
Photo Marysa Merlo
« Pas de pieds, pas de cheval ». Plus qu’un adage, c’est une réalité. Garants de la bonne locomotion du cheval, ils supportent tout son poids. A la moindre faille, ils peuvent mettre en péril tout un avenir. Explications. Par Sébastien Chauveau
Le pied du cheval équivaut au doigt haut médian de l’homme. Il a pour rôle de protéger l’extrémité inférieure du membre. Il est entouré d’une boîte cornée, le sabot, dans laquelle se trouvent trois os : l’os du pied, ou phalange distale ; l’os de la couronne, ou phalange moyenne ; et l’os naviculaire, ou petit sésamoïde. Tous ces os sont reliés entre eux par des ligaments. A l’attache de la boîte cornée, sur le membre, se trouve le bourlet principal, qui produit la corne. La même corne est un tissu non innervé, de la même famille que les poils et les crins. Elle repose, sur sa face postérieure, sur la sole et la fourchette, dont les fonctions sont essentiellement protectrices et amortissantes.
Même si, d’avis de maréchaux-ferrants, il est difficile de déterminer avec exactitude le bon du mauvais pied, ils ont coutume de dire que, de profil, son inclinaison doit être de quarante-cinq degrés. Moins courbé, ses fonctions d’amortissement sont amoindries. A l’inverse, au-delà de quarante-cinq degrés, ce sont les tendons et les paturons qui subissent les chocs. Eut égard à ces considérations hippologiques, ils acceptent que les pieds des chevaux de dressage soient un peu plus longs que la normale. Que ceux de saut d’obstacles soient un peu plus larges en pinces (à l’avant du pied). Et que ceux de randonnée aient des parois (ou murailles) un peu plus hautes que celles des autres chevaux. Le tout étant que les aplombs soient bien équilibrés, sans quoi certains ligaments du pied peuvent être hypertendus ou hyperlaxes (très lâches). Et que la corne soit de bonne consistance.

Source de graves affections articulaires et tendineuses, les pieds des chevaux méritent attention et considération, et ce dès le plus jeune âge. En effet, avant leur naissance, les poulains doivent faire l’objet d’une première prévention : celle du parage (taille) régulier des pieds de leurs mères. Trop longs ou en mauvais état, elles ne peuvent se déplacer pour se nourrir, ce qui induit des carences alimentaires et, in extenso, un mauvais développement de leur projéniture. Car il va sans dire que l’alimentation joue un rôle prépondérant dans la qualité des pieds des chevaux. Le bourlet principal devant trouver, dans le sang, tous les éléments (protéines, minéraux et oligo-éléments) indispensables à la production d’une corne de qualité, il est important que les mères puissent correctement marcher pour pâturer.
DEFAUTS D'APPLOMB

Un concours de modèles et allures au Lion d'Angers en 2007/Photo Marysa Merlo
Sitôt qu'ils sont nés, la locomotion des poulains nécessite quelques observations. L’essentielle de leur croissance, notamment phalangienne, s’effectue au cours de leur première année. Il est donc nécessaire d’agir vite. Cela dit, pas de panique, à cause d’une mauvaise position foetale, beaucoup de poulains naissent avec des défauts d’aplomb qui se corrigent rapidement seuls. C’est le cas des hyperlaxités tendineuses, c’est-à-dire des relâchements des tendons fléchisseurs du doigt antérieur ou postérieur (articulation du boulet et articulations interphalangiennes), ou des pieds panards (membres qui se tournent vers l’extérieur) et cagneux (inversement). « Sauf si ces défauts d'aplomb sont graves, où, pour remettre pieds et tendons droits, l’emploi de fers avec éponges prolongées ou extension latérale ou médiale est obligatoire, il est préférable de ne pas parer les poulains avant l’âge de trois mois, conseille Jean-Michel Goubault, professeur de maréchalerie à l’école des haras du Pin, dans l’Orne. Car si on intervient trop vite, en particulier sur des membres panards, lorsque le poitrail des poulains s’ouvre, leurs membres deviennent cagneux. »
En revanche, les choses se compliquent si les poulains sont dits « bouletés ». Autrement dit si, à l’inverse de l’hyperlaxité, le mauvais développement de leur squelette a entraîné non pas un relâchement des tendons mais une rétraction. "Face à cette anomalie, la première chose à faire est la mise au repos complète, en boxe", avertit Jackie Tapprest, vétérinaire. "Et si cela ne suffit pas, ajoute-t-elle, alors, on peut envisager un traitement par voie générale, qui vise à retarder momentanément la croissance de l'os par rapport à celle des tendons." Tandis qu'en complément, la pose d'une ferrure orthopédique de type florentine est toujours possible.
Mais il y a des situations où les pouvoirs du maréchal-ferrant ne se limitent qu’à un simple apport de confort et d’esthétisme. C’est le cas des poulains varus et valgus. C’est une déviation de la ligne genoux/boulet qui forme une légère courbure vers l’intérieur ou vers l’extérieur. "Le travail n’est, ici, que chirurgical. Il consiste à corriger la déviation, soit en accélérant la croissance du côté du membre qui pousse le moins vite, soit en la ralentissant du côté de celui qui pousse le plus vite, explique le Dr Tapprest. Ce genre d'intervention doit impérativement se faire avant que les cartilages de croissance de la phalange proximale, du canon, du radius ou du tibia ne se ferment, c'est-à-dire dans les six mois qui suivent la naissance du poulain."
Les maréchaux-ferrants n'ont guère de choses à faire non plus contre les pieds bots, cette anomalie osseuse qui entraîne une affection de la boîte cornée. « Si, en termes de maréchalerie, pour les poulains varus ou valgus, nous pouvons simplement compléter le travail du vétérinaire par la pose d’un fer florentine, pour ce qui est des pieds-bots, nous essayons juste d’arranger les tallons qui, dans le cas précis, sont beaucoup plus hauts que la normale, pour que le cheval soit à l’aise et que son ou ses pieds soient esthétiquement corrects », avoue le professeur de l'école des haras du Pin.
ACCIDENTS DU PIED

Un fer plus une plaque de protection/Photo Marysa Merlo
Aux défauts d’aplomb, s’ajoutent les accidents du pied. Ils concernent aussi bien les chevaux que les poulains. Là encore, maréchaux-ferrants et vétérinaires travaillent de paire. Au chapitre urgence, il y a les seimes. Ce sont ces fissures plus ou moins proéminentes, qui vont du bas vers le haut du sabot, et qui intéressent aussi bien les membres antérieurs que les postérieurs et les tallons autant que les pinces. On dit que les seimes sont complètes si elles partent de la couronne et qu’elles vont jusqu’au bord inférieur de la paroi. Et qu’elles sont compliquées si elles sont proches des structures vivantes du sabot, traduisez relativement profondes. Outre un choc contre un caillou, les seimes ont pour origine une mauvaise qualité de la corne ou des mauvais aplombs. Pour résumer, elles se produisent principalement si la corne est sèche, que les pinces sont longues et que les talons sont bas. « La seule solution que nous ayons pour stopper leur progression, explique Jean-Michel goubault, c’est de les barrer avec une rainette ou une râpe. Mais il y a des seimes, plus graves, sur lesquelles nous sommes obligés d’appliquer de la résine en remplacement de la corne abîmée. »
Autant que les seimes, la maladie de la ligne blanche, qui est souvent confondue avec la fourmilière, qui est aussi une dégradation de la sole mais de moindre importance, est à prendre sérieusement en considération. Il s’agit de la rencontre entre un champignon et une bactérie, généralement issus de la litière, qui tous les deux vivent au niveau du rayon circulaire, comprenez sous le pied du cheval, entre la sole et la paroi. En mangeant les déjections du champignon, la bactérie creuse des galeries, détruisant ainsi la ligne blanche. "Que ce soit pour la maladie de la ligne blanche ou pour la fourmilière, dit notre professeur de maréchalerie, nous enlevons toute la corne pourrie, parfois une quantité importante, et nous mettons ensuite un fer de protection." La bactérie dévoreuse de lignes blanches ne vivant qu’en anaérobie (sans oxygène), des tamponnages réguliers de la sole avec de l’eau oxygénée peuvent également être conseillés.
Plus banales que les seimes, que les maladies de la ligne blanche et que les fourmilières, les bleimes sont des accidents du pied dus à des meurtrissures de la sole en région des talons. Elles sont le fait d’une compression de la face plantaire contre l’os du pied. En clair, c’est le cheval ou le poulain qui marche sur un caillou et qui se blesse. C’est rarement grave, sauf si on ne s’en préoccupe pas et qu’elles deviennent purulentes. Le rôle du maréchal-ferrant ne consiste, ici, qu’à retirer la partie mâchée, à faire un pansement antiseptique et à poser une plaque de protection. Son action est tout aussi restreinte sur une paroi dérobée et sur un clou de rue, qui sont la conséquence d’un choc contre un caillou ou un trottoir, ou encore d’un pied posé sur un silex ou sur un tesson de bouteille. Passons sur les fourchettes pourries, qui, selon Jean-Michel Goubault, « ne devraient plus exister aujourd’hui ». « Il y a, maintenant, suffisamment de bonnes graisses pour hydrater les glomes, les parois et le bourlet périoplique ainsi que de bons onguents pour assainir la sole et la fourchette !, s'étonne-t-il. Pour peu qu’on les utilise correctement, par exemple deux fois par semaine sur des pieds propres et de préférence froids, pour une meilleure adhésion. »
Les vrais faux de Jean-Michel Goubault VETOCHEVAL. - Est-ce vrai, qu’au repos, les chevaux n’ont pas besoin d’être ferrés ? JEAN-MICHEL GOUBAULT. - Absolument. Beaucoup d’ouvrages de maréchalerie commencent ainsi : « La ferrure est un mal nécessaire ». Autrement dit, dès que l’on ferre, on impose au cheval des choses qui vont contre nature. On lui tape dans les pieds. Ou on lui enfonce des clous dans la corne. S’il ne travaille pas, le cheval est donc aussi bien déferré, ce qui n’empêche pas de le parer deux à trois fois par an. Si on tient vraiment à le ferrer, il est préférable d’attendre qu’il ait au moins un an. Et il ne faut pas oublier de renouveler la ferrure toutes les six à huit semaines. VTCHL. - Les cornes blanches sont-elles réellement plus fragiles que les noires ? JMG. - C’est loin d’être une vérité. Ce que j’ai simplement remarqué, c’est que les traumatismes subits par les cornes blanches sont plus fréquents mais ils se soignent bien. Alors que j’ai plutôt constaté que c’était l’inverse sur les cornes noires. VTCHL. - Les fers en aluminium et en plastique protègent-ils forcément mieux les pieds des chevaux que les fers en acier ? JMG. - Pas du tout. A chaque besoin sa ferrure. L’aluminium et le plastique sont intéressants dans le cadre d’utilisations accentuées du cheval, notamment pour la recherche de formes de fers particulières, pour l’allongement des foulées, pour la hauteur des sauts, etc. Tandis que l’acier, lui, rassemble le maximum d’efficacité, de confort, de facilité de pose et d’adhérence au sol. Ce qui en fait un matériau utilisable pour beaucoup d’usages : orthopédie, repos, sport, loisir... VTCHL. - Le cheval risque-t-il de se déferrer si on lui graisse les pieds fraîchement chaussés ? JMG. - Non seulement il ne risque rien, mais il est même conseillé de lui graisser les pieds justes après qu’il a été ferré. Lorsque le maréchal-ferrant taille et râpe la corne, il en retire le verni protecteur, appelé périople. Et lorsqu’il y plante les clous, il l'« agresse ». Donc, s’il y a un moment où les pieds du cheval ont besoin d’être graissés, c’est bien juste après la ferrure. |
Ecrit par: Rédaction, Le: 25/11/06





















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