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Rss Les ferrures alternatives


Un fer plat en plastique/Photo Eurofers



Ils sont encore bien marginaux aux pieds de nos chevaux. L’utilisation des fers en synthétique est pour l’heure anecdotique. Légers, souples et amortissants... ils pourraient presque être parfaits. Sauf que leur manque de tenue et leur rapidité d’usure les rend peu sûrs. Par S. C.

On les appelle ferrures alternatives, ou nouvelles ferrures. Leurs formes ne sont pas révolutionnaires. Ce sont, pour l’essentiel, des fers à planche. En revanche, les inventeurs de ces nouveaux procédés de ferrage rivalisent d’idées dans les matériaux utilisés. Du caoutchouc ou du plastique de bidon, il y a vingt-cinq ans, ils ont à présent recours à des matières synthétiques très sophistiquées. Selon les mêmes inventeurs : « Les polymers et les polyuréthanes de maintenant supporteraient davantage que ceux d'autres fois le frottement contre les terrains durs et les cailloux. Et ils seraient mieux traités aujourd'hui que jadis, ce qui veut dire qu’ils laisseraient, dorénavant, parfaitement respirer les pieds des chevaux. » Pourtant, beaucoup de chemin reste encore à parcourir. Actuellement, les ferrures alternatives ne séduisent principalement que ceux qui les inventent. En Europe, 99 % des chevaux seraient toujours ferrés de manière traditionnelle, avec des fers en acier ou en aluminium, voire en titane quelques fois.

PLUS DE MOUVEMENTS DE LA BOITE CORNEE


Un fer demi-rond en plastique/Photo Eurofers

Il faut bien rendre à César ce qui lui appartient. Le caoutchouc comme le matériau en synthétique amortit mieux les chocs que n’importe quel métal. Ces nouvelles matières sont si flexibles qu’elles autorisent plus de mouvements de la boîte cornée. Elles permettent, aussi, de déplacer les pressions de part et d’autre de la sole. Et elles réduisent sensiblement le danger de blessures des membres.

D’un point de vue médical, pour le cheval, quelques études américaines révèlent que les fers en matériaux synthétiques limiteraient les fourbures de route. En effet, à force d’être ferrés avec de l’aluminium ou de l’acier, c'est-à-dire de façon traditionnelle, des surcharges apparaîtraient sur l’épiderme de la paroi des sabots. Ainsi, la corne des pieds des chevaux domestiques se serait-elle modifiée ? Elle laisserait apparaître des lamelles secondaires qui n’existeraient pas sur les sabots des chevaux sauvages. D’autre part, il semblerait que la forme - à planche - de ces nouveaux fers, ceux qui sont en synthétique, générerait une meilleure répartition des charges, principalement au niveau de la fourchette. Celle-ci s’en trouverait mieux irriguée. Et que leur barre supplémentaire, en arrière des éponges, aurait une vertu de limitation du mouvement de bascule du pied, les talons s’enfonçant moins, ici, qu'avec des fers ouverts.

FLEXIBLES, LEGERS, SOUPLES


Un fer semi-rigide en plastique/Photo Eurofer

Reste que les contraintes imposées par un pied de cheval sont telles que certaines des qualités des fers « nouvelle génération » en deviennent des défauts. Certes, ils sont très souples. Mais, s’ils sont mal posés, ils sont une catastrophe pour les sabots. Et, en l'espèce, un détaille n’aide pas les maréchaux-ferrants dans leur tâche : les fers alternatifs ne peuvent pas être chauffés. Ce qui veut dire qu’ils ne s’ajustent pas aussi facilement aux pieds des chevaux que des fers en acier, en aluminium ou en titane.

Jean-Michel Goubault, professeur de maréchalerie à l’école du Haras du Pin, dans l’Orne, voit trois raisons majeures de s’intéresser de près aux fers alternatifs. « D’abord, constate-t-il, ils sont légers. Quoique certains fabricants les arment avec du métal, ce qui en fait parfois des fers plus lourds que ceux que nous utilisons depuis des millénaires. » Effectivement, devant les problèmes de solidité des polymers et des polyuréthanes, il a fallu revoir les copies. Quelques fabricants insèrent maintenant dans leurs produits en synthétiques de l’acier ou de l’aluminium, voire les deux métaux à la fois.

L’autre justification qui, d’après le professeur du haras du Pin, mérite que l’on porte une attention toute particulière à ces nouveaux concepts de ferrures, "c’est qu’ils tendent à redonner au pied une souplesse proche du naturel, comme si le cheval n'était pas ferré". « Mais voilà, regrette M. Goubault, c'est que la même souplesse a ses limites. Elle influe sur la tenue des clous. » Les fers synthétiques impliquent un brochage et un rivetage plus long et plus précis qu’à l’accoutumée. Malgré cela, ils ont tendance à bouger. Et, de ce fait, à abîmer la paroi des sabots.

« LOIN DE FAIRE L'UNANIMITE »


Un fer à coller pour cheval de selle/Photo Eurofers

C’est pour cela, qu’en plus de la matière en tant que telle, que les techniciens des nouveaux fers se sont par ailleurs penchés sur la manière de les fixer. Disons que ce n’est pas d’hier qu’on colle les fers. Mais les résines et autres procédés d’attaches ont considérablement évolué. D’avis de maréchaux-ferrants, le principe des fers collés serait encore "loin de faire l’unanimité". Il répondrait plutôt, pour le moment, qu'"à des besoins particuliers, notamment pour les accidents de pieds, à l’issue desquels la corne a explosé, rendant impossible la pose de fers avec des clous ; ou encore lors de pathologies spécifiques du type fourbure, arthrodèse de boulet, etc."

Il y a tout de même, déjà, deux techniques de collage qui s’affrontent. Le collage en face solaire. C’est celui qui se fait par-dessous le pied du cheval. Et le collage pariétal. C’est la technique des pinçons latéraux que le maréchal-ferrant rabat sur la paroi. Le premier semblerait plus efficace que le second. Mais le second, lui, respecterait davantage la biomécanique du pied que le premier.

En tout état de cause, si novateur soit-il, le ferrage collé, avec les nouvelles résines, n’est pas près de s’imposer, car "trop contraignant" d’après les maréchaux-ferrants. « Il nécessite, par exemple, que les sabots soient parfaitement séchés et décapés, explique Antoine Corona, qui a l’habitude de coller des fers. Or, quand on sait que les sabots des chevaux sont constitués à 60-70 % d’humidité et que ceux-ci ont une hygiène des pieds somme toute relative, ce sont des exigences que nous avons souvent du mal à atteindre.</I> » Et de poursuivre : « [i]S’ajoute le problème des résines elles-mêmes, qui s’adaptent mal à l’environnement. Lorsque la température ambiante est trop élevée, les fers collent trop vite aux sabots, et inversement. Et celui du coût de la matière elle-même. Il est de plus de quarante euros par pied. C'est sans commune mesure avec le procédé habituel des clous. »

ENCORE PLUS ANECDOTIQUE


Un easyboot/Photo Nicolas Chauveau

De la ferrure collée à la ferrure enfilée, il n’y a qu’une foulée. C’est le principe de l’hipposandale, plus communément appelé Easyboot. Le fer - synthétique - se lie, ici, au pied du cheval par un lien en acier ou par une bande en velcro. Son utilisation reste encore plus anecdotique que la ferrure en synthétique collée.

Les fers enfilés sont principalement utilisés dans les cas de plaies à la sole ou à la fourchette. Mais, à l'instar de ceux qui sont collés, un petit nombre de maréchaux-ferrants ne néglige pas l’intérêt qu’il faut leur porter, particulièrement au fait de ne plus devoir, avec ce système, transpercer les sabots avec des clous pour les attacher. En effet, ils aimeraient bien que l’on puisse, de temps en temps, éviter ce traumatisme aux parois, notamment lorsque les cornes sont en très mauvais état.


Stéphane Fleury/Photo CSE



L’ultime cause louable que Jean-Michel Goubault accorde à l’existence des fers en synthétique est qu’ils ont une formidable capacité à absorber les vibrations. « Je pense que c’est leur principale qualité », souligne-t-il. D’où l’intérêt que leur porte certains cavaliers de concours hippique ou d’endurance. Stéphane Fleury est de ceux-là. Il en utilise à l’entraînement. « Avec ces fers, les chevaux galopent aussi facilement sur les terrains durs et caillouteux que sur les sols mous et herbeux, signale celui qui fut maintes fois sélectionné en équipe de France d’endurance. Et le fait qu’ils soient en matière synthétique leur confère un grip extraordinaire. Ainsi chaussés, sur le macadam, les chevaux glissent beaucoup moins qu’avec des fers en acier ou en aluminium. » « Quoi qu'en disent les spécialistes, tempère Stéphane, le problème de l’usure, notamment en pinces, n’est pas encore résolu. Les fers en synthétique s’altèrent vite à ce niveau-là. C'est pareil pour la casse. Parfois, ils se brisent, on ne sait pas pourquoi ! »

Si les ferrures alternatives ont parfois de bons résultats dans les pathologies de fourbure, d’arthrodèse, d’ostéoporose, de tendinite ou de maladie naviculaire... leur prix (entre 10 et 20 euros pièce), leur complexité de pose et leur tenue (à peine plus de quatre semaines) en font encore, pour l’instant, des produits balbutiants. Il faut dire qu’il est difficile, voire impossible, de concevoir des fers qui conviennent à tous les chevaux en même temps. Un état de fait que devraient prendre en compte les fabricants. Au lieu de s'enfermer dans des promesses qui sont quelquefois grotesques.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 16/01/07