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Rss Faire ferrer son cheval : ce qu’il faut savoir


Travail du fer/Photo Marc Barbotin



Entre l’incompréhension des uns et le manque de connaissances des autres, les propriétaires de chevaux et les maréchaux-ferrants ne s’entendent pas tout le temps. Du cheval mal éduqué aux conditions de travail difficiles à accepter, du rendez-vous raté à la ferrure mal posée, les griefs sont nombreux des deux côtés. Et si chacun y mettait du sien. Tout le monde s’en trouverait sûrement très bien. Mises au point. Par Sébastien Chauveau

Le manque de dialogue : c’est un peu ce qui caractérise les relations entre les propriétaires de chevaux et les maréchaux-ferrants. Chacun étant, en effet, persuadé qu’il n’a pas besoin de l’autre. Et pourtant, les premiers ne peuvent pas s’affranchir des services des seconds pour s’adonner à leur passion. Et les seconds ne peuvent pas se passer des premiers pour vivre et exercer leur métier.


Photo Marc Barbotin



Les bonnes relations entre les propriétaires de chevaux et les maréchaux-ferrants impliquent quelques concessions. Sans tomber dans le « tout juridique », c’est d’abord de principes dont il s’agit. Pour qu’un maréchal-ferrant vienne chez vous en temps et en heure, il faut qu’il en soit averti. Il y a, alors, au moins deux façons de faire pour cela. Soit le rendez-vous se prend d’une ferrure sur l’autre. Soit il se pose dans les quinze jours qui précèdent son remplacement.

« En aucun cas, il faut appeler son maréchal-ferrant la veille pour le lendemain, prévient Jean Mopin, ex-artisan et aujourd’hui responsable de l’Institut de la maréchalerie. C’est prendre le risque de se voir opposer un refus presque systématique. » « Par contre, un délai d’attente de trois, voire de quatre semaines, comme on le voit encore trop souvent, pour faire ferrer un cheval n’est pas normal, déplore-t-il. Personnellement, je faisais mes semaines du lundi au lundi, urgences comprises. Et je m’engageais à servir mes clients dans un délai de dix jours au maximum. »

Pour qu’il puisse travailler correctement, il faut offrir au maréchal-ferrant des conditions décentes. C'est-à-dire qu’un toit pour l’abriter, qu’un sol stable pour qu’il puisse évoluer autour des chevaux, qu’un bon éclairage ainsi qu’un anneau d’attache fiable sont des équipements de base. Ils permettent au maréchal-ferrant d’intervenir en toute tranquillité et en toute sécurité bien sûr. Mais ils peuvent aussi servir à d’autres professionnels du cheval, comme le vétérinaire ou le technicien des haras. « Nous sommes loin d’avoir tout ça partout où nous passons », s’insurge Jean-Michel Goubault, professeur de maréchalerie aux haras du Pin, dans l’Orne. « Quand il ne nous faut pas aller chercher les chevaux au fond des prés, c’est aux fils barbelés que nous devons les attacher. Ne parlons pas de l’’espace propre, abrité et éclairé..., car il n’est pas une généralité », fait-il encore remarquer.

BIEN EDUQUE


Prise d'un antérieur/Photo Marc Barbotin

Les installations ne font pas tout. Un cheval bien licolé, avec les membres et les pieds nettoyés, sont un gain de temps pour le maréchal-ferrant. C’est encore mieux lorsque le même cheval est bien éduqué. Comprenez qu’il tient à l’attache, sans bouger avec les pieds levés. Car, il faut le savoir, les accidents qui surviennent au cours du ferrage sont essentiellement dus « à des chevaux qui sont instables et qui tirent au renard », indique Jean Mopin.

Faire parer ou ferrer son cheval n’est pas qu’un acte commercial. C’est à vous de dire au maréchal-ferrant comment vous ressentez le déplacement de votre animal. Ce que vous souhaitez lui voir être amélioré. Et, éventuellement, les accessoires (cônes, crampons, plaques), que vous désirez qui lui soient posés. Ainsi, n’hésitez pas à converser.

Certes, le maréchal-ferrant peut parfois avoir un rôle de vendeur. Mais il a, surtout, une mission de conseil vis-à-vis de vous. Conseil que vous pouvez refuser. Sachez qu’il peut, lui aussi, ne pas accepter ce que vous lui demandez. Principalement s’il en va de la santé du cheval. Car le maréchal-ferrant a une obligation de résultat. Il doit vous restituer votre animal dans son état physique de départ (avant la ferrure ou le parage).

PAYEE SITOT POSEE


Contrôle des aplombs/Photo Marc Barbotin

Vous avez pris rendez-vous. Vous êtes bien installé. Votre cheval est bien éduqué. Vous savez ce qui va lui être posé. Reste au maréchal à le ferrer. C’est là que d’autres désaccords peuvent être pointés.

Sauf arrangement entre vous et votre maréchal-ferrant, la ferrure se paie, généralement, sitôt qu’elle a été posée. « C’est ainsi que je pratique pour les particuliers, dit Philippe Legendre, qui est maréchal-ferrant en Loire-Atlantique et qui a environ 300 chevaux en clientèle. Pour les grosses écuries ou pour les clubs, j’ai mis en place un autre système. Ils règlent en fin de mois. » Le montant de la ferrure est libre. Son coût moyen se situe autour des soixante-dix euros TTC (toutes taxes comprises). Il peut très vite doubler. C’est le cas si votre cheval a des besoins spécifiques comme des fers orthopédiques, des applications de résines ou encore des soins curatifs.

Attention aux prix cassés : « A moins de quarante euros les quatre fers posés, il faut s’interroger, prévient Jean Mopin. Surtout si le règlement de la prestation ne donne lieu à aucune facturation. » Notez que faire intervenir un maréchal-ferrant non déclaré peut vous exposer à au moins deux risques. Celui de faire ferrer votre animal sans garantie et sans recours possible en cas d’accident ou de boiterie. Et celui de devoir payer les impôts, les taxes et autres cotisations à titre solidaire du travailleur clandestin à qui vous aurez fait appel (articles L324-9 et suivants du Code du Travail).

Vérifiez bien le statut de la personne que vous faites travailler. Tout maréchal-ferrant qui exerce à son compte doit être immatriculé, selon son activité, auprès de la Chambre de commerce ou des métiers du département où est domicilié le siège social de son entreprise. C’est un gage de garantie de sa responsabilité professionnelle. « Nous avons souvent, en plus de notre responsabilité civile (RC), des assurances complémentaires qui nous couvrent nous et nos apprentis pour les dommages causés aux chevaux que nous ferrons ou que nous parons », souligne M. Legendre. Ce peut être important si votre animal est blessé, ou s’il estropie quelqu’un lors de l’intervention. Quant aux aptitudes des maréchaux-ferrants, il ne devrait plus y avoir d’inquiétude. Puisque, depuis 1998, leur installation est réglementée (voir encadré).

Deux ans de formation


L'équipement du maréchal-ferrant/Photo Marc Barbotin



Le CAPA (certificat d’aptitudes professionnelles agricoles) ou le BEPA (brevet d’études professionnelles agricoles), ce sont principalement ces deux diplômes qui sanctionnent aujourd'hui les études de maréchalerie dans notre pays. Ce sont au moins ceux-ci qu’il faut avoir pour s’installer depuis 1998. La formation des maréchaux-ferrants se déroule au moins en deux ans, sauf pour les adultes, pour qui elle ne peut durer que huit mois. Elle se fait soit de façon initiale (à l’école en permanence), soit par la voie de l’apprentissage (alternance de cours et de travaux pratiques en entreprise). Exception est faite aux ouvriers salariés. S’ils exercent le métier de maréchal-ferrant depuis plus de trois années, ils ont le droit de s’installer.


« BIEN DANS SES CHAUSSURES »


Pose d'un fer postérieur/Photo Marc Barbotin

Maintenant que vous savez comment vérifier la légalité de l’activité du professionnel qui vient chez vous travailler, comment juger si la ferrure qu’il a posé convient et correspond parfaitement à votre cheval. C’est, parfois, une vraie angoisse de savoir si son animal est bien dans ses « chaussures ». En clair, votre maréchal est-il un géni ou un simple poseur de fers ? C’est assez facile de le savoir. Un petit coup de téléphone dans les écuries et les centres équestres autour de chez vous pour savoir qui vient ferrer les chevaux dans leur établissement et depuis combien de temps vous donnera une idée, surtout si le vôtre est souvent cité. « Pour moi, le bon maréchal-ferrant, ce n’est pas celui qui fait tenir des fers vingt semaines, signale Jean-Michel Goubault. C’est celui qui est capable de maintenir, voire de développer une clientèle tout en améliorant la locomotion des chevaux qu’il a à ferrer. »

Retenez qu’il n’existe pas de ferrure type. Il n’y en a pas une qui est spécifiquement définie pour tel cheval ou pour telle discipline. Chaque animal a ses besoins précis. « Il faut toujours demander à votre maréchal-ferrant ce qu’il fait et pourquoi, conseille Philippe Legendre. Seul lui le sait. »

La meilleure ferrure est celle qui se fait oublier. C’est celle qui protège l’axe pâturon-pied. Qui est bien équilibrée et bien ajustée, avec des étampures bien disposées. Qui a un parage - au degré - d’environ 50%. Et qui laisse les pinçons des fers effleurer la corne et les clous proprement ressortir à peu près au niveau du tiers du pied du cheval. « Une ferrure doit être opérationnelle au moins six semaines », précise Jean-Michel Goubault. Cela dit, il n’y a ni de minimum, ni de maximum en la matière. Plus encore, si un cheval perd un fer le lendemain qu’il a été ferré, rien oblige le maréchal-ferrant à venir le lui remettre. C’est juste un geste commercial s'il le fait.

Ce n’est pas parce que le cheval se déferre qu’il a été mal ferré. « Au contraire, insiste M. Goubault. C'est souvent qu’il a été mis dans le confort. Que le maréchal-ferrant lui a mis de la garniture. Donc, que ses fers sont plus larges, mais aussi plus vulnérables. » « Ce sont ces ferrures-là, qui se voient, qui sont les bonnes. Et pas forcément les autres, celles qui brillent et qui sont cachées ! », proteste encore notrre professeur de maréchalerie.

Idem pour les pieds, ce n’est pas une faute du maréchal-ferrant qu’ils ne soient pas tous de la même taille. Le sabot n’est pas une planche de bois. Il ne se coupe pas toujours comme on voudrait qu’il soit. Quant aux fers proprement dits, le maréchal-ferrant ne les choisit pas en fonction de leur esthétisme. La « couleur » du métal (acier ou aluminium) est le fait de besoins particuliers, qui peuvent aller du rendement des foulées aux formes compliquées, de la résistance à l’usure aux traitements d’urgences... En résumé, mieux vaut s’adresser au bon dieu qu’à ses saints. Car, à propos de la maréchalerie, les échos des écuries sont loin d’être des paroles d’évangile.

De quatre-vingts à cent-cinquante chevaux


Centre hippique de la Baule/Photo DR



Avec quatre-vingts chevaux en période creuse et plus de cent-cinquante au plus fort de la saison estivale, Michel Billard, le directeur du centre équestre de La Baule (44), a appris à gérer les soucis de maréchalerie. « Entre les chevaux de clubs et ceux de propriétaires, il y a cinq maréchaux-ferrants qui tournent sur notre structure, explique-t-il. Rien est contrôlé de manière informatique. Tout se fait au visuel. C'est-à-dire que nous pouvons faire referrer un cheval au bout de trente jours s’il en a besoin, et dépasser les soixante jours avec un autre si sa corne n’a pas poussé ou si ses fers n’ont pas usé. »

Michel Billard n’appelle pas les maréchaux-ferrants. « Celui des chevaux d’instruction vient tous les mardis après-midis. Et ceux des propriétaires viennent à leur demande. Nous ne nous occupons ni de leurs rendez-vous, ni de leur facturation. » Depuis deux ans et demi qu’il occupe ses fonctions, notre directeur reconnaît avoir « usé » deux maréchaux-ferrants pour ses chevaux d’instruction. « La perle est rare ! », ironise-t-il.
 
 
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Ecrit par: Rédaction, Le: 08/12/06