuritaire des aliments fibrés. « Dans la mesure où ils ne se conditionnent qu’en sac, il est très facile d’en contrôler la qualité. Ce qui n’est pas toujours le cas avec les granulés ou les floconnés lorsqu’ils sont stockés en silos », constate Antoinne Mayolle. Notre directeur de club admet volontiers que nourrir ainsi lui coûte plus cher qu’hier. Mais il ne se verrait changer de formule pour rien au monde. Arguant le côté "si agréable et si appétent" de son nouvel aliment. |
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Ecrit par: Rédaction, Le: 17/10/06





















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